‹ Célibat et célibatairesChapitre 12 sur 103 · ECCLÉSIASTIQUE ET RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUE ET RELIGIEUX

Imposé et même forcé, ce célibat est une simple section du précédent. Il en offre même le type par le refus fait en France, à tout prêtre consacré, de contracter un mariage civil et à plus forte raison religieux, d’après le Concordat. Si l’abolition légale des vœux indéfinis permet aux religieux séculiers des deux sexes d’user de cette faculté, il est reconnu que très peu en profitent malgré leur liberté. Le célibat religieux est donc à la fois volontaire au début et forcé à la fin, le plus généralement suivi et le mieux observé, du moins dans le clergé français, quoique des milliers de prêtres, de religieux et de religieuses soient astreints à son joug.

Universellement reconnu et proclamé comme un dogme par l’Église catholique romaine, ce célibat perpétuel, absolu, imposé à des millions de jeunes

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gens des deux sexes en embrassant l’état religieux, n’est plus guère considéré, d’après l’histoire, que comme une simple mesure de discipline ecclésiastique prise par les papes en \ue de maintenir leur autorité. Contraire à toutes les lois et les traditions civiles et religieuses des anciennes civilisations : païenne, juive et chrétienne, comme on l’a vu à Origine, il n’est pas moins opposé aux idées religieuses de tous les temps en remontant jusqu’au polythéisme mythologique.

Avant le christianisme, le célibat religieux existait seulement à l’état d’exception. Les divinités, le représentant dans l’Olympe, y commettaient de fréquentes infractions : le fils de Vestale et Diane contemplant Endymion endormi en olTrent l’exemple ; Apollon et Mercure ne valaient pas mieux et leurs ministres ont souvent suivi leurs leçons. Ces faits n’ont rien d’étonnant ; ils sont la conséquence fatale de toute résistance aux lois de la nature.

Il est aussi manifestement contraire à l’enseignement des Juifs, malgré l’analogie, la ressemblance et la pompe du culte catholique avec les lois de Moïse. Lévi, dont le nom est pris par les prêtres novices, eut une nombreuse génération, d’où naquit Moïse et Aaron. Tous deux se marièrent, le premier avec Séphora et le second avec Etiscobah. Legrand sacrificateur Eléazar, leur fils, se maria ensuite avec une vierge, suivant le commandement exprès de la loi. Pourquoi donc les catholiques, qui observent si bien à la lettre les lois de Moïse dans leurs cérémonies et leurs vêtements sacerdotaux, ne suivent-ils pas égale-

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meni celle du mariage ? Ce serait le plus sûr moyen de no pas contrevenir à celle-ci en particulier et de la faire observer: « Si quelqu’un suborne une vierge qui n’était point fiancée et couche avec elle, il faut qu’il la dote, la prenant pour femme. Et si le père de la fille refuse absolument de lui donner, il lui comptera autant d’argent qu’on en donne pour la dot des vierges. » [Exode, XXIÎ, 16 et 17.)

Le célibat n’est pas davantage à l’origine du christianisme; son fondateur même recommande tout le contraire. Interrogé par les pharisiens, Jésus leur répond : « N’avez-vous pas lu que Celui qui créa au commencement du monde fit un homme et une femme? C’est pourquoi il est dit ; l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux seront une même chair. Ainsi ils ne seront plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » [S T Math. XIX 4 à 6.)

Jésus assistant aux noces de Cana, bénissant les enfants et pardonnant la femme adultère sont d’autres témoignages éclatants qu’il approuvait l’institution du mariage. Son origine est donc divine et le célibat n est pas même chrétien. Sous prétexte de se conformer à l’exemple du Maître,en imitant son célibat, ceux qui font vœu d’observer la loi de l’esprit divin sont les premiers, par un étrange anachronisme, à la transgresser formellement sur ce point fondamental. Us sacrifient le Père au Fils, c’est-à-dire l’esprit à l’homme, bien qu’il recommande lui-même « de ne pas sacrifier 1 esprit qui vivifie à la lettre qui tue. »

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Le célibat du Crucifié a été accidentel et momentané pour remplir sa mission d’initiateur de l’esprit de Dieu sur la terre. Le fils de Marie et du charpentier n’a jamais recommandé ni préconisé le célibat, tout en l’observant jusqu’à sa mort à 33 ans. Son esprit mystique et son ministère sacré lui en faisaient un devoir, à fexemple de tant d’autres génies ou héros de l’antiquité païenne.

Aussi bien, les partisans du célibat religieux invoquent-ils de préférence les témoignages et l’exemple de S. Paul. (< Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi. Je dis donc à ceux qui ne sont point mariés et aux veuves qu’il leur est avantageux de demeurer comme moi. Mais, s’ils ne peuvent pas garder la continence, qu’ils se marient, car il vaut mieux se marier que de brûler. Or, je dis ceci par conseil et non par commandement. » VII,

Cette doctrine toute personnelle d’un partisan du célibat, animé de la foi chrétienne, est-elle donc de nature à faire une loi de cet état pour tous les religieux? Au contraire, le grand apôtre libéral des Gentils, tout en recommandant, dans ce chapitre, le célibat comme le plus avantageux à l’homme et à la femme pour le service du Seigneur, a grand soin de réserver pour chacun « de suivre l’état que Dieu lui a donné en partage et dans lequel le Seigneur l’a appelé. C’est là ce que j’ordonne dans toutes les églises. » (Verset 47.)

Le mariage, qui pour lui est le symbole de ce qu’il y a de plus beau et de plus saint, n’est donc pas dé-

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' fendu absolument aux religieux . « Aimez vos femmes, maris, comme Christ a aimé son Église, s’écrie-t-il dans son lyrisme; les docteurs qui proscrivent le mariage sont des séducteurs répandant des doctrines de démons. » (1 Timoth. IV, 5.)

Il sied donc mal au catholicisme d’invoquer S. Paul en faveur du célibat exclusif et absolu de tous ses religieux. Ce dogme moderne est contredit et pfirmé par l’histoire même du christianisme naissant. L’Évangile parle de la belle-mère de S. Pierre comme ayant souffert le martyre, d’après Eusèbe et Clément, peu d’années après l’ascension de Jésus- Christ. Cet apôtre était donc marié. La fille de S. Luc l’était également et Or i gène, Tertullien et S. Ambroise admettent aussi le mariage des apôtres. La }oi évangélique ne le proscrivait donc pas; des prêtres et des évêques se marièrent pendant les premiers siècles; la plupart se soulevèrent même lorsqu’il s’agit d’établir la doctrine absolue du célibat.

Tertullien fut l’un des premiers à s’élever contre l’honneur et la dignité du mariage. La pompe et l’éclat de son langage donnèrent un grand crédit à ses exhortations aux chrétiens de surpasser leurs adversaires en vertu, en pureté et toutes sortes de sacrifices. Il en donna l’exemple en se séparant voontairement et publiquement de sa femme, renchérissant par là sur la célèbre maxime de S. Paul ; qu’il est mieux de ne pas se marier sans brûler. Il avait peut-être d’excellentes raisons pour cela. Il fut ainsi, avec S. Jérôme ensuite, dont la jeunesse avait été aussi orageuse que la sienne, le promoteur

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principal du célibat ecclésiastique. On invoqua même le stoïcisme des Grecs à l’appui et l’esprit du paganisme pour oli'server la chasteté. Telles sont les bases historiques du célibat religieux.

Néanmoins, l’usage du mariage était encore si commun, au commencement du quatrième siècle de l’ère chrétienne, que le concile de Néo-Césarée en 314 décréta que tout prêtre qui se marierait à l’avenir serait déposé et reprendrait la condition de laïque. Quatre ans après, un autre concile remplaça celte ordonnance par la faculté de déclarer, en entrant dans les ordres, si l’on voulait ou non se marier. Et c'est en abolissant celte sage réserve, sept ans plus tard, que le concile de Nicée provoqua la jusle et fameuse réplique de Paphnuce,évêquedela Thébaïde: o; que le mariage était honorable entre tous et le lit nuptial sans tache; qu’une trop grande sévérité pourrait être dangereuse à l’Église, parce que tout le monde n’est pas capable d’une continence complète et que les femmes abandonnées ne garderaient peutêtre pas la chasteté. » On se rmdit à son avis et' l’ancienne tradition fut conservée.

Cette décision solennelle d’un concile œcuménique, reçue et acceptée par toute l’Église en 323, montre donc que le mariage n’était pas incompatible avec l’épiscopat ni la prêtrise. Clercs et évêques avaient des femmes à volonté et même des enfants légitimes après avoir été élevés à cette dignité. Cette coutume persista si longtemps après le concile que S. Gré-

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goire de Nazianze naquit en 328, Faun'ée même où son père fut élevé à l’épiscopat. Il fut ainsi Taîné de dix enfants dont Pierre de Sébaste fut le dernier. Cette ijombreuse postérité des évêques n’élait pas plus rare alors que oeMe des pasteurs protestants aujourd’Jiui. S. Hilaire de Poitiers, né païen et devenu si célèbre entre les premiers évêques des Gaules en 339, était marié et entraîna la conversion de sa femme et de sa fille en étant dans l’épiscopat; ses successeurs l’en ont loué et plusieurs l’ont imité comme Fortunat. S. Athanase parle de beaucoup d’évêques et même de moines ayant des enfants, sans aucun blâme et comme d une chose toute naturelle de son temps où le mariage des ecclésiastiques était très commun. Le code Théodosien signale diverses lois des empereurs jusqu’en 438, accordant des privilèges et des immunités aux prêtres, . à leurs femmes et à leurs enfants. Sidoine Apollinaire fait même l’éloge de Simplicius, celui de sa femme et l’éducation donnée à leurs enfants, pour le faire élire évêque de Bourges. Grégoire de Tours et tous les historiens parlent aussi de prêtres et d’évêques t mariés.

Le christianisme ne commença donc pas son règne universel par le célibat de ses ministres ni de ses adeptes. Ne pouvant abolir le concubinage c|ui régnait dans l’empire romain, il le toléra pour étendre son influence et en donna même le droit explicite à ses clercs aux iii® et iv® siècles. « Celui qui, n’ayant point de femme légitime, tient une concubine, dit le concile de Tolède, ne sera pas exclu de

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la communion. » Deux siècles plus tard, cet usage existait encore au témoignage d’Isidore, disant qu’il était permis aux chrétiens d’avoir une seule femme, épouse ou concubine. Au xiii® siècle, les clercs coupables d’adultère étaient proclamés impardonnables, en pouvant avoir une concubine. Ce fut le concile de Trente qui mit fin à cette tolérance en privant les récalcitrants des bénéfices ecclésiastiques. Jusque là, le concubinat des clercs fut la règle et non l’exception, d’après l’histoire et tous les auteurs du moyen âge. La prêtresse, la femme du prêtre, désignait aiusi sa concubine, comme on dirait aujourd’hui sa servante.

La vie monastique naquit, d’après M. Renan, aux III® et IV® siècles de fère chrétienne. L’Église devenant dès lors impuissante à gouverner fempire romain, et le royaume de Dieu, tel que Jésus l’avait prêché, étant impossible à réaliser dans le monde, avec toutes ses perversités païennes, il se fonda de petits royaumes de Dieu isolés dans ces premiers cloîtres où il n’est pas douteux, dit-il, que l’on ait trouvé le bonheur des preniières réunions chrétiennes.

Aussi est-elle indispensable à l’Église, selon le grand philosophe. Il exprime cette opinion avec beaucoup de force et à plusieurs reprises dans ses Origines du Christianisme. « Le couvent, dit-il, est la conséquence nécessaire de l’esprit chrétien; U n’y a pas de christianisme parfait sans couvent, puisque

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l’idéal évangélique ne peut se réaliser que là. . . Le couvent est l’Église parfaite, le moine est le vrai chrétien. Aussi les œuvres les plus efficaces du christianisme ne se sont-elles exécutées que par les ordres monastiques. Ces œuvres, loin d’être une lèpre qui serait venue attaquer par le dehors l’œuvre de Jésus, étaient les conséquences intimes, inévitables de cette œuvre même, »

L’ancien séminariste de Saint-Sulpice, dont le calme de la cellule a été si favorable à ses recherches et a ses méditations, a évidemment confondu ici, sous 1 influence de sa première éducation religieuse, l’idéal catholique avec l’idéal chrétien. Abes, semper abes dit-il. ^ ’

Les ascètes et les moines sont bien plus les continuateurs et les disciples de Jean-Baptiste, le grand anachorète du désert, que ceux du Christ. Celui qui n’a pas craint de vivre parmi les péagers et les gens de mauvaise vie, n’a jamais enseigné que l’existence devait se passer dans une béate contemplation, loin du monde et de ses erreurs. Au contraire, il a vécu au milieu de ses compatriotes, leur donnant l’exem- , pie d’une vie active et utile. Et si, à de rares ins lants de son ministère, il a recherché la solitude, c’était pour se retremper dans le recueillement et la prière .et revenir au combat plus fort et plus vaillant.

La vie de Jésus fut essentiellement militante et publique pour combattre l’égoïsme et l’erreur se donner tout à tous, surtout aux faibles et auxpelits, en leur enseignant la voie de Dieu. Ses apôtres immédiats et leurs disciples n’en suivirent pas

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d’autre, comme l’exemple de S. Pierre et S. Paul en témoigne authentiquement. Après avoir fondé et établi la primitive Église en Grèce et à Rome, en réalisant la vie chrétienne suivant l’exemple du divin Maître, ils l’imitaient jusqu’à mourir, comme lui, pour leur foi. La messe ni aucun des dogmes et des rites tondes depuis ne leur furent nécessaires. C’étaient des apôtres, des missionnaires, des martyrs et non des moines.

C’est par une déviation aux préceptes évangéliques que, l’égoïsme aidant, il a paru plus simple de faire son 'salut dans la solitude. Sous l’intluence des doctrines catholiques, formulées et promulguées par les premiers papes, régnant alors avec toute l’autorité spirituelle et temporelle, on imita les bouddhistes, parmi lesquels un stage de moinerie était en usage longtemps avant Jésus. On vit ainsi, des les premiers siècles de l’ère chrétienne, des solitaires se retirer dans les charmants îlots de la Méditerranée et y fonder un royaume de Dieu en miniature. Ils goûtent à l’aise la paix du cloître et chantent, dans des accents mélodieux, la beauté des sites, la vie paisible et heureuse. A la même époque, des chrétiens plus soucieux de leur nom, vraiment disciples du Maître jusqu’à la mort, expiraient dans les tortures en confessant leur foi. Le sang des martyrs et leur exemple ont incontestablement plus servi à la propagation des idées chrétiennes que la sainte béatitude et ÎA solitude égoïste et impuissante des solitaires de Lérins.

Sans doute, les ordres monastiques ont produit de

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grandes choses, et la solitude du cloître a enfanté des chefs-d’œuvre. Mais l’idéal pour un vrai disciple du Christ ne sera jamais la vie conventuelle, monacale ni contemplative. Se réduire au célibat et à l’isolement, en s’enfermant dans le silence du cloître pour fuir le monde, éviter ses vices et ses erreurs, est une lâcheté, car c’est déserter la lutte sans combat. Se cacher et se confiner dans un couvent pour y mener une vie sainte et béate avec ses pareils, afin d’en jouir plus tranquillement, c’est préférer finsouciance et le calme aux vicissitudes de l’existence ordinaire et les chagrins qu’elle entraîne. C’est faire acte de profond égoïsme, en vue de son salut personnel. Les prélats, les prêtres et tous les religieux, en se désintéressant de la vie, de l’exemple et de la prédication publique, au profit de la messe et de toutes les cérémonies et les pompes idolâtriques de leur culte, font ainsi le vide de la foule autour d’eux. La vie du missionnaire, prêchant et exhortant par la parole et par l’exemple, est bien plus méritante et efficace. Le vrai chrétien, à l’exemple du divin Maître, accomplit son salut et aide à celui des autres, en vivant au milieu de ses semblables, par le dévouement aux pauvres et aux affligés, par le travail, la charité et l’enseignement d’une vie pure et honnête. Si le célibat religieux conférait ces vertus, on pourrait y souscrire ; mais ces exemples sont malheureusement trop rares parmi le clergé pour admettre qu’il ait aucune efficacité à cet égard.

Il paraît dès lors assez probable que la moinerie, en entraînant forcément le célibat, ait déterminé celui des prêtres. Il commença surtout à prévaloir sous le pontificat d’innocent X. Regardé comme un signe de sainteté, il fit redoubler de vénération pour ceux qui l’observaient, au détriment des mariés, à ce point que le concile de Gangres fulmina des anathèmes contre ceux qui refusaient de recevoir la communion de ceux-ci.

S. Jérome fut le principal apôtre du célibat ecclésiastique. Avec sa fougue, son éloquence et son goût pour la vie ascétique, il en fit le signe de la virginité, en altérant jusqu’à l’étymôlogie du mot cœlebs avec cœlum, ciel. Il se servit de cette belle raison contre Jovinius pour dire que les célibataires sont seuls dignes du ciel, en les comparant à des personnes célestes, vivant comme des anges. D’où la fameuse figure de Bossuet, le montrant comme une imitation des anges. C’était affaire à ces deux grands orateurs.

L’opprobre couvrit bientôt tous les ecclésiastiques non séparés de leurs femmes, d’après cet argument : « Puisque S. Pierre veut qu’on honore sa femme, c’est l’honorer que de s’en abstenir et lui faire outrage que de s’échapper avec elle à d’autres libertés. » Cet avis, émanant peut-être d’un anaphrodite comme il y en a eu de tout temps, équivalait au conseil de S. Paul ; « Celui qui ne marie pas sa fille fait mieux que de la marier. » (I Corinth., Vil, 38.) Tou-

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tes ces assertions exclusives contre le mariage n’ont évidemment d’autre valeur que le mérite et le sentiment personnel de leurs auteurs. Il est permis de faire prévaloir son opinion, mais en tenant compte de 1 avis opposé de S. Paul ; « Avant de condamner le mariage — pour éviter l’impudicité — que c’nacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari. » Voilà le conseil essentiel, l’autre ne vient qu ensuite ; a chacun d’adopter celui qui lui convient le mieux. La solution de cette question toute individuelle est donc dans la liberté de se marier ou non, selon son goût, ses idées, son caractère et son tempérament. Telle est la vérité, la raison absolue, dans la vie religieuse comme dans la vie civile.

Tous les plus violents anathèmes des partisans exclusifs du célibat ecclésiastique ne purent ainsi empêcher, pendant de longs siècles, le mariage de quelques prêtres avec enfants, malgré les censures des évêques romains. L’Allemagne résista surtout à la papauté et aux conciles. Tout l’Occident fut ainsi divisé jusqu’à Grégoire VU, qui réduisit un grand nombre d églises sous le joug, sans en donner l’exemple. Au contraire, il excitait partout des troubles pour la continence, en traînant avec lui sa chère Mathilde, qu il appelait la fille de S. Pierre pour mieux sanctifier sa passion amoureuse. La violence fut em- Moyée pour faire cesser les résistances au xiv® siècle, alors que, par le relâchement des mœurs, les. prêtres violaient presque partout la loi du célibat, dit Chateaubriand. Tous les fabliaux et histoires du temps signalent les exploits impudiques des prêtres et des

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évêques, sans que FÉglise romaine pût en triompher. Au contraire, elle se montra déplus en plus indulgente pour leur concubinage, tant la révolte du clergé inférieur était violente contre les exécuteurs de ses volontés despotiques.

Le régime féodal ne contribua pas moins activement à l’établir, en accordant tous les droits héréditaires à l’aîné de la famille, à l’exclusion des autres enfants n’ayant que l’armée ou les ordres religieux pour se faire une carrière. Le cadet seul était tenu de se marier pour perpétuer le nom, et sa femme devait lui donner des enfants quand même et par tous les moyens possibles. Ainsi s’introduisirent l’incontinence, le luxe et le dérèglement dans les couvents et parmi le haut clergé. A Venise, par exemple, le célibat était regardé comme l’état le plus heureux, en permettant de se livrer au jeu, à l’amour et l’intrigue, qui étaient alors les trois grandes passions locales.

Le mariage ecclésiastique fut encore agité très vivement, dPt Fleury, au concile de Trente, qui y mit fin au xvi® siècle. On était encore tellement persuadé des inconvénients moraux de son interdiction et même de son injustice, que Gharles-Quint le permit par V Intérim et le pape même l’aurait volontiers accordé, si les cardinaux ne l’en eussent détourné par des raisons politiques. Le savant évêque Dudith, du plus grand mérite, soutint avec chaleur et éclat la liberté du mariage dans deux harangues où il tenait pour méprisable et suspecte la doctrine du concile et constatait que celle qu’il condamnait était

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bien plus conforme à la parole de Jésus-Christ. Il rappela en vain celles de S. Paul et les décisions de l’Église chrétienne primitive sur l’opportunité d’une seule femme pour les évêques; l’arrêt définitif fut prononcé et exécuté. Arbitrairement et contrairement à la doctrine du Christ, on a fait une loi de contrainte du simple conseil de S. Paul.

Le célibat religieux est donc exclusivement l’œuvre dû catholicisme et non de la doctrine chrétienne. Contrairement au mariage, il n’est pas plus d’essence divine que légale. Rien dans l’Écriture ne l’établit plus que dans la loi. Il fut d’abord une coutume et devint peu à peu un dogme, une loi positive décrétée par l’autorité romaine. On allègue même en sa faveur qu’aucun texte de l’Écriture n’imposant l’obligation du mariage, l’Église a pu l’interdire à ses ministres. Ses conciles et ses papes ont éliminé celui-ci, parce que leur célibat est aussi indispensable au maintien de la hiérarchie ecclésiastique qu’à sa discipline despotique et sa prétendue infaillibilité.

Ainsi procède le catholicisme par une interprétation variable et hypocrite de l’Évangile, suivant ses desseins et les besoins de sa cause. Le divorce, répudié par Rome aujourd’hui, a été réclamé au concile de Nicée par ses ministres les plus autorisés pour introduire le célibat ecclésiastique dans ses dogmes. Il exigeait que ses prêtres et ses évêques, mariés avant d’entrer dans les ordres, abandonnassent publiquement leurs femmes et leurs enfants pour continuer leurs fonctions. Soi-disant immuable dans

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ses dogmes, cette Église varie donc suivant les nécessités du temps . Elle refuse d'accorder ce qu’elle s’est octroyée motu proprio.

C’est pourquoi les chrétiens grecs, comme les juifs et les chrétiens protestants, dont les religions et le culte sont exclusivement basés sur l’ancien et le nouveau Testament, n’ont pas imposé le célibat à leurs ministres. Il fut facile à la Réforme, en réagissant dès 1517 contre le tralic vénal des indulgences et tous les excès et les abus du catholicisme romain, de réfuter les sophismes de son dernier jugement et d’en obtenir raison pour le mariage de ses pasteurs. Tous les esprits libres, non inféodés aveuglément au système catholique, reconnaissent que ce célibat est surtout dangereux pour le clergé séculier, fait pour se mêler au monde. La vertu n’est pas dans le célibat, mais dans l’homme. « Un humble mariage est préférable à une virginité orgueilleuse », dit S. Augustin, et son honnêteté sera toujours et partout moins choquante que les extravagances d’un S. François se faisant une femme de neige pour éteindre les flammes amoureuses qui le brûlaient. Il eut été plus édifiant de voir un prélat marié que plongé publiquement dans un commerce scandaleux, comme il y en eut tant d’exemples autrefois, surtout à Rome et dans les pays les plus catholiques, où prêtres et religieux des deux sexes pullulent.

Voici les raisons de ce célibat. Considérant l’instinct si doux et impérieux qui réunit les deux sexes

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comme une profanation du ministère sacré, le catholicisme en défend et proscrit l’exercice à tous les n>embres de son clergé séculier et régulier, hommes et femmes, malgré les ressorts puissants mis dans leur cœur par Dieu même pour le rendre à jamais impérissable. Son but de la procréation humaine à perpétuité, explicitement révélé par son commandement suprême, est donc méconnu, violé, transgressé, par ceux-là même qui devraient l’observer le plus fidèlement. Le prêtre donnerait par là une leçon d’obéissance et un exemple des vertus conjugales, comme le fit S. Hilaire à ses ouailles, célébré dans les vers suivants :

Ne t’a point nuy i’avoir lignée Ni une femme à ton côté;

Car Dieu n’étoit lors si farouche,

Et n’avoit encore rajetté

Les nosces, les bers, ni la couche.

Contraste frappant. Pour éluder ce principe sacré de la loi de Dieu, qui a créé l’homme et la femme pour vivre ensemble et n’être qu’une seule et même chair, afin de perpétuer leur espèce, la famille et la société, l’Église romaine invoque des raisons toutes morales pour justifier sa défense absolue d’accomplir cette loi physique. L’idée d’impureté, attachée aux fonctions sexuelles, a été imaginée spécialement pour commander ce célibat et observer plus sûrement la chasteté, exigée de ceux qui se consacrent au service des autels. Théories insaisissables, émanant du mystère et de la grâce divine po^'r prescrire et imposer l’abstinence absolue d’un acte tout ma-

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tériel ! Et c’est à des jeunes gens entrant dans la vie que cette prescription impie est faite, sans consulter les goûts, les aptitudes, les vocations, ni le tempérament même du plus grand nombre, destinés à vivre dans le monde sans aucun préservatif, pour ne pas tomber... dans l’impureté et l’impudicité !1!

L’imitation de la loi juive, prescrivant aux sacrificateurs de se séparer de leurs femmes durant tout le temps de leur service au temple, est ici manifeste, évidente, avec une exagération sans pareille. La même coutume existait chez les païens, d’après Tibulle. Au sacrifice des animaux, s’est substitué celui de l’homme même.

Dans la crainte, sans doute, que ces femmes ne devinssent une tentation invincible dans l’intervalle, Rome a préféré n’en pas accorder à ses prêtres. Mais à quels dangers bien plus redoutables ne les expose-t-elle pas, par la répression, l’anéantissement même d’un désir que tous les sens excitent, et que les organes, le cœur comme le cerveau, nourrissent et entretiennent sans cesse !

Rien dignes de compassion et de sollicitude sont donc ces jeunes gens, garçons et filles, qui, entraînés par un zèle aveugle, des suggestions intéressées ou un emportement irréfléchi, se vouent irrévocablement à l’état sacerdotal ou religieux, à un âge où l’on ignore encore toute la puissance des lois naturelles. L’inexpérience de la jeunesse, l’enthousiasme d’une foi vive et sincère, le fanatisme, aussi bien que les contrariétés et les déceptions, le désir surtout pour les garçons d’échapper au service mi-

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litaire, peuvent bien conduire à prononcer de pareils vœux, sans prévoir les démentis réservés par l’avenir, ni compter avec eux.

L’âge de 20 ans pour les filles, de 24 pour les garçons, ne permet pas de déterminer avec assurance si l’accord entre le physique et le moral est assez solidement établi pour ne pas donner lieu à la résolution de ces vœux; celle-ci est surtout rendue probable après le noviciat passé et employé dans les études abstraites de théologie, l’isolement, la prière, le jeûne et les exercices religieux, si propres à engourdir le sens génésique dans son éveil.

Invoquer la liberté individuelle et la majorité légale pour justifier des engagements si graves, c’est ne tenir aucun compte de ces conditions physiologiques de l’instinct génital. C’est un subterfuge de dire, pour en atténuer les rigueurs, que le célibat religieux ne prive le prêtre ni de sa liberté, ni des plus douces inclinations de sa nature.

D’après ses partisans, il a sa famille dans l’Église destinée à absorber toutes ses affections ; ses paroissiens sont les enfants auxquels il doit prodiguer tous ses soins. L’amour qu’il donnerait à son épouse serait de moins pour ceux-ci et partagé, de la sorte, entre sa famille naturelle et celle de la religion. L’éducation de ses enfants le distrairait de celle de ses paroissiens, à moins de les négliger l’un et l’autre, etc., etc.

A ces spéculations sentimentales d’un autre âge, la vie publique des pasteurs protestants, des rabbins et la conduite exemplaire de leurs familles en

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général, répondent assez hautement aujourd’hui partout pour rendre toute contestation superflue. En admettant que des dissensions arrivent parfois dans ces familles, est-ce que le scandale en résultant est de nature à porter atteinte à la morale et à la religion autant que les actes immoraux, les crimes commis par certains prêtres et religieux dans l’exercice de leurs fonctions et contre le célibat meme? L’Église ne peut cependant ni les révoquer ni les punir, autrement que par un changement, toujours scandaleux, tandis que, mariés, ils subiraient la loi commune de la destitution d’une fonction mal remplie ou la ressource du divorce si le tort est du côté de la femme. Invoquer la morale pour justifier l’immoralité, c’est chercher sa propre confusion. « L’homme vertueux non marié, dit Florian, n’est vertueux qu’à demi. » Le même example répond aussi victorieusement à l’objection que la modique rétribution du prêtre ne saurait lui permettre de secourir l’indigence et de faire la charité, s’il avait une famille. Si le rapport des riches cures ou paroisses avec leur casuel ne peut suffire à cet eflet, que deviendraient les ministres du culte réformé avec leur traitement annuel de 1,600 francs sans aucun casuel obligé? Ils ont pourtant, eux aussi, à assister leurs pauvres, élever les orphelins, secourir les vieiliards et Ton sait qu’ils remplissent largement ces devoirs et surpassent beaucoup les catholiques à cet égard par la prédication incessante de la charité, comme le plus grand commandement, après l’amour de Dieu, d’aimer son prochain comme soi-même. En alléguant cette objec-

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tion contre la famille, les catholiques ne sont pas animés d’une foi bien vive en la Providence, pour qui fait son devoir. Que dirait donc ^instituteur, placé à côté d’eux, pour élever la sienne evec ses maigres ressources ?

Quant à prétendre, en faveur de ce célibat, que l’homme peut renoncer facilement à l’exercice de l’instinct reproducteur, soumis à l’éducation et à la volonté, c’est une subtilité casuistique formellement contredite par les lois de la physiologie, l’expérience journalière et l’observation des faits. Si les religieux cloîtrés, les moines, rigoureusement astreints à un régime physique et moral approprié à amener un changement dans leurs pensées et leurs sentiments, peuvent en ressentir des modificati(ms favorables — surtout s’ils y sont soumis à un âge avancé, après l’épreuve et souvent les troubles, les désillusions de la vie commune, comme les Chartreux et les Trappistes — il n’en est plus de même du prêtre libre. L’abbé Corbière a dit vainement que « celui que rien n’oblige à cet isolement mesure d’avan’ce ses forces en examinant l’empire dont il est doué sur luimême, et la confiance qu’il peut avoir dans la persévérance de ses résolutions et se rendre compte de rénergie dont sa volonté est capable, » etc. C’est impossible, en n’ayant pas la liberté de confesser avant sa consécration, car c’est là son plus grand péril, l’épreuve la plus redoutable de son ministère à ce point de vue.

Aussi bien, peu d’années süfüsent, au contraire, à amener un changement étrange dans son caractère

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moraî, comme Ta dit et constaté le savant médecin légiste Marc. « Les impressions religieuses, qui germent avec tant de facilité dans un jeune cœur, sont souvent effacées par la résistance des organes parvenus au comble de leur développement et excités par un nouveau genre de vie et d’alimentation. Beaucou*p de personnes, à la fleur de la jeunesse, se sont dévouées au service des autels par dépit amoureux, par la force ou des insinuations perfides, croyant, après un court noviciat, avoir acquis toute ia force morale nécessaire à leurs fonctions. En embrassant la carrière choisie, ils croient en connaître toutes les obligations et pKiuvoir s’y conformer, d’apæs les luttes pacifiques du sens génital. Ils s’exposent toujours par là à enfreindre des vœux témérairement contractés. On ne mesure pas bien, à cet âge, toute la dilficulté des engagements que l’on s’impose. Ou comprend mal^ dans ce premier élan de ferveur religieuse, avant que les aiguillons les plus poignants de la chair se soient fait sentir, toute la force de résistance qu’il faudra déployer et tous les tourments, les accidents même causés par cette abstinence absolue du mariage. L’âge mûr n,^ pas tardé à leur donner la certitude pénible qu’ils s’étaient flattés d’un stoïcisme auquel se refuse la moindre de leurs libres. Trop tard, cette funeste erreur fait couler leurs larmes; trop tard, ils regrettent un serment insensé ; une profonde tristesse s’empare d’eux, les maladies les accablent et, de bons époux qu’ils eussent été, ils deviennent de mauvais prêtres. »

^ 11 seraitinjustedeles accuser d’avoir prononcé des

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vœux si imprudents, dit P.-L. Courier; ils ne se font pas ce qu’ds sont. Elevés par la milice papale, séduits, on les enrôle; ils prononcent ce vœu abominable, impie, de n’avoir jamais femme, famille, ni maison, sachant à peine ce que c’est; novices adolescents, ils sont excusables. Quiconque ferait un

vœu de la sorte avec connaissance de cause mériterait d’etre saisi, séquestré en prison ou relégué au loin dans quelque ile déserte. Ce vœu fait, ils sont oints et ne s’en peuvent dédire. Si l’engagement était a terme, certes peu le renouvelleraient. Aussitôt, on leur donne filles, femmes; on approche du feu le soufre, le bitume,, ce feu ayant promis, dit-on de ne point bi-ùler. Quarante mille prêtres ont le don de continence pris avec la .soutane, et n’ont, dès ce moment, m sexe, ni corps. Le qroyez-vous ? Des sages, il en est; si l’on peut dire sage qui combat la natare. Quelques-uns triomphent, mais combien relativement à ceux que la grâce abandoime dans ces tentations? La grâce est pour peu d’hommes et manque même an plus juste. Comment auraient-ils, eux, ce don de continence dans l’ardeur de l’âffe' quand les vieux ae l’ont pas ?

Les déserteurs ont démontré qu’un certain nombre d entre eux, après une première expérience taite, abandonneraient la vie religieuse comme leur étant intolérable, pour se marier, si leurs serments eui permettaient de quitter la soutane, comme aux religieux lenr robe. La preuve en est par tous ceux qui renoncent à l'exercice du service divin pour se livrer de préférence à l'instruction publique ou pri-

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vée. Cette liberté serait aussi juste au point de vue religieux qu’au point de vue civil. Tous les jeunes gens engagés dans l’instruction publique, par l’exemption du service militaire, sont ainsi libres d’en sortir, comme les militaires élevés dans les écoles du gouvernement, à l’expiration du terme fixé par leur engagement. Elle donnerait au moins la mesure exacte de la légèreté du célibat ecclésiastique, si vanté par ses partisans.

Au contraire, il dure fatalement, si lourd et insupportable soit-il, toute la vie du prêtre. Les ol'liciers de l’état civil français refusent impitoyablement de le marier, dès qu’il a été 'engagé dans les ordres. Aucun article du Code ne le défend explicitement, mais l’observation du Concordat l’exige. Il peut jeter le froc aux orties, changer d’habit et de profession, sms perdre son état civil; il reste prêtre et comme tel soumis à Rome et dépendant du pape, c’est-à-dire condamné au célibat perpétuel, tant qu’il n’est pas relevé officiellement de son caractère sacré ou déclaré indigne par son chef hiérarchique, ce que Rome ne fait guère en vertu de son infaillibilité. Il lui est ainsi impossible de contracter un mariage légal sans changer de nationalité, comme le fameux prédieateur Hyacinthe en a fourni l’exemple en se séparant de fÉglise romaine.

Il est cependant le plus difficile à observer. Vivant dans le monde, au milieu de la société, les prêtres sont plus exposés que les religieux cloîtrés à en ressentir les excitations et les besoins charnels comme les autres hommes. L’intimité du confessionnal leur

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crée surtout un danger redoutable de plus. Comment, dans ces conditions spéciales, ne ressentiraientils pas Taffectionnivité intersexuelle, les aiguillons de l’érotisme suivant les lois physiologiques et pourraient-ils observer la chasteté et la continence absolue prescrite par l’Église ? Celle-ci est donc en contradiction manifeste avec la science, comme en voici les preuves.

Toute fonction dans l’organisme a sa raison d’activité, quand les organes sont sains et normaux. La nature n’a rien créé sans but. Un organe sans emploi, une fonction physiologique sans utilité répugnent à l’esprit et ne se voient pas. Dieu a fait de l'accomplissement régulier de toutes les fonctions du corps vivant la condition de la vie et de la santé. Les deux sexes sont donc soumis aux mêmes lois, dans quelque position soient-ils. Les différences individuelles de constitution, de tempérament, d’occupations, de régime et de genre de vie peuvent en modifier les exigences ; en empêcher la manifestation, jamais.

Les organes génitaux dont la fonction spéciale, la génération, est la plus élevée, n’échappent pas à cette loi. Provoqués par la sécrétion séminale s’opérant insensiblement en dehors de la volonté, comme celle de la salive et des larmes, ces organes ont une impulsion soudaine, involontaire, pour son excrétion. Gette sécrétion est sans doute atténuée, diminuée par le genre de vie, celui de l’étude et du cloître surtout, comme elle est excitée, augmentée parles conditions

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opposées du mariage ; elle n’est jamais suspendue, arrêtée, annihilée sans maladie. Sous peine de gêner et de provoquer des accidents par sa rétention, comme les crachats dans les bronches, elle doit être expulsée régulièrement, suivant que îe besoin s’en fait sentir, par les relations sexuelles qui en sont la seule voie normale. Tout ce qui s’en écarte est artificiel, comme le vomissement suppléant la toux, chez les enfants et les vieillards, pour l’expulsion des crachats.

Cela est si vrai, que pour soutenir la thèse contraire le docteur Diiflieux, l’un des médecins casuistes qui ont cherché à justifier le célibat religieux, a été obligé d’intervertir, de falsifier l’ordre et le rôle des fonctions naturelles. « La menstruation est, d’après lui, un moyen institué par la Providence, chez la femme, pour maintenir l’équilibre de l’économie, en éliminant les matériaux de la génération lorsqu’ils ne sont pas employés par la nature; elle préviendrait ainsi les maladies qui pourraient résulter de l’afflux du sang vers les parties génitales ou de sa surabondance dans l’organisme tout entier. Il invoque donc ce phénomène en faveur de la virginité des religieuses et une autorisation donnée par la nature à leur célibat, en témoignant que la virginité n’est pas incompatible avec la santé et ne peut lui nuire. » {Nature et Virginité, considérations philosophiques sur le célibat religieux, Lyon, 1854.)

L’inanité de cette interprétation antiphysiologique et sacrilège est si frappante, que des adhérents les plus décidés du célibat religieux, comme le doc-

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teur A. Mayer, ont dû la désavouer hautement. « Eh quoi, s’éme-t-il,la nature, dans le retour si rég'uiier du phénomène, n’aurait pour but, Pénélope nouvelle, que de détruire en un jour ce qu’elle a mis un mois à accomplir? Appelez alors du nom d’excrément ce pollen flottant dans les airs, lettiv chargée que la nature saura bien faire parvenir i son adresse ! Taxez de vile décharge cette multitude dœufs que la femelle des poissons épanche annuellement sur le sable ! Libre à vous de n’y voir qu’une précaution providentiellement ordonnée pour lui faciliter la continence. Nous qui remarquons que le mâle ne tarde guère à passer après elle, nous soupçonnons que ce pourrait bien être dans un tout autre but que de vous fournir un argument. »

La vérité, rendue évidente par l’observation, est que les religieuses sont précisément atteintes, plus que les femmes mariées, des troubles ou dérangements de cette fonction et exposées à de graves maladies en résultant, signalées plus loin. C’est donc là une vue toute systématique, faite dans l’intérêt de la doctrine du célibat religieux de la femme pour appuyer celui de l’homme.

En effet, l’auteur élève à la hauteur de cette fonction naturelle, intermittente et régulièrement périodique de la menstruation, les pertes séminales nocturnes, observées particulièrement chez les hommes continents. «C’est là, dit-il, une excrétion providentiellement ordonnée pour faciliter la continence, parce que Dieu n’a pas voulu que la maladie ni la mort fussent la punition de celui qui enfreint le pré-

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copte de l’accomplissomeet des fonctions organiques en gardant la continence absolue. » La cofitradiction irréligieuse est ici des plus llagrantes. N’estce pas abuser de Dieu et sa providence que de les faire intervenir aussi improprement en pareille matière? On a vu que le célibat n’est pas d’origine divine; celui-ci en particulier est purement l’œu\re des conciles et de papes, en dehors même de l’inspiration de l’esprit de Dieu, puisqu’il défend d’accomplir son commandement le plus explicite et universel.

Il y a là plus qu’un sophisme, c’est une accusation portée confie ce célibat en découvrant la grande plaie qu’il cache. Tous ces pauvres continents, les meilleurs prêtres et les plus chastes religieux, sont donc en proie aux pertes séminales intermittentes, dont tout homme a honte et dégoût, que l'on se reproche presque, quoiqu’involonlaircs et qui laissent après elles un profond et durable sentiment de tristesse. On le soupçonnait bien ; mais vous l’avouez et le confessez sans vergogne, en faveur de leur virginité, leur chasteté. Or il est avéré (jue ces pollutions nocturnes ne s’effectuent — ce que vous ne dites pas — qu’au milieu de rêves, de songes lascifs, d’idées lubriques, d’images amoureuses. Delà la déception, la tiislesse et la honte du réveil. C’est au prix de cette excrétion matérielle et immonde que l’organisme s’exonère d’une cause puissante de slimulation qui le tourmentait. Il faut que le vœu de la nature soit satisfait pour que le calme renaisse et l’on prélère le conseiller et l’oblenir, de

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celte manière involontaire et artificielle, que suivant la Joi naturelle des pures et légitimes jouissances de famoar.

Ce besoin est si justement l’ennemi secret^ le fléau des religieux et des prêtres chastes que le P. Debreyne, médecin trappiste distingué, ne s’en occupe pas en casuiste, pour l’escamoter comme son confrère de Lyon et le mettre au profit du célibat religieux, mais en hygiéniste expérimenté pour le combattre sérieusement comme une plaie redoutable. « Si ces pensées déshonnêtes, devenues très importunes, proviennent d’une imagination légère et mobile, ou de certains souvenirs qui se retracent vivement dans la mémoire, on s’appliquera à y faire diversion en forçant l’esprit, par quelque travail intellectuel, comme un calcul difficile et compliqué, qui absorbe toute l’attention. Si les mauvaises pensées proviennent d’un tempérament érotique ou d’une pléthore spermatique, les meilleurs moyens seront ceux tirés de l’hygiène physique et morale : la pratique de la tempérance, une exacte sobriété, le travail manuel, l’exercice corporel, une occupation matérielle ou mécanique incessante, la fatigue, même la chasse, ont produit les meilleurs et les plus étonnants résultats. Diane, comme on sait, est l’ennemie née et naturelle de Vénus. Un exercice violent étouffe les sentiments érotiques, en faisant naître des sensations plus impérieuses encore, comme une faim excessive avec une propension irrésistible au repos physique. » (Mæchia- LOGiE ; traité des péchés contre les sixième et neuvième commandements du Décalogue, p. 160.)

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Les conséquences de cet état anormal sont, faciles à prévoir. Au lieu de cette tranquillité d’esprit et du corps, cette douce paix de l’àme et du cœur, attribuées faussement à la vertu du célibat ecclésiastique, comme une condition nécessaire à l’accomplissement des fonctions et des devoirs sacrés, quels orages, quels troubles le sens génital, ainsi perturbé et révolté, ne doit-il pas soulever entre le cœur et la conscience du pauvre prêtre et du religieux ! Eux seuls pourraient en faire la description, mais la discipline le leur défend et la plupart sont réduits à endurer ces maux en silence ou à y chercher un remède en violant leurs vœux. On ne sait que trop publiquement les excès où se laissent aller ceux que leurs désirs emportent pour juger du reste. Quant aux plus vertueux et aux plus chastes, ils sont souvent les victimes innocentes de ce régime forcé. Qui ne connaît les tentations de S. Antoine dans le désert ? L’histoire de toutes les religions montre de ces martyrs de leur foi, dont S. Jérôme est resté le type dans l’Iliade chrétienne par sa continence et sa chasteté. « J’ai été fidèle à mon vœu de chasteté, disait à Courier un vieux chanoine de 70 ans, mais Je ne voudrais pas revenir à vingt ans pour passer par les mêmes épreuves. Dieu me tiendra compte, j’espère, de ce que j’ai souffert, mais je ne recommencerais pas. » L’histoire du curé de Cours, mort à 32 ans d’un satyriasis produit par sa continence, est un autre exemple authentique de ses tristes effets. Et il y en a bien d’autres parles maladies locales que les médecins ont tant d’occasions de

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constater. Plusieurs curés, religieux et religieuses, livrés à l’onanisme sous différentes formes, sont ainsi venus s’en accuser par les effets morbides et les accidents qu’ils en éprouvaient, comme un cas en est relaté page 320.

Toutes les prétentions humaines à la continence volontaire sont donc infirmées par ces révélations. Dès qu’un organe existe, sa fonction est inévitable; il faut qu’elle s’exécute d’une manière ou de l’autre, à moins de supprimer l’organe. Vouloir ’empêcher, c’est s’opposer à ce que le cœur batte. « Goupez-le, si vous ne voulez pas vous en servir », disait cyniquement le docteur Caron, et Ton sait que des reli’ gieux, pour se soustraire à sa domination intolérable, ont employé ce moyen extrême de la castration pour conserver leur chasteté. L’un des premiers disciples de S. Jérôme, Héliodore, dans un élan de ferveur et ne se sentant pas de force à toute épreuve contre les tentations, imita Origène en se mutilant, malgré les défenses de l’Église qui punissait alors ce crime volontaire de l’interdiction du sacerdoce. Cela ne l’empêcha pas d’être élu évêque d’AltinOj quelques années plus tard, ce qui montre qu’il est avec l’Église catholique de grands accommodements. Des parents vouant, dès le berceau, leurs enfants à la vie monastique, par ambition, cupidité ou égoïsme, les émasculaient de même autrefois pour les engager plus sûrement dans la carrière ecclé.sias-

ique, comme moyen d’acquérir des bénéfices el des postes éminents.

La continence prescrite est donc une impossibilité radicale, à moins d’en faire, au sens littéral du mot, une immolation de la chair, un sacrifice humain; S. Bernard a qualifié ainsi cette abdication de soinième en la comparant à la castration. Autrement, ce célibat n’est plus qu’un grossier trompe-l’œil pour es simples et les ignorants, cachant une nécessité ndispensable au maintien de la hiérarchie et l'autorité de l’Église. Elle est surtout un danger pour la plupart en entraînant les uns à l’onanisme et en y condamnant ceux qui ne veulent pas enfreindre eurs devoirs religieux. Ils en sont d’ailleurs avertis avant de prononcer leurs vœux, car ce vice est aussi fréquent et commun dans les grands séminaires que dans toute agglomération d’hommœs jeunes et vigoureux, de ^0 à 24 ans, pour suppléer aux folies amoureuses de cet âge, dont les étudiants du quartier latin offrent le type.

Sans doute, la continence n’est pas absolument impossible à certains hommes; il en est dans le monde, si limité qu’en soit le nombre, qui l’observent passivement. A plus forte raison celui que la foi et la religion guident et que son genre de vie protège; mais tout dépend du tempérament, de la constitution "t non de la vie religieuse, même lapins sévère. Elle n’a pas d’influence spéciale sur la chasteté ni a Virginité. Au contraire, ceux qui l’observent en sont J es victimes préférées, d’après l’aphoris:r;o i'alion : Chivive j)iù castamente é piii sotfo pnsto

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air amore (Maffei). Si la contioence abat les désirs de quelques-uns, elle les excite, les augmente chez d’autres. La volonté n’exerçant pas son empire la nuit comme le jour, les stimulations de la chaleur du lit, du décubitus sur le dos, les rêves ou les souvenirs et toutes les excitations, internes et externes, physiques et morales, ont beau jeu en son absence pour se jouer des plus vertueux et avoir raison des plus chastes. Voilà la vérité d’après l’observation. Seul, un poète, comme Lamartine, a pu émettre l’avis opposé. Forcée, la continence détermine, comme les excès vénériens, des convulsions épouvantables, jusqu’au priapisme et au satyriasis chez l’homme, la nymphomanie chez la femmei Démonstration, évidente de sa nocuité.

îl est parfaitement admissible qu’il y ait plus de hiles chastes et vertueuses parmi les religieuses que chez les prêtres et les religieux. Celles-ci ne se rencontrent pas tant dans les couvents et les congrégations que dans la vie libre, isolée, solitaire des champs. Vouées librement et par conviction au culte des autels, elles ont pour tout idéal d’aimer, prier et adorer Dieu; ce but suffit à remplir leur cœur, leur âme, leur esprit, lorsque leur corps est occupé et fatigué aux durs travaux de la campagne. Elles vivent ainsi saintement, repliées sur elles-mêmes, en dehors des bavardages, des caquets, des médisances du clocher, partageant leur vie entre leurs occupations, la charité et la prière.

En exemple s’en trouve au lien de ma naissance. Cette vénérable fille, parvenue à 94 ans, n’a jamais

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donné lieu, jeune comme vieille, à la moindre critique ni au plus léger reproche. Dernière survivante de sa famille, elle a accepté tous les malheurs qui Tout frappée sans se plaindre, avec patience et résignation; tout en déplorant les actes répréhensibles, les méfaits commis autour d’elle et par ses proches, elle les a supportés sans les juger ni les condamner. Tombée dans la gène aujourd’hui, par suite de l’état précaire de l’agriculture, elle se plaint d’une seule chose : c’est de ne plus pouvoir donner le surplus de son nécessaire aux malheureux.

La règle analogue des Chartreux et des Trappistes, vivant dans le travail manuel, la prière, l’isolement et le silence, peut seule mettre à l’abri des dangers du célibat religieux. Le contact du monde est le plus redoutable par tout ce qu’ils y voient et entendent. C’est pourquoi les prêtres sont les plus menacés de l’enfreindre. Ceux des ordres enseignants, comme les Jésuites et les frères des Écoles chrétiennes, n’en sont pas exempts ; des cas trop fréquents le décèlent tous les jours devant les tribunaux pour le mettre eu doute.

Avec le célibat de leurs membres, les divers ordres religieux sont encore plus menaçants et désastreux, au point de vue social le plus important, que pour la morale et l’individu, en formant un socialisme sans mariage, ni famille, ni propriété. C’est une sorte de communisme, entre sexes séparés, s’attaquant à la propriété, dans un intérêt commun, qu’ils immo-

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bilisent indéfiniment sons un nom fictif et n’appartenant à personne. Elle ne se transmet ni par succession, ni par donation; elle est immuable, séculaire, entre les mains de l’ordre, la congrégation ou la communauté. Tous ses membres meurent et disparaissent sans payer aucun droit à l’État, comme ne possédant rien nominativement, alors que toute leur vie a été consacrée à augmenter le capital social. Ils se remplacent et se succèdent par milliers, d’âge en âge, comme s’ils étaient un seul individu, sans que la société ni l’État profitent autrement de leur activité et de la protection qui leur est accordée.

De nombreux systèmes ont été préconisés et même expérimentés pour établir ainsi la société en dehors de ses fondements. Avec la liberté individuelle que chacun a de vivre à son gré, suivant ses goûts et ses aptitudes, et même de faire partager à d’autres sa manière de voir, par la persuasion ou par l’exemple, des novateurs modernes ont ainsi rejeté la liberté, la propriété et la famille. Adoptant la solidarité pour devise, ils se proposaient tous, malgré leurs divergences, de décharger l’individu de sa responsabilité personnelle, en substituant à sa prévision, son industrie et son activité, l’activité, l’industrie et la prévision de la société tout entière. Aucune de ces tentatives n’a réussi. Le communisme, le fourriérisme et le saint-simonisme ont échoué, comme le mormonisme est en voie de décadence et de désorganisation aux États-Unis. Seules, les institutions religieuses des deux sexes, dont les membres sont voués au célibat ou à la vie monas-

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tique, prospèrent sous la protection des lois à peu près dans tous les pays de Tunivers.'

Plusieurs raisons expliquent ce succès. C’est d’abord le recrutement particulier de ces communautés s’opérant exclusivement sur des personnes libres, exemptes de la dépendance d’aucun maître et de toute infirmité ou difformités physiques, nées d’un mariage légitime, d'après leur acte de naissance. Il faut, en outre, avoir 20 ans accomplis, être sans aucune dette et justiiier du consentement de ses parents. Telles sont les conditions absolues de leur admission.

Toutefois, il en est qui quittent ou abandonnent leur famille, malgré elle ou à son insu, par un acte de volonté personnelle pour se désister aussitôt de celle-ci et accepter passivement une direction étrangère. Tout cela soi-disant par vocation et pour l’amour de Dieu, alors que souvent c’est par dépit, misère ou pauvreté, abandon, un amour contrarié, des suggestions étrangères, sinon la force, le fanatisme ou la simplicité. Que ce soit pour se consacrer à la vie monastique ou à l’enseignement, au service des malades, des enfants ou des vieillards, ils échappent également aux principaux devoirs et aux charges de l’État. Faisant à la fois vœu de chasteté et de pauvreté, ils sont dispensés du service militaire et ne paient pas d’impôt, même personnel ni mobilier, étant sans propriété ni liberté. Le produit de leur travail appartient à l’ordre ou à la communauté dont ils font partie.

' L’esprit religieux, de discipline et de soumission

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absolue à la règle commune, établie dans Ions ces ordres, en est une autre. Un noviciat plus ou moins prolongé, exigé des candidats avant l'admission, en permettant de juger préalablement de leur volonté bien réfléchie, leur décision, leurs facultés, leurs aptitudes et leur santé, est surtout une épreuve décisive garantissant l’avenir. Toutes les précautions sont prises d’avance pour s’assurer si les postulants remplissent bien les conditions d’admissibilité et ont les qualités voulues pour le rôle particulier qui leur est destiné. A défaut d’aptitudes spéciales, une dot variable suivant la position, et pouvant s’élever jusqu’à la fortune, facilite toujours l’admission. Autrement, les éliminations ne sont pas rares. N'est pas reçu qui le veut dans la congrégation ou la communauté. Si des entrants se retirent bientôt volontairement, en ne pouvant supporter la rigidité de la règle, la plupart sont exclus, éliminés, comme n’étant propres à rien dans l’ordre. Son autorité, sa réputation, comme son intérêt et son avenir, dépendent de cet examen scrupuleux dont chaque membre actif est solidaire par son avis. D’où le grand nombre des rél'ormés et l’excellence des admissions.

Tout cela serait insuflisant néanmoins au succès de l’œuvre, sans la condition essentielle, sine qua non, du célibat indéfini. Comme le prêtre, le religieux s’engage à le garder et l’observer rigoureusement par son détachement absolu du monde, auquel il est pourtant mêlé très souvent activement par ses fonctions. Ses supérieurs. ont dès lors toujours son unique volonté passive à conduire et à diriger, sans

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qu’une personne ni aucun iatérêl étranger puissent y mettre obstacle. Placé, de loin comme de près,sous laulorité, la direction et le contrôle d’un chef immédiat, le célibataire ne peut s’écarter un moment de son devoir et de sa règle sans être exposé à être immédiatement réprintandé, changé, transporté au besoin dans une situation toute opposée à celle qu’il n’a pas su remplir ni conserver. Libre en apparence, le religieux ne l’est jamais en. réalité; comme le prêlre, il dépend toujours de quelqu’un qui, à la moindre infraction, le rappelle à la raison.

Voilà le secret du succès des ordres religieux. En s’affiliant les recrues de leur choix après la majorité et en les plaçant selon leurs aptitudes spéciales, ils jouissent de toutes leurs forces vives : actives, physiques et morales, au service de l’association. Leurs facultés ne peuvent être distraites un jour, un moment de son intérêt et son progrès, dans le présent ni l’avenir. Sans perdre leur qualité civile, tous ses membres concourent ensemble à un but unique : augmenter sa fortune de tous les legs, donations, héritages ou successions qu’ils peuvent recueillir, en ne laissant riei) eux-mêmes à leur décès, puisqu’ils sont censés ne pas posséder. Us se personnifient dans leur œuvre, et comme il faut toujours aimer quelqu'un ou quelque chose en ce monde, ils lui laissent tout ce qu’ils ont possédé, en le transformant d’avance en valeurs mobilières ou immobilières à son nom.

C’est donc là un véritable socialisme sous une forme différente par la séparation des sexes. S’il n’a pas l’immoralité de l’autre, ce communisme entre

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hommes et femmes, par dérogation aux lois de Fhygiène, de la nature et de la société humaine, en a tous les dangers spéciaux. Des millions d’individus y vivent ainsi sur la surface du globe, en immobilisant des valeurs et des richesses immenses, des propriétés considérables, au détriment de la société et au préjudice de l’État xjui les autorise ou les tolère. Ils portent surtout la plus grave atteinte à la population française par leur célibat, celui des femmes en particulier étant avec la prostitution le prii;cipal échec à la natalité.

Les voeux des ordres séculiers n’ont plus, il est vrai, qu’une valeur temporaire, très limitée par la loi ci-* vile française. Il est plus facile de s’en délier que de les prononcer, et l’on sort aussi librement du couvent que l’on y est entré. Mais la discipline sévère, exercée sur les jeunes adeptes, ne produit-elle pas une contrainte morale sur leur esprit qui en affaiblit (a liberté et l’indépendance? Le fait est que, malgré tous les actes immoraux dont les tribunaux ne révèlent qu’une faible partie par les procès scandaleux qui en sont la conséquence, on voit rarement de ces religieux rentrer dans la vie civile, dès qu’ils en sont sortis. L’étroite solidarité cléricale existant entre toutes les congrégations et les ordres, beaucoup mieux qu’entre les confréries et les associations laïques, même fraternelles, permet toujours à leurs membres de se sauver du naufrage. Ils s’entr aident et se soutiennent, et les plus indignes sont encore recueillis ici GU là, en changeant de nom, de profession, d’habit, de patrie même au besoin. Ils se soumettent et se

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plient aux plus dures exigences et à toutes les privations, en raison de leurs vœux, à l’exemple de Celui au nom duquel ils les ont prononcés.

Sans qu’aucun fait soit nécessaire à l’appui, tant ils sont communs, la récente application de l’article?, sur les congrégations non autorisées, est une démonstration évidente et péremptoire de ce qui précède. De tous les cloîtres secrets, ouverts par la force publique, et de ces nombreux religieux évincés, qui semblaient devoir se trouver à la porte, sans abri ni aucun moyen d’existence, en est-il un seul qui, réduit à cotte extrémité, soit rentré dans la vie civile? Leurs bâtiments peuvent rester fermés ou sous séquestre, avoir été vendus et même démolis, comme celui presque neuf des Barnabites â Paris, aucun de ceux-ci n’a cessé d’être religieux et la plupart occupent ici ou ailleurs, en France ou à l’étranger, des positions équivalentes sinon supérieures à colles qu’ils avaient conquises avant leur expulsion. Les Jésuites n’ont pas même déposé les armes. En se laïcisant en apparence, leurs instituts sont restés prospères. L’attention et la persécution dont ils ont été l'objet leur a fait, dit-on, plus de bien que de mal; ce qui semble rendre l’État impuissant à dissoudre les communautés religieuses.

Si antinaturel est ce célibat que, pour l’autoriser et le justifier, une disposition toute mystique et invincible est invoquée comme la cause essentielle. C'est îa vocation ou l’inclination à la vie religieuse, .dispo-

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sitioîî de l’âme plutôt que de l’esprit et de la raison. Cette tendance à la vie congréganiste, monacale ou ecclésiastique, doit être ratifiée par son exercice, comme celle de l’étude, de l’enseignement, de la prédication, du soin des malades. Des aptitudes, un tempérament spécial sont indispensables à cet effet. Elle na peut être spontanée et résulte seulement de l’expérience. De là le noviciat exigé. Mais est-il assez prolongé, dans la plupart des ordres, pour devenir une epreuve suffisante? Les fréquents changements d’état et de profession dans la vie civile, après les vocations les plus accentuées et persistantes dans la jeunesse, montrent qu’elles ne sont pas indéfinies. Des avocats, des médecins, des ministres de fÉvangile, des pasteurs même, abandonnent leur carrière. Les exemples qui s’en offrent dans ia vie religieuse catholique, et les écarts si nombreux à leurs devoirs dont se rendent publiquement coupables tant de leurs membres, dénotent qu’ils les délaisseraient de même, si le célibat n était a la base de leurs voeux, leurs engagements. •

Comment une règle aussi absolue a-t-elle pu s’établir dans un âge tendre, sans l’intervention de la science et l’avis de ses représentants ? Une consultation. du médecin serait au moins nécessaire, indispensable, pour en décider, d’après les antécédents des postulants, leur constituticn, leur tempérament, leurs prédispositions et leur santé. Imagine-t-on que des jeunes gens des deux sexes, menacés héréditairement de phtisie pulmonaire, comme tant de filles cliloroanémiques, hystériques, y sont prédisposées, secon-

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sacrent à l’état religieux sans l’avis d’un médecin? Quand la vie libre et l’exercice au grand air sont les meilleures conditions pour s’en préserver, cet engagement serait un fatal arrêt de mort.

L’examen moral est non moins indiqué. « J’ai w, dit l’auteur de V Homme et la Femme, considérés physiquement dans l’état de mariage, la directrice d’un monastère donner cet exemple salutaire. C’était une de ces femmes vertueuses qui ne croient pas adoucir leur joug en le faisant partager. Après avoir étudié le caractère des novices, elle consultait le médecin qui avait sa confiance, et dont la probité égalait les lumières, sur celles qui se destinaient à la vie religieuse. Ils s’attachaient surtout à en découvrir la constitution dominante et s’occupaient ainsi utilement de séparer du monde celles qui en présentaient une vocation forte et raisonnée, ou d’y renvoyer celles qui en offraient tout l’esprit, les aspirations et les goûts. »

La prolongation du noviciat peut donc seule ju^ifier le célibat'religieux. S’il est aussi doux et facile que le soutiennent ses partisans, il n’en doit rien coûter aux prosélytes d’y rester sans y être définitivement engagés. L’âge de 40 ans pour Iqs hommes et de 3:2 pour les femmes était fixé par les capitulaires de Charlemagne pour entrer dans la vie religieuse. S. Léon ne voulut pas que les fdles prissent le voile avant 40 ans. Le tempérament est alors définitivement fixé, stable, et si jusque-là un sexe a pu vivre isolément sans faiitre, exempt de souffrances et de révolte-s, un engagement définitif peut être souscrit en

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toute sécurité. Les Jésuites reçoivent des novices très jeunes, mais ils ne les engagent définitivement guère avant 30 ans et souvent plus tard. Les Trappistes et les Chartreux agissent de même, et ce n'est pas sans raison.

Embrasser irrévocablement l’état sacerdotal à 24 ans, quand lespassions, contenues jusque-là par la retraite du séminaire, des étAes abstraites, un régime sobre, vont prendre tout leur essor, au milieu de la liberté du monde et le secret en tête-à-tête au confessionnal, c’est -s’exposer à tous les inconvénients et les dangers du célibat. Les plus grands abus ont été commis autrefois à cet égard par l’Église romaine, quand sa puissance prédominait sur toutes les autres. Une part en étant déléguçe à ehaciin de ses ministres, ils pouvaient aspirer, comme dans l’armée aujourd’hui, aux premiers rangs de la hiérai-chie par la valeur, le zèle et surtout l’habileté ; la cléricature était pour un père la première dignité à donner à ses enfants. Les plus grandes et nobles familles y plaçaient ainsi leurs cadets, l'aîné prenant à la fois noms^ titres et biens. Les enfants furent ainsi castrés, mutilés dès leur berceau, pour ne pas échapper à cette destination.

Lès la fin du rv- siècle de l’ère chrétienne, trois vices principaux existaient dans l'Église : la luxure, la gourmandise et l’avarice. P'alladius les signale dans le clergé byzantin avec prédominance de la luxure; Jean Ghrysostome trouva celle-ci si répandue à son arrivée à Constantinople, qu’elle infectait, dit le grand évêque, to la chrétienté de f Orient comme

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de l’Occident. Elle menaçait de passer à l’état d’institution dans l’Église, tant le concubinage des clercs et la prostitution des vierges étaient flagrants et résistaient à toutes les lois civiles et religieuses, censures et anathèmes. S. Jérôme était exilé de Rome pour les avoir combattus et Chryscstome se préparait un sort pire en les démasquant dans ses écrits, comme il les condamnait hautement et sévèrement en chaire. 11 était ainsi représenté dans une fort belle toile au Salon de 1884, fulminant contre les mœurs licencieuses de l’impératrice Eudoxie présente, pour flétrir sa conduite. Les tableaux qu’il a laissés de ces ménages interlopes de clercs et de sœurs agapètes montrent combien ces mœurs se sont purifiées depuis, bien qu’il en reste encore des traces.

La prêtresse est signalée, en effet, dans les fabliaux du xiii® siècle, comme la femme légitime ou la concubine du curé. Appelée comaclre ou commère en Biscaye, elle était considérée comme une caution pour la sécurité des maris. On n’en recevait pas de bon œd sans elle. De là les fréquents différends à ce sujet, entre les évêques et leurs subordonnés. Assemblés à Londres en 1229, pour réduire les prêtres à la continence, « les prélats anglais, dit l’abbé Vély, ne purent en obtenir raison par les grosses sommes qu’ils fournirent au roi. Toute la différence entre eux était que ceux-ci entretenaient publiquement leurs concubines à la maison, sous le titre de servantes, tandis que les prélats les avaient en ville.»

De là un fameux fabliau du temps, mettant ces

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mœurs à nu entre un curé de Bayeux et son galant eveque. Endiablé par sa jeune et jolie servante, Auberee, le premier ne savait rien refuser à tous ses caprices ; ils couchaient sur de doux matelas buvaient du vin et mangeaient de grasses oies ensemble. De là vertes réprimandes successives de l’évêque a toutes ces infractions à la règle, avec défense absolue de continuer. Sur ces entrefaites, Aubérée découvre que monseigneur vient passer ses nuits chez une maîtresse, non loin du presbytère ; elle dépêche d autorité son curé à celle-ci pour lui demander do le cacher dans sa chambre lorsque l’évêque y viendrait. La donzelle y consent et lorsque celui-ci veut se coucher auprès d’elle, elle l’arrête en lui demandant une bénédiction solennelle, comme il la donneraitau hls d un roi à tonsure. Une bénédiction, dit-il en nant, vous plaisantez. Mais la belle s’obstinant, il est obligé d’entonner son oremus. Il finissait son per omnia secula seculorum, lorsqu’une voix forte lui répond : amen. « C’est moi, dit le curé en sortant de sa cachette, moi à qui vous avez défendu de coucher sur un matelas et qui suis venu pour vous voir administrer les ordres à ma voisine. — Ils sont admimsties, dit l’évêque en riant; va, mon ami, mange e oie, bois du vin et reste avec Aubérée ; mais pour le moment, laissc-nous. »

La Vessie du curé, composée à la même époque flétrissait spécialement l’avidité des moines. .Malo-ré leur vœu de pauvreté, ils demandaient ou plutôt mendiaient, au lieu de suivre le commandement de S. Paul a ses disciples : le travail et le désintéres-

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sement. Ils prenaient même au lit de mort des malades riches, quand il s’agissait de l’intérêt de leur couvent. Deux Dominicains, ayant l’inquisition en main, visitent un curé qu’ils trouvent au lit hydropique et condamné à mort. Ils lui réclament un don pour leur couvent, mais le malade a déjà disposé de ses biens en faveur des pauvres et de sa famille. Ils le pressent néanmoins et demandent pour eux la substitution de l’un de ses legs, sans quoi il ne recevra pas la miséricorde divine ni le secours de leurs prières. Il leur promet alors le seul joyau dont il n’ait pas disposé : ce fut sa vessie, qu’il supposait être le siège de son mal.

Ce délire était encore si général à la lin du xiC siècle que le pape Clémeut II fut obligé d’interposer son autorité pour faire cesser ces mutilations des garçons par des défenses expresses d’actes aussi contraires au bien public. Il est vrai qu’en ce temps , le clergé, si nombreux et puissant, n’était pas plus vertueux; ses dévergondages de toutes sortes sont attestés jusqu’à la cour pontificale par un témoin oculaire : «Je crains bien, écrivait Vettori, ambassadeur de la République de Florence à Rome, le o août Ii5i3, à son ami Machiavel, que le Tu«c ne tombe sur nous, par terre et par mer, pour nous châtier, malheureux chrétiens, et ne fasse sortir œs prélats-ci de l'ordure dans laquelle ils se vautrent et les autres hommes du sein des lâches voluptés où ils sont plongés. Le plus tôt sera le meilleur, car j’ai peine à supporter le dégoût que ces prêtres m’inspirent. » {OEuvrm compl. de Macchiavelliy t, IL p. 627.)

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L’égoïsme particulier à tous les célibataires de parti pris et de propos délibéré est surtout spécial au prêtre. S’il n’en forme pas toute la vocation il en est un effet incontestable par la manière de vivre du plus grand nombre : gourmand, aimant ses aises et ne se dérangeant qu’à ses heures en véritable épicurien. Sous prétexte de se consacrer entièrement à Dieu par son ministère, lorsqu’il devrait l’être à tous, il ne se dévoue ni ne se sacrifie, pas plus qu’il ne se donne à rien ni à personne; il vit pour lui seul, tout en se croyant le plus fidèle disciple du Christ, mort sur la croix pour le salut de l’humanité. Le contraire est une rare exception.

Personnifié par Balzac, dans le Curé de Tours, il n’aspire à rien tant qu’au bien-être, au confortable, au repos, en attendantle paradis. Delà son bonheur d’être mis en possession du logement de son ami le chanoine Chapeloud, qui lui en légua la jouissance en mourant. Il avait tant admiré, envié, convoité ce séjour en voyant le chanoine jouir de son vivant, avec une félicité si parfaite, de sa galerie, sa bibliothèque et tous les soins et les attentions que lui prodiguait la propriétaire, mademoiselle Gamard, qu’il se croyait parvenu au ciel. Il reste ainsi au foyer de son hôtesse tant qu’il y prend plaisir, s’en amuse et en jouit; à son tour, celle-ci, flattée dans son amourpropre de vieille tille et son orgueil de dévote de la préférence qu’il lui accorde, le soigne et le dorlotte par calcul ou réciprocité. Ils sont dès lors satisfaits ei contents l’un et l’autre.

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Mais Birotteau est bientôt las. ennuyé, dégoûté, de ce milieu roturier, uniforme et monotone ; il retourne à sa société aristocratique et y passe toutes ses soirées, sans s’apercevoir de l’isolement où il laisse sa maîtresse... de pension. Il devient aussitôt la victime de sa haine et de sa vengeance félines. Jalouse comme toutes les vieilles fdles, elle le fait attendre à la porte, malgré la sonnette, lorsqu’il rentre le soir à dix heures. Elle le laisse grelotter par une soirée froide et pluvieuse d’automne, alin de l’exposer plus sûrement à prendre un accès de

goutte dont il soulfrira pour son salut. Il ne

trouve ni lumière ni feu pour se réchauffer et se sécher en rentrant, sans que la servante, couchée, se présente pour lui rendre ce service. Mademoiselle l’ordonne ainsi.

Graduellement forcé dans les derniers retranchements de son égoïsme sensuel, Birotteau devait succomber. Son linge ne sentait plus l’iris, il ne trouvait plus ses pantoufles à leur place, ni

Son lait de poule Et son bonnet de nuit.

Sevré de tous les petits soins de cette vieille fille, qui avaient rendu sa vie si douce pendant quelques mois, il ne put lui résister. Le testament de Chapeloud lui donnait seulement l’usufruit de son logement, à condition de l'habiter, sinon il rentrait tout meublé en la possession de la propriétaire, pour reconnaître ses bons soins. Birotteau ne fit pas attention à cette clause, visée surtout par la propriétaire

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rancuneuse pour le forcer à la retraite, mort ou vivant, en ne cessant de le persécuter par toutes sortes de médisances et de tracasseries. Pour se soustraire à ces embûches croissantes, semées sur ses pas, — au point de ne plus Tattendre pour dîner, lorsque ses devoirs ecclésiastiques le retenaient à la cathédrale— il alla passer huit jours à la campagne de son amie, M"’" de Listomère. La vieille fille en profita aussitôt pour lui signifier son congé du logement, en le dépossédant non seulement du mobilier de son ami, mais de celui qu’il y avait apporté. Par respect pour 1 Église et surtout le souci de sa considération et sa tranquillité, il n’eut pas recours à la justice et passa condamnation. Réduit à l’hospitalité de ses amis, il n’en subit pas moins les suites de cette affaire scandaleuse, connue dans tous ses détails par 1 abbé Troubert, second commensal de celle qui l’avait si bien roulé.

Toute la morale du célibat religieux n’est pas dans cet égoïsme; l’envie, la jalousie et k calomnie, même entre collègues, en sont les effets ordinaires, comme Balzac, qui s’y connaissait bien, en donne l’exemple dans cet abbé Troubert. Logé depuis douze ans au rez-de-chaussée de la maison Gamard, il ambitionnait de monter au premier, après la mort de son collègue Chapeloud. Les dispositions testamentaires de ce dernier en faveur de Birotteau, en renversant ses pians, l’aigrirent aussitôt contre celui-ci. Il se lii;ua ’ dès lors avec sa propriétaire pour l’évincer. Grand, sec, au teint jaune bilieux, les yeux orangés, cet ambitieux irascible, digne fils de Loyola, avait réussi à

cacher toutes ses convoitises dans la majesté de sa taille et ses yeux baissés, malgré scs cinquante ans, par une vie retirée, le silence et un air mystérieux. Il affectait uu détachement de la terre par une apparence de préoccupation constante et de sainteté. De là sa trahison indigne envers celui cj[u’il appelait son frère, comme un congréganiste.

Appelé à faire l’intérim du vicaire général, tombé malade, il ne tarde pas à nuire à Birotteau pour son canonicat et, devenu vicaire général, il en nomme aussitôt un autre à sa place. D’accord avec sa propriétaire, il s’installe bientôt dans son propre logement, en lui tendant toutes sortes d’enibûclies, et le dépossède ensuite de sa place de vicaire de la cathédrale en le nommant curé dans la banlieue de Tours. C’était la mort du pauvre égoïste. Trouvant qu’elle ne venait pas assez vite, Troubert devenu évêque ne le laissa pas même mourir tranquille dans ce modeste poste. Par la plus persistante des vengeances, monseigneur lui donna le coup de grâce, avant son départ pour son diocèse, en le faisant interdire, sous un faux prétexte, par son archevêque. Telle est Tàme noire d’un mauvais prêtre.

Toutes ces satires contre les mœurs cléricales du temps pourraient être renouvelées en partie contre la rapacité et la captation, surtout dans certains ordres, comme Eugène Sue en a donné l’exemple dans le Juif errant. L’égoïsme et l’envie n’ont pas var é depuis Balzac et si les mœurs sont moins ouverte-

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ment dissolues, elles sont loin d’être irrépréhensibles, malgie toutes^ les âtteniicitions. Il sersit trop long et fastidieux d’en rechercher tous les cas rendus publics; il suffit de citer une récente lettre de Nouméa pour contredire et infirmer péremptoirement les prétendus bienfaits du célibat religieux dont les liens sacrés remplacent, suivant les casuistes, ceux du mariage. Celte lettre, du 27 août 1881, annonçait que, parmi les condamnés arrivés par le Tage à la Nouvelle- Calédonie, se trouvaient avec Abadie et Gilles, les deux jeunes assassins, Guillo, le curé de Dijon, condamné à vingt ans de travaux forcés pour attentats à la pudeur, entouré d’un lot de frères des écoles chrétiennes, condamnés pour la même cause. N’est-ce pas assez édifiant?

Sauf de rares exceptions et des conditions physiques particulières, prêtres et religieux ne peuvent donc pas plus se soustraire à la fonction génitale que les laïques. Comme tout animal mâle — assujetti à ce tyran du rut, qui le rend fou s’il n’est pas satisfait, — ils sont exposés à des pertes séminales intermittentes, volontaires ou involontaires, sous forme de pollutions nocturnes, qui troublent la santé, altèrent l’esprit et la raison, comme les aveux et les exemples cités en déposent irréfutablement.

« Elles sont si fréquentes et forcées chez les célibataires, dit l’illustre chirurgien anglais, sir J. Paget, dans ses Clinical lectures, que je n’en ai jamais rencontré un qui ne m’ait répondu affirmativement. Elles varient suivant le climat, le régime, les habitudes sociales, de une à deux par semaine ou d’une

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seule tous les deux ou trois mois, également compatibles entre ces deux extrêmes avec une bonne santé. Il n’y faut donc pas faire attention. »

En voici un nouvel exemple type, décrit par le pénitent lui-même, pour montrer au contraire qu’il est nécessaire et utile d’y faire attention ;

« Depuis trois ans au moins, je ressens dans les organes génitaux, tous les quinze jours à trois semaines, une sorte de fatigiie dans la verge ou plutôt de petits élancements qui augmentent pendant trois à quatre jours et je sens un grand besoin et surtout un grand désir d’expulser le sperme. Je le sens comme à l’extrémité de la verge. Quand il n’y a pas de pollution nocturne à bref délai, je ressens de celte présence du sperme une gêne générale, des maux de tête et le sommeil en est troublé. Je ne puis m’endormir qu’avec peine et je confesse que de temps à autre, pour me débarrasser de cette gêne locale et générale, je me couche sur le ventre et une minute de cette posture, en remuant le corps, suffit pour amener l’éjaculation. Tout de suite, je suis délivré; il me semble qu’on m’ôte un poids de dessus la poitrine et le sommeil revient. »

On ne peut dépeindre plus simplement et exactement les effets de la continence forcée chez les hommes voués à la chasteté, dans la force de l’àge et de la vigueur, comme celui-ci, âgé de 33 ans et religieux depuis huit ans environ, sans avoir transgressé autrement ses vœux. Il demandait si un traitement anodin ne pourrait pas empêcher cette exonération artificielle et si elle n’était pas plus dangereuse et

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nuisible à Torgariisme que les souffrances dorit elle était le remède. Avec le régime physique et moral habituel d’un couvent bien ordonné, il n’y avait à ajouter que des calmants anaphrodisiaques et la continuation du naanège... au besoin, comme le moins nocif des divers modes d’onanisme.

Ces ardeurs génésiques, en appelant le sang dans les organes, les congestionnent et déterminent fréquemment des maladies locales des voies séminifères, de la prostate et la vessie. Le cerveau en reçoit aussi l’influence nocive. De là des hallucinations, du délire. Des cas de folie, sans hérédité appréciable, ont même été constatés. C’est la folie de la continence dont les exemples les plus frappants et irrécusables sont les religieux qui se sont mutilés pour mieux l’observer. Un acte aussi abject et effroyable, une résolution si impie sont des preuves éclatantes d’aliénation. Il n’y a pas lieu de la mettre en doute en en faisant remonter les eas aux origines du christianisme. Ce crime affreux de la castration religieuse se remarque encore de nos jours, comme un effet du célibat prescrit par l’église catholique, pour mieux conserver la chasteté.

Une secte religieuse d’hommes et de femmes, bien connue en Russie sous le nom de SJwptzy, châtrés, a pour dogme principal l’opposé de la secte polygame des Mormons. Condamnant l’œuvre de la chair et faisant de la continence absolue la vertu suprême, à l’exemple du catholicisme, elle ne se contente pas du célibat pour l’observer. Sachant bien que la chair est souvent plus forte que l’esprit, malgré tous les vœux

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possibles et l’efficace de la grâce, elle n’a pas trouvé de meilleure garantie contre les tentations que l’ablation, la mutilation des organes delà génération chez les deux sexes. Victimes de l’ignorance et du fanatisme religieux, ses adhérents se soumettent volontairement à la castration, comme les moines d’autrefois et les eunuques de l’Orient. Les femmes se font surtout enlever les mamelons, sinon le sein tout entier.

Leur nombre, sans être exactement connu, s’élevait à 0,444 en 1871 dont 3,979 hommes et 1465 femmes. En butte aux poursuites du gouvernement, les adeptes, pour y échapper . ne sont connus que des initiés. La plupart sont des illuminés, des candidats à la folie, qui se font émasculer à la puberté par la résection des bourses ou scrotum. Gomme les eunuques incomplets, ils ont ainsi la faculté d’entrer en érection, sous l’influence de leurs excitations mécaniques, de danses effrénées, nocturnes, appelées radenije, et d’idées lubriques. Aussi beaucoup de ces hommes usent et abusent, malgré leur doctrine, de la faculté qui leur reste en se livrant entre eux à l’onanisme anal, c’est-à-dire la sodomie, dont les stigmates ont été constatés chez plusieurs.

Le célibat perpétuel des ordres religieux est encore plus contraire à la santé des femmes qu’à celle des hommes. Autant au point de vue physique que moral, la jeune vierge dans le cloître est en proie à des affections cruelles qui l’emportent souvent prématu-

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