‹ Célibat et célibatairesChapitre 11 sur 103 · IMPOSÉ, FORCÉ · texte numérisé non relu

IMPOSÉ, FORCÉ

Dès que la volonté de vivre seul n’est pas libre, spontanée, délibérée, le célibat est obligé, imposé ou forcé, comme le mariage l’est trop souvent aussi. La diversité d’interprétation de ces mots comprend tous les degrés intermédiaires entre ces deux formes principales, opposées, constituant la généralité des cas. L’absence ou l’indécision de cette volonté en est 1* unique exception ; d’où le Célibat par indifférence formant la scission absolue.

La force ici diffère beaucoup. Il y a la force physique et la force morale ; la force de la volonté, de la conscience, du devoir ; celle de l’autorité et de la loi. Il y a des degrés dans celle-ci et bien des variations dans celle-là, suivant les individus, d’après la rectitude de leur esprit, leur raison et leur conscieuce, la délicatesse même de leur cœur.

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Le devoir, l’obligation ne sont pas uniformes pour tous au sens moral, surtout en face d’un acte aussi grave et impérieux que le mariage. Une passion impétueuse comme l’amour, quand elle y préside, peut surtout eu altérer et même en annihiler le sentiment. De là les nombreuses variétés de ce célibat.

Il est issu des coutumes féodales par l’institution du droit d’aînesse en faveur du premier-né mâle des grandes familles ou du second chez les Vénitiens. Tous les autres enfants étaient relégués dans un célibat forcé. Habitués au jeu, à la chasse, à la débauche, tous ces célibataires, jetés violemment dans une carrière antipathique : l’armée, la magistrature ou l’église, restaient des modèles d’incontinence, de mœurs déréglées et de libertinage, dans toute l’acception du mot.

D’après Marc, écrivant il y a un demi-siècle, le célibat comprenait seulement ceux que l’opinion religieuse y entraîne et ceux que l’inertie de leur tempérament y pousse. Une foule d’autres causes étrangères le déterminent au contraire, tandis que la frigidité, la timidité, des organes ou des sentiments imparfaits, ne suffisent pas toujours à y retenir ceux qui en sont atteints. Beaucoup d’estropiés, infirmes ou difformes, y sont notamment condamnés.

La limite en est parfois difficile à saisir, impossible même à fixer ; d’où sa confusion latente avec le célibat volontaire et l’importance de la dissipertout d’abord. L’obligation purement morale de ne pas abandonner un parent, un ami, un bienfaiteur, ou de ne pas leur déplaire par une cause quelconque,

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en se mariant, peut retenir les deux sexes dans un célibat prolongé et même indéfini, alors qu’un mariage projeté est désiré, convenu. Que de fiancés se sont patiemment attendus de la sorte réciproquement, au-delà du temps fixé et même du temps voulu ! Il suffit que la volonté d’observer sa promesse ou son devoir soit plus forte, énergique, que celle du mariage — diminuant toujours avec le temps, passé un certain âge — pour le retarder indéfiniment. Aussi ces fiançailles indéterminées existent surtout entre vieux ; sorte de célibat conditionnel, formant l’intermédiaire entre ces deux variétés distinctes, comme le Célibat par indifférence.

Il est volontaire si le mobile en est désintéressé, sans condition, par devoir pur, dévouement ou générosité. En le préférant au mariage, sans y être obligé, le célibataire montre qu’il éprouve plus de joie, de bonheur et de satisfaction qu’en remplissant sa promesse conjugale. L’obligation précisée, rémunérée ou intéressée, le devoir s’imposant par l’hérédité ou un don, rend le célibat obligatoire, forcé. Aussi est-il le plus souvent incertain, temporaire et mal observé, dans ces conditions. Des entrevues secrètes ou des rapports clandestins ont lieu entre les jeunes amoureux et le mariage triomphe bientôt du célibat. Un concubinage dérobé s’ensuit même à un âge avancé pour tenir plus sûrement sa promesse, comme il y en a de nombreux exemples.

Il est encore involontaire chez ceux qui le subissent par nécessité, la misère ou le soutien des parents ; certaines obligations d’études, de recherches,

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de voyages, incompatibles avec le mariage. L’entrée de quelques professions en est ainsi une condition sine qua non pour en retirer tous les avantages ou les honneurs en ressortissant. Les militaires, les artistes et les savants sont particulièrement dans ce cas; mais ce n’est jamais là qu’une prolongation plus ou moins limitée d’un célibat suspensif ou à temps. Sa durée indéfinie est soumise bien plus au caractère, au tempérament, à l’esprit de l’individu, qu’à la profession. La preuve en est dans son défaut d’observation absolue et sa cessation variable suivant ces conditions.

Il est obligé chez toute personne se reconnaissant inapte à l’union conjugale par une conformation vicieuse ou difforme des parties externes de la génération ; le pseudo-hermaphrodisme en particulier. Par l’impuissance en résultant, elle s’expose à ne pouvoir réaliser l’union sexuelle, à des souffrances et des lésions personnelles, aux reproches de son conjoint et jusqu’à l’annulation juridique du mariage.

Le plus radicalement forcé résulte de l’impuissance physique. Pas moyen de songer au mariage en pareil cas. Un peintre suisse de 38 ans, parfaitement constitué en apparence, m’en offrait l’exemple il y a trois mois. Masturbateur passionné jusqu’à vingt ans, il n’avait cessé qu’à l’apparition de pollutions spontanées. Une blennorrhagie suivie de bubon, contractée avec une prostituée dans ces conditions, augmenta le mal. Il n’a pas cessé depuis en empêchant tout^? 'rection. La moindre iiensée, regard, pa-

OBLIGATOIRE rôle ou toucher lubrique détermine aussitôt une pollution, même le jour, debout, assis, surtout en chemin de fer par les secousses et la dureté du siège. Aucune lésion locale appréciable. L’action topique de 1 ergotine a amené une certaine amélioration, sans permettre encore de rapports normaux.

De même des filles non réglées ou mal conformées par un bassin difforme, rétréci, comme des garçons privés de testicules ou atteints d’aspermatisme. Tout en pouvant réaliser l’union sexuelle, la génération étant impossible, le célibat est licite et approuvé par les lois civiles et religieuses ; l’exiger serait encore mieux.

Le célibat religieux conviendrait de préférence à tous ces infirmes; Tamour qui peut naître en eux, parfois avec autant d’ardeur que chez les mieux constitués, aurait au moins un but. Leur âme trouverait son aliment dans l’amour de Dieu et il serait facilité et mieux observé par les conditions de la vie religieuse, énumérées à ce mot.

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Il est aussi exigé, imposé légalement à la plupart des militaires, jeunes et vieux, durant leur service actif, dans les divers États. L’obligation pour ceux-ci de venir au secours des veuves et orphelins de leurs soldats et officiers morts, en est le principal motif. Il est surtout prescrit en temps de guerre, tandis que Franck, en vue de celle-ci, conseilla de mariage en Allemagne pour augmenter sa population. La tolé-rance en était si grande en Espagne, en 1852, que sur

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8.597 officiers et sous-officiers d’infanterie, 1879, soit le tiers, étaient mariés ou veufs. Devenu plus rigoureux depuis lors, il est toujours limité en formant le Célibat prolongé.

Tout en déplorant, dans sa Médecine sociale, ces grandes armées de célibataires entretenant les désordres inséparables du célibat, A. Garnier est d’avis qu’il est nécessaire, comme le docteur Sainte-Marie. Les habitudes domestiques et familiales différant de celles de la garnison, du bivouac et du campement, il a remarqué que les chefs et officiers mariés sont moins propres aux commandements actifs et périlleux que les célibataires. De là les entraves mises au mariage des officiers qui ont à justifier, pour en obtenir la permission, d’une dot de la femme équivalente à un revenu proportionné à son grade, de manière qu’en cas de mort, femme et enfants ne soient pas entièrement à la charge de l’État.

Il n’est pas nécessaire d’invoquer d’autres considérations sentimentales à l’appui. On comprend que la guerre ne soit pas précisément favorable au mariage ni aux soins paternels de la famille ; mais en temps de paix, le militaire n’est-il pas aussi apte que tout autre à en remplir les devoirs? Le fait est que la plupart des officiers se marient avant leur retraite. C’est même une condition indispensable pour que la femme ait droit à la pension et les enfants aux avantages correspondants. C’est donc là un véritable encouragement. Ne pouvant être alternativement célibataire en temps de guerre et marié pendant la paix, le militaire ne semble pas plus voué au cé-

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libat que les autres hommes, surtout depuis que les guerres ne sont plus qu’un accident rare, passager et très court dans sa carrière. Tout le reste de son temps peut être consacré à sa femme et à ses enfants, concurremment avec ses devoirs militaires. Il y trouvera le grand avantage de ne plus être réduit à employer ses loisirs au café, à l’estaminet, à la mess, qui sont les lieux ordinaires de réunion, comme les sousofficiers et les soldats à la cantine.

Contre ce mariage, on a dit que les plaisirs du lit conjugal, les douceurs de la famille, énervaient vite l’énergie physique exigée pour le service militaire. C’est précisément tout le contraire. En tempérant et régularisant ces plaisirs, la vie conjugale n’expose plus à la dissipation et aux excès de toutes sortes du libertinage des célibataires. Les charges inévitables du mariage imposent l’ordre et Téconomie, et la régularité de la vie d’intérieur est une garantie de force et de santé. Le but de Platon, en prohibant le mariage aux guerriers de sa république idéale, était de rendre seulement femmes et enfants communs entre eux. Ils appartenaient à tous et à personne en particulier. C’était simplement la polygamie grecque.

Prétendre que le militaire laissant à la maison une famille qui réclame son appui n’ira pas exposer sa vie avec courage à la brèche ; que l’agitation des marches, l’embarras et l’incertitude en tout sont incompatibles avec le mariage qui condamne à la conservation, la prudence, la timidité, la soumission et parfois l’esclavage, c’est ne tenir aucun compte des conditions actuelles de la guerre. Le militaire com-

battant, officier comme soldat, une fois engagé, n’a plus que le souci de triompher pour son pays, son foyer et ceux qu’ily a laissés. S’il y pense dan s l’action, ce sera pour en être excité, stimulé, et s’en montrer plus digne pour leur honneur, leur profit et son propre avancement. Il y a plus de lâcheté à craindre du célibataire, n’ayant à penser qu’à lui, sans rien à conserver, surtout s’il est égoïste comme la plupart.

Est-ce que le mariage a empêché la plupart des Allemands mariés de la landioher d’envahir notre sol à l’eiivi en 1870? Pourquoi les Français n’en feraientils pas autant, en cas de nécessité d’une revanche? Ne sont-ils pas les fils des glorieux républicains de 92 qui , à l’envabissement du sol de la patrie par ces mêmes Allemands, ont tous couru aux armes, aux cris patriotiques de la Marseillaise'^ La patrie est au-dessus de la famille, et doit être plus chère à tout citoyen valide que père et mère, femme et enfants. Ceux-ci lui feraient meme un devoir de les quitter pour courir à son secours. L’expérience contredit donc tous ces raisonnements en faveur du célibat militaire.

Il est, avec le service obligatoire actuel, comme celui des religieux, une cause puissante de dépopulation et de corruption des mœurs. L’envahissement des camps, des forteresses et des casernes par des prostituées, en est partout la preuve. De là des maladies vénériennes en résultant, des frais de traitement et des non-valenrs au rang. Il s’ajoute ainsi à la guerre et aux révolutions, aux famines et aux disettes l’insalubrité, les endémies et les épidémies, la

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misère ou paupérisme, le luxe et ]a corruption, pour décimer l’ humanité.

Une modification notable tend heureusement à s’introduire à ce sujet, depuis les guerres récentes de !a Prusse. L’obligation du service militaire pour tous les garçoçs valides de 20 à 40 ans, en commandant de laisser la faculté du mariage aux hommes de la réserve et de l’armée territoriale, à l’exemple de l’Allemagne, montre de plus en plus que celui-ci n’est pas incompatible avec le service, excepté en activité. Cette période étant diminuée de cinq à trois ans en France, tous les jeunes gens de 25 ans et même au-dessous seront libres, dès cet âge, de prendre femme, alors que cette faculté n’existait autrefois que vers 30" ans. Rompu à son nouveau métier et ayant oublié l’ancien, le soldat ou sousofficier, qui n’était pas rappelé dans ses foyers par un certain bien-être, contractait un réengagement ou se vendait comme remplaçant. Il en résultait des célibataires attitrés. La guerre de 1870 a changé toutes ces conditions; l’armée s’est démocratisée. Nouvelle application du proverbe : A quelque chose malheur est bon.

Un autre effet salutaire semble résulter de ce nouvel état de choses : c’est la diminution des maladies vénériennes et syphilitiques parmi les jeunes troupes. De 95 pour 1,000 hommes d’effectif de 1862 à 1869, la proportion- des vénériens est descendue graduellement à 75 en 1875 jusqu’à 60 en 1878, d’après les statistiques du professeur Mathieu, du Val-de-Grâce. Avec le service obligatoire, les jeunes soldats, con-

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stamment tenus en haleine par le service et des exercices toute l’année, n’ont plus les loisirs qui les entraînaient à la boisson et à la débauche, comme les vieux soldats et sous-officiers d’autrefois. N’ayant plus leur exemple, ils rentrent plus sains de corps dans leurs foyers, fortifiés et en parfaite santé.

Le célibat le plus rigoureusement forcé est celui des marins au long cours, des militaires en campagne, assiégés dans une forteresse ou une place forte. C’est l’abstinence absolue pendant des mois, sinon des années comme autrefois. Elle est pourtant moins prolongée encore que pour les prisonniers des deux sexes, condamnés à temps ou à vie et relégués séparément dans des prisons fermées ou des pénitenciers dontils ne peuvent sortir. Cette abstinence absoluedes condamnés jeunes et vigoureux, doit être encore plus dure que les travaux forcés qu’ils subissent. Elle les provoque et les entraîne fatalement à l’onanisme solitaire et à deux avec toutes ses suites. La rétention du sperme, agissant comme excitant, peut même développer le priapisme et le satyriasis chez les plus chastes, comme le curé de Cours en est un exemple. Les hommes nervoso-sanguins y sont les plus exposés. Les prêtres et les religieux chastes sont ainsi réveillés spontanément plusieurs fois la nuit par des érections violentes et douloureuses qu’ils ne peuvent calmer, éteindre, que par des aspersions locales d’eau froide.

Ayant observé comme médecin, en 1849, une

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centaine d’hommes de 20 à 50 ans, réunis pendant six mois consécutifs sur un petit navire voguant sur rOcéan, j’ai constaté à quel degré d’érotisme le défaut de satisfaction des instincts génitaux, augmenté par l’oisiveté, peut porter des natures grossières et ignorantes. Une lubricité épouvantable, une salacité dégoûtante, excitées par le priapisme et le satyriasis dont quelques-uns étaient victimes, régnait parmi eux. C’était à ne pas descendre dans l’entrepont.

I C’est pis encore dans les prisons et les pénitenciers,

I malgré la discipline rigoureuse qui y règne. Excités

I par l’age, les conversations et tout ce qui se voit et

j s’entend, ces êtres corrompus et dégradés se livrent isolément ou entre eux à toutes les souillures. C’est là surtout que les natures semblables se recherchent et s’excitent mutuellement. Comment des liaisons d’hommes jeunes, ressentant tous les aiguillons de l’instinct génital et le plus souvent sans conscience ni espérance pour les réprimer, ne s’établiraient-elles pas? Si la sodomie n’existait de toute antiquité, elle eût été inventée dans ces lieux immondes. Un témoin oculaire écrivait que le soufre et le feu qui détruisirent Sodome et Gomorrhe ne suffiraient pas à purifier la Nouvelle-Calédonie. {Temps, 17 juillet 1879.)

Le type de ce célibat forcé est encore offert par les époux judiciairement séparés. Il est aussi absolu et indéfini, d’après la loi civile, que le célibat religieux. Avant le rétablissement du divorce, c’était le concubinage organisé, à côté du mariage, avec toutes les plus tristes conséquences du désordre et de fimmo-

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ralité pour les bâtards. Par la tendanc nsurmontable des séparés à se remettre en ménage, comme les veufs et les divorcés, démontrée par la statis tique, cette indissolubilité créait autant de bigamies de fait. Trois ouvriers, sur huit séparés, ont ainsi deux ménages. Les enfants bâtards sont multipliés hors de la famille et les adultérins dans la famille. Voilà le fait de la séparation, dit M. Legouvé. C’est un divorce déguisé qui, en laissant dans la sociélé deux individus sans liens d’affection et unis indissolublement, les condamne à l’immoralité pour satisfaire des besoins naturels, et souvent même celui de la maternité, comme la statistique des causes de séparation le prouve page 46. Heureusement, le dirorce rétabli tend à y mettre fin ; le célibat des séparés étant devenu volontaire — et c’est justice — comme celui des divorcés.

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Les effets du célibat forcé sont parfois déplorables par la continence en résultant. Une abstinence trop rigoureuse amène souvent une exaltation de l’appétence sexuelle. Un premier rapport a-t-il lieu que les désirs croissent d’une manière si impérieuse qu’ils deviennent insurmontables. Que de célibataires conduits ainsi dans une maison de prostitution, pour satisfaire ce besoin, y reviennent forcément ensuite, au point de s’en faire une funeste habitude ! Après plusieurs années d’une vie chaste, des personnes distinguées se sont ainsi livrées aux excès les plus déréglés du libertinage. Ce fait s’observe surtout chez

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les femmes et tous les individus dont Fabstinence était involontaire ou forcée.

D’autres fois, au contraire, les personnes qui, contre leur tempérament ou leur habitude, renoncent absolument au congrès — comme après la mort d’une femme ou d’un mari aimés — contractent une propension à la mélancolie que l’on attribue exclusivement au chagrin, à la tristesse, à la solitude. Mais le même fait s’observe egalement chez les célibataires isolés. Sous l’inlluence de la prolongation de cette continence, leurs actions portent d’une manière croissante l’empreinte de l’égarement et de la faiblesse d’esprit.

Ces troubles, chez l’homme, ont été attribués spécialement autrefois à la rétention du sperme. Son abondance dans l’organisme, dit Zimmermann, produit des effets semblables à son épuisement. Baglivi déclare qu’à circonstances égales, les maladies des personnes chastes prennent un caractère plus grave que chez les autres. Frank assure même qu’elles se jugent par une excrétion spermatique chez les célibataires. Sa rétention amène la tristesse et l’épilepsie, suivant Haller, et il n’est pas rare qué des pustules hideuses sur le corps et le front en particulier en soient le résultat.

Devant les affirmations catégoriques de maîtres aussi éminents dans l’histoire de la médecine, il serait téméraire de les révoquer en doute, comme en l’absence de faits à l’appui, il est impossible de les contredire. Elles sont pourtant en opposition formelle avec l’observation actuelle. Comment consta--

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ter d’ailleurs cette rétention du sperme ? La continence, ni la chasteté la plus rigoureuse ne suffit pas à l’expliquer, puisque l’exonération s’elFectue spontanément, et peut s’opérer toujours artificiellement dans les garde-robes, sans traces apparentes. Les rétrécissements des canaux éjaculateurs et leur obstruction par les maladies de la prostate peuvent sans doute la déterminer, comme ceux du canal de l’urèthre s’opposent parfois complètement à l’émission de l’urine ; mais ces cas sont si rares et graves que fou ne s’en occupe guère qu’à l’autopsie.

En réalité, la rétention spermatique ne se constate positivement que par la concrétion, l’épaississement, la solidification du Iluide séminal dans ses réservoirs naturels. Il se rencontre ainsi sous forme de sympexions dans les vésicules séminales, comme deux cas seulement en ont été rencontrés chez un supplicié après sa mort et chez un garçon vivant. {La Stérilité humaine, page 402.)

Quant à l’absorption par l’organisme du sperme en nature retenu à l’intérieur, comme les anciens l’admettaient, elle n’est prouvée ni par sa présence dans le sang ni les autres liquides, pas plus que dans les tissus, le cerveau en particulier. Ses principes constituants, absorbés en excès par l’organisme, peuvent sans doute être nuisibles, comme ceux du lait et de la bile. Mais l’abondance de ces sécrétions est sans rapport avec la raréfaction du sperme et sa parcimonie. Aucune comparaison n’est donc possible avec les effets morbides attribués par le vulgaire au lait répandu, aux épanchements de hile, ni dMwéten-

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lions d'urine. Celle-ci étant surtout un liquide excréraenlitiel doit produire, par ses éléments constituants même, des effets infiniment plus graves, toxiques et mortels que le sperme, principe essentiel de la vie.

D’où l’erreur d’attribuer ces phénomènes généraux à la simple rétention locale et mécanique du sperme par l’abstinence. 11 importe donc essentiellement de la détruire ici. La preuve en est faite par la femme, privée de ce liquide et souffrant néanmoins plus que Thomme de la répression de ses désirs vénériens. Sa surexcitabilité nerveuse, mise en échec par les lois et les convenances sociales, l’expose à une foule de troubles et de désordres nerveux, sinon de maladies, provenant de la chasteté. Les dérangements de la menstruation, les pâles couleurs, les pertes blanches, les attaques de nerfs, n’ont souvent pas d’autre cause, comme on le constate chez les jeunes filles, les veuves et surtout les religieuses.

' Ces divers symptômes et tant d’autres, bizarres et persistants, alarmants même, ayant cédé parfois à quelques jours, semaines ou mois de mariage, on a fait empiriquement de ce moyen une panacée pour tous les cas de ce genre. Le père de la médecine, énumérant les maladies auxquelles les vierges sont exposées, leur recommande de se marier le plus tôt pos sible. Venette regarde le mariage comme le plus efficace remède contre la chlorose. [Amour conjugal ^ page 357, Cologne 1696.) Tissot montre les suites désastreuses d’une chasteté outrée par des convulsions violentes avec perte de connaissance, chez une veuve de 40 ans, très ardente à remplir les devoirs

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conjugaux pendant son mariage. Une friction énergique d«s parties génitales détermina un écoulement qui la fit revenir de cet accès.

Des faits aussi légèrement observés ont entretenu et accrédité longtemps la croyance à une éjaculation spermatique de la femme; toutes les maladies spéciales dont elle souffre ont ainsi été faussement attribuées à la rétention de ce liquide, comme chez l’homme. Cette erreur persiste même encore chez les femmes galantes par les manœuvres directes faites pour obtenir cette prétendue évacuation. La découverte des ovules et leur détachement, leur chute spontanée de l’ovaire, expliquant la menstruation et la génération, ont détruit cette supposition ; au contraire, la présence des petites glandes situées dans le vagin pour favoriser le coït, en rend parfaitement compte. Elles sont analogues à celles qui se trouvent dans le canal de l’urèthre chez l’homme pour liquéfier le sperme.

Stimulées par les désirs vénériens chez les deux sexes, ces glandes sécrètent un mucus incolore, clair et filant, s’écoulant par leurs orifices dans les canaux où elles siègent, comme les glandes salivaires, au goût ou à l’aspect d’un mets friand, appétissant, versent la salive dans la bouche. Le coït, en les irritant d’une manière directe et mécanique chez la femme, augmente encore cette sécrétion. Expulsée tout à coup lors du spasme cynique, chez les fen> mes nerveuses, passionnées, elle simule une véritable décharge, autant pai ron abondance que la sensation voluptueuse en résulta at. D’où le secret de cette mé-

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prise, assez commune pour que de jeunes garçons et même des adultes inexpérimentés confondent le liquide prostatique, dès qu’ils en sont mouillés, avec le sperme, par l’impression voluptueuse qu’ils en éprouvent en l’absence d’aucune émission spermatique.

Beaucoup de femmes ont une foi si profonde et aveugle dans cette fausse éjaculation que tous les excès et les abus de coït sont commis dans cet unique but. Elle devient même une cause d’onanisme vaginal, soit seul, soit entre les deux sexes. Le saphisme entre femmes n’a pas d’autre but. A défaut de la main pour en obtenir l’effet voulu, désiré, celleci est remplacée par une foule d’objets ou d’instruments mécaniques : étuis, bobines, crayons, porteplumes sont les plus usités, comme de nombreux exemples le prouvent. Mesué inventa un pessaire spécial, au siècle dernier, pour tenir lieu du pénis et très commode, dit-il, pour obtenir cette expulsion de fa semence. Des phallus perfectionnés le remplacent aujourd’hui avec avantage. En cas d’insuffisance de ces moyens mécaniques, des femmes — et ce sont ordinairement des célibataires ou des veuves — vont jusqu’à recourir à la gueule de petits chiens, sinon à la langue d’hommes, de femmes ou d’enfants complaisants, afin d’obtenir plus sûrement cette exonération des glandes vulvo- vaginales par le spasme vénérien. Des cas authentiques de ces divers modes en sont relatés dans V Onanisme sous toutes ses foires et leurs conséquences, Paris 1883.

La rétention de ce liquide n’est donc pas la causo des souffrances ni des maladies attribuées à la conti-

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nence de la femme. L’abstinence surexcitant ses désirs non satisfaits et les exaltant en est la seule. De laies troubles et les perturbations de son système nerveux, les névroses et les névralgies en résultant. Tous les excès et les manœuvres mis en usage pour y suppléer augmentent encore ces maux. Le remède est dans les calmants et l’usage modéré du coït, souvent même dans une grossesse, pour éteindre ce violent prurit vénérien.

Des lésions locales ou sur place sont les seules à redouter de cette rétention. Surexcitées directement pour l’élimination voluptueuse du liquide qu’elles contiennent, les glandes vulvo- vaginales deviennent le siège de tumeurs, kystes ou abcès des lèvres, comme le sperme eu détermine dans les testicules ou les voies séminales. L’altération de ces liquides, leur décomposition est seule susceptible d’infecter l’économie tout entière.

Ces longs détails, paraissant un hors-d’œuvre dans un livre sur le célibat, n’étaient donc pas inutiles pour éclairer les célibataires des deux sexes, veufs et veuves, sur ce point spécial. C’est la plaie secrète et mystérieuse de leur état dont la plupart des femmes chastes ont à souffrir par l’action indéniable de la continence sur leur système nerveux. Le défaut ou le mépris des pures jouissances de l’amour, en fermant le cœur et l’âme aux douces émotions et aux joies si vives qu’elles déterminent, y suffit bien. L’isolement, l’égoïsme et les passions apparentes ou cachées, les désirs concentrés, inassouvis, nourris par la plupart des célibataires, expliquent bien plus

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rationnellement l’ennui, la tristesse, le chagrin, le découragement, la mélancolie qui les accablent à la longue par les regrets du passé et l’inquiétude de l’avenir. Sur 20 personnes que le tædium vitæ ou spleen, c’est-à-dire l’hypocondrie, porte au suicide en Angleterre, plus de la moitié sont célibataires. La même remarque a été faite en France et l’on a observé à Gênes, au commencement de ce siècle, que la mortalité générale des hommes était proportionnellement d’un tiers en plus parmi les célibataires que parmi les mariés. (Journ. de Paris, 16 mars 1807.)

Inutile d'insister ici sur les autres conséquences physiologiques ou morbides de cette forme de célibat. Elles seront bien mieux placées au Célibat religieux qui en est le type officiel, public, avoué et reconnu partout où la religion romaine est pratiquée. Ce n’est pas à dire qu’il soit exclusivement ni rigoureusement observé par ses ministres et ne se rencontre pa,s dans la vie civile. Au contraire, il est plus fréquent ici que l’on ne pense, chez les filles en particulier, avec d’autant plus de mérite et de vertu qu’il n’est pas obligatoire . Une bonne éducation morale et religieuse suffit à une femme sérieuse, au ternpérament froid, à la vie retirée, occupée, fuyant toute cause d’excitation sexuelle, bien pénétrée de scs devoirs et dominée par orgueil ou respect humain, passion ou devoir quelconque, à supporter aisément ce célibat et échapper à ses funestes conséquences.

La preuve s’en rencontre tous les jours parmi les filles, les veuves, les femmes séparées et divorcées. Jeunes ou vieilles, avec ou sans enfants, il en est qui

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ont une conduite exemplaire, une vie irréprochable. L’instinct génital semble éteint, aboli, malgré leur menstruation. Vouées à la mémoire de leur mari et au nom qu’elles portent, au respect et à l’amour de leurs enfants ou de leurs parents, elles sont protégées ainsi contre toute excitation sexuelle, dès que leur tendresse innée peut se satisfaire légitimement sur quelqu’un ou quelque chose. C’est le meilleur préservatif. N’avoir rien ni personne à aimer, à s’attacher ou se dévouer, est le plus grand écueil du célibat obligé de la femme. Il faut qu’elle aime!

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PAR INDIFFÉRENCE

A défaut de l’idée fixe, préconçue ou la volonté ferme et arrêtée de rester célibataire, l’indécision, l’irrésolution pour le mariage conduit parfois au même résultat. Les personnes lymphatiques, à l’esprit lent et Ihible, flottant, la volonté indécise, vacillante, au caractère froid, les sens torpides, sont les plus exposées à vivre ainsi involontairement dans le célibat, tout en désirant se marier sans plus de résolution. Indolentes et paresseuses à se décider pour tous les actes de 1a vie, elles vacillent d’autant plus pour le plus important. L’exercice de la pensée en est affaibli, annulé et la volonté amollie. Toujours incertaines, irrésolues de ce qu’elles veulent ou ne veulent pas, elles n’agissent que par habitude ou par force. Autrement, elles remettent invariablement pour se

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prononcer ou s'exécuter avec une puissance d’inertie indomptable, invincible.

Le mariage, en particulier, ne peut fixer l’attention de ces jeunes gens-Ià, garçons et filles, ni vaincre leur hésitation, quoiqu’on en parlant avec enthousiasme et paraissant le désirer vivement. Le bonheur des autres leur fait envie, et ils ont des phrases, des mots stéréotypés pour y applaudir ; mais ils deviennent hésitants et indifférents si on leur demande leur choix. Une proposition ferme leur est- elle faite dans ce sens? ils deviennent soudainement sourds-muets et ne savent que répondre. D’abord, ils sont encore trop jeunes et ils ont le temps d’y penser. Plus tard, ils n’ont pas le loisir d’y réfléchir; leur position n’est pas assurée, et il y a toujours ceci ou cela qui les empêche d’y songer sérieusement. Les presse-t-on de se prononcer devant une occasion à saisir? ils éludent de répondre par des si ou des mais, et s’ils s’engagent... tacitement devant une condition d’âge, de temps, de dot ou de position, on peut être sûr d’avance qu’ils n’y satisferont pas pour mieux se dégager, ou trouveront un prétexte pour se déjuger en acceptant passivement toutes les objections, les suppositions qu’on leur suggère. 11 est si facile de leur persuader qu’ils ont un devoir, une obligation à ne pas s’élever contre la volonté de ceux qui les en détournent, parents ou amis, qu’ils se résignent à obéir, tout en se plaignant de leur isolement. Des colères subites, inopinées, des révoltes d’enfants terribles peuvent bien se manifester dans ces occasions, sous l’influence de l’acuité du

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sens génital; comme chez les animaux au moment du rut; mais ils retombent aussitôt dans leur insouciance habituelle, constitutionnelle.

En raison même de leur sexe et par ses exigences, les garçons sont moins susceptibles de ces tergiversations indolentes que les filles ; il en est pourtant, et des mieux constitués physiquement, qui en offrent l’exemple. L’un des plus remarquables et concluants est rapporté au Célibat à deux, parce que la mère et la sœur, veuves toutes deux, faisaient à cet indifférent un devoir de rester avec elles. C’est en vertu de causes aussi futiles que l’indifférence n’est pas accusée, alors qu’elle est la principale. En voici un nouveau cas type. .

Un notaire en herbe de province jivait à peine 23 ans, que l’on pensait à le marier dans le petit cercle dç sa famille, en raison- de sa fortune et de son nom. Toutes ses connaissances s’empressaient d’ores et déjà à le pourvoir, en désignant d’avance es partis du voisinage qui pourraient lui convenir. Sa mère, confidente de toutes ces vues d’avenir, manifestait discrètement ses préférences suivant la famille, la fortune et la dot. Il semblait qu’aussitôt pourvu d’une étude, son fils n’aurait qu’à parler pour faire un brillant mariage. Plus de quinze ans se sont écoulés depuis, et ce bel indifférent, toujours soumis filialement aux avis de sa mère, n’est encore ni notaire, ni marié, en tenant ferme pour ces deux positions, dont il est parfaitement digne, sauf sa nonchalance et son incurable indécision. A plusieurs reprises, les occasions se sont offertes de réaliser

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l’une et l’autre à la fois. Filles et études paraissaient le séduire; des mariages ont même été convenus, arrêtés à temps et sous condition d’un établissement convenable, lorsqu’un aféa. d’âge ou d’argent, surgissant aux yeux de..., la mère, son fils, malgré son indépendance, ne voulant rien conclure sans son assentiment, les choses sont restées en l’état. Ce célibat, prolongé par défaut de résolution et indifférence, menace ainsi de s’éterniser par la volonté prédominante de la mère sur la faiblesse de celle du fils.

Certaines professions prédisposent ceux qui s’y engagent sans fortune à vivre indifféremment ainsi. Les artistes en sont particulièrement menacés. L’art, moins encore que la science, ne hante les esprits pratiques. Une foule d’amants passionnés des lettres, de la musique, de la peinture et la sculpture, remplis d’imagination, sont livrés tous les jours aux hasards de la vie matérielle. Réduits à compter sur l’inspiration du moment, la plupart travaillent au jour le jour, sans lendemain fixe ni assuré, autre que La chance de la vente et le produit de leurs œuvres. Comment songer au mariage dans ces conditions précaires, même à l’âge le plus favorable? Ils y restent ainsi indifférents. D’ailleurs, les amours de passage s’offrent si facilement à tous les charmes de leur esprit qu’ils rencontrent toujours une bonne âme ou un tendre cœur de Musette pour égayer leur solitude et partager leur triste sort. Habitués de bonne heure à cette vie de bohème, escomptant la veille , comme le joueur ses chances du lendemain,

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ils parcourent ainsi leur carrière dans le célibat par indifférence, si le talent et le succès ne les aident à se marier tardivement, beaucoup y résistent, malgré ses avantages, par Thabitude contractée de la vie célibataire.

Les filles sont surtout les victimes de cette espèce de célibat, à défaut de savoir se prononcer à temps en faveur de qui les recherche. Sous l’ascendant autoritaire de leurs parents, elles n’osent pas écouter leur cœur ni le faire parler, en attendant qu’ils leur présentent ou leur imposent un mari convenable accepté alors passivement. Sans une influence qui les domine ou une circonstance qui les entraîne à leur insu au mariage, elles vieillissent par habitude dans le célibat. Il suffit même qu’il se prolonge audelà d’un certain âge, 40 à SO ans par exemple, pour persister indéfiniment.

Tel est le célibat des indifférents, formant la scission nette et précise entre le célibat volontaire et celui qui est forcé. Il est à tort attribué au hasard, comme nous l’avons montré à la Caractéristique^ pages 38, 44. Reconnaître cette indécision coupable, ce serait se condamner. C’est en faire preuve que de dire comme Voltaire : « Tout célibataire que je suis, j’avoue que vous faites très bien de prêcher le mariage. » Un certain nombre adoptent ainsi le célibat religieux comme s’adaptant mieux à leur passiveté, leur neutralité, que la vie active et militante du monde, où il faut toujours vouloir, penser et agir. Une douce béatitude , dont certains ordres offrent encore le type, ferait bien mieux leur affaire; mais il

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faut alors une grosse dot pour en faire partie.

Sous cette indifférence apparente par timidité, indécision, atonie ou faiblesse du sentiment amoureux, de caractère ou de tempérament, lymphatisme, anémie, se cache parfois une anaphrodisie sexuelle ou morbide, sinon une neutralité engendrée par des difformités génitales incurables, empêchant absolument le mariage. Ces altérations physiques peuvent même déterminer l’anaphrodisie morale et l’indifférence pour le mariage. On sait combien certaines infirmités corporelles réagissent sur le moral de ceux qui en sont affligés. Il est donc urgent de les distinguer. L’indifférence idiopathique, sans lésions organiques coïncidentes, peut s’effacer et disparaître avec le temps dans certaines conditions favorables ; tandis qu’elle est fatalement incurable si elle en dépend. Un examen médical est donc nécessaire en pareil cas, surtout si les fonctions génitales ne s’accomplissent pas régulièrement et que ces indifférents n’aient pas prouvé leur aptitude au mariage. Ils peuvent en faire l’épreuve eux-mêmes avant de se soumettre à tout examen.

Des personnes vives, ïiervc;^„, simulent aussi une indifférence spéciale aux propositions de mariage, alors qu'elles montrent une volonté de fer pour toute autre chose. Il est facile de les confondre en s’opposant, sous un prétexte quelconque, à leurs sorties^ leurs promenades habituelles ou leurs rencontres, leurs rendez-vous, sinon leurs travaux. Si, au lieu d’obéir en restantpassives, silencieuses, indifférentes, elles résistent, s’emportent, se mettent en colère et

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persistent violemment, soyez sûrs qu’elles cachent ainsi des intrigues amoureuses, sinon des goûts, des vices, des perversions inavouables, comme l’onanisme, le saphisme, etc. Elles deviennent violentes, furieuses, dès qu’elles ne peuvent les satisfaire. Tout soupçon à cette épreuve devient une certitude , il n’y a plus qu’à vérifier le fait. Le prétendu hasard de leur célibat n’est que pour mieux dépister les soupçons.

Le célibat à deux ou trois entraîne souvent cette indifférence au mariage. Dans quelque position qu’il existe ; aisance, richesse ou misère, commerce, industrie, agriculture ou linance, dès qu’il s’écoule aisément et en parfait accord, sans récriminations ni dis ■ putes, entre étrangers, associés, parents ou amis, du même sexe ou différent, il atténue la tendance naturelle au mariage et augmente d’autant celle du célibat. On s’habitue insensiblement à vivre ainsi, soit par la communauté d’intérêts ou d’idées, de goûts ou de plaisirs, et l’on se dispose graduellement à se faire de plus amples concessions pour n’en pas changer.

L’aptitude au mariage diminue de la sorte jusqu’à disparaître complètement. A moins d’être accidentellement forcé, il devient une rare exception dès que ce célibat dépasse 40 ans. Il est trop tard, disent les deux sexes réciproquement, et ils y deviennent indifférents, sinon avec des jeunes, lorsqu’ils sont vieux. Ceux-là même qui auraient été les meilleurs époux finissent leurs jours dans l’isolement et fégoïsme, pour avoir passé leurs plus belles années avec d’autres célibataires.

La Maison des deux Barbeaux en offre un exemple frappant. Deux frères de 40 à 50 ans sont restés célibataires jusque-là, en ayant à la tête d’une maison de commerce, en province, pour diriger leur intérieur, une vieille tante célibataire qui les avait élevés et soignés comme une mère. Un ordre parfait, une économie sévère régnaient dans cet intérieur réglé et compassé. Une cousine germaine oubliée survient alors avec sa fille unique de 18 ans. Restée veuve sans fortune à Paris, où elle vivait dans l’aisance, elle écrit à ses parents riches de lui trouver un logement pour se retirer et vivre près d’eux avec ses petites rentes. Aux souvenirs de famille évoqués par la tante, on accepte en rechignant et l’on s’aperçoit bientôt que l’éducation et le genre de vio sont tout différents. Tout en constatant les charmes de la jeune parisienne, aucun des Lafrogne ne songerait à la pauvrette, si la mort soudaine de la vieille tante, un an après, ne venait désorganiser la vie tranquille et égoïste des deux vieux garçons n’ayant plus personne sur qui compter pour avoir leurs aises et vivre avec ordre et économie.

Après un mois passé dans le chagrin, en constatant de jour en jour que leur maison s’en allait en désarroi, sans bien-être ni tranquillité, l’aîné dit au cadet, après un mauvais repas : • a II faut prendre un parti.

— Lequel?

— Mettre une femme à la tête de la maison.

— D’accord ; mais où trouver une seconde tante Lénette?

PAR indifférence — II faut que l’iin de nous se marie.

— C’est dangereux, le choix n’est pas facile.

— Nous l’avons sous la main, riposte l’aîné.

— Qui donc ?

Notre cousine de Coulaines.

— • La mère ou... la fille ?

— La mère est un peu mûre, je parle de la fille. — Laurence? elle a 19 ans à peine !

Tant mieux î nous la façonnerons à notre gré ; en la prenant dans notre parenté, notre fortune ne sortira pas de la famille et nous nous l’attacherons par le sang et la reconnaissance de la fortune. » Affaire entendue, chacun se disant in petto qu’il ne s’agissait pas de lui. « Naturellement, c’est toi qui te maries, dit l’ainé au cadet, comme le moins âgé, et, entre nous, j’ai cru m’apercevoir que la jeune personne ne t’était pas indifférente.

Penh ! fit 1 autre, j avais du plaisir à la regarder et elle me plaira autant comme belle-sœur que comme femme. Tu es l’aîné et à toi revient l’honneur d’être chef de famille. »

Après avoir mis en parallèle leurs qualités et leurs defauts réciproques : Non, non, s’écria l’aîné, les femmes me font peur.

Et moi je les épouvante, ajouta l’autre.

— Non, décidément je suis trop vieux, conclut le premier.

Et moi trop grognon, dit le cadet. »

Ils résolurent ainsi, de guerre lasse, que le sort en déciderait. Deux bulletins portant leurs noms furent mis dans le chapeau, on appela" la servante

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pour tirer. Celui de Germain sortit; c’était le plus jeune. Dès le soir, Taîné alla faire les ouvertures et, le lendemain, le mariage était conclu.

Ces unions disproportionnées n’ont pas lieu autrement : intérêt ou égoïsme. Tout alla bien pendant un an, le mari satisfaisant toutes les fantaisies et les caprices mondains de sa jeune femme. Il reprit ensuite ses habitudes de garçon et commit la faute d’introduire un jeune avocat dans la maison de commerce. Six mois après, la ruine du ménage allait être consommée, (piand une dénonciation anonyme permit aux deux frères d’empêcher ce malheur. Une année de séparation rigoureuse et exemplaire, en présence l’un de l’autre, fut la punition efficace de cet acte de légèreté et d’imprudence réciproques. Elle mit le sceau à la réconciliation et l’amour des époux, sur cette juste réflexion de l’aîné. « Nous l’avions prise par égoïsme et non par affection. >; C’est la morale du célibat par indifférence. (Revue des Deux Mondes^ avril et mai 1878).

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