CHAPITRE VIII (OU X
Des différents moyens par lesquels on donne une lonque durée aux édifices.
Les édifices qui se font sur le rez-de-chaussée auront toute la solidité nécessaire, si leurs fondements sont construits d’après les règles que nous avons données ci-dessus pour les fondements des murs des villes et des théâtres; mais s'ils ont des voûtes sous terre, il faudra faire des fondements plus épais que pour les murs des édifices qui ne se bâtissent que hors de terre. Il faut aussi que les murailles, les pieds droits et les colonnes soient bien d’aplomb, en sorte que celles de dessus soient justement au milieu de celles de dessous, et que le solide réponde toujours au solide, parce que, s’il y a quelque partie du mur ou quelque colonne qui porte à faux, il est impossible que l'ouvrage dure longtemps. IL est encore nécessaire de mettre des poteaux au-dessous de chaque linteau, au droit de l’un et del’autre jambage, afin d'empêcher que les linteaux ou les poitrails, chargés du mur qu'ils soutiennent, ne plient à l'endroit du vide, et ne causent bientôt la ruine du mur en se rompant ; mais ces poteaux ainsi placés dessous et bien fixés empécheront que les linteaux ne s’enfoncent. IL faut aussi faire en sorte de soulager les murs par des décharges faites de pierres taillées en manière de coin, et disposées en arcs; car les deux bouts de l’arcade de la décharge étant posés sur les bouts du linteau ou du poitrail, le bois ne pliera
CAPUT Vi (Vulgo x1).
(De hypogæis, concameraltionibus et quæ pilatim aguntur ædificiis.)
Ædificia quæ plano pede instituuntar, si fundamenta eorum facta fuerint ita, utin prioribus libris de muro et theatris a nobis est expositum, ad vetustatem ea erunt sine dubitatione firma. Sin autem hypogea concamerationesque instituentur, fundationes eorum fieri debent crassiores quam quæ in superioribus ædificiis structuræ sunt futuræ, eorumque parietes, pilæ, columnæ ad perpendiculum inferiorum medio collocentur, uti solido respondeant : nam si in pendentibus onera fuerint parietum aut columnarum, non poterunt habere perpetuam firmitatem. Præterea inter limina secundum pilas et antas postes sisupponentur, erunt non: vitiosæ : limina enim et trabes structuris cum sint oneratæ, medio spalio pandantes frangunt sublisæ structuras. Cum autem subjecli fuerint et subeuneati postes, non patiuntur insidere trabes, neque eas lædere. Item administrandum est, utilevent onus parietum fornicationes cuneorum divisionibus et ad centrum respondentes earum conclusuræ : cum enim extra trabes aut liminum capita arcus cuneis erunt conclusi, primum non pandabit materies levata onere; deinde si quod e ve-
point, parce qu'il sera déchargé d’une partie de son faix; et s’il éprouvait quelque détérioration par la vétusté, on pourrait le rétablir sans qu'il fût besoin d’étayer. Dansles édifices qui sont bâtis sur des piles jointes par des arcades , il faut avoir soin de donner plus de force et d’épaisseur aux piles des extrémités, afin qu’elles puissent résister à l'effort des pierres taillées en coin, qui, en se pressant l’une l’autre, à cause du poids des murs qui sont au-dessus, pourraient pousser les impostes ; mais si les piles des angles sont trèslarges, l'ouvrage aura beaucoup plus de solidité. Outre toutes ces choses, qui doivent être exactement observées, il faut encore prendre garde que la maçonnerie soit bien d’aplomb, et que rien ne penche ni d’un côté ni de l’autre : on doit surtout apporter le plus grand soin aux ouvrages qui se font sous le rez-de-chaussée, à cause de la terre qu’ils soutiennent, qui peut causer une infinité d'inconvénients; car la terre n’est jamais en un même état, variant selon les saisons : en hiver, elle s’enfle et devient plus pesante qu’en été, à cause des pluies qui la pénètrent; ce qui fait qu’elle presse et qu’elle rompt la maçonnerie. Pour remédier à cet inconvénient, il faut commencer par donner au mur une épaisseur proportionnée à la terre qu'il doit soutenir; il faut, en outre, le renforcer en dehors avec des éperons et des ares-boutants, qui seront construits en même temps que le mur, et seront séparés les uns des autres par des espaces égaux à la largeur que l'on a donnée au mur qui soutient la terre. Mais il faut qu’ils avancent dans la terre par le pied , autant que le mur même a de hauteur; qu’ils aillent en diminuant par degrés depuis le bas, et qu'ils aient autant de sail-
tustate vilium ceperit, sine molitione fulturarum faciliter mutabitur. Itemque quæ pilatim aguntur ædificia et cuneorum divisionibus , coagmentis ad centrum respondentibus, fornices concluduntur, extremæ pilæ in his latiores spatio sunt faciundæ, uti vireseæ habentes resistere possint, cum cunei ab oneribus parietum pressi per coagmenta ad centrum se prementes extrudunt incumbas. Itaque si angulares pilæ erunt spatiosis magnitudinibus, continendo cuneos firmitatem operibus præstabunt. Cum in his rebus animadversum fuerit, uti ea diligentia in his adhibeatur, non minus eliam observandum est, uli omues structuræ perpendiculo respondeant, neque habeant in ulla parte proclinationes. Maxima autem esse debet cura substructionum, quod in his infinila vitia solet facere terræ congestio : ea enim non potest esse semper uno pondere, quo solet esse per æstatem; sed bibernis temporibus recipieudo ex imbribus aquæ multitudinem, crescens et pondere et amplitudine disrumpit et extrudit structurarum septiones. Itaque ut huic vitio medeatur, sic erit faciundum, ti primum pro amplitudine congestionis crassitudo structuræ constituatur ; deinde in frontibus anterides sive erismæ sint upa struantur, eæque inter se distent tanto spatio, quanta altitudo substructionis est futura, crassitudine eadem qua substructio. Procurrant autem ab imo per quam
VITRUVE
lie vers le haut que le mur a d'épaisseur. De plus, il faudra faire au dedans des dentelures en forme de scie, qui soient jointes au mur et opposées à la terre ; en sorte que chaque dentelure ait la mème épaisseur que le mur, et qu’elle s'éloigne autant du mur qu’elle soutient, que la terre qu'elle soutient est haute. Enfin, vers l'extrémité des angles, après s'être éloigné de l’angle intérieur d’un espace égal à la hauteur du mur qui soutient la terre, on fera une marque de chaque côté, et de l’une de ces marques à l’autre on fera une muraille diagonale, du milieu de laquelle une autre partira, qui ira joindre l’angle du mur. Par ce moyen, les dentelures avec cette diagonale empêcheront que la terre ne presse et ne pousse le mur avec autant de force. J'ai donné ces conseils à ceux qui entreprennent des bâtiments, afin qu'ils se gardent des fautes que l’on peut commettre en bâtissant les fondations. Pour ce qui est des précautions qui sont nécessaires pour la charpente, elles ne sont pas de si grande importance, parce que, s'il s’y découvre quelques défauts, on peut y remédier facilement. Tels sont les moyens qu’on doit employer pour rendre solides et durables dans un édifice les parties qui par leur nature semblent ne pouvoir pas l'être. Mais le choix des matériaux nécessaires pour l’exécution de ce que j'ai prescrit ne dépend pas toujours de l'architecte, parce que, comme il a été dit précédemment , on ne trouve pas en tous lieux ce dont on a besoin; et 4 il dépend de la volonté du maitre qui fait bâtir d'employer la brique, le moellon ou la pierre de taille. On apprécie généralement les ouvrages sous trois rapports différents, selon que l’on t
crassitudo constituta fuerit substructionis, deinde contra hantur gradatim ita, uti summam habeant prominentiam 4 quanta operis est crassitudo. Præterea introrsus contra 4 terrenum uti dentes conjuncti muro serratim struantur, | uli singuli dentes ab muro tantum distent, quanta altitudo futura erit substructionis : crassitudines autem habeant 4 dentium structuræ uti muri. Item in extremis angulis cum L recessum fuerit ab interiore angulo spatio altitudinis sub- 4 structionis, in utramque partem signetur, et ab his signis diagonios structura collocetur ; et ab ea media altera conjuncta cum angulo muri. Ita dentes et diagoniæ structuræ 4 non patientur tola vi premere murum, sed dissipabunt retinendo impetum congestionis. Quemadmodum opera # sine vitiis oporteat conslitui, et uti caveatur incipientibus 4 exposui; namque de tegulis aut tignis aut asseribus im | mulandis non eadem est cura, quemadmodum de his; ! quod ea quamwis sint vitiosa, faciliter mutantur. Ita quæ 0 nec solida quidem putantur esse, quibus rationibus bhæc 4 poterunt esse firma , et quemadmodum instituantur expo= sui. Quibus autem copiarum generibus oporteat uti, non est | architecti potestas ; ideo quod non in omnibus locis omnia
genera copiarum nascuntur, utiin proximo volumine est expositum. Præterea in domini est potestate, utrum lateritio an cæmentitio an saxo quadralo velit ædificare. Itaque
considere le fini du travail, ou la magnificence ou la disposition de l’ensemble. Quand on voit un ouvrage où l’on a employé tout ce que peut fournir la richesse d’une personne puissante , on loue la dépense; si l’on remarque que le travail est fini et délicat, on estime l'artiste qui en est l’auteur; mais quand l'édifice se recommande par la beauté de ses proportions, c'est alors que l’on admire l'architecte. Il faut pourtant qu’il sache que, pour bien réussir, il ne doit pas négliger les avis que les moindres artisans , et ceux même qui ne sont point de sa profession, peuvent lui donner; car ce ne sont pas les architectes seuls, mais généralement tout le monde, qui doit juger ses ouvrages. Il y a néanmoins cette différence, que ceux qui ne sont point architectes ne peuvent juger de l’ouvrage qu'après qu'il est achevé; tandis que l'architecte connaît la beauté du bâtiment dont il a concu l’idée avant même que d'avoir commencé à l’exécuter.
Ayant donné les règles qu'il faut suivre dans la construction des édifices particuliers le plus clairement qu’il m'a été possible, il me reste à parler des ornements qui servent à les embellir, etdes moyens qu'il faut employer pour les conserver longtemps et les empêcher de se gâter. C'est ce queje vais faire dans le livre suivant.