E. LE CARDINAL MERCIER
18 aotlt 1919, dans une citation a l’ordre de la Nation, dont voici le texte integral :
« S’arrna de sa haute dignite de prince de I’Eglise et de primat de Belgique pour mieux servir ; fut au dire m6me de l’ennemi, l’incarnation de la Belgique occupee.
« 11 a prech6 par la parole et par les actes, du premier au dernier jour de la guerre, le patriotisme et l’endurance et il a ajoute a ses titres de penseur illustre et d’evSque celui de grand citoyen.))
Au cours de la meme annee, pour honorer ce champion de la justice et de la liberte, M. Poincare, president de la Republique frangaise, epinglait sur la pourpre du Cardinal la Croix de guerre. II l’avait si bien gagnee !
Et depuis lors, le prestige de ce Prince de l’Eglise n’a fait que grandir dans l’univers entier.
Vers la fin d’octobre 1919, le celebre prelat parcourait les Etats-Unis et le Canada, dans une ovation continuelle. Les Quebecois n’oublieront jamais avec quelle eloquence, quelle majestueuse simplicite, le grand patriote beige transmettait aux Canadiens les remerciements de son pays pour la part prise dans la guerre 1914-1918.
Qui ne se rappelle encore avec emotion le beau temoignage de fraternite donne par le venerable prelat, lors de sa reception officielle a l’Hotel-de- Ville de Montreal ? II nous semble que ce modeste.
mais significatif incident merite d’etre cite : on l’aime tant, le grand cardinal, que le plus humble detail de sa vie interesse. La foule defilait devant le primat beige, quand un negre du plus beau noir se faufila dans la procession. Lorsqu’il s’agenouilla, la main du cardinal se tendit et serra fortement celle du pauvre noir, soudain grandi aux yeuxde la foule.
Avant de s’embarquer pour l’Europe, Son Eminence voulut laisser au peuple canadien le message sympathique dont nous detachons l’entrefilet suivant :
« Je ne puis trouver de mots suffisants pour exprimer la grande joie que m’a procuree ma visite au Canada. Votre Dominion est un pays magnifique, et sa population est si remarquable par sa sincerite charmante et sa franche amitie que vraiment je me suis senti chez moi au milieu d’elle. Le Canada est un grand pays, et j’ai ete si heureux de le voir que j’ai l’intention d’y revenir, si Dieu me conserve la vie. Ainsi, je ne vous dis pas : Adieu, mais : Au revoir ! »
En mai 1920, le cardinal se rendait a Rome pour assister a la canonisation de Jeanne d’Arc. La meme annee, le 14 decembre, a l’occasion du XVe centenaire de saint Jerome, il fut invite a faire une conference sur ce grand exegete. Un peu
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plus d’un an apres, il retournait a Rome pour l’election du successeur de Benoit XV, decede le 22 janvier 1922. Ce fut une veritable joie pour le cardinal de voir son ami personnel, l’archeveque de Milan, proclame chef supreme de l’Lglise, et couronne sous le nom de Pie XI.
Prince de l’Lglise romaine, le primat beige appelait de tous ses voeux le jour oil il n’y aura qu’un seul troupeau sous un seul pasteur : de la, ses efforts pour ramener au bercail l’eglise anglicane. C’est grace a son autorite et a sa bonte souveraine qu’en 1923, s’effectuerent les retentissantes <( Conversations de Malines ».
Dans une brochure adressee a son clerge, le cardinal rappelle ces entrevues oil les ministres anglicans confererent avec quelques pretres catholiques de la possibility d’un retour et d’une fusion.
« Aucun livre, ecrit-il, ne vaut un commerce oral. La conversation est revelatrice de choses intimes qui ne passent pas dans la lettre imprimee. Les hommes sont faits pour s’aimer les uns les autres, il n est pas rare que des coeurs mutuellement etrangers qui auraient pu, a distance, se croire ennemis, gobtent, a se comprendre, un charme penetrant qu’ils n’auraient pas soupQonne. Nos compagnons, a leur depart, avaient lame dilatee.))
Ce mouvement philosophique attira 1’ attention des deux hemispheres, et, dans l’ordre religieux, il nous apparait comme l’evenement le plus important depuis la Reforme.
Un moment, le noble prelat se pretait aux solennites grandioses de ses noces d’or sacerdotales, celebrees a Malines, le 12 mai 1924. C’est a la demande du jubilaire lui-meme que la celebration de ces fetes fut transferee a cette date, l’anniversaire de son ordination tombant le 4 avril, en plein careme. Jusque dans les brillantes manifestations organisese par la Belgique et meme par l’univers catholique, le fervent disciple de saint Thomas voulut rester humble, modeste, pretre dans toute la plenitude du terme.
Dans les splendeurs de St -Pierre de Rome, le 31 mai 1925, on canonisait le Cure d’Ars. Le Primat beige voulut aller entendre la proclamation de la saintete du <( petit cure a la soutane verdie )>. Apres deux nuits de chemin de fer, il supportait avec une vaillance admirable les fatigues d’un office aux multiples ceremonies. Or, pendant cinq heures, spectacle inoubliable, l’auguste vieillard fit monter vers l’humble cure d’Ars la priere continue de son coeur de savant.
Quatre jours apres, a St-Louis des Frangais, au cceur de la Ville sainte, le Cardinal donnait le
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salut du St-Sacrement. L’office termine, il sortit de l’eglise entre deux haies de fideles, impatients de le voir, de l’approclier. En un clin d’oeil, et malgre les observations du recteur, le flot deferla vers le Cardinal, rayonnant de bonte. On saisit sa main, on en baise l’anneau, on lui presente des bebes a benir . . . Et lui, souriant, paternel, s’abandonne a cette foule, avangant d’un pas a la minute, pour mieux se donner a tous, comme l’annonce sa devise pleine de sens : Apostolus Christi.
Pendant ses nombreux sejours dans la Ville eternelle, le Cardinal prenait ses quartiers dans le monastere des Redemptoristes, pres de Ste-Marie- Majeure. Aussitot son arrivee connue, la cloche du couvent sonnait a chaque instant et le frere portier avait fort a faire : cardinaux et diplomates, prelaws et religieux, beiges et etrangers de toutes nationalites se pressaient pour faire visite a l’eminent prelat, et celui-ci accueillait avec bonte tous ceux, connus et inconnus, qui demandaient a etre regus. « C’est avec grand’peine que l’illustre vieillard parvenait a se reserver, outre le temps necessaire a de longues conferences au Vatican, quelques heures de liberte pour revoir les grands sanctuaires ou faire, dans la campagne romaine, une simple promenade.)) (l)
(1) Monreale.
Le 5 juin, il repartait pour Malines, et ceux qui allerent le saluer a la gare furent loin de se douter qu’ils ne le reverraient plus . . .
Sa sante declinait a vue d’ceil, ma:’s sa volonte restait toujours la meme, energique et puissante. Jusqu’au bout, il demeura le pasteur vigilant et devoue. Vers la fin de novembre, malgre le mal qui l’etreignait deja si cruellement, il voulut, par une ceremonie religieuse impressionnante, feter les noces d’argent des Souverains beiges.
Ce fut son dernier acte public. Il n’en pouvait plus. Le 19 decembre, la grippe espagnole l’obligeait a s’aliter. Lorsqu’il annonga qu’il ne pourrait assister a la collation de la Rose d’or, offerte par le Pape Pie XI a la reine Elisabeth, a l’occasion du 25e anniversaire de son mariage, on apprit sa maladie, on en devina l’extreme gravite.
Et ses forces s’en alkient, declinant toujours . . . Le 28 decembre, transports a la clinique St -Jean, a Bruxelles, il dut subir une operation chirurgicale. Vu sa faiblesse, on lui administra un anesthesique local, et le noble malade put suivre le travail des medecins.
Un moment, il sembla hors de danger, mais le 6 janvier 1926, son etat empira a tel point qu’il demanda a recevoir les derniers sacrements. On comprit que la fin approchait, Pourtant, le 16, il