CÉLIBAT FAUX
OU PSEUDO-CÉLIBAT
De toutes les formes du célibat, celle-ci est assurément la plus fréquente, surtout parmi le sexe fort. Tous les garçons trouvent naturel et licite de s’amuser dès l’âge de 18 à 20 ans, par la séduction ou la prostitution, et taxent d’immorales les filles qui s’y laissent aller, excepté leurs victimes. C’est la morale en vogue d’après le positivisme régnant. Leur célibat consiste à avoir des rapports sexuels et même à vivre maritalement sans être mariés. Quiconque n’entre pas vierge dans le lit nuptial a donc eu un faux célibat.
La prostitution en offre le type et la démonstration publique, ostensible, au grand détriment de la morale. Son extension, témoignant de ses succès, explique surtout l’augmentation actuelle du célibat prolongé des garçons. Avec le désir, la volonté avouée de la plupart de se marier aussi tard que possible, aün d’avoir moins d’enfants, la prostitution publique
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et privée, clandestiae, leur offre im moyen facile et toléré de satisfaire à ces deux conditions de la majorité des mariages tardifs. C’est leur exutoire, leur égoîit commun et la principale cause qui fomente, entretient et encourage le pseudo^célibat.
Elle est ainsi le prélude, l’apprentissage et comme l’introduction au libertinage qui s’y joint ensuite trop souvent par la séduction, les unions libres, l’adultère, sinon le viol. Aux dons Juans oisifs, désœuvrés, aux Lovclaces pervertis, en proie au satyriasis de l’imagination encore plus que des sens, tous ces moyens sont bons tour à tour. Ils vont ainsi de maîtresse en maîtresse, suivant eux. Telles sont leurs prétendues conquêtes, obtenues souvent à prix d’argent et sans résistance; autrement ce sont des victimes. Ils passent leurs plus belles années en exploits amoureux, en aventures galantes, en tromperies, trahisons et déceptions, jusqu’à ce que fatigués, blasés, éreintés, ruinés de bonne heure par cette vie de débauche, la plupart sont conduits, entraînés à tomber dans le concubinage avec une compagne aussi indigne qu’eux, par l’impossibilité de se marier convenablement. Il y a aussi le danger de le conclure par les restes ou stigmates des maladies contractées et la crainte, trop souvent justifiée, de les transmettre à la femme et aux enfants.
Telle est la caractéristique du pseudo-célibat, marquée de trois phases distinctes par des causes différentes. Nous les examinerons séparément, afin de mieux en montrer les conséquences périlleuses et les dangers spéciaux.
Prostitution, Par ses progrès, sous différents aspects, elle est devenue une institution sociale dans tous les pays civilisés, sous prétexte qu’elle est nécessaire, indispensable même à l’hygiène et à la sécurité des personnes autant qu’à la sauvegarde et l’honneur des familles. Malgré tous ses dangers et les maux qui en résultent pour la moralité et la salubrité publiques, elle est organisée, réglementée et tolérée par les pouvoirs et les gouvernements, au bénéfice spécial de l’homme et pour le plus grand abaissement, la dégradation , la flétrissure et l’esclavage des femmes qui s'y livrent. L’effet principal des arrêts, règlements et ordonnances édictés à ce sujet est de flétrir et d’asservir davantage la prostituée par son enregistrement , son inscription ou plutôt son écrou, sur le registre fatal de la prostitution, sans qu’elle puisse se relever ensuite à ses propres yeux ni à ceux de la société.
Tous les efforts, les recherches de l’administration de la police qui gouverne ces malheureuses tendent néanmoins à ce dernier but : l’inscription. Son idéal est d’y soumettre toute femme galante , comme si elle craignait d’en voir trop diminuer le nombre, pour les avoir plus sûrement sous la main et mieux les surveiller. Une fille libre ou en carte est-elle prise en délit de prostitution publique, en dehors des règlements, ou manque-t-elle de les observer? elle est aussitôt emprisonnée sans jugement et réduite à se placer en maison, dont elle devient l’esclave en perdant sa liberté. Et pourtant le début de cette carrière du libertinage et du vice a été souvent
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une séduclion coupable d’un homme riche et considéré. Profitant de sa jeunesse, son ignorance, sa dépendance ou sa misère, il l’a trompée ou rendue mère, sans que les lois l’atteignent pour réparer sa faute ni l’en punir. Pourquoi donc tant de cruauté ensuite pour sa faible victime, conduite ainsi d’échelon en échelon dans le vice par le déshonneur, la pauvreté et la misère? En la punissant de son délit commun, la justice voudrait au moins qu’on lui laissât la liberté de s’amender, se corriger et se racheter par le travail, plutôt que de la condamner à perpétuité à l’infamie et l’esclavage. Telle est la prostitution publique et autorisée.
L’injustice est ici d’autant plus criante que des milliers d’autres ülles, plus heureuses ou plus habiles, exercent en toute liberté, jour et nuit, le même métier de la prostitution clandestine. Sous les noms de femmes galantes, entretenues, de théâtre, de lorettes, de cocottes, d’inviteuses ou femmes de brasserie, etc., plus de 120,000 s’y livrent publiquement à Paris, alors que l’on y compte seulement 4 à 5,000 prostituées inscrites. Le nombre de celles-ci diminue graduellement, sous l’influence des violentes critiques dirigées contre la police des moeurs dans ces dernières années (1) . De 4,580 filles inscrites en 1876, elles étaient réduites à 2,839 en 1882, tandis que les premières augmentent. La liberté a toujours un certain attrait pour celui qui recherche leur contact. Il n’y a pourtant pas grande différence entre elles; sauf le nomy
Oj l,a prosritutinn, par Yves Guyot, Paris. 1883.
PAR PROSTITUTION c’est à peu près la même marchandise. Il y a d’aussi belles tilles dans certains bordels que parmi les cocottes les plus huppées, mais celles-ci, luxueusement meublées et élégamment vêtues, sont libres de recevoir seulement qui leur convient et les paie richement ; au contraire, les autres sont obligées de supporter le premier venu, se conformant à la taxe de la maison. Autrement, ce sont aussi des prostituées. La liberté devrait donc leur être uniformément accordée avec des peines égales pour leurs écarts, tandis que la fille de maison est seule mise hors la loi et traitée en paria. On verra plus loin celles qui offrent le plus de garanties sanitaires.
C’est à cette source impure, empoisonnée de Ja prostitution, coulant à pleins bords et se répandant partout sous ces deux formes, que la plupart des jeunes gens vont apaiser les désirs de leurs ardeurs printanières, essayer leurs premiers exploits amoureux. Où iraienl-ils ailleurs jeter leur gourme, influence deletère et pernicieuse du positivisme à outrance en vigueur? Le temps de l’amour platonique et des amourettes, où s’épanchaient les premières C Lîves du cœur dans des promenades, des danses es entrevues, des causeries intimes si charmantes’ est passé, à cause de ses lenteurs et ses incertitudes.’ ne s agit plus de s’amuser aux bagatelles de la galerie ou de la porte, mais d’entrer immédiatement àl'intorieur. Il faut aller vite en besogne, à présent que tout se traite et se fait à la vapeur. Les vœux, ni les
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promesses n’ont plus cours, on exige des réalités et pour mieux vaincre toute timidité puérile et n’essuyer ni affront ni résistance, on s’adresse d’emblée à la Vénus errante ou au gros numéro. La bourse plus ou moins garnie décide du choix et, contre argent comptant, tous les secrets et les voluptés de l’amour.... des sens sont aussitôt dévoilés, connus et réalisés aux plus simples et novices, sans aucun préambule, ni autre forme de procès.
Tel est l’apprentissage actuel de... l’érotisme. Appliquer le nom d’amour à ces passes libidineuses serait le profaner. Il est absent tant que le cœur y reste étranger. Le pur amour est ainsi inconnu et caché à beaucoup de jeunes pseudo-célibataires fréquentant les prostituées, dont l’accès est devenu aussi facile aux campagnards, aux ruraux qu’aux citadins. Elles ne se rencontrent plus seulement en effet dans les grandes villes ; il n’est si petite bourgade qui ne compte une de ces maisons de débauche plus ou moins publique ou clandestine. Le vice paré et dissimulé se montre ainsi partout à chaque pas, le jour comme la nuit, pour mieux apprivoiser et séduire ses victimes. Avec la rapidité des communications, le paysan du hameau, comme le fermier, peut même y recourir. Il n’est pas jusqu’au service militaire obligatoire qui ne facilite leur contact à toutes les recrues et les volontaires, transportés dans les grands centres. Chacun est donc exposé à tomber dans leurs filets, à moins d’en être garanti par l’onanisme, l’anaphrodisie , la neutralité ou toute autre infirmité analogue.
N’est-ce pas aux perfectionnements de cette règlementation à outrance de la prostitution publique, autorisée, et les prétendues garanties en résultant^ que les progrès de la prostitution clandestine sont dus? Elle est ainsi la principale cause du pseudocélibat, non seulement des légions de filles qu’elle y condamne à vie et des milliers de militaires forcés de l’observer, mais la généralité des jeunes garçons qm le prolongent ensuite à volonté par l’habitude les facilités qu’elle leur offre de s’exonérer et l’immunité complète et assurée qu’elle semble leur garantir.
« L’homme prolonge son célibat, parce qu’il trouve la prostitution facile, commode, et offrant une apparence de sécurité », dit M. Després, dans ses Études morales et démographiques sur la prostitution en France. (Paris 1883.)
II y a sans doute bien d'autres facteurs contingents, comme l’ancien chef de ce service à la préfecture de police, M. Lecour, le démontre dans saréponse à cet Mgument. « Autrefois, c’est-à-dire il y a quarante a cinquante ans, on se mariait jeune, parce que les goûts étaient plus modestes et que nul ne répugnait à commencer simplement, pauvrement même, la vie de ménage. Le mal actuel vient des habitudes de luxe à tous les degrés et d’un affaiblissement des sentiments moraux et religieux. On attend que satisfaction ait été donnée au dangereux dicton; il faut que jeunesse se passe. L’homme de province abandonne sa ville pour Paris, où il se corrompt ;
1 homme de la campagne pour les villes, où il s’étiole.'
! y a, en grand nombre, des concubinages, des accou-
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plements qui compromettent l’avenir. Il y a le commerce avec les filles faciles, avec les femmes déclassées, avec tout un monde qui descend vers la prostitution, mais qui n’y est pas encore tombé. Il y a enfin ces liaisons, si séduisantes au début, qui vont parfois au crime par l’avortement ou qui finissent par le chantage ou par l’emploi, souvent impuni, du vitriol ou du revolver. » {Archiv. de méd.^ mai ! 8Ho.)
Tout cela est profondément vrai et serait confirmé par tous les survivants en ayant l’expérience; dire que la réglementation n’est pour rien dans le changement opéré est une exagération opposée. Par les facilités et les garanties qu’elle offre aux jeunes ignorants, elle est ordinairement l’initiatrice sinon l’incitatrice corrompue de tous les dérèglements ultérieurs. Les plus simples, candides s'y laissent prendre et tombent de degré en degré dans le vice, s’ils ne sont pincés du premier coup. Elle est donc la plus grande coupable par l’appât d’une fausse garantie sanitaire, toujours trompeuse en réalité. Si elle protège véritablement la prostituée et son infâme commerce par l’immunité que ses visites et ses examens lui confèrent, elle est toujours fallacieuse dans l’intervalle. Son insuffisance et ses insuccès, ses sévérités et scs rigueurs arbitraires, dirigées contre la prostitution clandestine, en ont provoqué le développement épouvantable, la plus grande plaie sociale du jour.
Le recensement officiel de 1878 accusait en France lo,0o7 prostituées inscrites et 41,061 insoumises. C’est loin des lü20,000 prostituées de Paris. Sans être absolument ofljcicl, ce chiffre suffit à évaluer la
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quantité énorme de pseudo-célibataires qui fréquen !ent, paient et entretiennent cette population immonde vivant du vice et de l’immoralité. On peut la décupler à coup sûr, ce qui fait un total de près de I millions de clients.
En 18o0, le rapport des filles inscrites était tombé a 16 par 10,000 habitants, soit 3,S00 contre 30,000 insoumises. Les premières n’ont cessé de diminuer j usqu’en 1880, de même que les maisons de tolérance tandis que les secondes croissent, pullulent. D’octobre 1878 au 1-janvier 1880, 3,443 insoumises ont ete arretees : 2,303 mineures et 1,138 majeures; 324 inscriptions nouvelles ont eu lieu seulement, dont 7 mineures, d’après le rapport officiel de la préfecture de police. Aussi les maisons de tolérance sont-elles descendues de 233 à Paris en 1843 à 116 en 1880 et 18 dans la banlieue.
Les mesures sévères et rigoureuses prises contre les filles inscrites, et le peu de sécurité qu’elles présentent quand même, sont les causes de cette décroissance progressive. Dès que libre, la prostituée en carte se sent susceptible d’être envoyée à l’hopital-prison de Saint-Lazare, elle fait tout pour v échapper. Si le médecin, après examen, lui apprend qu elle a du mal ; écoulement, bouton ou ulcération, elle manque aussitôt la visite obligatoire et pour se dérober à la police, déménage, change dé quartier et quitte même Paris au besoin pour se réfugier n’importe où. De là sa situation plus dangereuse pour le client. Réduite à se cacher, à vivre d -expédients, elle court les aventures, accepte le
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premier venu pour multiplier les contacts. Victime de riiomme qui lui a donné sa maladie et qui reste libre, irresponsable, tandis qu’elleest traquée comme une bête fauve, menacée d’emprisonnement et de sévices, elle arrive à lui rendre tout le mal qu’il lui a fait avec une sorte de volupté sauvage. C’est sa vengeance, sa revanche contre ces hommes égoïstes, qui, après l’avoir recherchée, se montrent implacables envers elle, font les prudes, et, dans l’intérêt de leur santé, veulent la traiter, malade, comme une coupable.
Cette femme tombée, dégradée, dans son ignorance et sa misère , irritée contre la société, peut même considérer comme un droit de se soustraire à la police qui la traite comme sa chose, en paria, en esclave. Le danger qu’elle recèle en elle est son fait, toute la responsabilité en est donc à cette administration. Si elle ne la découvre pas, ne l’enferme pas, tant pis pour elle et pour les clients qu’elle doit protéger. Le reste ne la regarde pas et elle les contamine ainsi en toute sécurité.
Tel est le vice de l’institution, signalé dès 1867 au congrès médical de Paris par le docteur Seitz, invoquant l’exemple de la Bavière. « Les sévérités excessives contre la prostitution l’obligent à se cacher et la rendent plus nuisible pour la santé publique. » Ce jugement, proclamé par Parent-Duchâtelet il y a plus d’un demi-siècle, a été déplus ratifié par les médecins sanitaires français les plus autorisés : Diday, à Lyon; Jeanne], à Bordeaux; Mireur, àMarseille. Le chef du service des mœurs à Paris, M. Lecour, et
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M. Cariier, ancien chef du dispensaire, tout en étant ies plus ardents défenseurs de cette institution, comme ses agents officiels, ont été conduits, forcés parles chiffres, à faire publiquement le même aveu. La condamnation est donc formelle. Ce système arbitraire de Imscription obligatoire, de la violence et de la force de la police, doit être supprimé et remplace par la répression légale de tous les délits d’outrage public à la pudeur et la morale, aussi bien pour les garçons que pour les filles. C’est l’unique moyen de punition efficace.
Un rapprochement étrange est à faire ici entre la venu et le vice symbolisant également le célibat. On sait que les prostituées malades sont détenues à Saint-Lazare et qu’elles ont des religieuses pour les gaidei, les surveiller et même les corriger; des détenues les accusant de brutalité et de voies de fait. Les vieilles filles dévotes sont taxées d’être dures et sans pitié (Balzac). Le contact incessant de ces femmes chastes et vertueuses, au moins en apparence, avec ces créatures vicieuses, souillées, ordurières, de tout âge, mineures et âgées, n’est-il pas la réalisation positive de l’axiome que les extrêmes se touchent? L’exemple des unes est sans doute la plus sévère condamnation des autres; mais comment cellesci, victimes du libertinage et du vice par le prurit des sens, pourraient-elles comprendre la vertu et la chasteté ce celles-là? Aussi les plus dures corrections infligées, les prières et les dévotions auxquelles elles sont soumises, ne les améliorent guère moralement.
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Les échappées de Saint-Lazare sont, parmi les filles libres, celles dont le contact est le plus dangereux. La plupart sont malades et en s’offrant comme ouvrières ou avec leur carte, elles présentent une sécurité qui n’existe pas. L’une d’elles, réfugiée à Batignolles, a ainsi contaminé récemment un vieux et riche étranger, père de famille, en lui donnant son adresse. La rencontrant sous de belles apparences, il crut faire une conquête et lui demanda d’aller chez elle, en promettant de bien la payer. Elle refusa en alléguant, avec une fausse pruderie, qu’elle ne pouvait le recevoir. Il lui donna rendez-vous dans son hôtel et, huit jours après, un écoulement se manifestait. Ce n’était heureusement que cela pour lui et sa famille. 11 lui écrivit de revenir et constata, de visu, qu’elle était malade et insoumise.
L’homme cherche surtout la femme libre et préfère toujours une rencontre qui ressemble à une aventure, une bonne fortune, que d’entrer dans ces bouges, sorte de bagnes, si luxueux soient-ils, en intimité avec ces esclaves. Seuls, les jeunes naïfs ou inexpérimentés et les soldats les fréquentent encore, trompés par la fausse sécurité qu’elles offrent, en vertu de l’obligation d’un examen sanitaire très fréquent de leurs pensionnaires. C’est là une pure illusion. L’examen rapide de 120 femmes en une heure ne donne aucune garantie sérieuse, même par un spécialiste exercé; au contraire, fait avec l’unique spéculum ainsi au galop, il a plus de périls que de garantie
pour elles-mêmes. Étant admis que toute prostituée est fatalement vouée à la syphilis, qu’elle l’a eue, l’a ou l’aura, suivant l’axiôme, comment celle qui en est infectée ou l’a été pourrait-elle être exempte delà communiquer? Le professeur Fournier exige de ceux qui l’ont eue, quatre ans de stage après guérison apparente, pour se marier avec quelque sécurité. Toute femme l’ayant eue, dit le docteur Mireur, spécialiste de Marseille, devrait être soumise à une visite quotidienne pendant dix-huit mois consécutifs.
D’ailleurs, il est toujours possible que d’une visite a 1 autre, faite tous les deux a trois jours, une fois par semaine ou tous les dix jours seulement,* souvent
davantage dans plusieurs villes, cette femme avec
ses cinq ou six contacts journaliers en moyenne a
bien le temps d’être contaminée à nouveau, et avec son insouciance et sa malpropreté habituelles, peut en contaminer beaucoup d’autres. Même bien faite, la visite ne protégé pas les hommes contre la blennorrhagie ni les autres accidents vénériens.
Indiquées par le raisonnement, ces données se confirment par les chiffres suivants de la statistique officielle : En 20 ans, de 1812 à 1832, Parent^Duchâtelet a relevé 20,626 prostituées syphilitiques, soit plus de 1,000 par aunée. Sur 100 prostituées en maison à Paris, 26 à 30 étaient syphilitiques, de 1873 à 1874, alors que cette proportion se réduisait de 6 à 7 parmi les filles en carte, de 4 à 5 parmi les arrêtées, et de 1 à 2 parmi les libres ou clandestines. En diminuant graduellement les années suivantes, cette proportion tombait, en 1879-1880, de 20 à 21 parmi les
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premières, à 5 environ chez les secondes, de 2 à 3 parmi les troisièmes, et restait la même parmi les dernières. C’est pourquoi nous avons fait de la prostitution inscrite une indication absolue de célibat indéfini.
De même pour les maladies vénériennes simples. De 27 à 34 pour 100 dans la première période chez les lilles en maison, elles tombaient à 14 dans la seconde. Élevées de o à 6 chez les hiles en carte, elles n’étaient plus que de 2 à 3, c’est-à-dire la moitié, en 1880, tandis qu’elles restaient uniformément de 2 à 3 parmi les arrêtées et la moitié seulement parmi les libres.
L'enquête faite à l’hôpital du Midi, sur la source de l’infection des malades, a donné des résultats identiques. Sur 4,745 vénériens interrogés par le docteur Mauriac, 4,012 avaient été contaminés par des filles libres, 431 par des filles en carte, et 302 par des filles en maison; ce qui donne la proportion suivante par 1,000 de ces trois catégories, suivant leur nombre respectif : 134 pour les premières, 170 pour les secondes et 251 pour les dernières.
873 vénériens, interrogés au même hôpital par MM. Puche et Fournier, ont accusé 625 filles publiques, 52 filles entretenues, 24 femmes mariées, 20 domestiques, 100 ouvrières, 46 prostituées clandestines. Les filles publiques, en maison ou en carte, sont donc toujours la source de beaucoup la plus commune de ces maladies.
Sur 579 cas de chancre simple, les consultants de M. Mauriac les ont attribués 432 fois à des tilles libres,
59 étaient en carte et 58 en maison ; soit 14,4 des premières, 23,3 des secondes et 48 des dernières.
Des 1,633 syphilitiques lui ayant répondu à ce sujet, 1,414 attribuaient leur infection à des fdles libres, 139 étaient encarte et 80 en maison; soit 47 par 1,000 des premières, au lieu de 55 des secondes et 66,3Mes dernières.
Il est doue bien démontré que les femmes enregistrées sont trois fois plus dangereuses que les non surveillées exerçant leur métier clandestinement. Celles-ci ne le sont plus souvent que par leur grand nombre, de 7 à 10 fois plus considérable, en y comprenant toutes celles qui se donnent comme telles : femmes de théâtre et de brasserie, de magasin même, domestiques et ouvrières, venant s’ajouter à toutes celles qui en font leur unique métier. De là l’erreur commune qui justifie les premières. Les victimes avouent d’ailleurs bien plus facilement avoir été pris par celles-là que par celles-ci ; ils s’en vantent même comme d’un exploit galant.
La raison de cette innocuité relative des prostituées clandestines est leur liberté même. N’ayant à compter que sur elles pour conserver leurs pratiques, clients ou entreteneurs, souteneurs même, elles sont tenues à plus de soins et de propreté. Libres, elles acceptent seulement qui leur plaît, jeunes ou vieux; elles les choisissent et peuvent même exiger un examen préalable. En général aussi leurs contacts sont plus rares, car ils durent plus longtemps. Il y a indication pressante, lorsqu’elles sont malades, de se traiter et de s’abstenir pour guérir plus vite et avec la liberté
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de refuser qui se présente ou de fermer leur porte, elles offrent moins de danger. C’est tout le secret de leur immunité relative. Les plus malheureuses seules sont obligées souvent de cacher leur mal pour vivre, en gardant certaines précautions sanitaires ou en les faisant prendre.
Au contraire, le militaire, soldat ou marin, comme la fille, se considère en règle vis-à-vis d’une discipline qui, pour eux, est devenue toute la loi et la morale, lorsqu’ils se sont présentés au jour voulu à la visite sanitaire. Tant qu’ils ne sont pas détenus à l’hôpital, ils communiquent leur mal sans aucun scrupule. Ceux qui ont ou croient avoir intérêt à éviter la visite trouvent moyen d’y échapper. La preuve en est dans l’âge des entrants à l’hôpital pour vérole, surtout chez ceux qui appartiennent aux corps où cet accident entraîne une mauvaise note, la gendarmerie notamment. Il est probable que les choses se passent de même pour les tilles des maisons de tolérance.
Néanmoins, en augmentant sans cesse, la prostitution clandestine doit être considérée comme une des sources les plus actives de la propagation des maladies vénériennes et de la persistance de la vérole dans la société actuelle, mille fois plus redoutable que le vol même, qu’elle se vende ou se donne. « Contraintes de courir, presque toutes les femmes de brasserie sont malades, disent MM. Barthélemy et Devillez dans leur étude sur les Inviteuses. La moitié des cas de syphilis constatée chez les jeunes gens des Ecoles, ont été contractés avec des femmes de liRasserie.
Il en est de même des femmes de théâtre qui sont payées 100 francs par mois de leurs directeurs et dont les toilettes seules^ coûtent 3,000 francs. Une foule de gens spéculent ainsi sur la mauvaise conduite de leurs pensionnaires pour s’enrichir, au préjudice du public qui recherche leurs faveurs. » (France médicale).
Outre la démoralisation, provoquée par le contact des prostituées, et toutes les détestables leçons à en recevoir, les jeunes gens qui les fréquentent sont fatalement menacés de blennorrhagie et de toutes ses conséquences, graves surtout par la nécessité de les tenir secrètes. On continue ainsi ses occupations, ses habitudes, son régime, ses amusements, et le traitement en est inévitablement incomplet, malgré tous les meilleurs spécifiques. Une orchite survient, des rétrécissements s’ensuivent et de ces deux accidents consécutifs peut résulter une stérilité définitive. Que d’hommes en sont ainsi atteints dans le mariage, sans invoquer d’autres causes, dont les exemples sont relatés à la Stérilité humaine !
La syphilis est la plus redoutable menace de cette stérilité. Peu de prostituées y échappent et c’est pourquoi le mariage devrait leur être absolument défendu. Quand des hommes, s’en croyant guéris depuis de longues années, la transmettent à leurs femmes et à leurs enfants, sans porter aucune trace perceptible de cette diathèse, comment des femmes l’ayant eue en seraient-elles indemnes d’une manière certaine ? Elles ne sont jamais fécondes qu’au début de leur métier. La prostitution ne peut faire que
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des mariages stériles. C’est à elle qu’il faut attribuer leur diminution depuis un demi-siècle, et surtout la plupart des mariages tardifs et stériles. Elle devient ainsi une triple cause de la dépopulation de la France. « Ce n’est pas parce que des mères d’élite auront donné naissance à de grands savants, de grands artistes, que les peuples échapperont à l’invasion, à la servitude, à la mort ! Mais plutôt parce qu’il sortira des entrailles de la nation, depuis la femme du patricien jusqu’à la plus humble paysanne, des générations d’enfants pour faire des générations de soldats. » (Després).
On n’y parviendra jamais autrement qu’en revenant aux principes des ancêtres de se marier de bonne heure, pour se mettre à l’abri des folies et des désordres de la jeunesse dans un célibat prolongé. Une éducation morale, soutenue par le travail et l’étude, permet seule d’arriver sans encombre à l’âge voulu pour cet acte important. Il n’y a pas d’autre mesure hygiénique pour triompher des incitations sexuelles précoces, des appétits vénériens trop violents provoqués et entretenus souvent par la prostitution. L’exonération naturelle par celle-ci ou artificielle par l’onanisme est si dangereuse à cet âge que l’on ne saurait y recourir hygiéniquement ; l’usage ici confine à l’abus, sans pouvoir se limiter ni s’arrêter à point; la nature est alors plus forte que la volonté. Le plus sûr est de se marier pour obéir à ses instincts et éviter les maladies. Ceux qui s’y laissent aller ou s’y abandonnent perdent graduellement le sentiment de la pudeur, de la femme honnête et vertueuse, et c’est souvent en
les méprisant toutes à Funisson qu’ils n’en épousent aucune.
Ea résumé, la règlementation de la prostitution publique, autorisée, tolérée, en créant aux filles soumises une sécurité qui a beaucoup plus d’inconvénients que leurs visites sanitaires n’ont d’avantages, n’olfre aucune garantie hygiénique. Sous ce prétexte, radministration n’a donc pas à continuer à se faire la pourvoyeuse de la débauche; au contraire, elle doit y renoncer en laissant celle-ci libre, comme nous l’avons indiqué aux Mesures resMctives du célibat en général. C’est le seul moyen de restreindre cette lèpre sociale et ses effets pernicieux sur le célibat et la famille. Mais pour la liberté d’une industrie si dangereuse, une répression énergique est indispensable contre ses délits et ses attentats à la pudeur.
Prostitution masculine. La femme ne se livre pas seule à la prostitution, l’homme est toujoulrs indispensable. Sans lui, elle n’aurait pas de raison d’être, elle n’existerait pas. Tout homme se prostitue qui se livi’e à la prostitution, suivant le commandement de l’Église :
Chair ne désireras Qu’en mariage seulement,
La prostitution étant, d’après Littré, ïabandonnement à l’impudicité, quiconque- y prend part et la partage, l'encourage et l’entretient en la payant, est donc aussi, comme celui qui la soutient, un prostitué, suivant cette définition. « Tous les jeunés gens du quartier latin, futurs défenseurs de l’ordre, de la
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famille et de la société, jetant leur gourme; les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de nos officiers et de nos soldats; élégants à bonnes fortunes, Dons Juans de boudoirs, Lovelaces de cabinets particuliers, vulgaires coureurs, petits crevés, vieux polissons, maris indépendants, ont été, sont et seront des prostitués,» dit M. Yves Guyot. Ce qualificatif méprisant, honteux, doit frapper quiconque n’entre pas vierge dans le lit nuptial ou n’y reste pas fidèle. C’est l’état général, presque universel du sexe masculin, dans les sociétés basées sur la monogamie, c’est-à-dire de tout homme ayant possédé plusieurs femmes.
Rien n’est plus vrai, réel, et cependant on ne l’entend pas ainsi, sinon du jeune homme qui se prostitue en épousant une vieille femme riche, comme de tout homme vénal qui vend sa plume ou son vote. Dans ce sens généralement admis, la prostitution n’est plus synonyme d’impudicité, mais de gain et la prostituée est celle qui vend ses faveurs au lieu de les donner. D’où la même distinction établie entre les hommes : « Les sénateurs de la rue Marbeuf n’étaient pas des prostitués; ce mot était seul applicable aux dragons de l’Impératrice qui s’abandonnaient à eux. M. de Germiny avait des goûts bizarres; le jeune Chouard seul était prostitué » (Y. Guyot.) Telle est la casuistique adoptée dans la description suivante pour juger si elle est applicable.
La prostitution s’exerçant entre hommes est la plus infâme et abominable. Étrangère à la précédente par cette dilférence essentielle, elle s’en distingue surtout en n’étant ni publique, ni permise, ni tolérée,
PSEUDO-CÉLIBAT comme outrage à Ja pudeur, aux mœurs et à la morale, au contraire, elle est essentiellement occulte, cachée, secrete, et ne s avoue même pas par son caractère antinaturel, sinon entre affidés. Toujours clandestine et constituant un délit permanent, elle continue celle des deux sexes entre eux, quoique diamétralement opposée et en étant la contradiction. Elle en emprunte même les allures et les procédés, et Timite si bien qu’elle en est comme la doublure ou la contrefaçon, avec un cachet d’abjection et d’avilissement encore plus marqué. La pédérastie, en un mot, est le dernier terme ou l’étape ultime du vice entraînant le célibat de l’homme. A ce titre, il y a donc lieu de la signaler en passant, quoique déjà décrite amplement dans V Onanisme, où sa place était spécialement marquée.
De jeunes garçons efféminés, sans barbe, sinon à la moustache naissante ou coupée au ras de la lèvre supérieure, frisés, parfumés, vêtus d’habillements dessinant les formes masculines, désignés sous le nom de tantes, en sont les instruments actifs. La métamorphose est parfois si complète, que l’un d’eux était même appelé du nom de fille à la mod^.
Ils se trouvent ainsi dans les endroits favorables à leurs exploits, les foules notamment, les rassemblements devant les boutiques, les étalages, dans les tirmoirs, où ils se livrent à des gestes , des manœuvres ou' des attouchements suspects. Des promenades publiques spéciales leur servent de rendezvous, où ils s’affichent par leur mise et leur démarche leurs regards fixes et provoquants, souriant en cou-
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lisse, comme les prostituées, dès qu’on les regarde. A ces signes et bien d’autres, un coup d’œil ou de tête, ils se révèlent aux sodomistes qui les recherchent, et, en s’écartant, ils se font suivre et accoster. Autrement, ils s’asseyent à côté de ceux qu’ils soupçonnent ou reconnaissent tels et dévoilent bientôt leur but par leurs minauderies et leurs allusions ambiguës. C’est ainsi qu’ils lient connaissance et se font conduire à domicile, dans un hôtel de passe ou dans une voiture.
La ressemblance avec la prostitution féminine est donc frappante, et il serait superllu d’insister sur ce sujet, rayant traité ailleurs avec tous les développements nécessaires. {V. p. 89.) La seule différence est dans la rareté de celle-ci qui se rencontre seulement à l’état épidémique dans les capitales par l’extension du vice abject de la sodomie. Il faut aussi constater que beaucoup de ces jeunes pédérastes sont mal conformés au physique ou au moral ; la plupart étant sans sexe bien défini, anaphrodites ou neutres. Adonnés à l’onanisme seul ou à deux, ils y restent, ne sachant comment faire, ni à qui s’adresser autrement. Leurs difformités extérieures, plus ou moins accentuées, expliquent l’infirmité morale, sexuelle. C’est pourquoi la majorité se rencontre parmi les domestiques, valets de chambre, tailleurs et couturiers ou autres occupations de femmes. Plusieurs exemples anonymes, soumis à notre observation, en sont relatés à V Anaphrodisie sexuelle, comme indication du célibat. Autrement, c’est du vice ou du chantage par l’exploitation à la débauche.
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Tels sont en particulier ceux qui sont engagés, affiliés et payes par les prostituées. Il est avéré, par des dépositions et des rapports judiciaires, que des filles en maison ou libres servent spécialement à la parte poste les sodomistes qui en réclament l’usage. Afin de leur donner le choix, des maisons de tolérance s’attachent de jeunes pédérastes, recrutés par leurs pensionnaires, pour rendre leur service complet, comme en Italie, où l’on présente ouvertement hella ragazza ou bello ragazzo —belle fille ou beau garçoii. Cette prostitution masculine est si commune dans l’Afrique française, où les jeunes Maures s’olfrent pour ainsi dire directement comme en Turquie, qu’elle a envahi la métropole pour l’exercice coupable du chantage qui en est la plaie honteuse.
Cette prostitution spéciale, ignorée, entre les pédérastes et les sodomistes, retient dans le pseudo- ' célibat beaucoup d’hommes, à l’instar de l’onanisme et l’anaphrodisie par inversion sexuelle. L’amour grec remonte d’ailleurs à la plus haute antiquité ; Socrate 1 enseigne à son ami Glaucon, en lui disant;
« Un homme expert en amour ne devrait pas ignorer que celui qui aime ou qui est disposé à aimer est touché et remué de quelque manière par la présence de tous ceux qui sont à la fleur de l’âge, parce que t(ms lui semblent dignes de ses soins et de sa tendresse. N’est-ce pas ainsi que vous faites, vous autres, à l’égard des beaux garçons ? » {LÉtat et la République de Platon.) La même idée, sous une forme plus moderne, a été émise par le philosophe Lameltrie au xviii^" siècle, en disant que tout est
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femme dans ce que peut aimer l’homme et lui inspire un amour identique.
Un préjugé y conduit même et y retient ceux qui n’en ont pas l’expérience. C'est de se mettre par là à l’abri des maladies vénériennes et syphilitiques, la vérole en particulier. Elle se transmet des plus facilement, au contraire, par l’onanisme buccal entre individus du même sexe, comme de nombreux exemples en sont constatés chez les enfants soumis à ces pratiques. L’onanisme manuel à deux peut seul en préserver ; dès que les muqueuses sont mises en contact immédiat, la voie anale est aussi exposée que le vagin à la communiquer et à la recevoir. J’ai pu convaincre ainsi plusieurs malades des deux sexes de sodomie passive, alors que les accidents primitifs : excroissances, verrues, plaques muqueuses, chancres, ulcérations, étaient localisés à l’anus. En devenant des pièces à conviction, ces lésions peuvent même servir à la condamnation judiciaire, de ceux qui sont arrêtés pour actes de prostitution masculine ou accusés de sodomie. De nombreux exemples en sont relatés à V Onanisme anal en particulier.
Libertinage. De la prostitution au libertinage, il n’y a pas loin ; il la précède même parfois, car ces deux vices se tiennent et s’engendrent réciproquemeint. Appliqué aux deux sexes, mais surtout à l’homme, il s’entend particulièrement de ceux qui courent les intrigues amoureuses, sans foi ni loi ; se faisant un malin plaisir, sinon un mérite, de tron^per, de séduire, ■ abandonnant l’une pour l’autre, et en entretenant
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même plusieurs à la fois, lis courtisent indifféremment toutes les femmes et se compromettent ainsi publiquement dans des aventures galantes. C’est en un mot la polygamie organisée.
Tel est’le libertin, quant aux rapports sexuels dans leur exercice naturel, avec toutes les perversions résultant de leur abus. Filles et garçons s’abandonnant passionnément ensemble ou séparément à ces dépravations sont prédisposés au célibat. Il est même nécessaire qu’ils y restent et c’est à tort que les parents cherchent à les marier malgré eux, sous prétexte de leur mettre du plomb dans la tête. Le libertinage et l’hystérie en sont, au contraire, des contreindications positives.
Beaucoup de filles libertines tombent ainsi dans la prostitution et, par les recrues et les connaissances qu’il y fait, le jeune homme passe, de là à la prostitution clandestine où il ne reste pas souvent, faute d’attrait. La séduction l’attire et il arrive parfois au viol, à l’adultère, par une pente fatale. S’il y a ordinairement des appétits, des tempéraments spéciaux pour ces différents genres de libertinage criminel, l’on n’y parvient guère que par la prostitution. Seuls, les libertins fieffés y débutent de piano en la méprisant comme trop facile. Une première victime encourage ces gredins-là à persévérer en leur donnant du ton. Les militaires, favorisés par leurs changements de garnison, sont réputés coutumiers du fait. Il en est qui se vantent d’avoir ainsi semé des enfants partout. Ce sont les libertins éhontés et vantards.
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Tous ces célibataires dépravés, se jouant de l’honneur des filles et des femmes, du reispect du foyer domestique et de la paix des familles, sont les pires ennemis de la société. On ne peut mieux les assimiler qu’aux prostituées, semant partout où ils passent la honte et le désespoir, quand ce n’est pas la maladie et la mort. La 1res grande majorité des enfants trouves est le fait du libertinage, malgré les fraudes, l’onanisme et tous les stratagèmes enseignés par eux pour en prévenir la naissance, quand ils ne sont pas complices des avortements et des infanticides qu’ils ont provoqués. Ils contribuent ainsi à la dépopulation en corrompant les mœurs.
Victimes ordinaires de la syphilis, par tous les désordres de leur vie galante et de débauche, les libertins en sont les plus actifs propagateurs. Incapables de s’astreindre à se traiter ni se ranger, ils n’en guérissent jamais et la transmettent à tout hasard, comme ils l’ont reçue, aussi bien à la jeune fille confiante en leurs promesses de mariage qu’à l’aventurière la plus éhontée et dissolue, sans se faire scrupule de l’introduire même dans les ménages à l’occasion. Aussi n’ont-ils qu’une progéniture chétive et rare en se mariant, comme quelques-uns sur le tard, pour faire une fin.
C’est la première manière de ces dons Juans de boudoirs ou ces roublards d’amourettes de terminer leur pseudo-célibat qu’ils prolongent d’ordinaire jusqu’à trouver un riche parti. Ceux qui ont un nom, un titre, des richesses apparentes, factices, ou un blason souvent sali par la triste célébrité de leurs
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bonnes fortunes, leurs aventures galantes, l’enlèvement, la séduction ou le suicide de leurs victimes, en font lacondition essentielle; tout le reste est accessoire. Des entremetteurs intéressés, agents matrimoniaux ou d’affaires véreuses, sont les intermédiaires habituels de ces mariages cherchés au loin, meme à l’étranger, pour mieux tromper son monde et éviter des révélations compromettantes. D’autres font une toquade par leurs hâbleries sur les gens simples et réussissent à se faire prendre au sérieux par d’honnêtes familles, soit en simulant une fausse passion, soit en étalant les avantages, toujours en perspective, de leur position, alors qu’ils apporteront en réalité à la jeune fille innocente les restes, les débris impurs d’une vie de luxure et de débauche.
Une condition constante de ces mariages est leur brusquerie, leur soudaineté ; ils ne se feraient pas autrement. Tous ces Lovelaces se trahiraient par une cour prolongée; ils craignent de se faire connaître. Deux ou trois entrevues leur suffisent; ils sont toujours pressés de conclure. C’est l’indice d’un piège. Défiez-vous de ces vieux célibataires s’énamourant d’une jeune vierge, comme les deux satyres de la belle Suzanne, dont la passion violente ne leur permet pas d’attendre les délais réglementaires. Plus de préliminaires pour eux, il leur faut vaincre d’emblée. Au contraire, le véritable amoureux est patient, car il attend tout de celle qu’il aime. Aussi les suites de ces mariages emportés d’assaut sont-elles déplorables : c’est l’abandon, la séparation ou le divorce à bref délai dans les neuf-dixièmes des cas.
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Ne pouvant tromper les familles clairvoyantes, soucieuses avant tout d’assurer, autant que possible, l’avenir et le bonheur de leurs filles par des délais, un examen, des épreuves et une connaissance suffisante des aspirants, la plupart sont exclus en se laissant démasquer, excepté de leurs pareils. C’est à juste titre, dès qu’ils ont 35 à 40 ans et surtout davantage. En atteignant la vie dans sa source, le libertinage la diminue fatalement. Qu’une diathèse existe à l’état latent, et elle ne tardera pas à éclater. Les principaux organes, surmenés dans leur mécanisme, leur fonctionnement, s’altèrent bientôt et ces hommes meurent généralement sur le retour, même avec une conduite régulière. Us semblent le prévoir en se sentant affaiblis, usés, vieux avant l’age, et préfèrent choisir une maîtresse attitrée, pour finir leur vie comme ils l’ont commencée, suivant leur maxime favorite : courte et bonne, ils vivent ainsi en concubinage, sinon ils meurent dans l’isolement, délaissés et méprisés, en proie à la souffrance de tous les maux qu’ils se sont attirés. Par extraordinaire, l’un d’eux, mort à 56 ans, avait à son convoi un nombreux cortège de femmes de tout âge et de toute condition, dont les toilettes, bigarrées et excentriques, indiquaient la ressemblance. C’étaient toutes ses anciennes maîtresses, appelées séparément comme légataires, réunies ainsi autour de son cercueil sans le savoir. Il avait légué à chacune un cadeau particulier de son mobilier de garçon, consacrant par là dans sa mort ce qu’il avait fait toute sa vie.
Une mauvaise éducation ou des exemples immoraux
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sont la plus fréquente cause de ce pseudo-célibat par libertinage. Mais comment des parents ou des maîtres, partageant ces défauts, pourraient-ils les prévenir ou les réformer chez leurs enfants ou leurs élèves? L’hérédité est surtout fatale à cet égard. Deux frères utérins sont élevés ensemble. Leur mère est nonchalante, désordonnée, paresseuse et prodigue. Son premier mari avait toutes les qualités opposées, tandis que le second, au contact d’une telle femme, devint bientôt comme elle et s’adonna à l’ivrognerie dont il mourut. L’aîné des enfants est un honnête homme, laborieux, rangé, marié, dans une situation prospère, tandis que le second est un fainéant, libertin, adonné à tous les vices, vivant dans la débauche et ruiné. Aussi, il est resté célibataire, à défaut de trouver à se marier. Il vit avec sa mère dans le dénuement et le désordre. L’eftèt prédominant de l’hérédité sur l’éducation est manifeste dans ce cas. C’est un cercle vicieux qu’une bonne et sévère, éducation peut seule briser.
Il exerce surtout la plus funeste influence sur la criminalité. En excitant le système nerveux, il trouble la raison et pervertit la moralité. De là tous les actes répréhensibles et criminels commis chaque jour par les libertins. Le type en est dans la prostitution pour ceux qui l’exercent et l’entretiennent, surtout à l’état clandestin. Sur 100 commis de magasin, emprisonnés pour abus de confiance, vol ou escroquerie, les trois quarts devaient leur condamnation au libertinage. {Médecine des passions, II, D. 145.)
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Concubinage. Cet état extra- légal est la consécration publique et flagrante du pseudo-célibat de rhomme et de la femme vivant ensemble, avec ou sans enfants, sans êtBe mariés. 11 en est plutôt la fin que le comme ncqnient et accuse, saufde rares exceptions, une vie ordinairement déréglée dont il est la confirmation. Sa définition est l’union libre, sans autre formalité que la volonté des deux conjoints.
Cette union selon la nature a existé pendant de longs siècles à l’origine des sociétés. Les jeunes gens se choisissaient, s’accordaient, et la ratification des parents de la fille, du père surtout, constituait toute la loi. Celle de Moïse consistait pour tous les Juifs à ne pas s’unir à une étrangère. Il devint ainsi légal en Grèce et dans l’Empire romain; favénement seul du Christianisme, par sa puissance morale, put changer cet état de choses.
11 était si fortement passé dans les mœurs romaines, que l’Eglise primitive ne put établir le célibat de ses ministres. Le concubinage fut permis, puis toléré chez les clercs pendant de longs siècles et malgré les longues et vives controverses soulevées à ce sujet — signalées au Célibat religieux — il se perpétua jusqu’au concile de Trente, qui l’abolit définitivement.
Les bâtards étaient si nombreux alors, qu’aucun déshonneur n’en résultait pour eux; ils se paraient même de ce titre, dès que leur nom était devenu célèbre, en couvrant leur blason d’une barre. Le roi les légitimait parfois et il existait un office spécial à cet effet. Suivant l’orthodoxie de l’Église romaine, tout mariage civil qui n’est pas ratifié au pied
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de ses autels est un concubinat et les enfants en provenant des bâtards. Ceux des prêtres sont ainsi sans aucun droit sur la succession de leur père naturel, qui ne peut même les reconnaître légalement, d’après le Concordat.
Un concubinat légal existe encore pour les souverains : c’est le mariage morganatique ou de la main gauche. Le dernier exemple, en France, fat celui du roi Soleil avec celle qui était sa maîtresse depuis longtemps. Victor- Emmanuel était marié morganatiquement et l’empereur Alexandre, lors de sa mort violente, laissa aussi une concubine avec plusieurs enfants. Il existe surtout en Allemagne, par les privilèges absurdes et ridicules dont jouit encore la noblesse.
La concubine est la femme sans le titre, quoiqu’en en tenant réellement la place, puisque ses enfants sont sans droits, à moins d’être reconnus. Beaucoup d’hommes, par ignorance, misère ou perversité, sinon pour éviter quelques frais ou par mépris de la loi civile, en mettant au-dessus celle de la nature, font ainsi des mariages sans la sanction de l’autorité civile ni le respect de l’opinion publique. Dans les grandes villes surtout, ces mariages naturels sont dans une proportion effrayante. Si la fidélité est le principal mérite d’une union, elle peut sans doute exister sans que M. le Maire l’ait légalisée; mais la liberté réciproque du concubinage a quelque chose de dissolvant et de démoralisant. Quiconque refuse de se soumettre à la loi pour se réunir, n’en tiendra pas plus compte pour se séparer; il fait tout à son bon plaisir.
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Tel est le célibat déguisé du concubinage. Sans parler des enfants dont le sort est toujours précaire, il est aussi préjudiciable aux individus qu’à l’ordre social. Cette union, selon la nature, ne mérite donc ni la considération, ni le respect de celle qui est créée par la société. Le devoir du mariage en fait la supériorité.
C’est pourquoi le concubinage, à de rares exceptions près, est banni légalement chez toutes les nations chrétiennes, en vertu même de leur religion. Les Juifs l’ont aussi répudié et, par sa difTérence avec la polygamie musulmane, il reste localisé en Chine, où il existe plutôt d’après la loi civile qu’en vertu des diverses religions qui y sont pratiquées. Ses différences, bien connues depuis que ce pays est largement ouvert, en font une institution spéciale dont l’intérêt trouve sa place ici, d’après les communications officielles d’un savant chinois à ce sujet.
La concubine chinoise est synonyme de maîtresse autorisée et reconnue par la loi et par l’épouse légitime. Le consentement formel de celle-ci est indispensable pour qu’elle soit admise dans le ménage commun, en faveur de l’avenir de la famille, base et pivot social dans l’Empire du Milieu. Toutes les lois y sont subordonnées. La stérilité et la maladie de la femme légitimé sont ainsi les principaux motifs de l’admission de la concubine. « C’est une sorte de maîtresse légitime qui dispense l’homme de chercher ses aventures hors de chez lui. »
Sans la justifier, cette coutume est donc simplement la copie fidèle des mœurs des premiers patriarches.
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Sara, femme d’ Abraham, n’ayant pas encore donné d’enfant à son mari, avait une servante égyptienne nommée Agar et elle dit à Abraham : « L’Eternel m’a rendue stérile; viens, je te prie, vers ma servante; peut-être aurais-je des enfants par elle. » Alors Sara prit Agar et la donna pour femme à son mari. (Genèse, XVI, 2, 3.)
La concubine en Chine n’est pas autre chose, quand le mariage entre deux époux cesse d’être... ce qu’il doit être. Des raisons spéciales peuvent briser la carrière matrimoniale du mari, comme le changement d’humeur, les infirmités, l’âge, etc. En pareil cas, l’Européen trouve et prend facilement des maîtresses et, sous prétexte de délicatesse, il commet des crimes effroyables en semant ici et là, par ses relations galantes, des enfants bâtards qui seront l’objet d’avortements, d’infanticides, du suicide de la mère, ou qui seront jetés dans la vie avec une tache ineffaçable dans leur état civil et se trouveront sans ressources et sans famille.
Malgré sa brutalité sauvage, le concubinage chinois produit des effets tout différents. L’autorisation indispensable de l’épouse légitime ne s’accorde pas à la légère ; ce consentement ne se donne que dans des conditions déterminées, par esprit de dévouement à la famille et pour que le mari ait des enfants qui honorent les ancêtres. La monogamie étant l’essence du mariage, en Chine comme en Europe, et la bigamie punie très sévèrement, les Chinois préfèrent le concubinage au divorce, également admis pour cause de stérilité.
L’amour lie les cœurs eu Chine comme partout et, entre ces deux maux, l’amour vrai choisit le moin ■ dre dans l’intérêt de la famille. Les concubines août ainsi prises d’ordinaire dans les basses classes ou parmi les parents nécessiteux, de l’agrément même de la femme légilimc qui les reçoit comme étant à son service. Elles sont ses servantes et lui doivent obéissance, comme Agar. Si elle n’a pas d’enfants et qu’il en survienne, elle les considère comme les siens ; si elle en a, ils sont reconnus et ont les mêmes droits que les enfants légitimes.
Ce caractère essentiel, unique et spécifique, du concubinage chinois tant décrié, le rend certainement supérieur à tout ce qu’il a été et est encore actuellement. A aucune époque, leslois et ordonnances l’autorisant et le réglementant, dans les civilisations grecque et romaine, n’ont admis comme base la légitimation des enfants en provenant. En Grèce, le père prêtait sa concubine à son lils pour attendre le mariage. En France, il est encore à cet exemple des parents immoraux, prévoyants à l’excès, qui prennent des servantes, des femmes de chambre, poulies mettre dans le lit de leur fils, afin de prévenir des liaisons plus dangereuses, des dépenses folles et surtout des maladies. A Rome, Jules César permit à tout homme d’avoir autant de concubines qu’il voulait, afin que les générations en résultant pussent toujours remplir les vides de ses légions. Mais tous ces enfants étaient fatalement des bâtards , comme dans le concubinage illégal actuel. Afin de restreindre la polygamie résultant de ces lois, Justinien en permit
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seulement deux femmes : une épouse et une concubine dont les enfants jouissaient de certains droits sur la succession du père. Ils variaient, suivant les pays, chez les Francs, les Germains et les Lombards. Plusieurs hommes illustres, nés de concubines ou de maîtresses, ont rendu ce titre célèbre en France. La loi chinoise se distingue de toutes les autres en les légitimant. La moralité de ce but est un grand bienfait. La loi n’en est pas moins amoindrie sans doute dans son idéal, en consacrant; cette immoralité choquante ; mais n’est-elle pas obligée de s’accommoder aux nécessités de la vie de ceux pour lesquels elle est faite? Ell-e est légitime, puisque la fin justifie les moyens.
Cette institution ne mérite donc pas tous les anathèmes qu’elle a suscités en Europe. Elle sert d’épreuve judicieuse à la virilité du mari et à la stérilité de la femme légitime. Elle est ainsi préférable à la séparation et même au divorce pour cause d’infécondité du mariage ; bien des mariés la choisiraient, s’il leur était loisible de le faire, de préférence à l’adoption d’un enfant étranger. N’est-ce pas en réalité le concubinage déguisé avec des servantes dont le père se porte le parrain? L’immoralité est donc plus apparente que réelle, en faveur de la légitimité des enfants nés ainsi.
Nul doute qull ne s’ensuive de graves abus, comme de toutes les institutions humaines. Les concubines imitent souvent Agar en abusant de leur situation particulière pour mépriser la femme légitime et lui nuire dans l’esprit de son mari. Aussi le concubinage
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n’est-il pas appliqué dans tous les ménages, malgré son usage reçu et passé dans les mœurs. Les familles chinoises ne sont pas rares où, avec comme sans enfants, il n’y a pas de concubine, malgré les circonstances qui justifient son admission. {La Chine et les Chinois, par Tcheng-Ki-Tong , Paris 1884.)
Qu’advient-il, en général, dans les mariages stériles entre gens désirant des enfants et dont ceux-ci forment d’ordinaire le lien indissoluble? Des reproches, de la froideur, des infidélités souvent réciproques. La femme surtout, voulant devenir mère, s’y prête facilement en dehors du lit conjugal et le mari, de son côté, forme souvent des liaisons adultères. De là des querelles et la discorde du ménage; d’où s’ensuit trop souvent la séparation, volontaire ou judiciaire, c’est-à-dire le concubinage forcé.
Comment des époux, jeunes et ardents, ayant resté en ménage pendant un certain temps, pourraient-ils vivre autrement ? Le mariage plus fréquent chez les divorcés et les veufs, libres à cet égard, que parmi les adultes des deux sexes mariables du même âge, établi par la statistique, en est la preuve. L’existence d’enfants peut seule leur en faire un devoir, une obligation. Il leur faut dès lors choisir entre le libertinage, la prostitution ou le concubinage et celui-ci est le plus souvent adopté par l’homme. 40,ü00 femmes au minimum s’y engagent à Paris, d’après les calculs statistiques de Bertillon. C’est le dixième des ménages. La femme vivant ainsi s’y trouve souvent entraînée comme l’homme, lorsqu’ils sont séparés judiciairement sans pouvoir
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se mai’ier légalement. De là sa fréquence, que la nouvelle loi du divorce tend heureusement à diminuer.
Les conséquences de ce concubinage forcé sont surtout déplorables par les exigences même de la séparation. Il ne doit pas produire d’enfants, ni surtout en amener. Leur illégitimité est dès lors fatale, l’homme marié, pas plus que la femme, ne pouvant les reconnaître légalement sans se condamner publiquement comme adultères et s’exposer aux poursuites de leurs conjoints. Ils perdent ainsi tous les avantages de leur séparation et ne peuvent avoir que des enfants adultérins sans droits directs à leur succession, leur héritage. C’est le déshonneur sans profit. Et pourtant l’union avec une concubine, en vue de légitimer ses enfants, est encore plus admissible qu’avec la prostituée, frappée de stérilité du fait de son infâme métier et de ses abus.
De là toutes les précautions, les ruses, les fraudes pour éviter la fécondation, suivant la promesse mutuelle. Elle est surtout rappelée par la femme adultère qui a souvent appris dans le lit conjugal la manière de la tenir, si ce n’est un mari qui la répète à la jeune fille oublieuse. Car, si le concubinage est le refuge des mal mariés, ils prennent le plus souvent pour complices ceux qui ne le sont pas. C’est la stérilisation volontaire, enseignée et pratiquée dans les ménages après un ou deux enfants. De là les lésions, les maladies en résultant et, en cas d’insuccès, l’avortement ou finfanticide pour échapper à la réprobation encourue, sans réfléchir aux pénalités édictées contre ces crimes.
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La plupart des célibataires des deux sexes, de vingtcinq à quarante ans, ayant des désirs érotiques et des besoins sexuels à satisfaire, sont à peu près dans le même cas. Dégoûtés de la prostitution, sans le tempérament du libertinage, ils n’ont pas d’autre ressource que ce modus vivendi. Sans vivre ostensiblement ensemble, beaucoup réalisent ce concubinage effectif par des intrigues secrètes, suivies, des relations cachées habituelles, qui les exposent aux mêmes résultats. Leur union n’a lieu qu’à cette condition absolue : pas d’enfant; c’est Tunique moyen de la continuer et de la rendre occulte. De là ces rapports onanistiques, ces saturnales de Tamour, se décelant souvent par des troubles de la santé ou son altération, comme les exemples en sont relatés dans l’Onanisme. Le célibat prolongé des garçons s’explique généralement par ces intrigues scandaleuses et souvent adultères terminant d’ordinaire leur célibat.
Il s’établit d’autres fois d’une manière diamétralement opposée par la naissance d’un enfant résultant d’un mutuel amour entre de jeunes amants. Les parents de Tun ou l’autre des conjoints le provoquent, en refusant à tort leur consentement au mariage. Celui-ci étant impossible par une cause quelconque, ils se réunissent en concubinage. L’exemple s’en rencontre surtout à la suite d’un premier amour; des jeunes gens commencent ainsi la vie, comme d’autres la tinissent. A défaut de pouvoir se réunir immédiatement, il en est même qui, ‘dans leur fol amour, se suicident. Ce motif ne le détermine guère à un âge avancé; l’abandon de l’homme est plus fréquent
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Ce concubinage peut donc être forcé, comme celui des séparés.
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Le pseudo-célibat est ainsi, quelle que soit la manière illicite dont il a lieu, la négation même de la procréation, fonction essentielle de l’union des deux sexes et sa fin légitime. Il est principalement dirigé contre la nature et son plus grand adversaire, son ennemi déclaré. En révolte ouverte, permanente, contre elle, il n’est souvent consenti et réalisé que pour la contrarier, l’outrager, sinon dans le but avoué, prémédité, d’y faire obstacle par tous les artifices possibles pour mieux la frustrer. Et lorsque moins fort qu’elle, il ne réussit pas à la dominer, la vaincre et l’annihiler, il produit fatalement l’illégitimité, la bâtardise, c’est-à-dire des enfants trouvés ou abandonnés, source de misère, d’ignorance et de vice. Autrement, il détruit son œuvre en parricide par l’avortement ou l’infanticide.
L’illégitimité, la stérilité, le crime sont donc les effets ordinaires du pseudo-célibat persistant dans ses différentes phases. Ceux qui s’y laissent aller jusqu’à la fin sont menacés, non seulement de la justice humaine punissant leurs forfaits, mais des maladies du corps et de l’esprit, résultant inévitablement d’une vie d’excès, d’abus de toute sorte. La folie, la syphihs sont les plus communes, suivant l’indication faite au Célibat en général. Elles se manifestent surtout fréquemment dans celui-ci et ne se terminent souvent que par le suicide pour y mettre fin, comme nous l’avons montré par la statistique.
La distinction, fondée en principe, entre le célibat et les célibataires, est très difficile à établir strictement. Comment les séparer ? Si le célibat fait les célibataires, ceux-ci ne l’observent pas toujours. Sauf de très rares exceptions, ils portent indûment ce titre, la plupart étant mariés illégalement par des unions libres, selon le mode naturel à l’exemple des animaux, sans nulle autre loi civile, morale ou religieuse. Ce titre est donc moins vrai, réel et effectif que le premier. Mais comment employer celui-ci sans le figurer par ceux-là et les faire intervenir comme exemple et démonstration? De là les nombreux cas de célibataires déjà cités dans le Célihctt. On ne peut s'en faire une idée exacte sans connaître les idées, les sentiments, les goûts, les caractères de ceux qui l’observent, sinon les perversions, les travers, les infirmités ou les vices qui y conduisent. C’est l’objet principal de cette seconde partie, servant de synthèse à la première et la complétant.
Traduction littérale du latin celibatus, celihato^ cet adjectif n’est guère plus expressif que son substantif, mais il en marque mieux l’essence. Garçon et fille sont encore plus significatifs et le font mieux comprendre en français, tandis que ces mots en anglais — boy, girl — s’appliquent exclusivement aux enfants. Le titre de célibataire a l’unique avantage d’etre généri(|ue et de s’adresser indistinctement aux deux sexes dans les différents pays. Celui de soltero, seul, et soltcra, seule, est bien plus significatif en espagnol. Célibataire n’existe pas en anglais, il est remplacé pour les deux sexes single, seul, mais en désignant séparément le garçon de bachelor et la fille de unmarried woman lorsqu’ils sont majeurs; old maid étant réservé à celle-ci lorsqu’elle a vieilli. De là la confusion commise par un Anglais donnant le nom de célibataires aux garçons de restaurant.
On réunit à tort tous les non-mariés des deux sexes, sous ce titre de célibataues, dans les statistiques officielles, quel que soit leur âge. Il n’est évidemment applicable ni aux enfants, ni aux adolescents, n’ayant pas l’âge fixé parlaloi pour se marier; il doit être réservé logiquement à ceux qui ont atteint leur majorité légale, variable selon les pays et les climats. Nous l’avons ainsi employé jusqu’ici et nous admettons même qu’il s'applique seulement après ans aux deux sexes, comme les officiers de l’état civil et ministériels le consacrent d’ordinaire dans leurs actes. Avant, ils se bornent à constater la majorité. Le vrai célibataire est celui qui pouvant être marié ne l’est pas. Si l’on est mariable plus tôt, les
filles SQitout, le célibat religieux est ordinairement consacré à cet âge et le célibat civil se dessine et s’affirme encore plus tard. D’après la statistique officielle, l’âge moyen du mariage des garçons est de 28 ans 1/2 et de près de 25 ans chez les filles. Il s’élève même à 30 ans pour l’homme, si l’on joint les veufs aux garçons, et à 25 ans 1/2 pour les femmes, si l’on confond filles et veuves au-dessus de cet âge. La qualification de célibataire est d’autant moins applicable auparavant qu’elle comporte toujours une distinction dédaigneuse, une sorte de défaveur.
Par une particularité singulière, le titre de célibataire majeure, assez mal sonnant pour les jeunes filles, leur est spécialement attribué dans les actes officiels sitôt leur majorité légale accomplie, en raison sans doute de ce qu'elles se marient souvent avant de l’atteindre. L’énonciation de leur âge semble insuffisante â établir leur capacité civile et au lieu de le signaler simplement, l’officier ministériel français, galant jusque dans ses devoirs les plus rigoureux, adopte cette qualification de préférence, dès l’âge de 21 ans jusqu’à 50 et au delà. Au contraire, elle s’applique plus rarement au garçon, si ce n’est en vieillissant. Avant 30 à 35 ans, il est ordinairement désigné sous le nom de garçon majeur. Telle était du moins la formule consacrée par les tabellions, il y a un demi-siècle.
Suivant la loi, toute personne non mariée après la nubilité chez les deux sexes est célibataire. C’est le titre qu’elle leur impose pour les distinguer des mariés. L’usage n’en est pas aussi étendu dans le
monde et il ne s’applique qu’aux vieux garçons et filles ayant renoncé volontairement au mariage ou restés pour compte. En se singularisant souvent par certaines originalités d’esprit, d’habitudes, de caractère, l’excentricité de leurs goûts, leurs vêtements, leurs manières ou leurs plaisirs, la plupart s’affichent aux yeux les moins clairvoyants. Mais on ne saurait toujours les reconnaître ainsi, un bon nombre se confondant avec les naariés, surtout ceux qui le sont illégalement.
Proportion. Les divers recensements n’indiquant pas les célibataires d’après l’àge fixé ci-dessus, c’està-dire lorsqu’ils le sont légalement, il est impossible d’en fixer le nombre réel en France. On peut seulement en donner la proportion et la répartition d’une manière relative. Depuis le siècle dernier, la proportion des enfants a beaucoup diminué, dit M. Gustave Lagneau, quoique celle des mariés ait un peu augmenté, tandis que celle des célibataires s’est élevée de 190 à 2:24 sur 1000 habitants. La proportion des filles et des veuves excède de beaucoup celle de l’autre sexe, comme on le trouve déjà indiqué aux Différences sexuelles. La raison en est principalement due à la moi-talité moindre des femmes dans la seconde moitié de l’existence, tandis qu’elle diffère peu entre les deux sexes aux âges de procréation, c’est-à-dire de 18 à 55 ans pour l’homme et de 15 à 45 pour la femme.
Quant aux non mariés, célibataires ou veufs, on constate qu’ils sont plus nombreux, les célibataires
surtout, dans les départements à grands centres urbains, comme la Seine, les Bouches-du-Rhône, certains départements maritimes de la Bretagne ou montagneux comme les Pyrénées, la Savoie et ceux des frontières, notamment l’arrondissement de Belfort. Ils sont peu nombreux, au contraire, dans les départements agricoles des grands bassins de la Seine et de la Garonne. 485 garçons et 514 filles formant la moyenne de 1,000 célibataires adultes, on observe que les premiers sont beaucoup plus nombreux dans les départements frontières de l’Italie et l’Allemagne : le Var, le Haut-Rhin et l’Ain en particulier; tandis que prédominent notablement les filles dans les départements maritimes de la Bretagne et montagneux de la Savoie et des Pyrénées, du centre de la France, le Cantal et la Creuse notamment, où l’on compte 630,621 filles pour 369,378 garçons. Ces inégalités considérables des sexes entre eux suffisent bien à expliquer le plus grand nombre de célibataires que l’on y observe, quelle que soit d’ailleurs l’influence des professions locales et des mariages tardifs sur le célibat prolongé, comme en Bretagne et les pays montagneux. L’émigration dans ceux-ci peut aussi jouer un certain rôle.
Ils augmentent positivement en France par le relâchement des mœurs, l’accroissement de la prostitution clandestine, les lois militaires et religieuses. 450,000 sont créés, d’après M. Rochard, par les premières et 150,000 par les secondes, rien que pour les garçons. C’est augmenter d’autant le célibat des filles. La proportion des célibataires, de 21 pour 100 ’ 24
habitants en 1872, s’élevait ainsi à 25 en 1885. Au lieu du cinquième, c’est donc le quart de la population adulte qui reste actuellement dans le célibat.
Lieux d'élection. Les grandes villes, les capitales offrent le plus de tentations à s’éloigner du mariage, malgrédes fréquentes occasions et toutes les facilités du rapprochement des sexes entre eux. Le relâchement de la morale incite plus ceux-ci à satisfaire leurs appétits vénériens qu'à se marier. Ces unions libres, honteuses et déshonorantes, cherchent une espèce d’impunité dans la confusion des grandes villes. L’accroissement des naissances illégitimes en est la preuve, conlirmée par l’augmentation constatée dans les campagnes.
A Paris, se rencontre le plus grand nombre proportionnel de célibataires des deux sexes y venant de toutes parts pour travailler, s’amuser, s’instruire ou se perfectionner dans leur profession. Que de domestiques, de jeunes ouvriers et d’étudiants y séjournent ainsi pendant leurs plus belles années pour s’en retourner ensuite dans leur pays ! Les garnisons militaires, les couvents viennent encore augmenter leur contingent. La proportion normale des sexes change ici par l’immigration et le nombre des garçons est ainsi supérieur, par exception, à celui des tilles, quoique celles que leur mauvaise conduite y pousse fassent souvent partie des cadres de la prostitution. On ne peut donc juger du célibat en France par celui de la capitale, ni du célibat des campagnes par celui des villes voisines.
Sur 10,000 habitants, il y ayait en France t),5o8 célibataires au-dessus de 23 ans en 1876. A la même époque, cette proportion s’élevait à 3,999 à Paris, en raison des personnes des deux sexes non mariées qui y affluent. Elle s’y trouvait réduite à 3,967 en 1881, soit plus de la moitié, comme le confirme la statistique relatée aux Différences sexuelles, p. 184
La statistique générale explique ces différences. On se marie plus à la ville qu’à la campagne, en France, et cette règle est presque égale en Europe. Mais par rapport au nombre des mariables, la nuptialité des garçons est plus grande à la campagne qu’à la ville, tandis que c’est le contraire pour les filles. On se marie aussi plus jeune à la campagne, où les mariages entre célibataires sont le plus nombreux, à l’opposé des villes où les mariages entre veufs et veuves, garçons et veuves, veufs et filles sont très communs. >La connaissance des mœurs et leur comparaison suffisent à expliquer ces diversités.
On arrive, en effet, à un résultat diamétralement opposé si l’on fait partir le célibat des filles à vingt ans, suivant l’âge où leur mariage a le plus souvent lieu selon la coutume. Le nombre des filles s’élevant à 83,139, pendant ces cinq ans, forme un total de 247,988 célibataires, soit une proportion moyenne de 221 sur 1,000 contre 173 garçons. C’est la variation ordinaire, rétablie d’après l’âge différent du mariage entre les deux sexes. Mais la confirmation de la prédominance des garçons n’en existe pas moins dans le nombre relatif des célibataires de trente ans et au-dessus : 134,710 garçons contre 119,888
filles. Malgré le grand nombre de mariages qui se font à Paris, il n’y en a ainsi que S9 sur 1,000 hommes, tandis que la moyenne est de 69 en France.
Ces différences entre les deux sexes ont même élé constatées dans les divers arrondissements riches et pauvres. Les premiers, comme le 8® et le 16®, comptaient plus de femmes mariables, célibataires ou veuves, par le grand nombre de domestiques. Un autre élément y contribue surtout dans le 9® : la prostitution. L’excédent des filles sur les garçons est ainsi de 114 par 1,000.
Les arrondissements pauvres comptent, au contraire, plus d’hommes que de femmes. Il en existe 90 déplus par 1,000 dans le lo®, dont 17,146 garçons de 15 à 60 ans contre 9,931 filles du même âge seulement. La différence est de 137 par 1,000 dans le 19®, où l’on compte 20,128 garçons de 15 à 60 ans contre 11,470 filles, soit 175 hommes pour 100 femmes. Ils excèdent les filles de 274 par 1,000.
Il y a aussi beaucoup de célibataires à Londres, dit-on, et les vieilles filles pullulent en Angleterre par la prédominance du sexe faible sur le sexe fort dans le nombre des naissances.
Sur 8,873,937 célibataires, constatés en Espagne dans le recensement officiel de 1860, un quart seulement avait plus de vingt ans. Les trois quarts étaient donc des enfants et des adolescents. Quelle différence avec la France !
Les célibataires sont un phénomène en Chine, tant ils sont rares, dit le savant Tcheng-Ki-Tong,
page 34. Il est aisé de le comprendre par. les différences radicales de la civilisation de ce peuple ancien avec celle de l’Europe. La génération est en grand honneur et prédominante dans ce pays et la manière dont s’y font les mariages y aide puissamment. Ce ne sont pas, comme ici, les jeunes gens qui se recherchent, se choisissent et se marient, mais leurs parents qui les prennent dans des situations sociales identiques. On les fiance et on les marie sans qu’ils se connaissent. Tous les préparatifs, les cadeaux, les dîners, ont lieu sans leur présence ni leur coopération. Leur première entrevue a lieu à l’heure même du mariage tout familial qui se célèbre, sans rien d’officiellement civil ni religieux. Les mariages excentriques ou par amour sont ainsi très rares. Les parents sont les seuls agents matrimoniaux responsables, ce qui est préférable aux étrangers ; mais le mieux est encore que les jeunes gens se connaissent, comme à la campagne, et que Tamonr préside à leur union plutôt que l’intérêt et les convenances sociales. Telle est la raison de la fréquence du mariage chinois, qui a lieu avant 20 ans suivant la règle établie.
Tl y a peu de célibataires parmi les protestants français, par le fait même de leur religion, de leur esprit sérieux et de leur moralité. Tous les pasteurs se marient jeunes, aussitôt leur consécration, et ont en général de nombreuses familles. Cet exemple est salutaire dans les campagnes par son évidence plus
remarquée que dans les villes. Il est généralement imité et suivi, à moins de raisons majeures, comme une santé délicate ou des impossibilités rivant au célibat. « Le département de la Lozère, qui compte le plus grand nombre de protestants, n’a pas de prostitution publique, dit le docteur Després. C’est l’unique département en France, qui jouisse de cette immunité du vice. »
C’est le contraire parmi les catholiques. Tous ceux qui veulent se rendre agréables à Dieu imitent le prêtre en se consacrant au célibat, sans qu’il puisse leur en faire un reproche, meme au confessionnal, ni les inciter à leur devoir civil et social. 11 semble la personnification de S. Paul, disant à ses fidèles de Corinthe: « Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi. Celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas fait mieux. » Les filles célibataires, sans entrer dans les ordres, sont surtout nombreuses par ce seul motif. Sur une population de 7o0 habitants environ d’un village de Champagne en 1825, plus de 50 filles riches et pauvres restèrent célibataires, sous l’influence des croisades religieuses ou missions ordonnées par Charles X. Ajoutée à la démoralisation actuelle et la diminution des naissances, cette cause a réduit la population de ce village à 577 au dernier recensement.
S’il y a moins de célibataires relativement parmi les protestants que chez les catholiques, il est tout simple que ceux-ci comptent moins de séparations et de divorces résultant du mariage. L’un est la conséquence de l’autre. La statistique suisse de 1876 à 1880-
en est une démonstration éclatante. Au lieu de 13, 14, 15 divorces par 1,000 mariés, maximum ordinaire dans les cantons catholiques, et descendant jusqu’à 4 et 5 dans le Valais, ils s’élèvent à 40, 50, 80 et même 100 dans les cantons protestants allemands. îls sont même de 106 dans celui de Schaffouse. La même différence s’observe en Bavière et dans les autres pays catholiques et protestants, comme pour les séparations ailleurs. L’habitude, l’hérédité peuvent bien contribuer à ces différences dans les divers pays et la preuve, c’est que la fréquence du suicide suit une marche, une loi identiques. Qu’un cerveau mal équilibré ou détraqué soit la cause ordinaire de ces dissolutions de ménage et de suicide, comme l’admet le docteur J. Bertillon, cette opinion n’exclut pas l'influence de l’hérédité, elle la confirme plutôt. (Étude démographique, Nancy 1884.)
Les Juifs, si enclins au mariage d’après leur religion, font exception dans le territoire de Belfort qui compte le plus d’Israélites en France, Depuis la guerre, le développement de la prostitution semble indiquer qu’elle sert aux célibataires ; les départements adjacents de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, où ils sont aussi nombreux, ne se faisant pas remarquer par cette distinction.
On com()rend exclusivement sous le titre de célibataires, pris à la lettre, les non-mariés des deux sexes. Il est remplacé, rayé, biffé et effacé à tout
jamais par le mariage. C’est logique et rigoureux, précis et exact au point de vue légal ; il en est autrement suivant l’interprétation vulgaire du célibat, qui. est de vivre seul et sans conjoint. Si la très grande majorité des premiers ne sont réellement que des pseudo -célibataires en vivant dans la prostitution, des unions libres ou le concubinage, pourquoi ne pas considérer comme tels tous ceux que la cessation naturelle, la dissolution volontaire ou légale du mariage a rendus libres et fait rentrer dans le célibat?
Ce serait d’autant plus juste que la plupart de ceux qui sortent ainsi violemment des liens du mariage y sont entrés trop légèrement en ayant l’esprit, les goûts, les habitudes d’indépendance et de liberté licencieuse des célibataires. Ils rentrent donc dans leur état naturel qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Les veufs, séparés ou divorcés, que la mort ou... le malheur a obligé, forcé d’en sortir malgré eux, ne tardent pas à y rentrer, comme en témoigne leur nuptialité, supérieure à celle des filles et garçons du même âge, signalée plus loin. Il reste donc seulement dans le célibat ceux qui ne peuvent se remarier par leur âge, leurs enfants, ou d’autres motifs aussi plausibles et qui, en raison même de cette situation, l’observent le plus rigoureusement.
Tous ces exempts de l’union conjugale constitueraient donc quatre classes distinctes de célibataires, au lieu d’une seule: les non-mariés, les veufs, les séparés, les divorcés. Mais ni la loi, ni la mort, pas plus que l’âge, ne font le vrai célibataire ; il est seul et tout entier dans un caractère volontaire, absolu. Quicon-
que ne veut pas s’astreindre à aliéner sa liberté, son indépendance de penser, agir, aller et venir, manger et boire, travailler et dormir, même faire l’amour à sa guise, son heure et son moment, sans gêne ni contradiction, pas plus que se soumettre à l’obligation d’obéir aux désirs, à la volonté, l’ordre et jusqu’au caprice d’un autre, reste célibataire tout en étant marié. Que de ménages, sont constitués de la sorte, alors que de vertueux célibataires se font les serviteurs et les souffre-douleur de tant de gens! Il serait donc inutile et superflu de vouloir les différencier et les classer autrement.
Aucun signe apparent ne distingue les célibataires des mariés que leur habit particulier. Celui des religieux, parfois si bigarré et baroque qu’il forme un véritable déguisement, suivant les divers pays et les ordres, est le plus universellement répandu et connu. S’il est permis de désirer qu’il soit plus simple, afin de ne pas tant attirer et frapper les regards, on ne peut trouver cette distinction étrange; elle sépare nettement ces religieux des deux sexes du reste do la population et consacre leur célibat indéfini. Ce costume spécial a même l’avantage, dans certaines conditions, d’imposer le respect et la considération de ceux qui le portent. Dans les hôpitaux et les écoles, comme à l’église, il est une égide salutaire pour tous ceux qui en sont revêtus, contre les libertés, les familiarités, les lazzis, sinon les insolences que l’on pourrait avoir avec eux s’ils ne le portaient pas. La laïcisation
430 CllLIBATAIRES
ne remplacera pas cet avantage ; en donnant plus de
liberté, elle amènera peut-être la licence.
Cet usage est évidemment un reste des coutumes anciennes ne permettant pas au prolétaire de s’habiller en noble ni en bourgeois, et fixant à chaque,* corporation un costume spécial pour les faire reconnaître. Les habitants de certains pays, provinces ou contrées différentes, portaient aussi un vêtement local ou national, permettant do les distinguer aussitôt, comme il en reste encore des vestiges. Mais tout cela s’est fondu et uniformisé sous le souffle puissant de la Révolution française. L’Eglise catholique seule est restée immuable selon sa doctrine. Si les représentants des religions grecque, juive et autres, ont aussi un signe particulier, il n’a pas la même signification. Je ne sache pas qu’il en existe un autre analogue au célibat religieux; aussi ses adhérents n’y renoncent jamais plus ouvertement qu’en jetant leur froc aux orties, comme devraient le faire tous ceux qui n’observent plus leurs vœux.
Seuls, les célibataires religieux peuvent donc se reconnaître à leur habit. Celui de militaire ni de marin n’a plus rien de significatif à cet égard, et f on verra plus loin que tous les autres signes physiques, attribués aux garçons et aux filles ayant vieilli dans le célibat, n’ont pas plus de valeur.
Les futurs célibataires se distinguent bien plus sûrement par tous les travers, les excentricités, les violences, les défauts ou les vices dont ils sont taxés en devenant vieux. Loin d’être un elTet direct et immédiat du célibat, comme ou l’admet généralement»
ces traits distinctifs du caractère sont en germe dès la naissance. Le célibat ne fait pas le caractère ; celuici en est la cause au contraire. D’essence morale, le caractère est inné et ne peut être la conséquence de conditions purement physiques, comme l’état ou la vie célibataire. C’est en se dessinant dès leur jeunesse par leurs originalités, leurs ridicules, sinon leur bêtise, que tant de jeunes gens des deux sexes sont inacceptables comme fiancés et restent célibataires. Leur isolement, en accentuant et en enlaidissant leurs défauts, leurs folies avec l’àge, rend seulement ceux-ci plus saillants et remarquables. Les détraqués à 20 ou 25 ans sont ainsi fous à 40, comme les Skoptzy russes en fournissent l’exemple. Le calculateur jeune, économe et intéressé, est fatalement avare ou prodigue étant vieux.
A ces traits baroques plus ou moins dessinés, on peut donc reconnaître et diagnostiquer le futur célibataire, fille ou garçon, en les refusant pour fiancés. S’ils s’en marient quelques-uns, soit avec leurs pareils, soit pour leur fortune ou leur nom, c’est toujours un acte déraisonnable, car rien de ban ni d’heureux n’est à attendre de la part de ces toqués ou passionnés.
Il est difficile, impossible même, de savoir au juste dans quelle catégorie de la société se rencontrent le plus de célibataires. Est-ce parmi les riches ou les pauvres ? Ce mobile puissant du mariage à toutes les époques est devenu si exclusif actuellement, en vertu
du positivisme régnant, qu’il supprime même l’amour. On ne se marie plus guère sans mettre de part et d’autre cette considération en première ligne. Si faibles ou élevées que soient les prétentions de chacun, cette question a souvent une grande influence sur le célibat, en agissant différemment par une sorte d’antagonisme entre les deux sexes.
Un garçon dans l’aisance, par sa position ou sa famille, reste ainsi célibataire jusqu’à ce qu’il trouve la dot rêvée, voulue, exigée. Ses ressources lui permettant de vivre facilement, sans s’inquiéter de l’avenir, il vieillit dans l’insouciance, et l’on a vu combien ce célibat prolongé est dangereux pour y rester toujours. A bien plus forte raison de celui que la fortune, le nom et le rang mettent hors de pair et qui est toujours obligé de chercher longtemps pour trouver une alliance convenable, assortie.
Il y a ainsi proportionnellement beaucoup plus de célibataires aisés et riches que pauvres. Le mariage n’est pas absolument nécessaire à ceux qui ont le moyen de vivre seuls ; il est indispensable, au contraire, lorsqu’on est réduit chaque jour à en demander les ressources au travail. Il est aussi impossible à l’employé, l’ouvrier, l’artisan, de se passer de femme pour remplir sa tâche, qu’à un maître de domestiques ou à un chef d’employés. C’est d’après cette règle qu’il se rencontre si peu de vieux garçons dans la classe ouvrière, à la ville comme à la campagne.
C’est tout le contraire parmi les filles, fatalement vouées au célibat lorsqu’elles sont sans dot et surtout sans état. Celui-ci, pour l’ouvrière, est sa fortune et
elle se marie facilement si elle n’est ni laide, ni difforme, ni infirme. Elle ne peut remplacer une profession lui donnant de quoi vivre que par une dot et il la faut assez forte aujourd’hui pour lui permettre de ne rien faire. Le luxe et les enfants coûtent cher. Beaucoup de ces filles mal élevées, en pouvant vivre seules, vieillissent ainsi, comme les garçons, dans l’ambition de trouver une position supérieure à leur dot, afin de mieux satisfaire leurs goûts de luxe et de plaisir, sinon de paresse. De là vient qu’il en reste tant pour compte et qu’il y a plus de célibataires filles que de garçons.
Les indications et les causes ordinaires du célibat, ses différentes formes surtout, montrent assez comment on devient célibataire pour n’y pas insister longuement ici. C’est souvent à son insu, sans le vouloir, ni y avoir pensé. L’insouciant, l’indifférent, se laissant vivre nonchalamment, comme l’eau coule dans la rivière, y arrive insensiblement sans s’en douter, de même que le travailleur forcené, surmené de corps ou d’esprit, sans trêve ni repos pour y songer, ün caractère sortant de la norme ordinaire de l’humanité y conduit le plus sûrement, comme nous le démontrerons.
A moins d’imprudence ou d’indifférence coupable, la plupart des célibataires ont pourtant dû penser et réfléchir 'au mariage pour fixer leur choix. Beaucoup vous diront qu’ils ont cherché à se marier et il s’en trouve qui ont été sur le- point de le faire.
Le docteur Dechambre, mort célibataire Tamiée dernière, à 78 ans, avait eu ses bans publiés trente ans auparavant. Les mariages rompus, même par amour, ne sont pas rares; d’où le célibat de ce nom.
Il ne faut pas avoir un grand besoin ni un vif désir de l’union matrimoniale pour rester célibataire dans ces conditions. De même que d’aucuns se marient par occasion, imitation ou habitude, sans savoir pourquoi, ceux-ci pourraient bien agir de même et n’auraient pas fait de meilleurs mariés que ceux-là.
L’idée du mariage est si naturelle que personne n’y renonce dans la jeunesse, sinon par amour de Dieu ou nécessité. Les vœux du célibat, religieux sont ainsi exigés dès la prime jeunesse, afin que ceux qui les forment ne puissent s’en délier. Autrement, il faut se reconnaître absolument impropre au œnjungo, par des vices de conformation ou des incitations, des penchants contre nature, pour y renoncer. Tels sont les invalides du mariage dont le célibat est alors forcé. Volontaire, la résolution ne s’en forme que lentement, tardivement, par les propositions de mariage et la comparaison que l’on peut en faire avec le célibat ou le concubinage dans lequel on vit.
Un caractère bizarre, anormal, ou une passion dominante, distingue ainsi la plupart des célibataires. Le libertin à la conscience torpide ne connaît du mariage que les entraves et n’en suppute que les charges. De là sa préférence à rester garçon pour laisser un libre essor à ses penchants désordonnés. Sans manquer d’affectionnivité, il donne une mau-
vaise direction à ce doux et noble instinct. Aimer est essentiellement inhérent à la nature humaine; on ne vit guère sans cela. Il faut toujours aimer quelqu’un ou quelque chose et c’est de l’abus, la passion, l’excès ou la déviation, la perversion de cette faculté que naît la résolution de rester célibataire. Etre imparfait, incomplet, son amour n’arrive jamais à constituer la dualité qui forme l’être humain, ni la triplicité sociale de la famille. « Le célibataire, dit Franklin, est une paire de ciseaux dépareillés qui ne sert à rien sans la moitié qui lui manque. »
Au lieu d’être utile, cette affectionnivité est funeste à la société, car les amours du célibataire fomentent nécessairement la prostitution ou violent le lit conjugal. Plus il y a de célibataires, moins il y a de fidélité dans les mariages, a dit Montesquieu. Leur démoralisation en fait les ennemis nés des mariés. Civils et militaires, curés et religieux, ne doivent être admis qu’avec discrétion dans les ménages. Tous les livres obscènes et corrupteurs de la jeunesse sont sortis de leur plume, d’après Fodéré. Les tenir à l’écart et fuir leur compagnie est d’une sage prudence.
Si vivre est aimer, les célibataires ne vivent pas, en traînant le poids de l’existence hors du foyer domestique. « Ils sont pour un peuple, selon l’heureuse comparaison de Virey, ce que sont les pierres d’un édifice se détachant de sa voûte : ils ne font qu’en accélérer la ruine. » En se repentant même, ils causent du mal à l’État. Ils forment en majorité les mariages disproportionnés, scandale physiologique, qui ne
peuvent être ni heureux, ni procréer des enfants
robustes.
Végoisme ou Tamour de soi-même est le mobile principal de ceux qui refusent de se marier. 11 est à la base de tous les autres motifs invoqués et des diverses passions qui peuvent y conduire. Toutes se rapportent à celle-ci ou y aboutissent. Ne penser qu’à soi, par l’absence de cœur ou le défaut de tendresse pour les autres, est l’antidote radical du mariage. Ne sont-ils pas égoïstes ceux qui le fuient pour no pas diminuer leur luxe, abandonner leur indépendance ou leurs commodités? Telle est la maladie sociale du jour. H en est même qui se marient pour satisfaire leur passion dominante. Trop de paresseux contractent mariage pour se faire nourrir et mieux vivre à leur aise dans la fainéantise, comme les avares pour augmenter leur trésor.
« L’égoïste, le misanthrope, dit Boiste, peut seul aimer le célibat. Il fait son amour de lui-même ou le concentre dans une passion quelconque se rapportant à lui ». Delà l’excuse de beaucoup de célibataires religieux : ils le placent si exclusivement en Dieu qu’ils n’en ont plus souvent pour leur prochain. Tous les auteurs s’accordent sur ce point. Marcel s’écrie, en voulant se marier :
Je ne veux pas vieillir
Ainsi qu'un égo'isle et*sans cœur et sans âme.
Il se cache d’ailleurs sous des apparences trompeuses. Le génie, planant au-dessus de l’humanité,
reste célibataire en prétendant s’élever dans une sphère plus lumineuse et plus vaste que le commun des mortels et comme appelé à des destinées supérieures. Il dédaigne la vie ordinaire et ceux qui la mènent et reste seul par mépris de ses semblables, autant que pour se distinguer. Dans son amourpropre excessif, le maréchal d’Uxelles répondit à Louis XIV qui le raillait sur son célibat : « Je n’ai point encore trouvé de femme dont je voulusse être le mari, ni d’homme dont je voulusse être le père. »
Beaucoup de célibataires des deux sexes, les fdles surtout, sans pouvoir afficher ce ton superbe et dégagé, ne craignent pas d'avouer, l’âge normal du mariage passé, qu’elles n’ont jamais rencontré personne à leur goût. C’est l’aveu le plus sûr du célibat volontaire par orgueil ou égoïsme, sinon toute autre passion encore plus occulte et moins avouable.
Les célibataires religieux ne sont pas exempts de cet égoïsme. Il est certain que la plupart embrassent leur carrière pour vivre plus à leur aise à l’abri du besoin et des soucis de la vie. Cette extrême prévoyance n’est pas dictée par le cœur et suffit à montrer que ces gens en manquent plus que d’esprit.
Tous les grands philosophes, capitaines et poètes de la civilisation grecque, vécurent ainsi en célibataires endurcis et il en est encore de même de beaucoup de modernes. A voir les mariés si malheureux en ménage, ils se gardent bien d’y entrer. Témoin des gros mots et des mauvais traitements de l’acariâtre Xantippe envers son maître Socrate, Platon évita de l’imiter et resta célibataire. Occupés exclusi-
vement de leurs études, ils ne pensent à leurs femmes que comme hors-d’œuvre. Anacréon, le poète des amours, resta garçon tout en aimant le beau sexe; mais il était volage et lui sacrifiait seulement ses moments perdus. Comme le papillon, il aimait à voltiger de fleur en fleur, et ses passions étaient plus éloignées du mariage que de la virginité. Beaucoup de poètes restent célibataires, comme le voluptueux Horace, ami du sans-gêne et de la volupté commode. Tout en invoquant l’amour, Lucrèce se maria à trop de femmes pour en épouser aucune, comme tant d’autres poètes contemporains, signalés au Célibat, l’ont fait à son exemple. Virgile, son disciple, l’imita en courant de Galathée à Amaryllis, et finit même par adresser ses vœux impurs au bel Alexis. C’est là que conduit souvent la sensualité débauchée.
Le parti pris ou l’idée fixe d’un idéal quelconque d’âge, de rang, de fortune, de dot ou de profession, suffit à faire rester beaucoup de gens célibataires, les filles surtout. Le célibat religieux en est un exemple démonstratif. Guidées par le raisonnement plutôt que par le cœur, elles attendent indéfiniment leur objectif; ne pouvant ni le chercher, ni le demander, elles vieillissent et, l’âge passé, restent pour compte. Beaucoup de garçons sont dans le même cas avec leur idée fixe ou préconçue. Le cœur en étant dominé ne ne se laisse pas facilement impressionner autrement. C’est le plus grand écueil du mariage.
Ambition. Malgré toutes ses railleries contre les célibataires, Balzac offrit l’exemple le plus vrai et réel de ce type,- en restant garçon jusqu’à 48 ans. Le million était sa toquade, sa maladie; l’or joue ainsi le principal rôle dans son œuvre de la Comédie humaine. Dévoré d’une ambition insatiable, il était obsédé du rêve d’une fortune subite et colossale. De là, le début de sa carrière dans des entreprises commerciales qui le réduisirent à la misère et l’obérèrent toute sa vie. Toujours besogneux et longtemps accablé de dettes, il ne cessa de se persuader — par suite de son imagination vive, sensuelle et dévergondée — qu’il serait un jour plus riche qu’un nabab. Dans cette conviction, cette manie, le célèbre romancier ne rêvait que tonnes d’or, trésors enfouis. Il consultait les somnambules pour s’en assurer et enfantait sans cesse de nouveaux projets plus extravagani"' les uns que les autres et qui devaient toujours conquérir indubitablement la toison d’or. La fortune se présentait seulement à lui sous cette forme concrète de l’or métallique, objet de ses convoitises.
Ce grand réaliste, n’estimant ni les rêveurs ni les poètes, usa sa vie à poursuivre des chimères. L’activité fébrile de son esprit et son incessant labeur de jour et de nuit, pour réaliser les millions qu’il convoitait, ne lui permettant pas de s’astreindre à l’observation patiente, continue et réfléchie des caractères, des passions qu’il voulait peindre sous leurs diflérents aspects, il ne put se limiter à leur étude et fut toujours entraîné au-delà de la vérité. Le célibataire Rouget, dans le Ménage de garçon, est une pure fie-
lion fantasmagorique que les prénoms de Jean-Jacques ne rendent pas plus vraie. Il cherche à grossir le volume par de longues description» des vices et des passions incompatibles que G. Sand aurait révélés d’un mot. Il signale sans nécessité, avec toute l’exactitude et la précision des guides Joanne, la topographie minutieuse des habitations de ses héros, leur arrangement intérieur et extérieur, en s’appesantissant sur les moindres détails du mobilier, des vêtements, des habitudes, des mœurs, des jeuxet jusqu’aux disettes. Il trace leurs différents caractères, notamment ceux des cinq Hochon, avec faconde et humour, de manière à faire rire; mais peindre simplement, en réaliste, les traits frappants d’un vrai célibataire, de l’un ou l’autre sexe, civil ou religieux, dans sa vie et ses actes, comme Molière et même Collin d’Hadeville, fut toujours .au-dessus de son talent. N’ayant pas le loisir d’observer, ni d’étudier, il invente, imagine, façonne en forçant ou en exagérant leurs passions, abaissant leur esprit et leur caractère, de manière à les rendre inconsistants ou méconnaissables. Il en fait des simples, des niais, des imbéciles ou des gredins, qui, devant l’antagonisme de l’ardeur de leurs passions et la faiblesse de leur esprit, sont plus justiciables de l’interdiction que de la liberté de leurs actes.
L’aventure romanesque qui termina la vie du fécond romancier fut la seule réalité de ses rêves dorés. Une grande dame polonaise, la comtesse Eveline de Hanska, enthousiasmée de son génie par la lecture du Médecin de campagne, s’étant mise en correspen-
CÉLIBATAIRES dance avec lui, l’épousa lorsqu’elle fut devenue veuve en 1848. Mais à peine était-il entré dans cette vie aristocratique, dont le mirage avait si longtemps enivré son imagination d’artiste, qu’il succomba à une hypertrophie du cœur. Une existence célibataire si laborieuse, tourmentée et agitée par le démon de l’ambition, devait se terminer ainsi.
Müfiie. passions .Tou.?) les célibataires ont d’ordinaire leur toquade, leur manie, ou leur passion, plus ou moins cachée, dissimulée dans la jeunesse. Beaucoup sont dès lors vantards, menteurs, querelleurs, emportés, capricieux, bizarres, fantasques ou toqués, sans que l’on j fasse attention. D’autres sont dissipateurs, prodigues ou intéressés, économes à l’excès. Ceux-là se montrent de bonne heure libertins, débauches, tapageurs, vicieux, joueurs ou paresseux ; ceuxci, simples et indolents, ont un amour exagéré de la famille ou se laissent emporter par le fanatisme religieux. L’un est gai à la folie, l’autre est sombre, triste, chagrin ou mélancolique. Ces vilains défauts, en s accentuant avec l’âge, suffisent souvent à s’opposer au mariage et déterminent la prolongation du célibat. L aigreur et 1 isolement en résultant ne manquent jamais de les augmenter.
Dans les loisirs laissés par l’absence de femme et d’enfants, des devoirs et des soucis de la famille, tout célibataire se concentre tant en lui-même que sa vie en est de plus en plus absorbée. Il faut bien qu’ii s’occupe, s’il n’est paresseux, libertin ou débauché. A la tête d’un commerce, d’une industrie, d’une
exploitation quelconque, ou versé dans les lettres, les sciences ou les arts, il s’y adonne avec passion et ne tarde guère à se distinguer par quelque travers. Les simples défauts de la jeunesse reparaissent comme des vices insupportables, insociables. Il devient tracassier, fantasque, violent, avare, sinon minutieux à l’excès et meme tatillon, maniaque, en un mot, comme un exemple frappant s’en trouve aux Vieux garçons.
Delà le célibat indéfini avec ses passions, ses abominations et ses crimes. Si un caractère anormal, étrange, excentrique, suflit à le prolonger, celui-ci en persistant l’aggrave, l’enlaidit et le noircit tellement, chez les vieux célibataires, qu’il en devient le stigmate indébile; tandis que le mariage, en l’atténuant, le modifiant, par les joies et le bonheur qu’il procure, aurait pu en effacer les traces.
Les types célibataires, créés au théâtre, dans le roman ou la chanson, sont ainsi ridicules, à l’esprit de travers, borné ou dévié, sans bon sens ni raison. En proie à des passions honteuses : l’avarice, l’ambition, le jeu, l’ivrognerie ou la luxure, ils en sont les esclaves et souvent les victimes; même en amour, ils ne savent pas ce qu’ils veulent et choisissent rarement ce qui leur convient. Ce sont des anaphrodites sans sexe ou des satyres monstrueux, infâmes. Vieux, ils recherchent les jeunes, comme ils se sont donnés à des vieilles lorsqu’ils l’étaient.
Les garçons de 2d à 30 ans, destinés à le devenir, choisissent ainsi de préférence, dans leurs amours de passage, des femmes galantes hystériques qui font
leurs avances aux plus simples et naïfs pour mieux les initier à tous les vices et les abominations de leurs sens dépravés. Elles s’en soûlent, sans en être jamais rassasiées, et les pervertissent, les paralysent, nomme ce bellâtre de 47 ans, signalé page 134, s’ils n’ont la chance de s’en débarrasser dès leurs premières entrevues. C’est le contraste de la nature. Le vieux célibataire de Collin d’Harleville en est un autre exemple. Toutes les minauderies et les agaceries de Evrard, sur le retour, ne peuvent l’émouvoir, mais il est touché en voyant sa jeune nièce déguisée. 11 l’épouserait infailliblement, comme celui de Béranger le fait de Babet, pour avoir au moins ses bons soins jusqu’à la mort. En flattant leurs passions égoïstes... de vieillards, on en obtient tout.
Ils n’en sont que plus fous en étant plus jeunes, comme celui de Balzac. Avec ses faveurs... de reste et quelques tendres cajoleries, la Babouilleuse se ferait donner ses cinquante mille livres de rente, malgré son neveu Philippe, si celui-ci n’y mettait bon ordre. « Oui, dit-il, quand Flore me parle, elle me remue l’âme jusqu’à perdre la raison. — Il en a si peu ! — Tiens, quand elle me regarde d’une certaine façon, ses yeux bleus me semblent le paradis et je ne suis plus mon maître, surtout quand il y a quelques jours qu’elle me tient rigueur » . Hommes et femmes sont également bernés, trompés, dupés eA restent perpétuellement un objet de convoitise intéressée. Le chaste curé de Tours en est ainsi victime par son égoïsme. Avec un esprit sain, tous ces calculs seraient déjoués.
4U CÉLIBATAIRES
La chasteté n’est surtout pas le fait de la généralité; l’impureté caractérise mieux la licence et l’immoralité de leurs mœurs, sinon leur impudicité et leurs dépravations. Ce titre est d’un si grand appât pour leurs bonnes fortunes et leurs débauches qu’ils s’en parent impunément. Leur maxime favorite est de fuir le mariage, à cause de la monogamie qu’il impose. Beaucoup de femmes sont retenues dans le célibat par la prostitution, dès qu’elles y sont entrées, comme les hommes se livrant entre eux à l’onanisme. Aussi peut-on conclure, avec A. Martin, qu’au lieu de donner la pureté et la chasteté, le célibat est le véhicule de la débauche, le scandale du monde et le suicide du genre humain.
Un autre travers les distingue encore : leur jalousie des amoureux. Voyez-les tous à l’affût pour les épier, surprendre et surveiller leurs tendresses les plus innocentes? Ils vont même jusqu’à écouter. aux portes, intercepter les correspondances pour mieux surprendre leurs secrets, afin d’en rire et d’en médire tout à leur aise en les divulguant. Il y en a eu d’assez cruels et vindicatifs pour les dénoncer et les martyriser. A défaut de rien voir ni savoir, ils soupçonnent, supposent, imaginent ou inventent — les pires choses. Des vieilles filles prudes ne se font pas faute de découvrir des détails dont leur honneur même doit souffrir.
C’est Sylvie Bogron, passant la nuit à épier Pierrette, quelle surprend , à travers sa persienne, descendant au bout d’un fil une lettre à Brigaut qui l’attend. Elle en fait aussitôt un crime à cette enfant de
quinze ans à peine, écrivant à son ami d’enfance, venu du fond de la Bretagne à Provins pour s’assurer de ce qu’elJe est devenue. Mais la vieille fille en est d’autant plus furieuse et jalouse qu’en lui faisant visite, le colonel, dont elle convoite la main pour devenir baronne, a trouvé la petite très gentille et lui a fait des compliments. Elle craint dès lors qu’elle ne la supplante, ne lui coupe l’herbe sous le pied, et en devient criminelle jusqu’à faire mourir cette pauvre innocente.
Ils sont même jaloux du bonheur des nouveaux mariés qui les entourent, en trouvant à redire à leurs caresses indiscrètes, leurs attentions réciproques, dès qu’ils en manquent pour eux. Rien n’est plus gênant et dangereux qu’un vieux célibataire dans un ménage de jeunes mariés. Si leur vertu ne peut avoir de gardien plus vigilant, c’est souvent pour semer l’inquiétude, le trouble et la zizanie entre eux. Tel est celui de la Maison des deux Ba?- Ayant été repoussé dans sa demande de Laurence, il jure de se venger, et, dès qu’elle se marie avec Germain Lafrogne, vieux garçon comme lui, il a la fourberie d’introduire un bellâtre séducteur dans sa maison. Par la négligence du vieux mari, la jeune femme tombe dans le piège. Il suit dès lors la piste des amoureux, découvre leurs entrevues, et les dénonce anonymement, le lâche, en désignant le lieu, le jour et l’heure où le mari pourra la surprendre réunie avec Xavier Duprat.
Tout serait perdu sans l’intervention de Hyacinthe, autre vieux célibataire, frère aîné du mari, et qui lui
a servi de mentor et de père en le conservant près de lui. Témoin attendri, pendant plus d’un an, de la résignation triste et silencieuse de cette jeune femme, délaissée sous sa garde, il la réhabilite aux yeux de Germain en lui montrant leurs torts réciproques contre la vertu de Laurence, victime d’une simple légèreté. Le mal est aussitôt réparé, afin de montrer que si les célibataires sont en général envieux et jaloux du bonheur des autres, il en est aussi de bons qui ont manqué leur vocation en ne se mariant pas, souvent par devoir et en se sacrifiant.
Cette noire jalousie des célibataires des deux sexes est consacrée une fois de plus par M. A. Theuriet dans son dernier roman à’ Hélène. Cette jeune femme jolie, coquette, mondaine et légère — qui lui a ravi l’affection de son jeune frère utérin Sosthène en fépousaiit — ne peut plaire à la pieuse Hortense, vieille fille dévote, énergique, hargneuse et rêche. A’ayant plus à condune le mari, cette vierge aux orties se constitue gardienne de son honneur en épiant et surveillant toutes les démarches de sa femme. Elle la fait surprendre ainsi par son mari, au moment où elle va s’abandonner à Philippe qu’elle a toujours aimé passionnément depuis sa jeunesse. De là le triomphe de la vieille fille par la séparation forcée des époux.
Il n’est pas rare encore que par vengeance d’un refus ou par dépit de n’avoir pu se marier à leur gré, de vieux garçons vindicatifs poursuivent des jeunes femmes ou filles, pour les compromettre. Au lieu d’être toujours froids ou torpides, ils sont par-
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fois très libidineux. De même des vieilles filles avec les hommes, en pensant toujours à l’amour qu’elles ont nourri pour eux. L’un et l’autre sont un vrai «eau dans un petit centre de population.