FACULTATIF, PRÉMÉDITÉ', CHOISI
Tout acte doit émaner de la volonté de celui qui l’exécute. Le mariage, eu particulier, étant soumis d’une manière absolue au consentement public formel, écrit, de la personne qui le contracte, le célibat volontaire paraît devoir être le plus fréquent de tous, c’est-à-dire la règle. La soumission passive, l’obligation, la force morale ne peuvent être que des exceptions rarissimes pour un acte aussi important et personnel. Seuls, les faibles ou simples d’esprit, idiots ou imbéciles, peuvent s’y laisser aller sans savoir ce qu’ils font. La loi devient alors leur tutrice naturelle en les rendant incapables de le contracter, à moins que des parents coupables s’en rendent complices en cachant ce défaut rédhibitoire. Tous les autres empêchements individuels ou sociaux étant parfois surmontés efficacement pour cet acte public et
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solennel, il est donc admissible que le célibat dépend de la volonté dans la plupart des cas.
La résolution ferme et spontanée s’en forme très rarement dans la jeunesse; il faut attendre l’âge de ta réflexion, après l’expérience des passions, pour en connaître le besoin, la nécessité. L’enthousiasme seul peut y entraîner avant. D’où l’erreur et l’abus d’y consacrer dès l’enfance ou l’adolescence, comme c’était la coutume autrefois dans les familles nobles.
Le célibat religieux, le plus sévèrement imposé en apparence aux catholiques d’après le Concordat, n’est-il pas volontaire en prononçant les vœux? Des enfants sont sans doute engagés dans cette voie dangereuse à leur insu et forcés de s’exécuter au moment solennel, à défaut de toute autre issue. Ils n’avaient pourtant qu’un mot à dire à leur majorité pour rester libres. Par honte d’avouer également leur crainte ou leur horreur du mariage, beaucoup de vieux garçons, de filles surtout, fuient ainsi le foyer paternel ou se jettent dans un couvent poui* mieux y échapper. Pourquoi donc ceux qui restent passivement au séminaire ou au couvent n’agissent-ils pas de même en en sortant ? C’est donc bien toujours le célibat volontaire, caché ou déguisé. Il deviendra d’autant moins facile et fréquent à l’avenir, pour les filles intelligentes, que l’enseignement à la mode et les professions libérales leur ouvrent des carrières indépendantes, sans recourir à Cette dure extrémité.
N’est-il pas également volontaire, celui de tous ces ouvriers et ouvrières; invoquant la misère et la pauvreté pour ne pas se marier* et dont tant vivent
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souvent ensemble dans la dissipation, le libertinage, la.débauclie, la paresse et l’oisiveté, quand ils ne se soutiennent pas dans la prostitution et le concubinage? De même de tous ces employés de commerce, de l’industrie et de la finance, ne voulant rien sacrifier de leurs aises ni de leurs divertissements en se mariant, pas plus que les coquettes de leur toilette. A tous, il faut de l’argent, toujours de l’argent, beaucoup d’argent, pour s’établir et avoir des enfants. Autrement, ils restent célibataires, sans faire la moindre économie pour se marier. Cela est passé de mode. Il faut s’amuser quand on est jeune, sauf à rester ensuite vieux garçon ou vieille fille, si l’on ne rencontre pas un parti avantageux. Voilà le raisonnement actuel.
Et l’amour-propre, l’orgueil, la vanité de toutes ces demoiselles sans fortune, élevées comme les petites marquises d’autrefois à ne rien faire que de la musique, de la peinture ou tout autre art d’agrément, comment les satisfaire pour les obtenir en mariage? Un homme d’une position sortable, correspondante à leur nom, leur éducation, leur rang dans la société, peut seul y aspirer. On oublie et l’on cache que les grands-parents étaient d’extraction fort inférieure et les parents eux-mêmes: cordonniers, cochers, épiciers ou marchands de vin, couturières et modistes. En devenant propriétaires d’une bicoque, ou jouissant d’un emploi supérieur dans les chemins de fer ou toute autre administration financière, ils déguisent habilement leur origine sous le titre générique de négociants. Se faisant ainsi riches souvent
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sans Têtre, mais passant pour tels d’après leur train' de vie, ils affichent les plus grandes prétentions pour leurs filles, douées de tous les arts d’agrément et ne sachant souvent pas leur français, malgré leur brevet d’instruction primaire. On ne dit plus ici que l’on ne veu t pas, mais que l’on ne peut pas les marier autrement. C’est la manière détournée d’insinuer, si elles restent pour compte après 25 ans, que leur célibat est involontaire.
On peut en dire autant des vieux garçons cherchant toujours à se marier, sans jamais trouver, à cause de leurs prétentions insensées. Leur nom, leur position et le plus souvent leur... bêtise, leur sot amour-propre, les empêchent d’épouser celles qui leur plaisent, et qui ne les accepteraient pas, tandis que celles qu’on leur présente ne sont plus assez jeunes, ni jolies, ni riches pour leur plaire. Sous ces divers et futiles obstacles d’âge ou d’intérêt, de beauté ou de profession, il n’y a donc jamais qu’un célibat volontaire par le défaut même de cœur et d’amour. Sa véritable origine est ainsi dans l’égoïsme de part et d’autre.
On rivalise réciproquement et à qui mieux mieux pour savoir qui a ou gagne le plus d’argent, afin de mieux vivre et s’amuser ; l’amour est un accessoire. Comment fégoïste manquant de cœur pourrait-il aimer et se donner, quand il vit pour lui seul ou aux dépens des autres ? Tel est le secret le plus commun du célibat volontaire se rattachant à des causes accessoires qui masquent ou voilent l’ignominie de ce vice affreux.
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A entendre les personnes qui refusent de se marier lorsqu’on leur propose ou leur demande, à l’âge et en santé propices, c’est absolument le contraire. Elles ont toujours un motif quelconque à alléguer, ceci ou cela, en dehors de leur volonté personnelle. L’amour du célibat pour vivre seul, isolé, est si contraire et antipathique à la nature humaine, qu’elles ne répondent jamais franchement : Je ne veux pas. On leur demanderait pourquoi et n’ayant aucune réponse vraisemblable ni avouable à faire — ce qui serait injurieux pour elles ou leurs familles — elles s’en tiennent aux plus communes : la profession, l’âge, la position ou la famille ne leur convenant pas, sinon c’est la taille, parfois la bouche ou le nez et, à défaut d’autres imperfections physiques^ on invoque le nom, comme dans M. Gaudichon.
Pour mieux donner le change et s’en défendre, elles et leurs parents même n’admettent d’autre célibat volontaire que celui des malades, infirmes ou estropiés, alors qu’il est manifestement forcé.
En persistant, ces faux-fuyants accusent toujours la volonté bien arrêtée de ne pas se marier. Ils en sont les indices et souvent les preuves. Pour ne pas se trahir, il en est qui gardent de Conrart le prudent silence, jusqu’à ce qu’on finisse par les oublier et les laisser tranquilles, comme elles disent. Celles atteintes de difformités cachées, de passions ou de maladies secrètes, préfèrent ne pas les avouer, comme celles qui ont des intrigues ou un faux ménage en ville. Elles font croire à un célibat volontaire, alors qu’il est forcé. La confirmation s’en acquiert
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en leur faisant toutes les avances possibles. Les propositions les plus avantageuses et tous les témoignages de la plus grande tendresse, de l’amour le plus sincère, ne peuvent les décider ; elles restent insensibles, froides et refusent obstinément. C’est montrer que leur siège est fait.
Suivant l’apparence ouïes habitudes de ces réfractaires de parti pris au mariage, il est toujours possible à leur entourage, avec un peu de clairvoyance, de découvrir la cause probable qui les retient dans le célibat, et qu’ils prétendent cacher. Des suppositions malveillantes,- injurieuses, dégradantes, s’élèvent ainsi contre eux, sinon des accusations publiques ne manquent guère d’être formulées dans le cercle plus ou moins étendu de leurs connaissances. C’est là leur punition.
Le libertinage anticipé des deux sexes en est la principale cause. La satisfaction naturelle ou artificielle des besoins génitaux éloigne du mariage à l’âge voulu par leur exagération même ou leur dépravation. Pour mieux satisfaire ses goûts ou ses passions, l’individu est fatalement entraîné au célibat par ses habitudes de désordre et l’éréthisme croissant de ses organes. Filles et garçons tombent ainsi dans la prostitution, condamnation formelle au célibat. Dans leur démoralisation réciproque, ils perdent toute confiance l’un dans l’autre et le mariage n’est plus pour eux qu’une affaire d’intérêt ou une convention de nécessité. L’amour en est toujours
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absent, car ils sont aussi incapables de Tinspirer que de le ressentir.
A ceux-là, il faut opposer la sage maxime de Thalès: « Redoute la volupté, elle est mère de la douleur. » Par l’excès ou l’abus qu’ils en ont fait dans leur jeunesse, il est bien rare que l’impuissance et la stérilité ne succèdent pas dans l’âge mûr. Après avoir longtemps fraudé dans le concubinage, des amants se mariant tard ne peuvent souvent obtenir les enfants qu ils désirent; comme trois exemples en sont relatés dans la Stérilité, page 63. Souvent même, des maladies spéciales en sont le résultat dans leur vieillesse.
Si 1 égoïsme inné, une froideur native, un caractère triste et morose sont des obstacles au mariage, ces vilains défauts, lors même qu’ils existent en germe, apparaissent rarement chez les jeunes gens. Ils sont atténués, neutralisés par l’insouciance et 1 expansion juvéniles et tous les excitants de cet âge heureux. Des causes secondaires adjuvantes, comme une extrême laideur, des difformités, une mauvaise santé, la diathèse strumeuse, scrofuleuse ou rachitique peuvent seules les mettre en évidence dans la jeunesse, a 1 âge même du mariage.
Autrement, ils n’apparaissent que plus tard, lorsque 1 état et le goût du célibat sont déjà dessinés. La cause qui l’a provoqué et l’entretient, est alors clairement perceptible et appréciable. C’est l’égoïsme ou la paresse pour les uns, le défaut d’énergie morale, l’amour du bien-être ou de la tranquillité pour les autres. L’une de ces passions animales suffit à le
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déterminer à l’exclusion de toute autre, et il devient de plus en plus facile de la reconnaître en s’accentuant avec Fâge. D’où la confusion fréquente de ces éléments principaux avec des causes accessoires. Toute personne, si laide et difforme soit-elle, peut se marier, quand elle veut bien fermement échapper au célibat.
Sous le prétexte de l’amour de Dieu ou d’une vocation invincible pour son service, le célibat religieux n’a souvent pas d’autre cause. L’égoïsme en particulier, comme la plus fréquente et puissante détermination du célibat volontaire, y conduit généralement la plupart de ceux qui embrassent l’état ecclésiastique; la preuve en sera faite à ce mot. L’activité de corps et d’esprit, exigée dans plusieurs ordres voués à l’enseignement et la prédication, exclut manifestement cette supposition ; mais c’est confirmer l’opinion générale que de l’attribuer spécialement au prêtre qui, après sa messe, n’a souvent qu’à manger, digérer et dormir.
Le célibat volontaire forme ainsi la plus grave plaie de la société moderne par tous les défauts, les mauvais exemples, les vices et les crimes qu’il y introduit. Son unique but est d’exonérer de toutes les charges publiques et privées, afin de permettre de vivre mieux à son aise, en donnant un libre essor aux penchants les plus désordonnés. L’affectionnivité qu’il développe est toujours imparfaite, incomplète, et n’arrive jamais à constituer la dualité humaine, ni la triplicité sociale de la famille. Au contraire, elle est essentiellement funeste par les amours qu’elle
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entretient, en fomentant nécessairement la prostitution, ou en violant le lit conjugal. Il est toujours ainsi en rapport étroit avec la diminution relative ou absolue du nombre des mariages, le relâchement des mœurs et la dépopulation.
Dès que filles et garçons de 18 à 22 ans fuient les réunions et les amusements communs de leur âge : la danse, les soirées, concerts et spectacles, il faut soupçonner des préoccupations secrètes, cachées, des goûts ou des habitudes solitaires toujours niées et dissimulées avec soin. Une passion idéale, platonique pour un parent ou une amie d’enfance sutfit à produire une rêverie monotone que rien ne peut distraire, sinon la vue ou la rencontre de la personne aimée. L’attente du plaisir se manifeste alors par une loquacité aimable, des préparatifs inusités et une joie passagère que la tristesse habituelle ne tarde pas à remplacer. Ces signes, observés dans l’attente d’une simple entrevue, suffisent à déceler cette cause.
Ce besoin d’aimer, de s'attacher à qiielqu’un ou quelque chose est surtout impérieux chez le garçon aussitôt après la puberté. Il faut qu’il ait un ami ou une amie pour lui communiquer toutes les tendresses qui débordent de son cœur, de son âme, et lui faire ses aveux, ses confidences. Les plus chastes et réservés manifestent cette impulsion secrète par un redoublement de baisers à la mère ou à la sœur qui a leur confiance. Ace défaut, une passion quelconque s’emparera de lui par l’assiduité à la lecture, l’étude opi-
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niâtre d’un sujet quelconque, la chasse, la promenade, le théâtre, la danse ou les jeux. L’exubérance de la vie est si grande à cette période, chez l’adolescent bien constitué, qu’il faut absolument qu’elle se dépense d’une manière ou de l’autre. De là le danger des internats à cet âge. Ceux adonnés à l’onanisme solitaire ne peuvent s’empêcher de le confier à un camarade pour savoir s’il en est de même ou s’entretenir des moyens de se débarrasser de cette funeste habitude. Ce sont les plus ardents, d’après les révélations reçues, et les plus exposés à tomber dans les excès contraires, dès qu’une femme s’empare d’eux.
L’onanisme est la plus fréquente et la plus dangereuse de ces causes, en entraînant à repousser, sous divers prétextes, le mariage lorsqu’il se présente. En se prolongeant, cette fatale habitude amène facilement de graves aberrations génitales. Sous le couvert de la plus simple amitié entre personnes du même sexe — dont on ne se défie pas assez dans le monde — cette amitié peut se changer bientôt en amour réciproque des filles comme des garçons entre eux. Un masturbateur de 20 ans m’avouait récemment, après s’être amusé avec ses camarades, avoir éprouvé, de 16 à 18 ans, la plus vive et tendre attraction pour deux ou trois de ses condisciples pendant son internat au collège. Ce sentiment amoureux f absorbait au point de le distraire de ses pratiques solitaires pendant un ou deux mois; il ressentit un si vif chagrin de ne pas le voir partagé par l’un d’eux qu’il en conçut une sombre jalousie contre lui. Que cette inversion de l’amour se rencontre à l’unisson chez deux
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élèves, et ils pourront ainsi y donner’ suite et se corrornpre mutuellement sur les différentes gammes de l’onanisme à deux, sous les apparences de la plus pure et parfaite amitié. Des exemples, relatés dans Y Onanisme, en. ont été rendus publics par les tribur naux.
Une tendre intimité est si naturelle à cet âge que l’on ne veut rien soupçonner de dangereux dans ces causeries soi-disant innocentes, et ces promenades en tête-à-tête. Ces secrets ne sont pour ainsi dire que des futilités, mais le cœur est si tendre et les épanchements sont si doux que les plus graves perversions résultent parfois de ces confidences.
Sans cire aussi facilement découvertes ni avouées par les filles, même au confessionnal, ces pratiques n’en sont pas moins fréquentes et fatales. Si rien n’y vient mettre obstacle entre amies de pension après leur sortie, elles peuvent être une cause de célibat volontaire, quand les parents ne se préoccupent ni ne s’inquiètent, pour les rompre, de ces tendres intimités de jeunes filles, encore plus faciles à entretenir et' à cacher que chez les garçons. Un baiser suffit à produire* l’éréthisme et à entretenir la passion du saphisme. Elles se‘ renouent facilement d’ailleurs avec d’autres, tant que dure le célibat.Toutes ces entrevues amicales entre adolescents du même sexe- sont donc suspectes, si elles ont lieu dans le secret et l’isolement qui conviennent seulement à l’amour.
Le faute en est souvent aux parents qui provoquent et facilitent ces dangereuses intimités entre camarades ou amies.vTrop rigides ou sévères, ils refusent
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la moindre liberté à leurs enfants, à Tâge où ils en ont le plus besoin pour le développement de leurs sentiments naturels. Sous prétexte ou par crainte de mauvaises connaissances, les garçons ne doivent pas sortir sans eux avant que la loi les appelle sous les drapeaux et ils refusent de conduire leurs fdles dans le monde, afin de ne pas les rendre trop mondaines.
Ils permettent les entrevues ou les promenades avec le camarade choisi ou Tamie préférée qui ont leur confiance, parce qu’ils en connaissent la famille et l’honorabilité, la moralité. De là des visites fréquentes et réciproques entre les enfants. Tandis que les parents causent ou travaillent au salon, ils s’enferment dans leurs chambres, où ils peuvent aisément se faire toutes les confidences, les caresses et les démonstrations possibles. Tout est permis sous ce verrou de la prison et les parents sont tranquilles et rassurés dès qu’ils s’y trouvent. Étrange et aveugle sécurité, aussi fausse que dangereuse, et ne pouvant amener que de funestes résultats ! Il est toujours préférable de les faire rester, causer et s'amuser en public. Des gestes ou des paroles suspectes qu’ils pourraient y surprendre seraient encore moins pernicieux que leurs secrètes confidences.
Si ces précautions sont utiles et nécessaires pour certaines natures trop impressionnables, elles sont dangereuses à la majorité des jeunes garçons et filles qui trouvent dans le mélange et le contact public des deux sexes les meilleurs éléments stimulants pour le développement normal de leurs sentiments réciproques. Caserner ceux-ci et cloîtrer celles-là, en les
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enfermant séparément et leur refusant de se rencontrer, se réunir et se mêler ensemble pour l’exercice de leurs plaisirs communs, jeux et danses, est aussi contraire à l’hygiène du corps qu’à la moralité de l’esprit. Dès l’àge de 16 à 17 ans, de quoi veut-on que les deux sexes, réunis séparément en toute liberté, s’occupent et s’entretiennent, sous l’influence des désirs et des pensées érotiques qui germent en eux? Ils se communiquent leurs impressions, leurs sensations et leurs réflexions réciproques à cet égard, parce qu’ils en sont obsédés. C’est la préoccupation maîtresse de leur esprit et le plus hardi ou savant sur ce sujet enseigne ainsi ce qu’il sait au plus ignorant et réservé. De là leur instruction commune et souvent leur apprentissage de l’onanisme et ses différentes formes. Ils s’entendent et se comprennent à demi-mot, tandis que leur pudeur native les empêcherait, au contraire, d’en parler devant l’autre sexe ou du moins ils s’en préoccuperaient autrement.
Par un contraste frappant, des mobiles diamétralement opposés déterminent aussi parfois le célibat. Ce n’est plus la luxure même produite par la prédominance, le prurit de l’instinct génital, l’effervescence des désirs et des passions subjuguant l’esprit et la raison, mais l’anaphrodisie morale, un tempérament froid, torpide, religieux, laissant toute puissance à l’esprit, à la réflexion sur les sens. Des jeunes gens faibles, anémiques, à la puberté tardive, incomplè-
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tcment développés, craintifs et timorés, quoique très intelligents, à l’esprit rêveur, romanesque, comme Werther, ou élevés dans les principes d’une morale austère, sont restés dans un célibat persistant en doutant d’eux-mêmes, de leurs forces et leurs désirs. Entraînés dans des liaisons amoureuses, ils se font des scrupules exagérés pour les mener à fin. Tout en désirant se marier, ils hésitent sans cesse. De là leur tristesse, leiu" mélancolie, des idées sombres, de suicide, qu’ils réalisent parfois dans leur désespoir et leur isolement. Ils n’en sortent qu’en y étant amenés presque à leur insu par des parents ou des amis. Plusieurs ont vécu ainsi dans la chasteté de longues années et ont fini par le célibat religieux. C’est l’exception, comme les autres sont la règle; mais ces cas n’en sont pas moins réels et devaient être signalés.
Sauf de rares exc-options, l’essentiel est donc de mettre de bonne heure filles et garçons en présence, pour éviter le trouble de leurs fonctions spéciales et le dérangement de leurs idées ou de leur esprit, line s’agit pas assurément de surmener les filles, comme lefont tant de mères pour les marier plus tôt, en allant constamment des magasins chez la couturière ou la modiste ; ne rentrant que pour sortir aussitôt, comme les Benoiton, courant du concert au théâtre ou de bal en bal en hiver; aux eaux, à la mer, sinon en voyage en été. Cette vie à toute vapeur du plaisir au plaisir, sans repos ni relâche, est précisément ce qui trouble la santé et la vie de tant d’entre elles par la surexcitation et la fatigue en résultant. De là l'anémie et toutes les maladies nerveuses qui en sont la con-
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séquence. Le travail dans une vie calme et tranquille, parsemée d’amusements, d’agréments raisonnables et intermittents, est tout ce qu’il faut.
Cette forme de célibat est souvent aidée en le partageant à deux, entre parents de sexe différent surtout, comme frère et sœur, père et fille, mère et fils et même nièce et oncle. Les exemples en sont assez fréquents. Son caractère est de n’être absolument ni volontaire ni forcé. La communauté des goûts et des intérêts le rend si facile, par la tolérance e»t les services mutuels, que nous en avons fait une forme spéciale et intermédiaire en en traitant séparément.
Les garçons timides, craintifs et impressionnables à l’excès y sont aussi déterminés par la pensée de rester en affront en ménage. Ceux qui ont abusé de la masturbation dans leur adolescence sont particulièrement enclins à cette crainte puérile. L’instabilité de leurs désirs, autant que le trouble de leur esprit et de leurs sensations, les exposent surtout à des faillites dans leurs essais de rapports sexuels plus ou moins hasardés. Qu’ils en éprouvent accidentellement ou que des pollutions nocturnes s’ensuivent, sinon un écoulement du sperme par la constipation, et les voilà effrayés ; ils se croient dès lors fatalement condamnés à f impuissance ou à la stérilité. Beaucoup de célibataires de 25 à. 30 et 40 ans hésitent à se marier par ce seul motif, en s’y croyant impropres, alors que des rapports normaux et réguliers, où président l’amour et une confiance mutuelle, comme dans le mariage, sont leur unique port de salut.