‹ Celles qui les attendentChapitre 12 sur 16 · LA DISPARITION · texte numérisé non relu

LA DISPARITION

M. Lanvin, plein de solennité, s'avança.

— Bonjour, héros ! dit-il d'une voix forte à Boiirdin.

Bourdin devint pourpre.

— Pas de modestie, continua M. Lanvin.

Nous savons ce que vous avez fait, nous avons lu vos citations, et vos concitoyens sont fiers de vous!...

Il avait préparé un petit discours mais, dans lémotion du moment, il ne s'en souvint plus bien et mélangea les périodes pompeuses des éloges avec des souvenirs familiers sur l'enfance de Bourdin, (;u'il avait vu naître.

Celui ci se-nblait très gêné. La réception qu'on lui Taisait le flattait beaucoup, mais i! était timide et ne savait que répondre.

— J'ai rien fait de bien extraordinaire, balbutia-t-il.

— Rien d'extraordinaire!... Qu'est-ce qu'il te faut, alors ! s'exclama M. Lanvin. revenant au tutoiemeni familier qu'il avait répudié d'al)ord pour plus de solennité.

— Un héros ([ui a vingt fois risqué sa vie dans les missions les plus périlleuses... continua t-il en retrouvant le fil de son discours... Vous êtes sans parents, Bourdin, mais vous

serez reçu comme vous méritez de l'être... Votre famille, c'est nous, vos concitoyens. Votre gloire rejaillit sur nous tous, sur le village, sur le département... sur... Tu dînes chez moi ce soir, termina-t-il avec autorité, en prenant le bras de Bourdin qu'il emmena, suivi d'un cortège triomphal.

On suivait la route entre les cultures. Il avait plu, des senteurs montaient de la terre et des plantes. Sous le ciel brouillé et doux, les horizons se noyaient. Bourdin regardait cette campagne où il était né, où il avait grandi, qu'il n'avait quittée que pour être soldat et qu'aucune autre pour lui ne pouvait égaler. Il apercevait ses champs à lui, là-bas, près de la rivière ; il aurait voulu aller les voir de près mais il n'osa pas.

Il revit le village et à quelques centaines de mètres, un peu isolée dans la campagne, sa maison. Il n'eut pas le loisir d'y rester longtemps et, à peine lavé et brossé, alla dîner chez M. Lanvin, où l'attendaient les notabilités.

Le repas, excellent, se prolongea. Au dessert, M. Lanvin but à la santé de Bourdin, et puis lui demanda de raconter ses hauts faits. Bour-

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