‹ CélébritésChapitre 5 sur 12 · C^L^BRIT^S · texte numérisé non relu

C^L^BRIT^S

gagner le prix: tantot un lapin, tan tot un couple de pigeons. »(1)

Lorsque les vacances le ramenaient a Braine, il recherchait la compagnie des ouvriers catholiques et il en etait aime. Deja, le jeune homme exergait ; ur les coeurs ee magnetisme qui l’a rendu pour ainsi dire l’ami de tout le monde. « Il y a souvent profit, ecrira-t-il plus tard, a prendre a l’ecole du peuple, des legons de psychologie. L’ouvrier pense tout haut. Nul mieux que lui, ne vous aide a lire dans l’intime de lame.)) Aussi, que d’entretiens avec ces humbles, qu’apres un demi-siecle, il appellera encore (( nos chers ouvriers brainois )).

Entr6 au grand seminaire en 1870, en pleine guerre franco-allemande, ordonne pretre a Bruxelles, le 4 avril 1874, par Mgr. Cattani, dans la chapelle de la nonciature, le nouveau levite ne souhaitait rien de plus qu’une modeste paroisse de la plaine, ou il pourrait travailler au salutdes ame . Mais deja ses superieurs avaient decide de l’envoyer a l’Universite de Louvain, pour en faire, par les hautes etudes, un professeur de choix.

Le voici prepare Apres avoir conquis les doctorats en lettres, philosophic et theologie, le <( grand abbe » fut, en 1877, nomme directeur des philo-

(1) D.-J. Mehcier, Oeuvres Pastorales, p. 292-294.

S. E. LE CARDINAL MERCIER 71

sophes au petit seminaire de Malines. C’est la que, par une renovation totale des etudes, devait commencer son action veritable. Initiateur de premier ordre, il decida qu’il enseignerait a ses eleves la philosophic thomiste. En meme temps, il les preparait a la vie, par l’education du caractere mais surtout il leur inspirait, par l’exhortation et par l’exemple, une piete profonde. Ce qui seduisait en lui, expliquait naguere l’un de ses meilleurs eleves, (( c’etait l’intense verite personnelle de ce qu’il faisait et de ce qu’il disait. Rien de conventionnel, rien d’apprete, rien de guinde, mais la communication, tou jours libre et spontanee, de sa vie la plus intime, de ses sentiments les plus vrais, de ses pensees les plus sinceres ; telle etait la methode constante de son enseignement et de sa direction. Pour se livrer sans voiles, il faut etre, sinon parfait, du moins exempt de ces faiblesses qui deconsiderent et qui ruinent toute autorite ; il faut avoir la pensee scrupuleusement droite, il faut etre exempt de toute servitude et de tout amour-propre, il faut avoir l’&me jeune et fraiche, devouee sans reserve, prete a s’oublier toujours et a se donner sans compter. Il avait en lui cette jeunesse, ce devouement, cette droiture d’esprit ce zele de l’ideal, et c’est pourquoi nos ames de vingt ans s’attachaient a la sienne”.(l)

(1) Miles, Correapondant, 10 ffevrier 1916, p. 418-419.

Sa valeur et ses succes lui ouvrirent bientot les portes de PUniversite. Nomme professeur a Louvain, au mois d’octobre 1882, il regut du pape Leon XIII une mission de haute confiance : la restauration de la philosophic de saint Thomas d’Aquin, un genie sur lequel pesaient trois siecles de silence . . . L’abbe Mercier fut done charge d’inaugurer, a Louvain, la premiere chaire de philosophic thomiste. Or, il enseigna de fagon si brillante la doctrine du <( Docteur Angelique )), que saint Thomas est aujourd’hui, dans tous les grands seminaires, Pauteur classique par excellence. En 1886, le Saint -Pere reconnut publiquement le magnifique labeur et les succes de ce pionnier, en lui donnant une prelature romaine.

Cinq ans plus tard, Mgr. Mercier fondait sa premiere grande oeuvre : YInstitut superieur de philosophic a Louvain. Deux ans apres, ses propres eleves etaient deja prets a occuper, autour de leur maitre, les chaires de cet Institut, ou Pon s’appliquait a (( former une elite de jeunes hommes a la science haute et desinteressee)) . En meme temps s’ouvrait le Seminaire Leon XIII, pour accueillir les jeunes etudiants thomistes venus de tous les pays. Ce labeur collectif avait pour organe de publicite la Revue neo-scolastique, dirigee par

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