CHAPITRE XVI (OU XXII
Des moyens de défense des assiégés.
J'ai rapporté tout ce qui mérite d’être su touchant les scorpions, les catapultes, les balistes, les tortues et les tours; j'ai dit quels ont été les inventeurs de ces machines, et comment elles doivent être faites. Pour ce qui est des échelleset des guindages, je n’ai pas jugé qu’il fût néces-
octo, ita religali, quemadmodum navis a puppi ad proram continetur ; ejusque præcineluræ funes transversis erant ligali, habentes inter se palmipedalia spatia. Insuper coriis erudis totus aries erat involutns; ex quibus autem funibus pendebant , eorum capila fnerant ex ferro factæ quadruplices catenæ, et ipsæ coriis crudis erant involutæ. Item habuerat projectura ejus ex tabulis arcam compactam et confixam, in qua. . . . . rudentibus majoribus extentis , per quorum asperilates non labeutibus pedibus faciliter ad murum perveniebatur. Atque ea machina sex modis movebatur, progressu, item latere dextra ac sinistra, porrectione non minus in altitudinem extollebatur, et in imum inclinalione demiltebatur. Erigebatur autem machina in altitudinem ad disjiciendum murum circiler pedes C; ilem a latere dextra ac sinistra procurrendo perstringebat non minus pedes C; gubernabant eam homines C, habentem pondus talentum quatuor millium, quod fit
GCCCLXXX pondo.
CAPUT XVI (vulgo xxII.) De repugnatoriis rebus.
De sçorpionibus et catapultis et balistis etjamque Lestudinibus et turribus quæ maxime mihi videbantur idonea et a quibus essent inventa et auemadmodum fieri debe-
VITRUVE
saire d'en rien écrire, parce que tout cela est fort aisé, et se fait ordinairement par les soldats euxmêmes. D'ailleurs ces machines ne pourraient pas être employées en tout lieu, si elles étaient toutes faites de la même manière. La diversité qui se rencontre dans les fortifications et dans le courage des différents peuples, fait que l’on doit avoir d’autres machines pour attaquer ceux qui sont hardis et téméraires, d’autres pour ceux qui sont vigilants, et d’autres pour ceux qui sont timides. Mais je crois que si l’on suit les préceptes que j'ai donnés, et si l’on sait bien choisir ce qui estle plus convenable, suivant les circonstances, parmi les choses diverses dont j'ai traité, on ne manquera jamais de trouver les expédients auxquels on devra recourir, selon lanature des lieux, pour toutes les choses que l’on voudra entreprendre. Quant à ce qui appartient aux moyens que les assiégés peuvent avoir pour se défendre , cela pe se peut pas écrire, parce que les ennemis ne se conformeront peut-être pas à nos préceptes, quand ils entreprendront quelques travaux pour un siége; et il est arrivé assez souvent que les machines des ennemis ont été renversées sans machines, par des moyens quela présence d’esprit des ingénieurs atrouvéssur-le-champ,ainsiqu'ilarriva autrefois aux Rhodiens. Il y avait à Rhodes un architecte nommé Diognète, à qui la république faisait tous les ans une pension fort honorable à cause de son mérite : un autre architecte nommé Callias, étant venu d’Aradum à Rhodes, et ayant demandé au peuple à être entendu, proposa un modèle de rempart, sur lequel il avait posé une machine qui était à guindage, que l’on tourne si aisément; et il prit à l’aide de cette machine et
rent, explicui. Scalarnm autem et carchesiorum et eorum, quorum rationes sunt imbecilliores, non necesse habui scribere : hæc etiam milites per se solent facere ; neque ea ipsa omnibus locis neque eisdem rationibus possunt utilia esse; quod differentes sunt munitiones munitionibus nationumque fortitudines. Namque alia ratione ad audaces et temerarios, alia ad dihgentes , aliter ad timidos machinationes debent comparari. Itaque his præscriplionibus si quis altendere voluerit , ex varietate eorum eligendo et in unam comparationem conferendo non indigebit auxiliis, sed quascunque res aut rationibus aut locis opus fuerit, sine dubitatione poterit explicare. De repugnatoriis vero non est scriplis explicandum : non enim ad nostra scripta hostes comparant res oppugnatorias, sed machinationes eorum ex tempore solerti consiliorum celeritate sine machinis sæpius evertuntur, Quod etiam Rhodiensibus memoratur usu venisse. Diognelus enim fuerat Rhodius architectus ; et ei de publico quotannis cerla merces pro artis dignitate tribuebalur ad honorem. Eo tempore quidam architeclus ab Arado nomine Callias Rhodum cum venisset, acroasin fecit, exemplarque protulit muri, et supra id machinam in carchesio versatili constituit, qua helepo- Jim ad mœnija accedentem corripuit et transtulit intra murum. Hoc exemplar Rhodii cum vidissent, admirati ademerunt Diogneto quod fuerat ei quotännis constitulum, et
DE L'ARCHÎTECTURE, LIV. X.
enleva une ké/épole (1) qu’il avait fait approcher de la muraille, et qu'il transporta au dedans du rempart. Les Rhodiens voyant avec admiration l'effet de ce modele, ôtèrent à Diognète la pension qu'ils lui avaient accordée, et la donnèrent à Callias. Quelque temps après, le roi Démétrius, qui futappeié Poliorcètes (2), à cause de l’opiniätretéaveclaquelleils’attachait aâtoutcequ'ilentreprenait , déclara la guerre aux Rhodiens. Ce roi avait dans son armée un excellent architecte athénien, nommé Épimachus, qu'il chargea de la construction d’unehélépolequiexigeaune dépense et un travail tout à fait extraordinaires ; car elle avait cent vingt-cinq pieds de haut et soixante de large; elle était couverte de tissus de poil et de cuirs nouvellement écorchés, de manière qu’elle était à l'épreuve d’une baliste qui eût jeté une pierre de trois cent soixante livres, et la machine en pesait trois cent soixante mille. Les Rhodiens ayaut demandé à Callias de mettre Ja machine en œuvre, d'enlever l'hélépole et de | la transporter au delà du rempart, commeil avait promis de le faire, il leur déclara qu'il ne le pouyait pas, d'autant que toutes choses ne se font pas d’une même manière, et qu’il y a des machines qui réussissent aussi bien en grand qu’elles ont fait en petit; d'autres qui sont de nature à ne pouvoir être représentées par des modeles, mais qui se comprennent mieux d’elles-mêmes : et d’autres qui produisent un fort bel effet en modèle, mais qui ne réussissent pas quand or les veut exécuter en grand. Il est aisé d’être convaineu de cette vérité, si l’on considère qu’on fait assez aisément avec une tarière un trou de la grandeur d’un demi-doigt, d’un doigt et d’un doigt et demi; mais qu’il n’en est pas de même
(1) Qui ruine des villes, — (2) Ruineur de villes.
eum honorem ad Cailiam transtulerunt. Interea rex Demetrius, qui propter animi perlinaciam Poliorcetes est appellatus, contra Rhodum bellum comparando Epimachum Atheniensem nobilem architectum secum adduxit. Is autem comparavit helepolim sumptibus immanibus, industria laboreque sammo; eujus altitudo fuerat pedum CXXY latitudo pedum LX : ita eam ciliciis et coriis erudis confirmavit , ut posset pati plagam lapidis balista immissi pondo CCCEX , ipsa autem machina fuerat millia pondo CCCELX. Cum autem Callias rogaretur a Rhodiis, ut contra eam helepolim machinam pararet, et illam, uti pollicitus erat, transferret intra murum , negavit posse. Non enim ompia eisdem rationibus agi possunt, sed sunt aliqua, quæ exemplaribus non magnis similiter magna facta habent effectus; alia autem exemplaria non possunt habere, sed per se constiluuntur : nonnulla vero sunt, quæ in exemplaribus videntur veri similia, cum autem crescere cœ- ‘perunt , dilabuntur : ut eliam possumus hinc animadvertere. Terebratur terebra foramen semidigitale, digitale, sesquidigitale ; si eadem ratione voluerimus palmare facere, non habet explicationem; semipedale autem [| majus ] ne cogilandum quidem videtur omnino. Sic item nonnalla VITRUYE.
si l’on en veut faire un d'un palme, et qu'enfin en percer un d’un demi-pied ou davantage, cela ne se peut pas même imaginer; qu’ainsi, quoique ce quiaété faiten petitsemble pouvoir être exécuté dans des proportions moyeunes, il n’y a pourtant aucune apparence que la même chose puisse réussir en grand. Les Rhodiens, s’apercevant que, faute d'avoir pensé à ces raisons, ils avaient mal à propos offensé Diognète, et voyant cependant l'ennemi s’opiniâtrer à la prise de la place par le moyen de cette machine, craignirent d’être réduits en captivité, et de voir bientôt ruiner leur ville. La peur les contraignit done à venir prier Diognète de secourir sa patrie : il s’yrefusa d'abord; maislorsqu'il vit que les prêtres, les enfants des plus nobles de la ville, etles jeunesfilles nees libres, lui faisaient la même prière, il leur promit de faire ce qu’ils demandaient, à condition que la machine serait à lui s’il la pouvait prendre. Cela lui ayant été accordé, il fit percer le mur de la ville en face de l'endroit où s’avancait la machine, et il ordonna que chacun apportät en cet endroit ce qu’il pourrait d’eau, de fumier et de boue, pour faire couler ces choses par des canaux au travers de cette ouverture, et les répandre au devant du mur. Cela ayant été exécuté pendant la nuit, il arriva que le lendemain lorsqu'on voulut faire avancer l’hélépole , avant qu’elle fût approchée dela muraille, elle s'enfonca dans la terre qui avait été abreuvée, en sorte qu'il fut impossible de la faire avancer ni reculer ; et Démétrius, se voyant frustré de son espérance par la sagesse de Diognète, leva le siége et remonta sur ses vaisseaux. Alors les Rhodiens, délivrés par Pindustrie de Diognète, s’assemblèrent pour le remercier, et luiaccordèrent tous les priviléges et tous les honneurs qui pouvaient témoigner leur
quemadmodum in minimis fieri videntur exemplaribus , non eodem modo in majoribus fiunt. Rhodü eadem rations decepti injuriam cum contumelia Diogneto fecerunt. Itaque posteaquam viderunt hostem pertinaciter infestum et machinationem ad capiendam urbem comparatam, periculam servitutis metuentes, et nil nisi civitalis vastitatem expectandam, procubuerunt Diognetum rogantes, ut auxiliaretur patriæ. 1s primo negavit se facturum ; posteaquam ingenuæ virgines et ephebi cum sacerdotibus venerunt ad deprecandum, tune est pollicitus his legibus, ut, si eam machinam cepisset, sua esset. His ita conslitutis, qua machina accessura erat, ea regione murum pertudit, et jussitomnes publice et privalim quod quisque habuisset aquæ, stercoris , luli per eam fenestram per canales progredientes effundere ante murum. Cum ibi magna vis aquæ, luti, stercoris nocte profusa fuisset, postero die helepolis accedens antequam appropinquaret ad murum, in humido voragine facla consedit, nec progredi nec regredi postea potuit. Itaque Demetrius cum vidisset sapientia Diogneti se deceptum esse, cum classe sua discessit. Tune Rhodii Diogneti solertia liberati bello publice gratias egérunt, honoribusque omnibus eum et ornamentis exornaverunt ;
reconnaissance. Diognètefitentrerl'hélépole dans la ville, et la mit dans la place publique , avec cette inscription : DIOGNÈTE A FAIT CE PRÉSENT AU PEUPLE, DE LA DÉPOUILLE DES ENNEMIS.
On voit par cet exemple que pour la défense des places l'esprit et l’industrie peuvent autant que les machines. Unmêmeexpédient sauva les habitants de Chio, lorsqu'on les vint assiéger avec des machines appelées sambuques, et posées sur des vaisseaux; les assiégés ayant jeté pendant la nuit quantité deterre, de sable et de pierres dans Ja mer qui battait leurs murailles, il arriva, lorsque les ennemis pensèrent approcher le lendemain, que leurs navires échouèrent sur ces bancs, et s’y engravèrent tellement qu’il leur fut impossible d’aller plus avant ni de se retirer ; en sorte que les assiégés ayant attaché des brülots à ces machines, ils les consumèrent et les réduisirent en cendre. La ville d’Apollonie étant aussi assiégée, et lesennemis ayant creusé une mine pour entrer dans la ville sans qu'on s’en apercüt, les assiégés , avertis de ce dessein, furent fort épouvantés, ne sachant ni en quel temps ni par quel endroit les ennemis devaient pénétrer ainsi dans leur ville. Cette incertitude leur faisait perdre courage, lorsque Tryphon, architecte d’Alexandrie, qui était avec eux, s’avisadefaire plusieurs contre-mines qui passaient par-dessous lesremparts environ à la longueur d’un traitd’are, et de pendre des vases d’airain dans tous ces conduits souterrains. Ilarriva que, dansle conduit quiétait le plus proche de celui où lesennemis travaillaient, les vases frémissaient à chaque coup de pic que l’on donnait, et l’on sut ainsi quel était l’endroit vers lequel les pionnierss’avancaient pour percer
Diognetus autem eam helepolim reduxit in urbem et in publico collocavit et inscripsit : Diognelus e manubiis id populo dedit munus. Ka in repugnatoriis rebus non tantum machinæ, sed etiam maxime consilia sunt comparanda. Non minus Chio, eum supra naves sambucarum machinas hostes comparavissent, noctu Chii terram , arenam, lapides projecerunt in mare ante murum. Ita illi postero die cum accedere voluissent, naves supra aggerationem, quæ fuerat sub aqua, sederunt, nec ad murum accedere nec retrorsus se recipere potuerunt , sed ibi malleolis confixæ incendio sunt conflagratæ. Apollonia quoque eum cireumsideretur, et specus hostes fodiendo cogitarent sine suspicione intra mœpia penetrare, id autem a specuatoribus esset Apolloniatibus renunciatum, perturbati nuntio, propter timorem consiliis indigentes, animis deficiebant, quod neque tempus neque certum locum scire poterant, quo emersum facturi fuissent hostes. Tum vero Trypho Alexandrious, qui ibi fuerat archilectus, intra murum plures specus designavit, et fodiendo terram progrediebalur extra murum duntaxat extra sagiltæ emissionem, et in omnibus vasa ænea suspendit. Ex his ia una fossura, quæ contra hostium specus fuerat, vasa pendentia ad plagas ferramentorum sonare cœperunt : ita ex eo intellectum est, qua regione adversarii specus agentes intra
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jusqu'au dedans de la ville. Dès qu'on le sut précisément, Tryphon fit apprêter de grandes chaudières pleines d’eau bouillante et de poix, avec du sable rougi au feu, au-dessus de l'endroit où les ennemis faisaient leur travail; et ayant fait Ja nuit plusieurs ouvertures dans leur mine, il y fit jeter tout d'un coup toutes ces choses, dont ceux qui travaillaient furent tués. Au siége de Marseille, les habitants étant avertis qu’il y avait plus de trente conduits fouillés par les ennemis, résolurent de creuser tout autour dela place; etils firent leur fossé si profond, que toutes les mines des ennemis furent ouvertes. En face des endroits où ils ne purent creuser, ils firent un grand fossé en manière de vivier, et l’emplirent deseaux qu'ils tirèrent des puits etdu port; ensorte que cette eau venant à entrer tout à coup dans les mines, en abattit les étais et étouffa tous ceux qui s’y rencontrèrent, tant par la quantité de l’eau que par la chutedes terres. Les assiégeants ayant aussi élevé comme un autre rempart en face de la muraille, avec plusieurs arbres coupés etentassés les unssur lesautres , les Marseillais brûlèrent tout ce travail en y jetant, avec des balistes, plusieurs barres de fer rougies. Lorsque la tortue s’approcha pour battre la muraille, ils descendirent une corde armée d’un nœud coulant, dans lequel ils prirent le bélier, et luileverent la tête si haut, à l’aide d’une roue appliquée à un engin, qu'ils l’empêchèrent de frapper la muraille; et enfin à coups de brülots et de balistes ils ruinèrent toute la machine. C’est ainsi que ces villes se défendirent victorieusement, bien moins avec des machines que par l'adresse des architectes, qui rendirent les machines inutiles.
penetrare cogitabant. Sic limitatione cognita, temperavit ahena aquæ ferventis et picis desuperne contra capita hostium, et stercoris humani et arenæ coctæ candentis, dein noctu pertudit crebra foramina , et per ea repente perfundendo, qui in eo opere fuerunt hostes, omnes necavit. Item Massilia cum oppugparetur, et numero supra XXX specus tum agerent, Massilitani suspicati totam quæ fuerat ante murum fossam altiore fossura depresserunt ; ita specus omnes exitus in fossam habuerunt : quibus autem locis fossa non potuerat fieri infra murum , barathrum am: plissima longitudine et amplitudine uti piscinam fecerunt contra eum locum, qua specus agebantur, eamque e puteis ete portu impleverunt. Itaque cum specus essent repente naribus apertis, vehemens aquæ vis immissa supplantavit fulturas, quique intra fuerunt et ab aquæ multitudine et ab ruina specus omnes sunt oppressi. Etiam cum agger ad murum contra eos compararetur, et arboribus excisis e0: que collocatis locus operibus exaggeraretur, balistis vectes ferreos candentes in id mittendo , totam munitionem coe= gerunt conflagrare. Testudo autemarietaria cum ad murum pulsandum accessisset, demiserunt laqueum, et eo arieteh constricto, per tympanum ergata circumagentes suspens0 capile ejus , non sunt passi tangi murum. Denique totam machinam candentibus malleolis et balistarum plagis dis: W
Voilà ce que j'avais à dire, dans ce livre, de | tiennent plus particulièrement à mon sujet; de toutes les machines qui peuvent être nécessaires | sorte que j'ai compris en dix livres tout ce qui pendant la paix et pendant la guerre. J’ai parlé | compose le corps entier de l'architecture. dans les neuf autres livres des choses qui appar-
sipaverunt. Ita hæ victoria civitates non machinis sed | lique temporibus utilissimas putavi, in hoc volumine per-
contra machinarum rationem architectorum solertia sunt | feci. la prioribus vero novem de singulis generibus et
liberatæ. partibus comparavi, uti totum corpus omnia architecturæ Quas potui de machinis expedire rationes ef pacis bel- | membra in decem voluminibus haberet explicata.
NOTES SUR
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