‹ Célèbres conversions contemporainesChapitre 11 sur 13 · LE MARÉCHAL BUGEAUD · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BUGEAUD

§ I. — Ses états de service.

Bugeaud de la Piconnerie (Thomas-Robert), né à Limoges, en 1784, s'engagea en 1804 comme vélite, fut fait caporal à Austerlitz, se signala en Espagne, et était colonel lorsqu'il se retira en 1815, après la seconde abdication de Napoléon I®'', dans sa terre d Fxideuil (Dorcogne). Rendu à l'activité en 1830, il fut élu en 1831, et resta jusqu'en 1848, député de la Dordogne. Il réprima avec vigueur les insurrections qui éclatèrent dans Paris en 1832 et 1834, et fut, en 18;2, le gardien de la duchesse de Berry, dans la citadelle de Blaye. Devenu général, il fut envoyé en Algérie, en 1836, battit Abd-el-Kader sur la Sikha, et conclut avec lui, en 1837, le traité impolitique de la Tafna, qui créa la puissance de l'émir. Nommé gouverneur-général de TAlgérie, à la fin de 1840, il répara cette faute par les succès de la guerre active et habde qui fit à Abd-el-Kader, et reçut le bâton de maréchal de France en 1843. Il remporta en 1844, sur les Marocains, qui prêtaient leur appui à l'émir, une bataille près de l'Isly, il fut fait duc d'Isly. Une expédition dirigée, en 1847, contre la Kabylie, contribua

encore à la pacification du pays, qui fut en grande partie son œuvre. Contrarié cependant dans l'exécution de ses idées, il se retira cette même année. Pendant les journées décisives de la révolution de février

1848, il fut appelé au commandement des troupes de Paris, mais il ne lui fut pas permis d'agir. En présence du péril que courut Tordre social en 1848, il écrivit plusieurs brochures pour combattre le socialisme. Il avait été élu représentant du peuple et investi du commandement de l'armée des Alpes par le président de la République, lorsqu'il fut atteint du choléra, en

1849. Il mourut chrétiennement.

§ II. — Esquisses de la vie de Bugeaud.

Un éloquent écrivain, ancien secrétaire du maréchal Bugeaud, a esquissé à grands traits la vie de l'illustre guerrier. Nous en reproduisons les parties les plus saillantes :

Nous avons tous vu le brave Bugeaud : nous savons qu'd avait la taille des grands citoyens et des grands guerriers, et il a eu la gloire d'être employé à l'œuvre de Dieu.

«( II faut, disait-il, que nous fassions une France nouvelle, par i'épée et par la charrue. » J'osais lui répondre qu'il oubliait une chose, et la plus importante, la Croix ; que Tépée et la charrue, sans la la Croix, n'auraient pas fait l'ancienne France. Il n'avait point encore les hautes idées dont la Croix est la source et le centre. Enfant d'une époque malheureuse, élevé dans les champs et dans les camps, toujours occupé de luttes guerrières ou politiques, il avait, comme tant d'autres, moins pordonnables que lui, traversé les choses humaines sans y voir Dieu; du

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moins, sans voir TÉglise de Dieu. « On nous a mal élevés, me disait-il plus tard, lorsque son ferme et juste esprit, réfléchissant sur nos derniers troubles, y reconnaissait les conséquences de l'oubli et du mépris de la vérité première ; on nous a mol élevés, et nous avons fait fausse route, et la société s'est perdue. Mais, reprenait-il, du moins n'ai-je pas à me reprocher d'avoir jamais haï ni attaqué la religion. » C'était vrai et modeste ; il aurait pu ajouter : « Loin de l'attaquer, je l'ai servie. »

Dieu l'avait traité comme ceux qu'il aime. Il avait mis dans son cœur des tendresses infinies pour tout ce qui est bon et pur, dans son âme des respects pour tout ce qui est grand ; dans sa maison ; à son foyer, il avait placé des vertus simples, douces, chrétiennes, pleines d'empire sur son cœur.

Ce farouche soldat, dont les journaux se plaisent à faire de ridicules et odieux portraits, était l'époux et le père le plus tendre, l'ami le plus dévoué, le patron le plus généreux, l'un des hommes à qui j'ai vu le plus aisément oublier l'ingratitude et Tinjure. Cet ambitieux n'aspirait qu'à vivre en paix au sein de sa famille, dans le patrimoine qu'il avait noblement maintenu par son travail. Éloigné, pour le service public, de cette famille si chère et de ses champs si aimés, il allait au combat portant sur sa poitrine une médaille de la sainte Vierge, que lui avait donnée sa plus jeune fille; et tous ceux qui l'entouraient ont pu se convaincre du prix qu'il attachait à ce talisman. Quel bon sourire illuminait son mâle visage, lorsque le soir, en le quittant, je lui disais : « Maréchal, pensez au Dieu que Ion prie à Exideuil ! »

Sans se révéler encore tout à fait, ce grand Dieu se fit bientôt connaître. Lorsque la bonne situation des affaires militaires en Algérie permit au maréchal de

s'appliquer davantage à celles de la colonisation, il vit bientôt que la vie des sociétés se compose d'une quantité de besoins auxquels la religion seule peut pourvoir. D'autres, avant lui, avaient repoussé brutalement la main de l'Eglise, même en présence de ces maux criants et de ces plaies terribles que nulle autre main n'a le privilège de guérir. L'Église s'offrit à lui comme aux autres : Il la reçut d'abord, puis il Tencouragea, puis il la seconda. Jamais, sans lui, les Trappistes n'auraient pu surmonter les obstacles de leur établissement à Staoueli. Un pauvre prêtre, ne consultant que sa charité, s'était chargé de faire vivre quelques centaines d'orphelins qui vaguaient dans Alger, sans appui et sans asile. Le maréchal admira son zèle et fut bientôt son plus utile patron. Tout à coup on vient lui révéler un grand mystère, on avait fait une étrange découverte : ce prêtre était un Jésuite ! En ce moment-là, les Jésuites étaient désignés en France par la presse, par la tribune et par les corps enseignants, comme le plus grand péril pour la société ; et il y avait des gens en Algérie qui les estimaient plus à craindre que les Arabes. Le maréchal se contenta de demander au donneur d'avis s'il se chargerait de deux cents orphelins que le Jésuite nourrissait.

Ses désirs étaient accomplis, il avait pacifié l'Algérie, ou plutôt il l'avait véritablement conquise. Il y avait en même temps laissé toutes choses en bonne voie et pour la guerre et pour la paix. Il s'était acquis une de ces renommées qui font taire la haine. Il semblait n'avoir plus qu'à terminer en paix, dans la sainte douceur des affect ons de famille, une existence glorieuse et toujours utile, à qui de longs jours paraissaient encore promis. La révolution de Février éclate : Louis-Philippe appelle le maréchal Bugeaud,

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