‹ Célénie Jacotin de la Comédie françaiseChapitre 5 sur 6 · CÉLÉ.ME JACOTIN · texte numérisé non relu

CÉLÉ.ME JACOTIN

lez-moi de vous appeler ainsi ! Après ce que vous m'avez avoué, je vous estime plus encore et je ne vous aime pas moins, voulez-vous être ma femme et me promettezvous de l'être complètement?

Elle leva ses beaux yeux vers lui, ne pouvant croire à un pardon si facile et surtout aune estime nouvelle. Elle se leva, Pierre aussi. Ne pouvant maîtriser plus long-temps sa nervosité féminine, Célénie éclata en larmes, et comme elle cherchait un refuge où abriter sa détresse, elle trouva les bras de Pierre. Il Ty reçut, et l'y conserva, et il déposa un premier baiser sur son front, elle le lui rendit.

— Vous serez ma femme, j'ai oublié, ajouta-t-il, oublions !

— Oui, dit-elle tout bas.

Elle remit de Tordre dans sa personne que toutes ces émotions avaient échevelée, et radieuse, ouvrit la porte et se précipitant dans les bras de M""® Jacotin, comme on le fait dans les drames de Pierre Decourcclle :

— Maman, dit-elle, voici mon mari.

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Pierre remué, sinon ému, embrassa Thonorabledame qui bredouillait entre larmes et rire :

— Quel bonheur! mes enfants, quel bonheur!

Pierre alla prévenir M. Lacaille, qui vint faire son compliment et les pria à dîner chez Champeaux, le restaurant de sa jeunesse et de ses souvenirs.

Pierre passa chez Labrousse et envoya un bouquet colossal de roses et d'orchidées, et le soir, avant de se mettre à table, offrit le diamant à Célénie.

— Que vous êtes bon, dit-elle, mais que ce soit tout.

Le dîner fut somptueux. M. Lacaille avait bien fait les choses. La joie débordait de M™*" Jacotin, vêtue à la coutume de sa fameuse robe de satin noir. Le bonheur la transfigurait, si bien que Pierre, désignant à Célénie M. Lacaille et sa mère, lui dit tout bas en riant :

— Si on les mariait aussi.

— Nous verrons plus tard, je n'ai pas le temps de m'occuper du mariag-e de maman.

Pierre et M. Lacaille reconduisirent ces dames et rentrèrent à Thôtel, des gouttes de pluie chaude tombaient.

Lorsque avec la solitude, Pierre retrouva la réflexion, il se dit encore :

— Je suis enfin pris comme les autres, après tout, c'est comme si j'épousais une charmante veuve.

Il était minuit, des bruits de voiture rares et sourds montaient de la rue puis s'éloignaient.

Pierre s'endormit.

is

Oa avait parlé tout bas, dans Vésonnes, jus(ju'au jour où l'on sut avec certitude, toujours par M. Perusson, que M. Lacaille était parti pour faire la demande.

L'indig-nation éclata. Il y eut deux parlis, celui de la rupture et de l'anathèmc, celui de la conciliation et du pardon.

Toute la ville alors était informée des projets de Pierre. La nouvelle s'était répandue dès le premier jour avec une rapidité électrique.

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Au sortir du salon de M""® Deleslrée, jyjme jç la Brocatière avait dit avec autorité:

— Je cours le dire aux Balatliras, Mademoiselle Gonfrier, passez donc chez l'abbé Jossequin, et Madame Mestral verra les Liernolles, il faut empêcher ce mariage à tout prix. Mesdames !

Ainsi la médisance s'était fortifiée en se divisant. M'"'' de la Brocatière arriva chez M'^Me Balathras qui habitait la même rue que M'^^Delestrée et recevait le même jour qu'elle.

On avait coutume d'aller chez M*"^ Delestrée d'abord, et de dire que M"Me Balatliras vivait de ses restes.

M°^® de Balathras était pleine des mérites qu'elle n'avait point. Elle se croyait noble à cause de sa particule, intelligente comme tout le monde, riche colossalement avec vingt mille francs de rente, qui lui faisaient le profit de quarante ; elle était vulgaire, importante et bavarde.

M""'' de Balathras avait convoité Pierre pour sa fille à peine nubile, une grosse rougeaude, fruit des amours contractuelles

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de ses père et mère, laide comme l'un, g-auche comme Taulre et à qui tout jugement avisé assignait le célibat éternel.

M. de Balathras était célèbre dans Vésonnes par le volume bruyant de sa personne, par ses bévues et ses absences de lact, telles, qu'on le nommait M. de Patatras.

M'"® de la Brocatière négligea encore les formules polies, et, sans s'asseoir, le chapeau dérangé, la voix altérée s'écria :

— Ma chère, Pierre Archambault épouse une actrice.

— Ah ! mon Dieu, clama M""^ de Balathras. Que me dites-vous? Ce n'est pas possible !

— C'est tout ce qu'il y a de plus vrail

— Mais enfin, lorsque je lui ai faitproposerClémence par l'abbé Jossequin, l'abbé m'a répondu : M"*^ Clémence conviendrait à merveille mais M. Pierre ne veut pas se marier.

M*"* de la Brocatière sourit de cet aveu sans artifice et répondit avec colère :

— Il veut si peu qu'il va épouser une

di'ôlesse, une fille de rien, une actrice qu'il a connue à Paris et qui a été sa maîtresse sans doute !

— C'est une horreur! ma chère, glapit M"^ de Balathras.

— Et toute cette fortune qui va être dissipée par cette gotton.

— Et ce beau mobilier, ils ont des choses superbes !

— Cette créature ne va pas venir à Vésonnes, ajouta M'"*' de Balathras dont l'œil mesurait déjà le sentier de la guerre.

— Nous l'espérons bien, INP'^ Delestrée, moi, nous, vous, toutes ces dames enfin fermeront leurs portes, nous interdirons à nos maris de voir Pierre Archambault, puisqu'il n'a pu trouver un parti à Vésonnes, qu'il aille habiter Paris où il a rencontré cette femme !

— Si cette pauvre dame Archambault vivait

— C'est ce que nous disions, ma chère, avecM"'' Delestrée.

— A propos de M""" Delestrée on m'a raconté...

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