CHAPITRE V (Ou vi
De la conduite des eaux, et des instruments pour niveler.
Il faut maintenant expliquer les moyens qu'on emploie pour conduire les eaux dans l’intérieur des villes et dans les habitations. [1 est essentiel d’en bien prendre le niveau ; ce qui se fait ou avec le dioptres (1), ou avec les balances dont on se sert ordinairement pour niveler les eaux, ou avec le chorobate (2), qui est plus sûr; car l’on peut se tromper avec le dioptres et avec les balances. Le chorobate est composé d’une règle longue environ de vingt pieds, à laquelle sont jointes, aux deux extrémités et à l’équerre, deux autres règlesen forme de coude, et deux autres tringles placées entre larègleetles extrémités des pièces coudées, sur lesquelles on marque des lignes perpendiculaires ; sur ces lignes, pendent des plombs attachés de chaque côté à la règle. L'usage du chorobate est que, lorsqu'il est placé, si les plombs touchent également les lignes qui sont marquées sur les tringles traversantes, ils indiquent que la machine est de niveau. Si l’on craint que le vent empêche les plombs de s'arrêter et de laisser voir s'ils tombent sur la ligne perpendiculairement, il faut creuser dans la partie supérieure de la règle un canal de la longueur de cinq pieds, large d’un doigt et creux d’un doigt et demi, et y verser de l'eau : si l'eau touche également le haut des bords du canal, on sera certain que le chorobate est de niveau ; et par ce moyen l’on pourra être assuré de la hauteur où se trouve l’eau , et quelle
(r) Instrument pour regarder. — (2) Qui parcourt les régions.
pida et perlucida , et, quocumque pervenerit aut perfluxerit [ si] muscus non nascetur neque juncus, neque inquinatus ab aliquo inquinamento is locus fuerit, sed param habuerit speciem, innuetur his signis esse tenuis et in summa salubritate.
caPuT y {vulgo vi).
De librationibus aquarum et instrumentis ad kune UsUM.
Nunc de perductionibus ad habitationes moœniaque, ut fieri oporteat, explicabo : cujus ratio est prima perlibratio. Libratur autem diopiris aut libris aquariis aut chorobate; sed diligentius efficitur per chorobatem, quod dioptræ libræque fallunt. Chorobates autem est regula longior circiter pedum viginti : ea habet ancones in capitibus extremis æquali modo perfectos inque regulæ capitibus ad normam coagmentatos, et inter regulam et ancones à cardinibus compacta transversaria; quæ habent lineas ad perpendiculum recte descriptas pendentiaque ex regula perpendicula in singulis partibus singula : quæ, cum regula est collocata, eaque tangent æque ac pariter lineas descriptionis, indicant libratam collocationem. Sin autem
ventus interpellaverit, et motionibus lineæ non potuerint
certam significationem facere, lune habeat in superiore parte canalem longum pedes quinque, latum digitum, alum sesquidigitum, eoque aqua infundatur ; et si æquali-
sera sa pente. Ceux qui auront lu les livres d’Ar. chimède diront peut-être que l’eau n’est point propre à niveler juste, parce que cet auteur estime que l’eau n’a point cette ligne droite qui est nécessaire pour bien niveler, d'autant qu’elle conserve toujours à sa superficie une rondeur qui fait une portion de eercle, dont le centre est celui de la terre. Mais que l’eau s’étende en ligne droite ou qu’elle soit courbée à sa superficie , il est toujours vrai que les deux bords du canal creusé dans la règle soutiennent l’eau également, et que si le canal penche d’un côté, l’eau qui sera. à l’autre bout , plus élevé que l’autre, ne touchera plus le hautdu bord du canal. Car quoique l'eau, quelque part qu'on la mette, s'élève toujours dans le milieu où elle fait une courbe, il est impossible que les deux extrémites ne soient parfaitement de niveau. La figure du chorobate se trouvera à la fin du livre. Si l’eau est très-élevée et qu’elle ait beaucoup de pente, elle sera plus aisée à conduire; et s’il arrive que le chemin par vüelle doit passer ait des vallées et des fondrières, il faudra y remédier au moyen de constructions particulières.