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très simplement sans phrases et sans larmes.
Elle était au salon el attendait.
On introduisit Pierre.
Il s'approcha d'elle en tendant la main, elle y déposa la sienne et la retira aussitôt.
— Je suis bien malheureux, dit-il.
— Je le suis plus encore. Monsieur Pierre.
Célénie lui fit sig-ne de s'asseoir. Il obéit, elle s'assit auprès de lui.
— Parlons bas, dit-elle, il ne faut pas que ma mère entende.
Il approcha son fauteuil.
— Monsieur Pierre, je vous aime, vous l'avez deviné. Vous m'aimez aussi puisque vous me vouliez pour femme.
— Je vous veux encore.
— Ecoutez-moi sans m'interrompra, ce que j'ai à vous dire est si cruel, que j'ai besoin de toutes mes forces. Je ne puis être votre femme; je ne purs vous tromper, il y a quelques années, lorsque j'étais au ('conservatoire, j'ai été la maîtresse d'un de mes camarades de cours, j'étais jeune,
sans expérience, je me suis laissé entraîner. J'expie ma faute et je l'expierai jusqu'à la fin de ma vie. Vous me comprenez, je ne puis être M"''' Pierre Archambault, la femme d'un homme qui me croyait digne de lui. J'aurais pu me taire, celui qui m'a aimé est mort, nul n'a su ma honte, mais je n'ai pas même discuté avec moi-même et si j'avais consenti <à devenir votre femme, j'aurais vécu avec un remords de plus.
Restons amis, oubliez votre rêve et vos projets et pardonnez-moi la peine que je vous cause en pensant à celle que j'éprouve.
Elle se tut.
Pierre demeurait anéanti.
Une g-rande amertume s'épandit en lui.
Célénie, immobile, attendait une parole de reproche ou de désespoir, elle ne vint pas.
Pierre, immobile, les yeux fermés, semblait dormir, il réfléchissait.
La franchise de Célénie, loin d'avoir détruit ses sentiments pour elle, les avait modifiés; à la déception jalouse avait succédé, après la courte réflexion d'un esprit
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raisonnable, une grande estime pour la femme capable d'un tel aveu et d'un tel sacrifice.
— Nul ne le sait, pensait Pierre, je ne l'aurais pas soupçonnée, elle avait tout à perdre à cette confidence et rien à g-ag-ner. C'était son avenir et celui de sa mère qu'elle avait sacrifié et son cœur aussi. Pierre l'avait compris au déchirement intérieur deviné pendant les héroïques paroles paroles prononcées tout à l'heure.
Malg-ré son éducation familiale, Pierre n'avait aucun préjugé, il était aussi de nature obstinée et ne souffrait pas facilement la contrariété de ses projets et de sa volonté. Avec l'estime, un sentiment d'indulgence et de pardon lui vint pour Gélénie, ensuite duquel il comprit que sa volonté pourrait s'accomplir et ses projets se réaliser.
De plus il l'aimait, il ne pouvait se résoudre à laisser tant de bonheur pour un incident que sa morale de célibataire réduisait à une faute de jeunesse, expiée par des regrets et confessée avec honnêteté ;
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d'ailleurs le complice était mort. Il est passé dans nos mœurs, pensa-t-il, que les hommes exig-ent des femmes qu'ils épousent la plus stricte vertu, alors que les femmes n'ont jamais que des restes ; cette pauvre fille a suivi son cœur sans réflexion, trompée peut-être aussi par les promesses d'un homme. Je lui apporte une âme sceptique avec la fraîcheur factice que lui donnent des sentiments nouveaux, mais à tout prendre, Célénievaut mieux que moi. C'est la première femme que j'aime autrement qu'avec mes sens, mais ne suis-je pas le premier qu'elle aime librement sans influence de jeunesse, d'ennui ou de vanité. S'il est des situations où l'homme et la femme doivent être égaux, il apparaît bien que c'est en celle-ci. Après tout nous sommes quittes, et je l'épouse.
Toutes ces conclusions traversaient son esprit, et son jugement droit, loin de s'en efl'rayer, les ratifia sans peine. Pierre était un homme d'habitude un peu entêté, il rompit le silence qui devenait pénible.
— Gélénie, dit-il doucement, permet-