INFLUENCE DE LA CÉCITÉ SUR L'ÉVOLUTION DU TABES
Historique.
C'est à Bénédikt (de Vienne) (1) que l’on doit la première remarque sur la bénignité ordinaire des symptômes médullaires du tabes quand ils accompagnent la cécité (1881). Les auteurs avaient bien remarqué depuis longtemps que l’amaurose pouvait évoluer seule ou presque seule pendant de nombreuses années, mais ils considéraient l’amaurose tout comme un autre symptôme prodromique quelconque et ne lui attribuaient pas de valeur spéciale sur l'évolution générale de la maladie. Il fallait au moins la connaissance du signe de Westphal, qui ne date que de 1875, pour qu'on sût que tel ou tel amaurotique était déjà un tabétique et que l’amaurose était un symptôme et non un prodrome du tabes.
Les observations que Duchenne, dans sa description première, en 1858, avait citées comme remarquables par leur longue durée étaient précisément, comme nous l'avons dit, deux cas de tabes avec cécité. Plus tard, en 1873, Charcot présenta comme des types d'ataxie lente trois tabétiques aveugles : « En ce qui concerne, dit-il à leur sujet, l'existence isolée de l'amaurose tabétique durant une suite d'années, c'est là un fait dont
:(4) Bénédikt, Ueber Aetiologie, Prognose und Thérapie der Tabes. Wiener med. Presse, 1881, p. 101.
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la réalité peut être facilement établie dans cet hospice à l’aide d'observations faites sur une grande échelle. » Gowers décrivit des tabes frustes et Leyden, en 1876, des tabes abortifs avec perte de la vue. Schmidt-Rimpler (1), en 1878, rapporta un cas d'atrophie progressive des nerfs optiques avec abolition du phénomène du genou et douleurs dans les jambes, sans ataxie ni signe de Romberg. Robin, en 1880, insista sur la cécité comme signe de longtemps précurseur du tabes et déclara qu'il existait certainement des cas de tabes dont l'unique symptôme était l’'amaurose.
Mais aucun de ces auteurs n'avait noté la relalion entre la cécité et la bénignité définitive de l'affection spinale. Bien loin de là, Leyden (2) admettait que la cécité est, en général, une complication ultime du tabes, et tous les auteurs considéraient l’'amaurose comme une grave complication d'une maladie déjà très grave par elle-même.
Bénédikt, en 1881, se prononça très nettement sur la bégninité du tabes qui s'annonce par la cécité : « Je veux avant tout, ditil, vous citer deux formes de tabes qui, soumises à un traitement approprié, comportent un pronostic éminemment favorable : le fait est purement empirique. L'une de ces formes est celle avec atrophie prodromique des nerfs optiques : alors que cette atrophie évolue rapidement jusqu'à son dernier stade, nous pouvons porler un pronostic tout à fait favorable pour ce qui concerne les symptômes spinaux. De très anciens cas seuls font peut-être exception. Il peut arriver qu'à l'exception des oscillations dans la station debout les yeux fermés et de l'absence des réflexes tendineux qui ne reparaissent plus, tous les symytômes alaxiques fassent défaut ; les oscillations dans la station debout, les yeux fermés, peuvent elles-mêmes manquer. » |
(1) Schmidt-Rimpler, Klinische Menalsblälter für Augenheilkunde, 1878, p. 265.
(2) Leygen, Clinique des maladies de la moelle, 1874-1876, p. 343.
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