LA CONVERSION
" Préparez votre âme à recevoir mes " bienfaits ! Ranimez-vous à la vue de " mes miséricordes, car je suis près de " vous, dit le Seigneur, pour rétablir " toutes les choses, non seulement dans " leur entier, mais encore avec abon- " dance et profusion."
(Imit. i. 5.)
Comme on l'a déjà observé, Céline fit en assez peu de temps de remarquables progrès dans l'étude de la religion. Elle était d'une rare intelligence c;iie ses dérèglements n'avaient point encore affectée ; et quelque profondes qu'eussenl été ses misères. elles n'avaient duré relativement qu'un temps assez Limité, pour lui laisser intacts l'esprit et les talents dont Dieu ['avait flouée.
Mais une chose apporta du retard à son admis-ion aux sacrements : ce fut -on caractère irascible, et pour ainsi dire, indomptable, surtout dans les premiers mois de son séjour à L'asile. Jeune Klle de dix-huit ans, d'une humeur bouillante et impétueuse, d'une nature violente et irritable, ce ne fut qu'à force de prières, ei de combats qu'elle parvint à se rendre supportable dans la maison, mais aussi, comme tous les cœurs prompts à s'emporter, celui de
Céline ne consen ait aucun \ es I ige de
rancune.
A cette louable qualité, elle joignail une franchise parfaite : c'était au
point qu'on n'a pas souvenir que Céline ait jamais déguisé ta vérité,
durant son séjour à l'Hospice. Cette sincérité amenait L'aveu instantané de ses faute-, malheureusement fréquentes,
,t un prompt repentir suivait chacune
de Bea violences. l'Ius d'une fois, on
fut tenté de la congédier à cause de ce caractère incompatible avec la vie de communauté ; mais toujours, elle sut gagner son pardon, par cette bonne volonté cpii ne lui fit jamais défaut, pour se relever après ses chutes.
C'est une règle dans la maison de n'admettre les filles repenties aux Sacrements, qu'après plusieurs mois d'épreuves : et l'expérience a souvent fait voir toute la sagesse de cette prudente mesure. On conçoit facilement qu'avec les dispositions défectueuses qu'on vient de reconnaître, Céline dut avoir besoin d'une double épreuve. Aussi ne fut-ce que le 30 mars 1^5.'', neuf loues mois après son arrivée, qu'elle fut admise à faire son abjuration.
Oh ! avec quels transports d'allégresse elle en apprit la consolante nouvelle ! quelle sainte préparation elle fit pour ce jour si impatiemment attendu ! Qu'elle fut belle et solennelle pour la Communauté, cette journée qui gagna à la foi une hérétique, à Dieu une conscience égarée, au ciel une âme marquée du sceau infernal ! !
De même que parmi les haliitants du ciel, il y eut dans la famille du Bon- Pasteur, une grande réjouissance sur le retour de cette autre Madeleine. On fit monter vers le ciel des prières brûlantes d'amour, des hymnes de v>-
connaissance, et on supplia le Seigneur de regarder encore avec un œil de miséricorde, ce qui restait à purifier
dans ce cœur, qui ne souhaitait rien tant que de s'attacher désormais au service de Dieu.
Céline reçut le Saint Baptême de la main de ce même Prêtre qui avait reçu ses premiers aveux d'une manière si providentielle, et qui avait continué à garder cet le âme dans le chemin du vrai. A lui seul de dire combien son cœur d'apôtre se sentit heureux, lorsqu'il vit que ses plus chers désirs touchaient à leur réalisation ! Avec quel bonheur, il introduisit dans le sein de l'Eglise catholique, cette enfant qui eut tant de combats à soutenir pour se vaincre pendant les neuf mois qui précédèrent la touchante cérémonie de son abjuration !
Eau sainte ! grâce puissante de 3 'onction ! symboles sacrés, à votre vue l'âme s'élève à de sublimes désirs,
et tout noble cœur palpite île l'amour
divin ! Telle fut Céline alors, et tels étaient aussi les sentiments de ceux qui furent les heureux témoins de Cette mémorable :journée.
D'où vient donc, ê> mon Dieu ! que quand on a vu quelqu'un dans un extrême danger de se perdre, ou qu'on a même désespéré de son salut, on a plus de joie de le voir revenir à vous, que s'il n'avait pas été en si grand danger, .■t qu'on eut toujours eu sujet d'en bien espérer ? Vous-même. Père des miséricordes, vous êtes plus touché du retour et de la pénitence d'un seul pécheur que de la bonne vie de quatrevingt-dix neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence, c'est vous-même Seigneur, qui le dites. 11 ne faut donc pas s'étonner du bonheur qui remplissait les cœurs, lorsque Céline, la pécheresse, renonça à ses vaines erreurs pour entrer dans le sein de l'Eglise catholique.