‹ CelseChapitre 3 sur 5 · GEL.SE · texte numérisé non relu

GEL.SE

comme un’savant universel. Ce passage a paru contradictoire; on a cru à tort qu’il était altéré, et pins à tort encore on a essayé de le corriger. Quintilien juge que Gelse est un génie médiocre parce qu’il n’a pas les mêmes opinions que lui sur la rhétorique, et dans le fait, lorsqu’il le cite, c’est presque toujours pour le critiquer; mais tous les témoignages s’accordent pour établir que les autres ouvrages de Gelse n’étaient pas plus

médiocres que son traité de médecine.

Je vous citerai d’abord Quintilien lui-même, qui, dans le premier chapitre du livre X, parlant de ceux qui ont écrit en latin sur la philosophie, nomme en première ligne Gicéron, puis Brutus, et en troisième ligne Celse, dont les nombreux écrits philosophiques, dit-il, ne manquent ni d’élégance ni d’éclat : Scripsit non parum multa Cornélius Celsus , scepticos secutus , non sine eultu et nitore. Et il range ces écrits philosophiques au nombre des ouvrages où l'orateur doit chercher le complément de son éducation.

Columelle loue bien plus encore le traité d’agriculture de Celse, qu’il cite continuellement. Il appelle Celse celeberrimus auctor (1. III, c. xvn) ; il dit qu’il n’a pas moins mérité de louanges que Caton, Yarron et Magon (1. 1, c. i), et lorsqu’il lui arrive de le réfuter, c’est encore pour lui rendre hommage. «Je ne puis assez m’étonner, » dit-il quelque part (1. Il, c. n), que cette erreur ait été » commise par Cornélius Celsus, cet homme qui connais- » sait non-seulement l’agronomie, mais encore toute la » nature. » Il ne l’estime pas moins comme écrivain que comme savant, témoin le passage suivant sur les abeilles : (1. IX, c. n) « Il est impossible, dit-il, de suro passer la science d’Hyginus (le maître de Virgile), les » ornements de Virgile et l’élégance de Gelse. Hyginus » a réuni les préceptes des anciens ; Virgile a orné le » sujet des fleurs de la poésie; et nous trouvons dans

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» Gelsc un judicieux mélange de ces deux manières. »

Nous pouvons porter, messieurs, un jugement tout semblable sur son traité de médecine, qui ne se distingue pas moins par la forme que par le fond.

Quant au traité de l’art militaire, De re militari, Végèce, qui écrivait au ive siècle, et qui fait autorité dans ces matières, en fait le plus grand cas. 11 cite fréquemment Gelse, jusque dans le titre même de son ouvrage ; il le met au premier rang avec Caton, Trajan et Adrien, ce qui n’est pas un médiocre honneur, si Ton songe à l’importance que les Romains attachaient à l’art militaire.

Ainsi, messieurs, ce même auteur qui a écrit sur la médecine un ouvrage si remarquable, et qui en particulier a traité de la chirurgie avec une précision et une solidité sans exemple dans l’antiquité, a produit des écrits tout aussi dignes d’éloges sur l’agriculture, l’art militaire, la rhétorique et la philosophie. Au milieu de toutes ces choses dans lesquelles il a excellé, est-il possible "de découvrir la profession qu’il exerçait? Je ne le pense pas ; et il est fort possible qu’il n’ait exercé aucune profession, car ce n’en était pas une à cette époque d’être un savant et un écrivain. Mais, comme il ne nous reste de lui que son traité de médecine, comme c’est par ce livre seulement que nous le connaissons aujourd’hui, on se figure difficilement qu’il ait pu écrire un pareil chef-d’œuvre sans être voué spécialement à la pratique médicale. De là est venue l’opinion généralement répandue que Gelse était médecin — ou chirurgien — ou l’un et l’autre à la fois. Je ne saurais la partager. Je sais que j’ai aujourd’hui contre moi le sentiment de la majorité, mais je puis invoquer des autorités considérables, et entre autres celles de Van der Linden, de Bianconi et de Dezeimeris.

Constatons d’abord, messieurs, que jamais, ni dans

l’antiquité, ni dans le moyen âge, personne n’a rangé Celse parmi les médecins.

Pline; qui a tant parlé des médecins de Rome, et qui en a nommé un si grand nombre (toujours pour en dire du mal), n’a point compris Celse dans cette énumération. Si Celse échappe à la médisance de Pline, c’est déjà une assez forte présomption pour qu’il ne soit pas médecin. Un homme comme lui n’aurait pas pu faire partie du corps médical de Rome sans y tenir un rang distingué^ car il est bien certain que la médecine romaine n’a produit aucun esprit qui lui soit comparable. Comment veut-on que Pline ait tant écrit sur les médecins de Rome sans faire allusion au plus éminent d’entre eux? Notez d’ailleurs qu’il connaissait parfaitement Celse. 11 l’a cité bon nombre de fois dans son texte, et surtout dans les listes d’auteurs annexées aux tables qui composent le premier livre de Y Histoire naturelle. Sur les trente-six livres du texte, il n’y en a pas moins de vingt pour lesquels il a consulté les écrits de Celse. Or, nulle part, ni sur les listes, ni dans le texte, il ne donne à Celse le titre de medicus , ce qu’il fait toujours lorsqu’il parle d’un médecin. Il y a plus: toutes les fois que le nombre des médecins mentionnés dans une liste est considérable (ce qui a lieu dans les livres relatifs aux plantes médicinales et à la médecine proprement dite), Pline décompose sa liste en deux listes secondaires, l’une comprenant ceux qu’il appelle simplement auctores, l’autre comprenant les médecins, medici. Eh bien, Celse est toujours placé dans la première catégorie; et jamais dans la seconde. 11 est donc évident que Pline, qui devait savoir à quoi s’en tenir; ne rangeait pas Celse parmi les médecins.

Voici maintenant un fait tout aussi démonstratif : tandis que plusieurs auteurs non médicaux ont mentionné le Traité de médecine de Celse; aucun auteur médical de

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l’antiquité n’a parlé de ce livre, ni de celui qui l’a écrit. Le Celsus dont le nom revient assez fréquemment dans le traité deScribonius Largus, De compositione medicamentorum , n’a rien de commun avec le nôtre ; c’est le médecin Apuleius Celsus dont je vous ai déjà parlé, et Scri- 1) oui us Largus, son élève, craignait si peu qu’on le prît pour notre Celse, qu’il ne lui a donné qu’une ou deux fois son premier nom Apuleius ; dans ses autres citations, il l’a nommé simplement Celsus, parce qu’il savait bien que sa qualité de médecin suffisait amplement pour le distinguer de cet autre Celsus, qui avait écrit une encyclopédie, et dont Columelle, à peu près à la même époque (vers l’an 42), proclamait la célébrité.

Je le répète, aucun médecin de l’antiquité n’a parlé du livre de Celse, ni ceux qui écrivaient en grec, ni ceux qui écrivaient en latin, ni les auteurs du u® siècle, Cælius Aurelianus et Galien, ■ — ni, dans les siècles suivants, les compilateurs Aetius et Ûribase, — ni enfin Paul d’Égine, qui écrivit au vu® siècle un manuel de médecine et de chirurgie comparable sous quelques rapports à celui de Celse. Ce silence, messieurs, serait inexplicable et injustifiable, si le livre de Celse avait été écrit par un médecin, et s’il eût été entre les mains des médecins. Mais il faisait partie d’une encyclopédie destinée aux gens du monde, et vous savez que de tout temps les médecins ont dédaigné ces sortes de productions.

Cela dura pendant tout le temps de la Renaissance. Toutes les œuvres de Celse périrent, à l’exception de son traité de médecine ; et lorsque ce livre eut été imprimé, on le trou va si remarquable de précision et de clarté, si supérieur à tout ce qui avait été écrit en latin sur la médecine, qu’on l’admit aussitôt au nombre des ouvrages classiques, sans s’inquiéter de savoir s’il émanait ou non d’un auteur voué à la profession médicale.

Cette question, d’abord, ne lut pas même posée; bientôt, lorsque les progrès de l’érudition eurent appris à reconnaître un seul et même personnage dans l’auteur du traité de médecine et dans le Celse de Columelle, de Quintilien et de Végèce, tous les savants, appartenant ou non à la médecine, s'accordèrent à admettre, avec toute l’antiquité, que Celse n’était pas médecin. •

Mais pendant que cette opinion se maintenait parmi les érudits, la plupart des médecins qui lisaient Celse ne pouvaient s’imaginer que l’ouvrage le plus exact et le plus pratique de leur bibliothèque eût été écrit par un autre que par un homme du métier, — et lorsqu’on leur objectait que cet auteur avait écrit, avec non moins de compétence et de talent, sur un très-grand nombre d’autres sujets, l’admiration qu’ils éprouvaient pour lui accroissait encore leur désir de le revendiquer comme un des leurs, pour l’honneur de la médecine et de la chirurgie. Daniel Leclerc, après lui Schultze et la plupart des historiens de la médecine, se firent les interprètes de ce sentiment louable, — mais la vérité doit passer avant notre amour-propre professionnel; et la vérité est que c’est seulement dix-sept siècles après l’époque de Celse, qu’on a pour la première fois prétendu qu’il était médecin ; par conséquent nous devons nous en rapporter à l’opinion publique de l’antiquité, à moins que nous ne trouvions, dans le livre même de Celse, des preuves intrinsèques assez évidentes pour contre-balancer tous les témoignages.

Or, vous allez voir au contraire que Celse s’est exprimé, dans un grand nombre d’endroits, comme n’aurait pu le faire un homme exerçant la profession de médecin.

Mais il est de toute justice de mettre d’abord sous vos yeux les passages sur lesquels on s’est basé pour soutenir que Celse était un praticien.

Après avoir décrit, d’après Héraclide de Tarente, l’o-

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pération de l’ankyloblépharon, qui consiste à détruire les adhérences de la paupière avec le globe de l’œil, et qui aujourd’hui encore est considérée comme tout à fait inefficace, Gelse s’exprime ainsi : Ego sic restitutum esse neminem memini. Voilà bien la preuve que Celse avait vu un certain nombre d’individus opérés sans succès de l’ankyloblépharon, mais il n’cn résulte pas qu’il les eût opérés lui-même. Ce langage, il est vrai , paraît être celui d’un praticien ; il est clair, en effet, qu’un homme du métier pouvait seul prendre sur lui de condamner une opération très-simple, et en -apparence très-rationnelle; mais si un autre avait dit la même chose avant Celse, l’argument perdrait toute sa portée. Lisons donc la suite de ce passage. Celse ajoute immédiatement après : Megesse quoque multa tentasse , neque unquam pro fuisse, quia semper iterum oculo palpebra inhœserit , memoriœ prodidit (1. VII, c. vu, § 6). Ce n’est donc pas Celse, c’est Mégès qui a reconnu et annoncé l’inefficacité de l’opération d’Héraclide de Tarente; Mégès, praticien illustre, qui, peu de temps avant l’époque de Gelse, tenait le sceptre de la chirurgie romaine, qui s’était rendu célèbre non-seulement comme opérateur, mais encore comme écrivain, et qui avait mérité d’être appelé par Gelse le plus savant des chirurgiens de Rome (lib. VII, introd.). Aussi parlet-il avec la sûreté d’un homme qui invoque sa propre expérience. « Cette opération, dit-il, je l’ai souvent tentée, et je n’ai jamais réussi, parce que toujours la paupière contractait de nouvelles adhérences avec l’œil. » Celse, au contraire, se borne à dire : « Je ne me souviens pas que personne ait été ainsi guéri. » Cela prouve simplement qu’ayant à choisir entre l’opinion d’Héraclide et le jugement de Mégès, il avait pris des informations, qu’il avait cherché et examiné un certain nombre d’opérés, sans en trouver un seul qui eût été exempt de récidive.

Du reste, messieurs, habituez-vous dès maintenant à cette idée, qu’on n’était pas médecin à Rome, par cela seul qu’on voyait des malades. J’y reviendrai tout à l’heure plus amplement.

On a invoqué encore le passage où Celse, parlant de l’opération de l’ankyloglosse, annonce que la plupart des opérés peuvent parler dès que la plaie faite dans la bouche est guérie, mais ajoute toutefois : « J’ai connu )> un opéré qui ne pouvait parler, quoiqu’il pût porter » sa langue bien au delà des dents (1. VII, c. xn, § à). Mais ici encore Celse ne dit pas que ce casse soitprésenté dans sa pratique, et le tour de phrase qu’il emploie permet même de considérer comme certain que ce n’était pas par lui que l’opération avait été faite.

Un troisième argument est tiré du passage relatif au traitement de la diarrhée, passage où Celse, à ce qu’on prétend, aurait critiqué l’opinion d’Àsclépiade et émis sa propre opinion sous une forme personnelle en disant : Ego existimo (lib. IV, cap. xix). Ces mots sont effectivement dans le texte, mais, si nous complétons la citation, nous trouverons au contraire que Celse s’est exprimé comme un homme qui n’avait aucune opinion. Il s’agit de savoir si les malades qui ont la diarrhée doivent boire chaud ou froid. Les anciens prescrivaient les boissons chaudes; Asclépiade, au contraire, voulait que les boissons fussent froides, et même aussi froides que possible ; — c’est ici que Celse paraît, a Quant à moi ,

» dit-il, je pense que chaque malade, d’après son expé- » rience, doit choisir entre les boissons chaudes et les » boissons froides. » Ego experimentis quemque in se credere debere existimo ccdida potius an frigida utatur. Vous voyez que l’auteur ne se compromet guère. Pour ma part, loin de trouver dans ce passage la preuve qu’on y a cherchée, j’y verrais plutôt une preuve contraire, car il me semble qu’un médecin, alors même qu’il aurait

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considéré le choix des boissons comme indifférent, sc serait exprimé d’une autre manière.

Yoici enfin, messieurs, un passage bien autrement formel que les précédents; c’est le seul à vrai dire, si le texte n’est pas altéré, où notre auteur ait parié de sa pratique. Aussi M. Des Étangs s’écrie-t-il que le praticien est enfin surpris ici en flagrant délit. A quel moment de la journée faut-il faire manger les malades atteints de fièvre quotidienne? Ce point, dit Celse, est très-controversé. Les uns donnent la nourriture le matin, les autres le soir. Celse trouve que les deux procédés, surtout le second, ont leurs inconvénients, et ajoute : Oh hœc ad mediam noctem decurro . « C’est pourquoi j’attends le milieu de la nuit. » (Lib. III, c. v.) — L’authenticité de ce passage a été contestée (1); mais je l’accepte. Oui, Celse voyait et soignait des malades; mais cela ne prouve pas qu’il fût médecin. L’exercice de la médecine était libre chez les Romains. Il y avait dans quelques grandes villes des médecins de profession, mais en outre chacun donnait ses conseils aux malades qu’il connaissait. C’est comme cela que Celse pouvait et devait pratiquer quelquefois un art dans lequel il était certainement plus instruit que la plupart des médecins de son temps. Qu’il eût une certaine expérience du traitement des fièvres intermittentes, cela ne nous surprendra pas, si nous songeons que cette affection fut de tout temps très-commune dans la campagne de Rome. De là à exercer la profession médicale, il y avait loin, je vous le montrerai bientôt. Mais le moment est venu de vous prouver par les paroles de Celse, que son livre n’a été écrit ni pour des médecins, ni par un médecin.

(1) Dans les éditions de Van der Linden et d’Almeloveen, ce passage est remplacé par le suivant : Ob hœc alii differunl ad mediam noclem, decukso gravissimo tempore etc. De decurro à decurso la différence est assez légère pour que les copistes aient pu se tromper.

Il paraît déjà assez probable qu’un ouvrage qui faisait partie d’une encyclopédie, devait s’adresser aux gens du monde et non aux médecins, si l’on considère surtout (jue cet ouvrage a été écrit en latin, à une époque où tous les médecins de l’Italie étaient Grecs, ou avaient étudié dans des livres grecs. La langue latine n’avait pas encore été employée dans les sciences; ç’a été l’un des plus grands mérites de Gelse, de l’avoir assujettie le premier à la rigueur et à la précision que jusqu’alors la langue grecque possédait seule, et d’avoir atteint d’emblée, sous ce rapport, un degré de perfection qui n’a pas été surpassé. Il a eu à surmonter des difficultés d’autant plus grandes, que les mots mêmes lui manquaient, la plupart des maladies, des médicaments et des organes îv ayant pas encore reçu de nom en latin. Quelquefois une habile périphrase supplée aux lacunes du vocabulaire, mais le plus souvent il est obligé de se servir du mot grec, qu’il n’essaye pas même de latiniser. Ces mots grecs reviennent par centaines, et sont ordinairement accompagnés de la formule : quod grœci... vocant. Parfois cependant, pour varier cette formule, il emploie le mot medici , comme synonyme de grœci . Par exemple: «ce genre de fièvre tierce queles médecins ap~ » pellent hémitriléë,ÿwod medici Yipirpiraïo-j appellant{ lib. III, c. vil, etc.vm). Ou encore, à propos des crachements de sang : « Les médecins distinguent le cas où le Sang » vient de l’érosion de quelque partie, ou de sa rupture, » ou de l’ouverture d’une veine. Ils appellent le pre- » mier cas diabrosis , le second rhexis , le troisième anasto - » mosis. » (L. IY, c. iv, §5.) Ges passages prouvent d’une part, que les médecins étaient grecs, ou parlaient grec, et d’autre part que Gelse n’écrivait pas pour eux, car il est évident qu’il n’aurait pas employé de pareilles formes de langage, en s’adressant à des médecins.

Il aurait évité aussi de leur dire, en parlant d’Érasis-

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trate : a S’il avait possédé suffisamment cette connais- » sanee des choses de la nature, que les médecins re- » vcndiquent témérairement, il aurait su que rien ne » provient jamais d’une cause unique, etc . Si contemplationem rerum naturœ , quam temere medici sibi vindicant , satis comprehendisset , etiam illud scisset nihil omnino ob unam causant fieri (lib, ï, intrqd.). Il est clair qu’aucun médecin ne s’exprimerait ainsi, et que personne ne parlerait ainsi des prétentions des médecins dans un livre qui leur serait destiné. Aussi a-t-on essayé d’échapper à cette évidence en altérant le texte, en remplaçant temere par non temere , altération violente qui s’est maintenue jusque dans l’édition d’Almeloveen, mais que tous les critiques ont repoussée et qu’il a bien fallu abandonner.

Il arrive fréquemment que Gelse termine le traitement d’une maladie en disant : « Voilà ce que prescrivent les médecins, mais voici ce que font les gens de la campagne; » et il a bien quelque tendance à donner la préférence à ces remèdes rustiques. Cela revient à propos de la pleurésie (1. IV, c. vi), des maux de dents (VI, 9), des rhumes (V, 28, § 7) et de diverses affections des yeux, La phrase qui termine le long chapitre relatif à ces dernières maladies mérite d’être citée. «Quiconque, » dit-il, passe en revue tous les moyens que les médecins » ont fait connaître, peut facilement s’apercevoir que, » parmi ces affections oculaires dont nous venons de )) parler, c’est à peine s’il en est une seule qui ne puisse » être guérie aussi bien par des remèdes simples et )> faciles. » (VI, 6, § 39.) Nous retrouvons ailleurs un jugement à peu près semblable : « C’est ce que l’on » voit aussi, dit-il, dans les yeux, qui, après avoir été » longtemps tourmentés par les médecins, guérissent » quelquefois sans eux. » Sicut in oculis quoque depre hendi potest , qui a medicis diu vexati , sine his interdum

sanescunt (VII, introd.). Cette proposition, messieurs, est encore un peu vraie de nos jours, mais un médecin ne l’exprimerait pas sous cette forme.

Voici maintenant, toujours à propos des maladies des yeux, un conseil qui évidemment ne s’adresse pas aux médecins : ('Si l’on n’a sous la main ni médecin, ni mé- » dicament, on adoucit le mal en introduisant dans l’œil, » avec un pinceau, du blanc d’œuf ou du lait de » femme » (VI, 6, § 8.) Il serait tout à fait ridicule d’enseigner à un médecin ce que doivent faire les gens qui ne peuvent pas le consulter, tandis que cette indication trouve parfaitement sa place dans un livre écrit pour tout le monde.

Les preuves de ce genre abondent, et je ne puis songer à vous les présenter toutes; mais je ne puis pourtant pas me dispenser de mentionner la suivante : elle est tirée du chapitre relatif aux maladies des parties génitales, 'partes obscœnœ. Comment traiter en latin d'une pareille matière? Et quels mots employer pour désigner de pareils organes? A cette époque-là, messieurs, quoique la corruption des mœurs eût déjà fait de grands progrès, la langue latine, j’entends la langue littéraire, celle de la bonne société, était encore trèspudique. Il y avait des choses que les Romains ne pouvaient dire faute de mots acceptés. Leur éducation ne tarda pas à se faire, témoin le riche vocabulaire de Martial et de Juvénal, mais il parait qu’elle n’était pas encore faite au temps de Celse, de sorte que les médecins n’auraient pu parler et écrire sur les parties génitales, s’ils n’avaient écrit et parlé en grec. Comme aujourd’hui le latin, le grec alors a dans ses mots bra- )> vait l’honnêteté. » Jugez donc de l’embarras de Celse, lorsque vient le moment d’aborder ce sujet épineux! Les Grecs, dit-il, sont à leur aise; ils ont des mots tolérables, acceptés par l’usage, et employés par tous

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