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La caractéristique du célibat est si peu de rester seul, isolé, que, par une contradiction choquante, la plupart de ceux qui s’y vouent par état vivent réunis et en société. Religieux et religieuses s’assemblent ainsi, comme les marins et les soldats, les prisonniers même et les déportés, pour vivre . en commun et travailler ensemble. Les ordres religieux seraient moins nombreux s’il fallait que leurs membres vécussent isolément , en cellule, comme les moines et les anachorètes d’autrefois. Un grand nombre de religieux séculiers des deux sexes choi- ■ sissent même de préférence, à l’exemple des Jésuites, l’instruction des enfants comme le but de leur vie. Par leur turbulence, ceux-ci forment bien la compagnie la plus gaie et joyeuse, sinon la plus réjouissante et divertissante du monde. D’autres s’adonnent à la visite, la garde et les soins des malades à domicile, dans les hôpitaux et des maisons spéciales. La société est si indispensable à l’homme, que
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les célibataires vivant seuls sont aujourd’hui une très rare exception.
Il n’y aurait rien à dire si les ecclésiastiques, prêtres, chanoines, observaient ces conditions générales de la vie commune entre eux. Mais à défaut de ne pouvoir vivre sans femme, tout curé a sa servante, sinon deux, jeune et vieille, absolument comme les célibataires civils. Les monskjnori sont les mieux partagés, eu égard à leur état de sainteté.
La jeune Rabouilleuse, Fiore Brazier, est ainsi adjointe par Balzac à la vieille Fanchette, dans son Ménage de garçon. Elle ne tarda pas à la remplacer dans le gouvernement du ménage de l’imbécile Jean- Jacques Rouget, au point de devenir bientôt servantemaîtresse avec un tiers, spadassin débauché, pour amant de cœur. Max aurait même bientôt mis la fortune du pauvre célibataire de son côté, ainsi que sa favorite, si des parents pauvres n’intervenaient par hasard pour prévenir la réalisation de ses convoitises. Bons et honnêtes, la sœur et le neveu de Rouget n’y parviendraient pas, selon la doctrine habituelle du célèbre romancier : le vice et le crime ont seuls chance de triompher dans la Comédie humaine.
Le second neveu Philippe est alors introduit sur la scène pour les besoins de cette cause. Officier d'ordonnance de l’empereur, après une action d’éclat à la bataille de Montereau, il s’était bientôt livré au jeu et à la débauche dans l’oisiveté du licenciement, avait réduit les siens à la misère et au déshonneur en conspirant contre la Restauration, et venait d’être condamné par la Chambre des pairs à cinq ans
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de relégation à Issoudun. L’affreux soudard y trouva son oncle Rouget livré aux machinations de la Rabouilleuse et son souteneur, mais plus roublard encore, ce triste héros du vice parvint à lui tenir tête et à le tuer en duel. La Rabouilleuse fut ainsi mariée au vieux célibataire de 57 ans, qui mourut bientôt dans la débauche. Philippe l’épousa à son tour avec sa grande fortune. C’est donc la glorification du vice sur le dos des célibataires.
Dans tout ménage de vieux garçon, ces servantes-maîtresses ont toujours occupé le premier rang, le maître ne vient qu’ensuite. Evrard domine ainsi le sien, M. Dubriage, dans le Vieux Célibataire. Il en serait aussi la victime, sans l’intervention de son neveu et sa nièce qui se déguisent en domestiques pour ruiner le crédit et détruire les plans de leurs ennemis. A ce prix seul et les péripéties les plus scabreuses, ils tirent le bonhomme de leurs griffes et réussissent à s’assurer sa fortune en faisant son bonheur. C’est une exception, car ils le refusent ordinairement.
A voir communément ces exemples scandaleux dans la vie civile, la présence d’une servante dont s’entourent la plupart des curés, en est rendue encore plus immorale. Une mère ou une sœur passe ; mais une étrangère... ! L’âge mûr exigé de ces servantes n’est pas toujours une garantie de leurs mœurs. On a vu naître des bâtards au presbytère et le changement ou la révocation du curé s’ensuivre. De là tous les quolibets des paroissiens! Ces faits sont tenus secrets et soigneusement cachés dans les
statistiques officielles des évêchés et du ministère des cultes ; ils restent patents et authentiques dans les paroisses où ils se passent et deviennent une cause de scandale et de discrédit pour la religion catholique. Ainsi se trouve préconisée l’adoption d’un enfant mâle, parent ou étranger, comme un correctif iilile au célibat du prêtre.
Cette permission d’avoir des servantes, accordée aux prêtres par les lois religieuses, est manifestement la continuation de l’ancien droit des clercs d’entretenir une concubine à leur foyer. Aboli par le concile de Trente, après des siècles d’existence, cet abus s’est perpétué par cette permission. C’est le plus immoral exemple du célibat des prêtres à deux et de sexe différent. Ne pourraient-ils prendre aussi bien leur sacristain, leur bedeau ou tout autre homme pour les servir, comme le font les militaires avec leurs ordonnances et beaucoup de célibataires civils? I^a femme, dit-on, est indispensable au curé, pour diriger sa maison, conduire son ménage. Dans ce cas, abolissez le célibat religieux et les prêtres ne seront plus sujets à caution.
Il n’est pas rare de voir un frère et sa sœur réunis et vivre ensemble, surtout à la campagne, dans une parfaite entente d’intérêts et de devoirs, par une disposition commune à ne pas se marier. Le besoin du mariage est si latent dans certaines familles, que la plupart de leurs membres vivent ainsi en célibataires, comme autrefois sous la direction
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respectée du père ou de la mère et ensuite autour du chef aîné qui en perpétuait le nom et l’autorité avec l’héritage.
Un exemple frappant de ce célibat par amour de la famille se trouve actuellement sous mes yeux. Quatre demoiselles et trois frères ont ainsi vécu ensemble jouissant d'une grande fortune à Paris. Aucune cause rédhibitoire , comme la misère, ne les forçait à se réunir. L’exagération seule de l’amour fraternel et familial, la crainte de se séparer, a été l’unique lien de leur parfaite harmonie, tout en se rendant, par leur esprit de tolérance, absolument indépendants l’un de l’autre. Ils s’accordaient surtout pour faire le bien. L’aîné seul s’est marié tardivement et est mort aujourd’hui, ses enfants et petits-enfants ont suffi à entretenir l’esprit de famille et le nom des trois sœurs survivantes et très âgées qui ne se sont jamais quittées.
Celui-ci est encore mieux en rapport avec les mœurs actuelles. Un fonctionnaire public, en mourant tout jeune, laisse à sa veuve trois enfants, un garçon et deux filles , sans autre, fortune qu’une bonne instruction et une éducation distinguée. Le fils se fait employé et les deux filles donnent des leçons. Ils vivent de la sorte très confortablement depuis plus de vingt ans, autour de leur mère, tandis que le défaut de fortune les a empêchés de s’établir convenablement selon leur naissance, malgré tous les avantages moraux et physiques qu’ils offrent. Ainsi s’engendre le célibat multiple.
A deux seulement, frère et sœur peuvent s’attendre
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réciproquement étant jeunes. Au nom de la protection due à sa sœur, l’aîné diffère de se prononcer avant elle, tandis que celle-ci, par déférence, hésite à s’engager avant lui. Tacite ou conventionnelle, cette condition rend la vie en commun si facile, sous l’égide de la fraternité, par la réciprocité des services, la communauté des intérêts et la part respective de responsabilité, que le célibat peut se prolonger longtemps, sans que ni l’un ni l’autre en éprouve l’isolement, les privations ni aucun de ses inconvénients.
De même entre une mère veuve et son fils unique ou puîné, comme entre un père et sa fille. La nécessité, le besoin qu’ils ont l’un de l’autre pour la direction du commerce, de l’exploitation, du ménage, la communauté des intérêts, le partage de l’autorité et le bien-être en résultant, créent une solidarité conservatrice du célibat, sans que les jeunes paraissent en souffrir plus que les vieux, quand la vie est active.
« Si je suis encore célibataire, m’écrit un agriculteur de 53 ans, c’est parce que ma mère et l’une de mes sœurs étant devenues veuves, et cette dernière avec sa fille étant revenue à la maison, je suis resté avec elles. Cette vie en famille a été cause que j’ai peu songé au mariage ; lorsque je manifestais l’intention de me marier, ma mère et ma sœur me demandaient d’attendre encore ; les années sont venues, et finalement, je suis resté vieux garçon. »
C’est là l’histoire résumée de beaucoup de vieux célibataires. Jeunes, ils se procurent des maîtresses ou ont recours à la prostitution sans embarras ni
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soucis ; la vie en est si, commode et facile que les plus moraux seuls y font obstacle. Devenus vieux, ils portent la peine de leurs complaisances ; beaucoup se reconnaissent impuissants, comme le précédent, en voulant faire une fin.
Les jeunes gens faibles de corps et d’esprit sont les plus exposés à cette tyrannie de leurs parents qui les dominent, en raison même de leur faiblesse. C’est le célibat parindiftérence. Une mère vivaatavec son fils unique l’a ainsi arrêté dans ses projets de mariage jusqu’à 28 ans. Lui parlait-il de jeunes filles connues, elle avait toujours des raisons pour l’en détourner, en trouvant des défauts de fortune ou de naissance. Lassé et jouissant d’une aisance indépendante, il s’émancipa en voyant tous ses camarades établis et heureux. Il avait un si grand désir de se marier, qu’il fit lui-même sa demande et, à tr^is reprises, il fut agréé. Mais lorsqu’il fallut avertir sa mère, pour avoir son consentement, elle fit tant et si... mal, au détriment de son fils, pour l’empêcher de se marier, qu’elle les fit échouer. Elle invoqua même ses propres défauts corporels pour mieux réussir. Arrivée à 77 ans, elle voit son fils plongé dans l’ennui et l’isolement du célibat à 46 ans, attendre sa fin pour se marier à son gré, c’est-à-dire en faisant sans doute un mariage disproportionné.
Le père ni le frère ont rarement autant d’influence, mais ils la remplacent souvent par l’autorité, sinon la ^ violence. De nombreuses célibataires n’ont pas I d’autre cause à invoquer. Une fille peut même y res- Ater, et surtout une veuve avec enfants, pour empê-
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cher son frère de se marier, moins par affection que par intérêt. On voit trop aigrement ses défauts réciproques à un certain âge pour conserver intacte l’affection de la jennesse. Frères et sœurs, pour rester célibataires ensemble, y sont souvent forcés par leurs passions secrètes, car ils n’ont plus guère la ressource de quelques doux moments, comme les maris^ et femmes avec leurs enfants.
Entre frères pauvres, on confond ses intérêts dans une association et, jusqu’au payement du fonds acheté, on travaille sans relâche et sans penser à autre chose ([u’à se libérer, se rendre indépendants. Puis^ l’on devient ambitieux par ce travail incessant et heureux, absorbant toutes les pensées. On remet ainsi d’une année à l’autre l’idée du mariage par les affaires que l’on monte et les succès attendus. Viennent les obstacles à la traverse, sinon les faillites, les déceptions et les révolutions pour retarder l’établissement désiré et l’on arrive insensiblement à 50 ou (30 ans, c’est-à-dire hors d’âge pour se marier, sans y avoir pensé ni réfléchi sérieusement. C’est le célibat par ambition ou avarice dont le commerce ou l’argent ont été l’unique aliment.
Un certain nombre de garçons et de fdles vivent ainsi en célibataires sans trop y réfléchir ni s’eni apercevoir. Ils se considèrent comme indispensables et se trouvent tacitement liés, engagés l’un à l’autre, en se faisant des concessions mutuelles. Avec une vie occupée, affairée, le temps, les années se passent insensiblement et l’on arrive à l’âge mûr, au moment de la retraite, sans avoir pensé au mariage. O.n.
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le remet toujours à plus tard, quand les occasions s’en présentent, et souvent indéfiniment. D’où la prolongation du célibat, sans autr^ cause que cette vie à deux.
Sylvie et Jérôme Rogron en offrent le type dans le roman de Pierrette. Placés à la tête du magasin de mercerie de la me Saint-Denis, la Sœur de famille, avec l’ambition de faire fortune, qui glace le cœur et remplace l’amour, ils passent là leurs plus belies années, très occupés derrière le comptoir. De 45 à 50 ans, ils se retirent à Provins pour étaler leur aisance. Sans occupation ni amis, ils ne sont plus accessibles qu’aux plus mauvaises passions : la médisance, l’orgueil, l’envie et lajalousie. D’où la cruauté de martyriser une jeune et innocente orpheline parce qu’elle aime et est aimée; condamnation flagrante de toute leur vie, eux qui n’ont jamais vécu qu’en égoïstes et pour l’argent.
Cette vie à deux est une cause fréquente du célibat à la campagne si, dès la première jeunesse passée,, l’un n’oblige l’autre à se marier pour vivre seul. Le secret de ce fait est si bien dans la différence de sexualité, que cette harmonie est beaucoup plus rare entre frères ou sœurs, père et fils, mère et fille ! Il y a toujours des zizanies, qui font fuir les plus jeunes. L’accord n’est jamais si parfait et les exemples de célibat à deux beaucoup plus rares, à moins qu’un intérêt quelconque le cimente et le rende indissoluble. Autrement, l’un ou l’autre des associés finit par rompre l’association, tant ce célibat est insupportable à défaut de l’homme ou de la femme.
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Le concubinage en est partout une preuve évidente. ' Malgré le profond mépris attaché à cet état de deux personnes étrangères , ' de sexe différent , vivant ensemble sans être mariés, par l’outrage public qu’il imprime au mariage légal, il est des gens qui préfèrent encourir cette honte, ce stigmate, que de se priver des avantages et des commodités de la vie commune à deux. Rien ne serait plus facile pour eux, les séparés excepté, que d’échapper à ce mépris. Un homme peut avoir toutes les maîtresses du monde et la femme tous les amants, sans que l’on y trouve à redire : le mot excuse la chose ; mais vivre en concubinage! C’est dégradant, presque infamant. Néanmoins, beaucoup de personnes des deux sexes préfèrent vivre ainsi, avec ou sans enfants, par économie ou autrement, que isolés, séparés. Consécration formelle, éclatante, des douceurs et des avantages de la vie commune de l’homme et de la femme par le mariage. (V. Célibat faux jjar concubinage.)
Il est d’ailleurs parmi nous un célibat à deux bien autrement immoral que le concubinage à trois des Chinois. C’est celui de deux hommes ou de deux femmes étrangers, vivant ensemble ou dans une association intime. La similitude d’idées, d’opinions, de sentiments, de goûts et d’habitudes est si rare et difficile entre étrangers du même sexe pour vivre intimement, qu’il y a toujours lieu de s’en étonner. Des passions secrètes, cachées, ou des vices inavouables sont seuls capables de les uniformiser et
les confondre. L’onanisme sous ses diverses formes, comme le saphisme et la sodomie, forment ainsi des ménages à deux d’hommes ou de femmes, travaillant souvent chacun de leur côté et revenant manger et coucher ensemble, sous prétexte d’économie. Tel est le célibat à deux qu’il faut surtout signaler et flétrir comme le plus immoral de tous.
De vieux célibataires ou veufs prennent ainsi fréquemment de jeunes domestiques, commis ou employés, pour leur servir de femmes. Des ménages libres d’hommes, rapprochés à ce titre et vivant ensemble comme amis ou associés, ont été cités Cette horreur de la nature a besoin d’être justifiée par l’exemple des tribades entre elles, pour être admise chez les sodomistes.
Dès que des femmes célibataires, jeunes ou vieilles, entretiennent ensemble des rapports secrets ou en cachette, il faut les suspecter de saphisme. Elles en donnent souvent la preuve en vivant ensemble, maigre la différence d’âge, dès qu’elles deviennent libres. On peut d’ailleurs le reconnaître à un signe cache, absolument caractéristique de ce vice secret C’est le volume exagéré , l’hypertrophie du bord du capuchon du clitoris, se détachant du gland. La succion de son extrémité libre lui imprime ce caractère spécifique; stigmate ineffaçable constaté sur des femmes galantes, convaincues de cette abominable pratique. Le gland, plus développé et proéminent, se rapproche même parfois de la forme en massue avec ou sans déformation de la vulve; mais celle du capuchon est le signe le plus convaincant
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et il n’en est pas besoin d’autre pour les moins corrompues. La rougeur et la ilétrissure des parties adjacentes en sont la confirmation.
Les aberrations génitales, qui provoquent ces exemples, doivent les rendre exceptionnels et plus rares que le concubinage. Ils paraissent d’autant moins fréquents qu’ils sont encore plus cachés et ignorés ; le hasard seul ou le crime les fait découvrir, ils peuvent encore résulter des vices de conformation, comme le pseudo-hermaphrodisme, où de prétendues femmes, en portant l’habit, ont tous les instincts et les goûts des hommes et viæ versa. Le principal danger de ces êtres imparfaits, mal sexués, est précisément de répandre et propager ces désordres dans la société, comme des exemples en sont relatés à I’Hermaphrodisme. (V. Célibat faux par prostitution,)