ONANISTES
surtout la marine, chez les soldats de leur âge. A moins d’une constitution spéciale, d’un tempérament lymphatique ou de maladie, ils ne peuvent guère y échapper que par un mécanisme quelconque, comme le fait relaté page 320 en olfre la démonstration précise, irréfutable.
Dans la vie civile, beaucoup de garçons et de filles, minés par cette passion, restent ainsi célibataires. Froids, torpides, concentrés, tristes et rêveurs, peu communicatifs, ils sont indifférents au mariage, et le refusent souvent en ne s’y croyant plus aptes. Par leur égoïsme honteux, leur isolement et le célibat qu’ils gardent volontairement, en concentrant toutes leurs affections sur eux ou leurs semblables, CO sont de véritables monstres. Leur mépris et leur éloignement des lois sacrées de la nature les fant violer les devoirs qui obligent tout individu à travailler à l’accroissement de la population et la force de l’État. Ils lèsent ainsi les intérêts de la société et devraient en être exclus, retranchés, comdamnés à vivre entre eux ou avec les animaux, a dit un ancien philosophe.
Des particularités singulières, étranges, s’observent chez quelques vieux célibataires ou veufs à cet égard. En vieillissant, on donne à ses habitudes une importance et un caractère maniaque fort dégoûtant. Rien de plus ridicule que de vouloir paraître encore jeune quand on ne l’est plus. La perte de la virilité en étant un signe frappant, l’attention de ces vieux-jeunes se fixe spécialement sur cette fonction.
Ils se touchent, se palpent, s’examinent, s’inter-
rogent à chaque instant pour savoir ce qu’il en est, et, malgré leur expérience, prennent faussement une érection fugace, matinale, accidentelle ou morbide, pour une preuve de virilité. Ils s’en vantent en racontant complaisamment leurs anciennes prouesses et citent à l’appui les exploits incroyables dont ils sont encore capables. Un vieux darlreux, de plus de quatre-vingts ans, racontait ainsi scandaleusement avoir dédoré sa jeune bonne avec succès. Preuve de la salacité de ces vieillards caducs, dont les veufs et les célibataires sont particulièrement atteints.
De vieux célibataires s’étant contentés de se satisfaire eux-mêmes, comme M. Prudhomme après le décès de sa femme, continuent cette pratique jusqu’à un âge fort avancé. Un vieillard de soixantequatorze ans confessait à son chirurgien, à propos d’une opération sur les organes génitaux, qu’il s’était masturbé toute sa vie avec modération et qu’il y sacrifiait encore deux fois par semaine en. s’en trouvant fort bien. C’est en effet un fait spécial à ces masturbateurs exclusifs, par calcul, intérêt ou crainte, d’avoir assez de modération, de calme et de résistance pour ne pas tomber, durant une si longue carrière, dans quelques excès ou des promiscuités aggravantes. Les célibataires religieux observent surtout ces réticences, comme le précédent en offre l’exemple. Sous prétexte d’être nécessaire à leur santé, cette exonération périodique leur semble compatible avec leurs vœux de pureté.
Une sorte d’onanisme mental succède même, chez quelques vieux célibataires, à cette lubricité chro-
nique par le trouble même de leur cerveau, -la débiülô de leur esprit en résultant. Comme médecin en chef de l’infirmerie des aliénés delà préfecture de police, Lasègue observa bien un certain nombre d’hommes, célibataires ou veufs ayant dépassé la soixantaine, accusés de s’être livrés à l’exhibition publique de leurs organes génitaux, à des intervalles périodiques et des heures fixes, à la sortie d’une pension de jeunes filles, dans les églises, dans la rue ou des urinoirs. Ces faits d’outrage privé à la pudeur, quoique sans manœuvres ni tentatives lubriques, montraient bien la préméditation en se répétant aux mêmes lieux et heures. Ils ont entraîné la condamnation de leurs auteurs comme responsables et semblaient être la suite d’habitudes secrètes de manuélisme, restées cachées et ignorées.
La folie menace ainsi les célibataires et les veufs des deux sexes plus que les mariés. Leur condition n’étant pas physiologique et morale comme le mariage, et la vie de famille en résultant, les prédispose non seulement à des maladies et des infirmités spéciales, décrites aux Effets, mais aux troubles de l’esprit, à la perte de la raison. Les passions auxquelles ils s’adonnent librement et sans frein, les abus, les excès, la débauche, le libertinage et le vice, en retentissant spécialement sur le système nerveux, en le surexcitant, ne tardent pas à affaiblir le cerveau et à le détraquer. La continence forcée ou l’onanisme qu’elle provoque ont un résultat identique, comme le prouve la statistique officielle.
Sur* 3,189 aliénés admis à la Salpêtrière et à Bicêtre en 1853, il y avait 595 célibataires des deux sexes, 209 veufs et veuves et 542 mariés seulement. Georget a trouvé 492 célibataires et 50 veufs contre 201 mariés sur 704 aliénés. Sur 1,726 folles, 980 étaient célibataires et 291 veuves contre 397 mariées. La même prédominance a été constatée par les récentes recherches de Bertillon à ce sujet.
Le suicide, acte de folie ou de désespoir le plus souvent, est aussi très fréquent parmi eux. Plus des trois quarts des suicidés sont célibataires. N’ayant ni femme ni enfants pour les attacher à la vie, ils s’en débarrassent au moindre chagrin, comme le moyen le plus expéditif d’en finir. Voltaire a émis le premier l’opinion que seuls ils se suicident par dégoût de la vie. Sur 100 suicidés, Fahet a trouvé 67 célibataires dans diverses capitales étrangères et ce résultat est confirmé par l’étude générale de Brière de Boismont sur ce sujet. Des 4,595 suicidés, 2,080 étaient célibataires et 560 veufs contre 1,614 mariés. La statistique parisienne n’indique pas cette prédominance absolue. Bertillon père a montré aussi cette fréquence plus élevée du suicide chez les célibataires et les veufs surtout, qui y sont le plus exposés. Les recherches de son üis ne l’ont confirmée qu’en partie. Sur un total de 735 suicides, constatés officiellement à Paris en 1881, par des personnes au-dessus de seize ans, il y avait 245 célibataires, 188 garçons et 57 filles, et 132 veufs et veuves contre 321 mariés. Leur proportion est
considérable et il est remarquable que 185 suicides de célibataires ont été commis de 16 à 40 ans, tandis que la majorité des veufs et des mariés se suicident après 40 ans. L'état civil de 29 était inconnu. (Annuah'e statistique de la Ville de Paris.)
Il est encore plus fréquent parmi les divorcés, dit M. J. Bertillon, en raison même de l’état de leur cerveau détraqué. Après les avoir rendus insupportables en ménage, il les porte d’autant plus au suicide dans l’isolement. Ceux-là eussent mieux fait de ne pas se marier, mais n’auraient pas échappé au suicide dans le célibat.
La Suisse est un des pays de la terre où le suicide est le plus fréquent. 578 ont eu lieu en 1881, bien que les deux cantons de Vaud et Soleure n’aient fourni aucun renseignement à cet égard. La statistique de 1876 à 1881 donne les proportions suivantes sur 100,000 vivants de 30 ans et au-dessus ;