‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 138 sur 265 · CHAPITRE VI (OU IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI (OU IX

De la manière de bâtir les maisons à la campagne.

Pour donner une bonne situation à une maison de campagne, il faut d’abord, et suivant les principes que nous avons établis pour la construction des murs d’une ville, chercher quelle est l'exposition la plus saine, et tourner la maison de ce côté-là. La grandeur d’une maison de campagne doit être proportionnée aux terres qui en dépendent et aux fruits que l’on y recueille; la grandeur de ses cours et leur nombre seront déterminés par la quantité du bétail et des charrues qui seront nécessaires. La cuisine sera dans l'endroit le plus chaud de la cour, et l’on bâtira près de là l’étable à bœufs , qu’il faudra disposer de telle sorte que des crèches on voie la cheminée et le soleil levant : grâce à cette précaution, les bœufs, voyant ordinairement la lumière et le feu, ne deviendront point hérissés. C'est pourquoi les laboureurs qui n’ignorent pas l’in-

non solum erunt in urbe ædificiorum rationes, sed etiam !

ruri, præterquam quod in urbe atria proxima januis solent esse, ruri vero pseudourbanis statim peristylia, deinde tune atria habentia cireum porticus pavimenta spectantia ad palæstras et ambulationes.

Quoad potui urbanas rationes ædificiorum summatim perseripsi, ut proposui : nunc rusticorum expeditionem, ut sint ad usum commoda, quibusque rationibus collocare oporleat ea, dicam.

CAPUT VI (vulgo 1x).

De rusticorum ædificiorum rationibus.

Primum de salubritatibus, uti in primo volumine de mœhibus collocandis scriptum est, regiones aspiciantur, et ita villæ collocentur. Magnitudines earum ad modum agri copiasque fructuum comparentur : Cortes magnitudinesque earum ad pecorum numerum, atque quot juga boum opus fuerit ibi versari, ita finiantur. fn corte culina quam calidissimo loco designetur, conjuncta autem habeat bubilia , quorum præsepia ad focum et orientis cæli regionem spectent ; ideo quod boves lumen et ignem spectando horridi non fiunt. Item agricolæ regionum perili non putant opor- 4ere aliam regionem cœli boves spectare nisi ortum solis.

VITRUVE

fluence des différents aspects du ciel, croient qu'il ne faut tourner les étables des bœufs que vers le soleil levant. La largeur de ces étables ne doit pas être moindre de dix pieds, ni plus grande que de quinze. La longueur doit être établie d’après cette règle, que chaque couple de bœnfs ait au moins sept pieds d’espace. Les bains seront aussi près de la cuisine, afin que l'on n’ait pas loin à aller pour le service qu’exigent des bains de village. Le pressoir ne doit pas non plus être éloigné de la cuisine, pour faciliter le travail nécessaire à la préparation des olives; après le pressoir sera le cellier, dont les fenêtres doivent regarder le septentrion; car si elles étaient opposées au midi, la chaleur du soleil ferait tourner le vin, ou en affaiblirait la qualité. Au contraire, le lieu où l’on serre les huiles demande à être tourné vers le midi, parce qu'il faut éviter que l’huile ne se gêle, et faire en sorte que la chaleur douce du soleil lentretienne toujours liquide. La grandeur des celliers doit être proportionnée aux fruits qui se recueillent et au nombre des vases nécessaires , qui peuvent occuper vers le milieu une place de quatre pieds de diamitre, s’ils sont de la grande jauge. Si le pressoir n’est point à vis, mais à arbre, il faut qu'il ait au moins quarante pieds de longueur et seize de largeur, ce qui suffira pour que l’on puisse y travailler à l'aise; et si l'on avait besoin de deux pressoirs, il faudrait alors que l'emplacement eût vingt-quatre pieds de largeur. La grandeur des bergeries et des étables pour les chèvres doit être telle que chaque bête n'ait pas moins de quatre pieds et demi d’espace, ni plus de six. Les greniers seront élevés, et tournés au septentrion ou à la bise, afin que la

Bubilium autem debentesse latitudines nec minores pedum denum nec majores quindenum : longitudo, uti singula juga ne minus occupent pedes septenos. Balnearia item conjuneta sint culinæ, ita enim lavationi rusticæ ministratio

non erit longe. Torcular item proximum sit culinæ; ita enim ad olearios frucluscommoda erit ministralio : habeat- )

que conjunctam vinariam cellam, habentem ad septen-

trionem lumina fenestrarum, cum enim alia parte habuerit, 4

qua sol calefacere possit, vinum quod erit in ea cella, con*

fusum ab calore efficietur imbecillum. Olearia autem ila #

est collocanda, ut habeat a meridie calidisque regionibus lumen ; non enim debet oleum congelari, sed tepore caloris

extenuari. Magnitudines autem earum ad fructuum ratio= |

nem et numerum doliorum sunt faciendæ, quæ cum sint cullearia, per medium occupare debent pedes quaternos:

Ipsum autem torcular, si non cochleis torquetur sed vecti- b

bus et prelo premitur, ne minus longum pedes quadraginta constituatur; ila enim erit vectiario spatium expeditum # latitudo ejus ne minus pedum senum denum ; nam sic erit ad plenum opus facientibus libera versatio et expedita. Sin autem duobus prelis loco opus fuerit, quatuor et viginti

pedes latitudini dentur. Ovilia et caprilia ila magna sunt ! facienda, ut singula pecora arex ne minus pedes quater- !

u0s el semipedermn, ne plus senos possint habere. Granaria

fraîcheur du vent empêche les grains de s'échauffer, etles conserve plus longtemps; car les autres aspects du ciel les rendent sujets à engendrer des charancons et autres insectes qui gâtent le blé. Les écuries pour les chevaux doivent être bâties près de la maison, dans le lieu le plus chaud , pourvu qu’elles ne soient pas tournées vers la cheminée; car les chevaux qui sont ordinairement près du feu deviennent hérissés. Il est bon aussi que les étables des bœufs, qui sont éloignées de la cuisine, aient leur entrée et tirent le jour du côté de lorient, parce que les bœufs que l’on y renferme pendant l'hiver paraissent plus beaux lorsqu'ils sortent le matin pour aller paître au dehors. Les granges et les greniers pour serrer le foin et la paille, de même que les moulins, doivent être bâtis assez loin de la maison, à cause du danger du feu. Si l’on veut faire de l’habitation une maison agréable et ornée, il faudra suivre les proportions qui ont été indiquées précédemment pour les bâtiments de la ville, pourvu que cela se puisse faire sans nuire en rien aux commodités que requiert le ménage des champs. Dans la construction de toutes sortes d’édifices, il faut avoir soin qu'ils soient bien éclairés, ce qui n’est pas difficile à la campagne , où il n’y a point d’autres maisons assez proches pour ôter le jour; mais il n’en est pas de même dans les villes, où les maisons voisines sont assez proches et assez hautes pour donner de l’obscurité. Afin de savoir si l’on aura assez de jour et d’où il le faut tirer, on tend une corde du haut du mur qui peut ôter le jour jus— qu'au lieu qui le doit recevoir; et si, en regardant en haut le long de cette corde, le ciel se

sublimata et ad septentrionem aut aquilonem spectantia disponantur ; ita enim frumenta non poterunt cilo concalescere, sed afflatu refrigerata diu servantur : namque ceteræ regiones procreant curculionem et reliquas bestiolas, quæ frumentis solent nocere. Equilibus quæ maxime in villa loca calidissima fuerint constituantur, dum ne ad focum spectent; cum enim jumenta proxime ignem stabulantur, horrida funt. Item non sunt inutilia præsepia, quæ collocantur extra culinam in aperto contra orientem ; cum enim in hieme anni sereno cœælo in ea traducuntur, matulino boves ad solem pabulum capientes, fiunt nitidiores. Horrea, fœnilia, farraria, pistrina extra villam facienda videntur, ut ab ignis periculo sint villæ tutiores. Si quid delicatius in villa faciendum fuerit, ex symmetriis, quæ in urbanis supra scripla sunt, conslituta ita struantur, ut sine impeditione rusticæ utilitatis ædificentur. Omnia ædificia ut luminosa sint, oportet curari; sed quæ sunt ad vil- Jas, faciliora videntur esse, ideo quod paries nullius vicini potest obstare : in urbe autem aut communium parietum altitudines aut angustiæ loci impediundo faciunt obseuritates. Itaque de ea re sic eril experiundum : ex qua parte lumen oporteat sumere linea tendatur ab allitudine parie- Us, qui videtur obstare ad eum locum, cui [lumen] oporteat immittere ; et si ab ea linea, in altitudinem cum prospiciatur, polerit spatium puri cœli amplum videri, in eo

, voit à découvert, on sera assuré que ce lieu pourra recevoir la lumière sans empêchement.

Mais si l’on voit que les poutres, ou le haut des fenêtres et des planchers, doivent ôter le passage à la lumière, il faudra faire les ouvertures plus grandes et plus élevées, et si bien disposer les choses que les fenêtres se trouvent aux endroits d'où le ciel se voit à découvert. Ces précautions sont surtout nécessaires pour les salles à manger, pour les chambres, et surtout pour les passages et les escaliers, qui ont grand besoin d’être bien éclairés, parce qu'il arrive souvent que des personnes chargées d’un fardeau s’y rencontrent l’une devant l’autre.

Je crois avoir expliqué d’une façon assez claire la manière dont nous distribuons habituellement les édifices en Italie, pour que ceux qui voudront bâtir n’y trouvent point d'obseurité. Afin qu’on ignore pas non plus la manière dont les Grecs ordonnent leurs habitations, je la ferai sommairement.

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