‹ Céline, ou Une autre Madeleine à l'asile du Bon-Pasteur de QuébecChapitre 5 sur 23 · CÉLINE APRÈS SA CONVERSION · texte numérisé non relu

CÉLINE APRÈS SA CONVERSION

" Heureux ceux dont les iniquités ont été " pardonnées. et dont les péchés sont effa- " ces ! ! ! ' Ps. VI. i.

" Il a mis son sceau sur mon front, afin

'' que je n'admette pas d'autre amour que

" celui de Jésus-Christ." (Brev. Rom. Ant.

de Ste Agnès. )

L'enfer était vaincu ! Satan frémissait de rage de ce qu'une victime lui échappait. Le cœur de Céline, ce

cœur si jeune, mais déjà descendu au plus bas de la corruption, était ouvert aux sentiments de toutes les vertus. Ses pensées, ses désirs, sa * ionté, toute soii âme était acquise à désus. Et sa dévotion à Marie se manifestait par des prières ferventes et par un tressaillement de joie, chaque fois que le nom béni de cette tendre mère était prononcé. Oh ! elle était bien inspirée, Céline, en se mettant ainsi sous cette protection maternelle! car le culte à Marie n'est-il pas comme un flambeau sur la route qui mène à Dieu ? Cette dévotion n'est pas un simple " ornement du Catholicisme," un " enjolivement," ni même un " secours," parmi tant d'autres, dont nous pouvons nous servir ou non à vo-

lonté : c'est une partie intégrante de la religion ; et, quand nous voulons nous assurer qu'une âme vit, cherchons si le nom de la -Sainte Vierge lui 'est indifférent ou la fait tressaillir.

( el'ine reçut la divine Eucharistie le lendemain de son abjuration, et quelques jours plus tard. Monseigneur daigna lui administrer la Confirmation. Tous ces bienfaits de notre religion opérèrent en elle de véritables merveilles. L'effet en était si frappant que, plusieurs mois après, elle déclara elle-même que depuis son Baptême, non seulement elle n'avait point succombé à cette grande faiblesse humaine, qui l'avait autrefois entraînée au fond dli précipice, mais que jamais le moindre souvenir de ses plaisirs criminels ne s'était présenté à son imagination.

0 triomphe éclatant de la grâce !

Merveille des Sacrements ! cette âme.

hier encore sous la domination de

satan, n'a pas aussitôt été lavée dans les saintes eaux du Baptême, que la voilà dégagée de tout ce qui peut lui

rappeler le passé .' ! L'on ne craint pas même d'assurer que depuis l'heureux jour de sa régénération

jusqu'à sa mort, arrivée dix-neuf mois plus tard. Céline n'a jamais péché mortellement, malgré les quelques accidents d'une colère assez grave en apparence. Mais celui qui écrit ces lignes connaissait parfaitement l'âme de Céline ; et il reste convaincu que la volonté n'y était pour rien, du moins n'y était pas d'une manière assez réfléchie, pour aller jusqu'à une faute grave. Et Céline l'exprimait si énergiquement elle-même dans son mauvais français, lorsque, en sanglotant, elle s'écriait après chacune de ses fautes:

"Oh ! ce n'est pas mon cœur, ce n'est " pas mon âme qui sa fâche, qui dit " ces paroles piquantes ! C'est ce " méchant corps ! cette malheureuse " langue ! Mon «me pleurer, mon "cœur pas vouloir." Pour juser

mieux encore des vertus que dut pratiquer Céline, avec le caractère que nous lui connaissons, disons quelques mots de la vie que mènent au Bon- Pasteur les pénitentes oui y sont admises. C'est une vie de communauté, par conséquent, vie d'obéissance de tous les instants. On y travaille toute la journée, toujours dans un profond silence, excepté dans les deux heures de récréation accordées par la règle.

A chaque heure qui sonne à l'horloge, ce silence est interrompu par quelque prière faite à haute voix. Une pénitente, tout en continuant son ouvrage, prononce les paroles suivantes :

"Encore une heure d'écoulée !

'•Encore un pas vers la mort et l'éternité !

"Pour les pécheurs endurcis, c'est un pas de plus vers l'enfer !

"Pour les justes pénitents, c'est un pas de plus vers le ciel !

"Mes Sœurs, offrons l'heure qui com-

mence à la Très Sainte Trinité !

"Loué, adoré, aimé soit J.-C. au Très

Saint Sacrement de l'autel !

'"A jamais ! "

Cette belle pratique de piété, qui se répète à chaque heure du jour, est su'ivie du chant d'un cantique. Paroles pieuses et ferventes sorties de ces bouches auxquelles, plus qu'à aucune autre, on pouvait appliquer cette sentence du S:iint-Kspnt : " tiepulchrum pafiv.s est guttur (f.rum ! •' Leur bouche est un sépulcre ouvert...!! Aujourd'hui, des aspirations brûlantes d'amour de Dieu, des chants sacrés.

au lieu des blasphèmes les plus exécrables, des obscénités horribles dont se nourrissaient leurs oreilles et leurs lèvres !

Puis, à ces prières et à ces saints cantiques, succède encore le silence, temps si propre à la méditation de la divine semence jetée tout-à-1'heure dans l'âme de ces repentantes ! Voilà donc la vie du Bon-Pasteur: prières, silence, travail incessant, chacune selon forces et ses facultés. Là, on ne fait quoi que ce soit sans une r,ermission spéciale : on ne doit pas même aller boire une simple gorgée d'eau sans cette cérémonie préliminaire.

Eh bien ! je le demande, cpiand on a vécu jusque là avec toutes ses libertés, en doit-il coûter de peines aux pénitentes, dont la nature est si mal préparée à un pareil genre de vie ? Peuton voir là, quelque autre intérêt que celui de l'âme, quelque autre motif que celui de gagner le ciel à tout prix?

Voilà la retraite où Céline vécut treize mois. Et tous ces règlements s5 minutieux, si nécessaires à la vie commune, elle sut les observer aussi exactement que possible, malgré quelques misères inhérentes à la pauvre humanité. Avec cette manière' de viv: \ elle put parvenir à un degré de perfection bien extraordinaire pour une perconne de son caractère. N verrons les preuves dans un autrechapitre.

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