CHAPITRE VII (Ou x
De la distribution des habitations chez les Grecs.
Les Grecs bâtissent autrement que nous, car ils n’ont point de vestibules ; mais, de la première porte, on entre dans un passage qui n’est pas fort large; d’un côté sont les écuries, de l’autre est la loge du portier; au bout de ce passage, est la porte de l’intérieur. Ce passage, placé entre deux portes, est appelé {yroréion(1). Delà on entre dans le péristyle, qui a des portiques de trois côtés : du côté qui regarde le midi, il y a deux
(x) Qui appartient à celui qui garde la porte.
loco lumen erit sine impeditione. Sin autem officiunt trabes seu limina aut contignationes, de superioribus partibus aperiatur, et ita immittatur : et ad summam ita est gubernandum , ut e quibuscumque partibus cælum prospici poterit, per eas fenestrarum loca relinquantur; sic enim lucida erunt ædificia. Cum autem in tricliniis ceterisque conclavibus maximus est usus luminis, tum etiam in itineribus clivis scalisque ; quod in his sæpius alius alii obviam venientes ferentes sarcinas solent incurrere.
Quoad potui distributiones operum nostratium, uti sint ædificatoribus non obscuræ, explicui : nunc etiam quemadmodum Græcorum consuetudinibus ædificia distribuantur, uti non sint ignola, summatim exponam.
CAPUT VII (Vulgo x).
De Græcorum ædificiorum eorumque partium dispositione.
Atriis Græci quia non utuntur, neque ædificant, sed ab janua introeuntibus ilinera faciunt latitudinibus non spatiosis, et ex una parte equilia , ex altera ostiariis cellas, statimque januæ interiores finiuntur. Hic autem locus inter duas januas græce Ovpopetoy appellatur. Deinde est introitus in peristylion : id peristylion in tribus partibus habet portieus ; in ea parte, quæ spectat ad meridiem, duas
antes fort éloignées l’une de l’autre, qui soutiennent un poitrail ; et si l’on retranche la troisième partie de l’espace quiestentre cesantes, le reste est égal à l’enfoncement de cette piece. Elle est appelée par quelques-uns prostas (1), et par d'autres parastas (2). Au dedans de ce lieu, il ya de
grandes salles où les mères de famille filent avec ! leurs servantes. Dans le passage appelé prostas,
il y a à droite et à gauche des chambres, &ont l'une est appelée thalamus (3), l'autre antithalamus (4). Autour des portiques sont des salles à manger, des chambres et des garde-robes ; cette partie de la maison s'appelle gynæconitis (5). À cette première partie en est jointe une autre plus grande et plus étendue, qui a des péristyles plus larges et dont les quatre portiques sont de pareille hauteur, si ce n’est que quelquefois les colonnes de celui qui regarde le midi, et qu'ils appellent à cause de cela péristyle rhodien, sont plus hautes. Cette partie de la maison a de plus beaux vestibules et des portes plus magnifiques que l'autre. Les portiques des péristyles sont ornés de stuc et lambrissés de menuiserie. Le long du portique que regarde le septentrion , il y a des salles à manger que l’on appelle cyzicènes, et des cabinets de tableaux; du côté de lorient sont les bibliothèques; du côté du couchant sont des cabinets de conversation, et du côté du midi de grandes salles carrées, si vastes et si spacieuses qu’elles peuvent aisément contenir quatre tables à trois siéges en forme de lits, avec la place nécessaire pour leservice et pour les jeux. C’est dans ces salles que se font les festins des hommes ; car chez eux ce n’est pas la coutume que les femmes se mettent à table avec les hommes. Ces péristyles sont
(x) Ce qui est proche. — (2) Ce qui est à côté. — (3) La chambre. — (4) L'antichambre. — (5) Appartement des femmes.
antas inter se spatio amplo distantes, in quibus trabes invehuntur, et quantum inter antas distat, ex eo tertia dempta spatium datur introrsus. Hic locus äpud nonnullos rpoctas apud alios xupxctès nominatur. In his locis introrsus constituuntur œci magni, in quibus matres familiarum cum lanificis habent sessionem. In prostadii autem dextra ac sinistra cubicula sunt collocala, quorum unus thalamus, alterum amphithalamus dicitur. Cireum autem in porticibus triclinia quotidiana, cubicula etiam et cellæ failiaricæ coustituuntur. Hæc pars ædificii Gynæconilis appéllatur. Conjunguntur autem his domus ampliores habentes latiora peristylia, in quibus pares sunt quatuor porticus altitudinibus, aut una, quæ ad meridiem spectat, excelsioribus columnis constituitur, Id autem peristylium, quod unam alliorem habet portieurh, Rhodiacum appellatur. Habent autem eæ domus vestibula egregia et januas proprias eum dignitate porticusque peristyliorum albariis et tectoriis ét ex intestino opere lacunaïiis ornatas, et in porticibus, quæ ad septentrionem spectant, triclinia Cyzicena et pinacothecas ; ad orientem autem bibliothecas ; exedràs ad octidentem ; ad meridiem vero spectantes æcos quadratos tam ampla magnitudine , uti faciliter in eis triclinäs quatuor stratis ministrationum ludorumque operis
VITRUVE,
appelés andronitides (1), parce que les hommes seuls y habitent, et n’y sont point importunés par les femmes. A droite et à gauche de ces bâtiments, qui ont des péristyles, il y a de petits appartements dégagés, qui ont des portes particulières, et renferment des salles et des chambres fort commodes, que l’on destine aux étrangers, lesquels ne logent point dans les appartements où sont les péristyles. Car ceux des Grecs qui étaient opulents et magnifiques avaient des appartements de réserve avec toutes leurs commodités, pour y recevoir les étrangers qui étaient venus de loin loger chez eux. La coutume était qu'après les avoir traités le premier jour seulement à leur table, ils leur envoyaient ensuite tousles jours, cemme présents, des choses qui leur venaient de la campagne, des poulets, des œufs, desherbages, desfruits. C’est pourquoi les peintres qui ont représenté ces choses que chacun en voyait à ses hôtes, les ont appelées zenia (2). Ainsi ceux qui voyageaient étaient logés comme chez eux, et pouvaient vivre en leur particulier et en taute liberté dans ces appartements. Entre ces péristyles dont nous avons parlé, et les appartements destinés aux étrangers, il y a des passages appelés mesaules, mot qui signifie entre deux palais, parcequ'ils sont entre deux angles ou palais; nous les appelons andronas (3); mais c'est une chose surprenante que ce mot ne signifie point en grec ce qu'il signifie pour les Latins ; car les Grecs désignent par andronas les grandes salles où les hommes font habituellement leurs festins, et où les femmes ne pénètrent point. Nous nous servons ainsi de quantité de noms grecs avec le même abus; cemme de æystus , de prothyrum ,
(x) Pour les hommes. — (2) Choses deslinées aux étrangers. — (3) Palais appartenant aux hommes,
locus possit esse spatiosus. In his œecis fiant virilia convivia; non enim fuerat institutum matres familiarum eorum moribus accumbere. Hæc autem peristylia domus andronitides dicuntur, quod in his viri sine interpellationibus mulierum versantur. Præterea dextra ac sinistra domunculæ constituuntur habentes proprias januas, triclinia et cubicula commoda, uti hospiles advenientes non in peristylia sed in ea hospitalia recipiantur. Nam cum fuerunt Græci delicatiores et fortuna opulentiores, hospitibus advenientibus instruebant triclinia, eubicüla cum penu cellas, primoque die ad cœnam invitabant, postero mittebant pullos, ova, olera, poma reliquasque res agrestes. Ideo pictores ea, quæ mittebantur hospitibus, picturis imitantes xenia appellaverunt. Ita patres familiarum in hospitio non videbantur esse peregre, habentes sécretam in his hospitalibus libertatem. Inter duo autem peristylia itinera sunt, quæ mesaul@ dicuntur, quod inter duas aulas media sunt interposita; nostri autem eas andronas appellant. Sed hoc valde est mirandum , nec enim græce nec latine potest convenire. Græci enim &vêg@vas appellant æcos, ubi convivia virilia solent esse, quod eo mulieres non accedunt. Ilem aliæ res sunt similes, uti xystus, prothyrum, telamones et nonnulla aliaejus modi; Évotos enim græca appellatione est
de télamones et de plusieurs autres. Car æystos en
grec signifie un large portique où les athlètes
s’exercent pendant l'hiver; et nous autres nous
appelons æysta des allées découvertes où l’on se
promène, et que les Grecs nomment paridromi-
das (1). De même les Grecs appellent protyra (2) les vestibules qui sont devant les portes, et ce
mot désigne parmi nous ce que les Grecs appel- Jent diathyra (3). Nous appelons aussi {e/amo-
nes (4) les figures d'hommes qui soutiennent les mutulesoules corniches; mais ce nom nese trouve avoir aucun fondement dans l’histoire. Ces figurent sontappelées atlantes par les Grecs, parce que Atlas ayant été le premier qui ait fait connaître le cours du soleil et de la lune, le lever et le coucher des étoiles, et tous les mouvements du ciel que son génie et son travail lui avaient fait dé- “ouvrir, les peintres et les sculpteurs, pour lui rendre hommage, l’ont représenté soutenant le ciel sur ses épaules. C’est aussi pour cette raison queses filles Atlantides , qui sont appelées P/éiades (5) par les Grecs et Vergiliæ (6) par les Latins, ont été mises au rang des étoiles. Mon dessein n’est pas toujours de changer les noms que l'usage a consacrés ; mais ce que j'en ai dit a été pour apprendre à ceux qui se plaisent à cette étude les différentes significations de ces mots. J'ai traité les différentes manières dont les habitants de l'Italie et ceux de la Grèce construisent les édifices , et des règles qui déterminent la symétrie et les proportions de chaque genre ; et comme j'ai parlé aussi précédemment de la beauté qui résulte de ces dispositions, il me reste maintenant
(1) Promenoirs.— (2) Avant-portes. — (3) Bannières. — (4) Souffrants. — (5) Qui montrent le temps propre à la navigation. — (6) Qui annoncent le printemps.
porticus ampla latitudine , in qua athletæ per hiberna tempora exercentur. Nostri autem hypæthras ambulationes xysta appellant, quas Græci xzpaôpoulôc dicunt. Item prothyra græce dicuntur, quæ sunt ante januas vestibula ; nos autem appellamus prothyra, quæ græce dicuntur àt&vez. Item si qua virili figura signa mutulos aut coronas sustinent, nostri telamones appellant; cujus rationes, quid ita aut quare dicantur, ex historiisnon inveniuntur : Græci vero eos &rhavræs vocitant. Atlas enim historia formatur suslinens mundum, ideo quod is primum cursum solis et lunæ siderumque omnium ortus et occasus , mundique versationum rationes vigore animi solertiaque curavit bominibus tradendas, eaque re a pictoribus et statuariis deformatur pro eo beneficio sustinens mundum; filiæque ejus Atlandides (quas nos Vergilias, Græci autem TDertôuz nominant) cum sideribus in mundo sunt dedicatæ. Nec tamen ego ut mutetur consuetudo nominationum aut sermonis , ideo hæc proposui ; sed ut ea non sint ignota philologis, exponenda judicavi. Quibus consuetudinibus ædificia Italico more et Græcorum institutis conformantur exposui, et de symmetriis singulorum generum proportio- | nes perscripsi; ergo quoniam de venuslate decoreque ante »| est scriptum, nunc exponemus de firmitate, quemadmo- -| dum ea sine vitiis permaneat et ad vetustaten collocetur.
à dire par quel moyen on peut leur donner une
solidité qui les fasse durer longtemps en bon état.