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aimables (1. I, épi t. vin), qui se terminait pourtant par
ce vers :
Ut tu fortunam, sic nos te, Celse, feremus.
Ce qui veut dire à peu près : Tâche de te maintenir en faveur, si tu veux que je t’estime. C’est dans cette épître que nous apprenons que Celsüs était secrétaire de Tibère : cornes scribaque Neronis ; car Tibère, messieurs, s’appelait aussi Néron ; il portait deux noms qui devaient devenir également chers au peuple romain.
C’est à ce Gelse-là que Bianconi attribue le traité De re medicai mais, par malheur pour cette hypothèse, Horace nous a donné les deux noms de son personnage, Celsus Albinovanus , et non pas Cornélius Celsus ; et Bianconi, ordinairement si ingénieux, n’a pu opposer à cette objection décisive que des raisons sans aucune valeur.
Avouons donc, messieurs, que notre Celse n’a pas eu l’honneur d’être secrétaire de Tibère, et ajoutons que nous ne connaissons pas le premier mot de sa biographie.
Où est-il né ? Gœlius Rhodiginus, écrivain de la Renaissance, rapporte que les habitants de Vérone revendiquaient Celse pour leur compatriote ; mais il ne dit pas sur quoi reposait cette prétention, qui n’a été acceptée, je pense, par aucun critique. D’un autre côté, plusieurs auteurs ont admis que Celse était Romain, mais toujours sans preuve, ainsi que le montre suffisamment cette phrase de M. Runholtz (de Montpellier) : « Quoique » aucun document authentique irait pu nous apprendre » encore où est né Celse, nous le regarderons, avec » Rousseus et Fabricius, comme étant Romain. » Après de pareilles prémisses, il était permis d’attendre une autre conclusion.
Rhodius, son premier biographe, Ta fait vivre sous Néron et ses successeurs, jusqu’à Trajan. En trente ans,
de 68 à 98 après Jésus-Christ, il aurait vu neuf empereurs. Il est bien vrai que Pline l’ancien, mort en 79, a commence son XXIXe livre en disant que personne encore n’avait écrit en latin sur la médecine. Il était naturel d’en conclure qu’à cette époque l’ouvrage de Celse n’était pas encore composé. Mais, par une étrange contradiction, Pline a cité ce livre à trois reprises. En outre, Columelle, qui écrivait sous l’empereur Claude, vers l'an 42, a cité un très-grand nombre de fois le traité d’agriculture de Celse.
Celse est donc antérieur à Claude, et, jusqu’aux recherches de Bianconi, l’opinion la plus répandue était qu’il avait écrit sous le règne de Tibère, parce que Columelle avait parlé de lui comme d'un homme de son temps ( nostrorum temporum vir) ; mais Columelle était déjà vieux, — il le dit lui-même, — lorsqu’il écrivit son livre, et ses souvenirs pouvaient très-bien remonter jusqu'au siècle d’Auguste : cela nous laisse une grande latitude.
Si maintenant nous considérons l’ouvrage même de Celse, nous reconnaîtrons avec Bianconi qu’il a dû être écrit pendant la première moitié du règne d’Auguste. Le style, d’abord, de l’avis des meilleurs appréciateurs, est bien celui de la plus belle époque de la latinité. Celse, dans l’admirable introduction de son premier livre, arrête son historique à Thémison, dont il parle presque comme de son contemporain. « Thémison, » dit-il, dans sa vieillesse, s’est écarté il y a peu de temps w (nuper) de quelques-uns des préceptes d’Asclépiade. » Or Thémison, élève et successeur d’Asclépiade, qui mourut vers l’an 92 avant Jésus-Christ, ne peut guère avoir survécu plus de cinquante ans à son maître, ce qui place l’époque de sa mort au plus tard vers l’an 40 avant Jésus-Christ; et il est clair, dès lors, que Celse ne peut avoir écrit ni sous Tibère, ni même dans la seconde
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moitié du règne d’Auguste. Ainsi raisonne- Bianconi, et il n’y aurait rien à objecter à cette démonstration, si la date de la mort d’Asclépiade était suffisamment déterminée.
Mais voici un argument plus décisif. Comment se fai t-il que Celse, cet écrivain si érudit, qui a cité un si grand nombre d’auteurs et de praticiens, n’ait pas parlé d’Antonius Musa, médecin d’Auguste, de cet illustre , de cet immortel Musa, qui avait sauvé ou qui passait pour avoir sauvé les jours de l’empereur, et qui, en récompense, reçut les plus grands honneurs qu’on ait jamais accordés à un médecin, puisque le sénat lui octroya l’anneau d’or des chevaliers, et qu’on lui éleva, de son vivant, une statue auprès de celle d’Esculape? Si Musa n’eût été qu'un praticien célèbre et fortuné, on pourrait comprendre à la rigueur que Celse, quoique écrivant après lui, l’eût passé sous silence; mais Musa fut un chef d’école: il réforma la médecine de Thémison ; il institua une méthode que Pline appelle la médecine des contraires ( contraria medicina ), et qui devint bien vite à la mode lorsqu’on sut qu’elle jouissait des faveurs d’Auguste. L’omission de cette méthode et du nom de son auteur, dans un livre aussi complet que celui de Celse, serait tout à fait inexplicable. ïl y a plus; la maladie dont Auguste avait été guéri par Musa était une affection du foie; les remèdes chauds ayant échoué. Musa eut recours avec succès au traitement par Peau froide. Or, Celse, parlant du traitement des affections du foie (lib. IV, c. vin), après avoir dit à plusieurs reprises qu’elles doivent être traitées par les remèdes chauds, ajoute que rien n'est plus nuisible au foie que les choses froides, et qu’il faut s’en abstenir entièrement : Absti~ nendum utique est ab omnibus frigidis / neque enim res ulla mugis jecur lœdit. ïl est bien certain qu’il se serait exprimé autrement s’il eût écrit après la maladie d’Auguste. Le
traité De re medica est donc antérieur à cette maladie, dont les historiens ont indiqué la date, et qui eut lieu l’an 731 de Rome, c’est-à-dire l’an 22 avant Jésus-Christ.
Celse a pu écrire plusieurs années auparavant. Il est certain toutefois que son Traité de rhétorique est postérieur à l’an 29, où parurent les Géorgiques , puisque Quintilien (VIII, 3) lui a reproché d’avoir critiqué le vers 357 de ce poëme.
Au surplus, messieurs, il est probable que Celse a écrit pendant longtemps, car il a produit un grand nombre d’ouvrages, ou plutôt de traités formant une sorte d’encyclopédie.
Cette encyclopédie comprenait d’abord un traité d’agriculture, De re rustica , en cinq livres; puis le traité De re medica , en huit livres ; le traité de rhétorique, probablement en sept livres, venait immédiatement après. On ne sait dans quel ordre se succédaient les autres traités ; on n’en connaît même pas le nombre; on sait seulement qu’il y en avait un sur le droit, un autre sur la philosophie, un troisième sur l’art militaire.
Vous vous demandez peut-être, messieurs, si des ouvrages aussi nombreux et aussi divers sont bien du même auteur, ou s’ils ne seraient pas dus plutôt à plusieurs écrivains portant ce nom de Celsus, qui était si commun à Rome. Mais Columelle, Quintilien, Végèce, et tous ceux qui ont parlé de ces ouvrages, les ont attribués expressément à Cornélius Celsus. Columelle et Végèce ont dit l’un et l’autre que le Corn. Celsus dont ils parlaient était en même temps l’auteur d’un traité de médecine. Quintilien a été plus explicite encore, comme je le dirai bientôt. Enfin Celse lui-même, parlant du traitement de la gale de l’homme (1. V, cap. xxviii,§ 16), conseille l’emploi d’une préparation de poix et de soufre, et renvoie, pour la manière de s’en servir, à son traité d’agriculture : sicut in pecoribus proposui.
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Au surplus, la première phrase de l’introduction du traité De re medica fait évidemment suite à son ouvrage d’agriculture : Ut aliènent a semis corporibus agriculture} , sic sanitatem œgris medicina promittit . En voici d’ailleurs la preuve directe: Columclle, dans le premier chapitre de son premier livre, dit que l’agriculture de Cornélius Celsus forme cinq livres. Or, sur le titre du plus ancien manuscrit du Vatican on lit : Aùli Cornelii Celsi liber sextus, idemque medicinœ primus . Et enfin Greive rapporte que le manuscrit d’Alexandre de Padoue, qui ne comprend que le livre IV, se termine par ces mots : Artium Cornelii Celsi liber nonus , idem medicinœ liber quartus explicit féliciter. Cela paraît indiquer que l’encyclopédie de Gelse était intitulée : Artes. En tous cas, il est parfaitement certain que le livre I du traité de médecine faisait immédiatement suite au livre V et dernier du traité d’agriculture.
Que les autres traités dont je viens de vous donner l’énumération soient du même auteur, c’est ce que prouve bien clairement un passage du dernier chapitre du livre XIII de Quintilien. Quintilien dit que l’orateur doit posséder toutes les connaissances, et, pour montrer que cela est possible, il cite d’abord Caton le censeur, qui fut à la fois orateur, historien, jurisconsulte, agronome, et, qui sur ses vieux jours, cultiva avec succès les lettres grecques. Il passe alors à Varron et à Cicéron, dont les connaissances étaient encore plus étendues, et il termine en ces termes : Quid plura, quum etiam Cornélius Celsus , mediocri vir ingenio , non solum de his omnibus conscripserit artibus, sed amplius rei militaris et rusticœ etiam , et medicœ prœcepta reliquerit?
Quintilien, vous le voyez, n’a pas flatté Celse (il ne flattait que Domitien). L’hommage qu’ii lui rend n’est donc pas suspect lorsqu’il reconnaît que cet « homme d’un génie médiocre »■ s’est fait connaître par ses écrits