cinquième partie est une grandeur bien excessive; car ces
colonnes ne doivent excéder les autres que de la hauteur de l’architrave, qui, dans uue colonne dorique de quinze modules, telle qu'est celle-ci, n’est que la quinzième partie de la colonne, parce qu’il n’est haut que d’un module ; de sorte qu'il y a apparence qu’il faut, au lieu d’une cinquième, lire une quinzième, et croire que du nombre quinze le caractère X était effacé dans la copie, et qu'il n'était resté que le V.
Et moduli sexlæ partis. H faudrait corriger le texte, qui a sixième pour troisième, J’ai dit les raisons de cette correction sur le troisième chapitre du quatrième livre, où il se rencontre une semblable faute, qui est que les anciens faisaient le caractère V avec deux traits qui ne se joignaient pas en bas en cette manière 1, ainsi qu'il se voit dans des médailles, et qu'il est aisé de croire qu’un copiste a pris les deux premiers points de VI pour un Y.
Adjectio, queæ fil per scanullos impares. La manière des piédestaux dont Vitruve parle à élé expliquée assez au long au troisième chapitre du troisième livre.
Aer. perlimat speciem. Philander croit que Vitruve@ dit perlimat speciem pour perlimat aciem; mais je n’at pu être de son opinion, parce qu’il est évident que Vitruye veut donner deux raisons de l’utilité que ces promenoirs apportent à la vue, dont l'une est prise de la bonne dispo: sition qu'ils introduisent dans l’organe par l’exercice de la promenade , et l’autre de la bonne disposition qu’ils don: nent par le moyen de la verdure aux espèces qui frappent l'organe. Or, ces deux raisons seraient réduites à une, si ou lisait perlimat aciem , au lieu de perlimat speciem;
Vilruve fait voir, ce me semble, assez clairement , par la couclusion de son raisonnement, qu’il a eu intention de distinguer ces deux raisons; car il dit, aciem tenuem el acutam speciem relinquit, c’est-à-dire que la promenade rend aciem. tenuem, et le promenoir aculam speciem.
Nullus surgit kumor nebulosus. Cette hypothèse est contraire à celle que presque tous les philosophes admettent, comme étant absolument nécessaire pour trouver la raison des sources des fontaines. Et l’expérience fait voir que lorsque les vents secs règnent, les eaux qui ne sont touchées ni du soleil, ni du vent, ne laissent pas de s’évaporer. Vitruve même suppose cette évaporation en d’autres endroits de cet ouvrage, comme au premier chapitre du huitième livre, où il dit que, pour connaitre s’il y a de l’eau sous terre, il faut enfermer dans une fosse bien couverte quelque vase renversé, afin que la vapeur de l’eau qui s'élève du fond de la terre s’y attache.
Ch. X. Caldaria. Caldarium et laconicum signifient quelquefois la même chose, savoir, ce qu'on appelle étuve en français. C'était un lieu où l’on échauffait seulement l'air pour faire suer. Cicéron et Celse l’appellent assewm, pour le distinguer du bain chaud , qu’ils nommaient calidam lavationem, et qui était ce que Vitruve appelle ici caldarium.
Vasaria. C’était une des chambres des bains où l’on serrait les différents vaisseaux qui servaient à puiser l'eau , et à la jeter sur ceux qui se baignaient. Ces vaisseaux étaient cacabi, des chaudrons ; {rullæ , des poëlons; wrceoli, des aiguières. Il y avait encore dans cette chambre ces grands vases d’airain dont il est parlé ensuite, et qui contenaient l’eau chaude , la tiède et la froide, qui était conduite dans les bains par différents tuyaux.
Hypocausis communis. Hypocaustum signifie ordipairement un poële fait pour échauffer Pair d’une chambre, laquélle était appelée Zaconicum dans les bains ; mais ici c’est un fourneau qui échauffe l'eau pour les bains.
Testudinesque alveolorum. Alveus signifie proprement dans les bains la cuve où l’on se baigne; mais on peut douter s'il ne se doit point entendre ici des vaisseaux d’airain où les eaux chaude, tiède et froide élaient contenues; et si cela était ainsi, la figure de Barbaro serait meilleure que celle de Cisaranus, parce que le texte dit que la voûte qui est sous ces vaisseaux pour les échauffer leur est commune ; ce qui ne serait pas aux vases de Cisaranus, dont il n’y à que celui de leau chaude qui soit sur le feu. Mercurial, dans sa Gymnastique, croit que ce fourneau souterrain était commun, et donnait de la chaleur tant aux vases d’airain qu'à l’étuve et aux bains chauds; ce qui se voit aussi dans le chapitre suivant, par la situation des différentes parties dont les bains étaient composés.
Uti pila cum mittatur. Mercurial apporte une autre raison de cette peute que le pavé du fourneau devait avoir, et un autre usage de ces balles, qui était que ceux qui avaient soin d'entretenir le feu dans ce fourneau le faisaient en jetant une balle frottée de poix, el faisaient rouler cette balle sur le plancher, qui devait ainsi être en pente, afin que la balle pût revenir. Néanmoins Palladius dit que cetle pente de l’âtre du fourneau des bains était faile pour aider la chaleur à monter, alin d’échauffer plus puissamment.
Opere albario sive teclorio poliatur. I paraît par cet endroit qu'a/barium opus n'est point un simple blanchîiment de lait de chaux, comme tous les interprètes le croient, mais que c’est une espèce d’enduit, opere albario sive tectorio J'interprète a{barium opus, le stuc, parce que de tous les enduits il est le plus blanc, à cause du marbre dont il est fait. Je traduis aussi sive lectorio, c'est-à-dire sive alio quovis lectorio, de quelque autre
enduit plus délié que le cimeal : parce qu'après avoir dit qu'il faut mettre le stuc, qui est un enduit délié, sur le dégrossissement du ciment, il faut entendre que si, au lieu de stue, on y met une autre espèce d’enduit, ce doit être un enduit fin et délié.
Scholam labii. J'ai interprété par le mot reposoir le mot grec schola, qui signilie un lieu où l’on demeure sans agir et sans travailler du corps. C'était un endroit dans les bains où ceux qui voulaient se baigner attendaient qu’il y eût place dans l’eau. Quelques-uns estiment que c'était un portique. Barbaro croit que Vitruve a ainsi appelé le rebord du bassin dans lequel l'eau était contenue.
Æt alvei. Philander et Barbaro veulent qu’alveus, que j'interprète corridor, soit ici la même chose que labrum, qui est le bassin où l’on se baigne ; ce que je ne puis croire, à cause de la pelitesse de ce bain, qui, selon la supputation de Barbaro, n'aurait que quatre pieds : car cette grandeur ne peut être suflisante pour un bain public tel qu'est celui dont il s’agit, qui devait être fort spacieux, puisqu'il est dit qu’il devait être proportionné au nombre du peuple ; ce qui ne peut être entendu d'une baignoire de quatre pieds de long, qui n’est que pour une seule personne ; et d’ailleurs on sait qu'il y avait des bains si grands que l’on y pouvait nager, et qui pour cette raison étaient appelés colymbethreæ. Mais ce qui est dit d’a/veus, savoir, qu'il est entre le mur et la balustrade, inter parietem et pluteum, fait entendre assez clairement qu'alveus ne peut être le bain. Toute la difficulté est sur l’équivoque d’alveus, qui, à la vérité, est synonyme avec labrum, et ne peut signifier un corridor que métaphoriquement ; mais cette signification est familière à Vitruve, ainsi qu’il aété expliqué à l'endroit où il appelle a{veolatum slybolatam un piédestal continu, dont la corniche et la base font des saillies qui laissent une partie enfoncée dans le milieu, et semblable à un canal. J'ai crn que, dans l'obscurité et dans la confusion de cet endroit, je pouvais donner cette interprétation au texte de Vitruve, principalement la chose étant aussi claire qu’elle l’est.
Laconicum. Les anciens appelaient ainsi les étuves sèches, parce que les Lacédémoniens en ont été les inventeurs, et qu'ils s’en servaient ordinairement. Mercurial reprend ceux qui confondaient le Zaconicum, qui était le lieu où l’on suait, avec l’Aypocaustum, qui était le fournéau qui échauffait le £aconicum.
Ch. XI. Palæstrarum ædificationes. La palestre parmi les Grecs était un édifice public pour toutes sortes d'exercices tant de l'esprit que du corps, comme étant composé d’un collége et d’une académie, dans la signification que ces noms ont en français. Néanmoins la plupart des auleurs ne prennent la palestre que comme une académie pour les exercices du corps, suivant l’étymologie du nom, que lon fait venir de nalé, qui en grec signifie la lutte.
Peristylia quadrata, sive oblonga. J'ai corrigé cet endroit, suivant l’avis de Mereurial. 11 y à deux lignes qui sont transposées dans Lous les exemplaires latins, où après monstrare il y a constituuntur autem, qui ne doit être qu'après pervenire; car cette transposition ôtait tout le sens, en faisant que Vitruve parlait de trois portiques avant que d’avoir dit qu’il y en a quatre, dont ces trois font une partie. IL faut donc lire: Nunce mihi videtur (tametsinonsint Ttalicæ consuetudinis) palæstrarum ædificationes tradere tamen explicate, et quemadmodum apud Græcos constituantur monslrare. In palæstris peristylia quadrata Sive oblonga ita sunt facienda , uli duorum stadiorum habeant ambulationis circuilionem, quod Græci vocant diavhov; ex quibus tres porticus simplices disponantur, quarlaque, quæ ad meridianas regiones est conversa, duplex ; uti cum tempestates ventosæ sunt, non possit aspergo in interiorexe
partem pervenire. Constiluantur autem in tribus porticibus exedræ spatiosæ, habentes Sedes, in quibus plilosophi , rhelores, reliquique qui studiis delectantur sedentes disputare possint . In duplici autemporticu, etc.
Aixv)ov. C’élait une espèce de course qui se faisait de Ja longueur d’un stade, au bout duquel lon retournait le long du même stade. La course qui se faisait des deux stades toute droite et sans retourner était appelée dolichum. Aulos, en grec, signifie une flûte, qui représente la figure de cette sorte de course, qui élait longue et étroite.
Jli cum tempestates ventosæ sunt, non possit aspergo in interiorem partem pervenire. Palladio ajoute une autre raison de la profondeur de ce double portique, qui est l'utilité qu’elle apporte en été; car, de même que cette profondeur défend de la pluie en hiver, elle empêchait aussi que le soleil n’y donnât l’élé.
Exedræ spatiosæ. Le mot exedræ, qui est grec, est différemment interprété par les auteurs. Alexander ab Alex. croit que c’élait une galerie ouverte en manière de loges. Aceurse le prend pour une fenêtre. 1] signifie néanmoins, à Ja lettre, un lieu où plusieurs personnes sont assises; mais je crois qu'il est de l'essence que les siéges soient arrêtés et attachés au lieu, de même qu'ils sont au chœur de nos églises, au contraire des siéges qu’on apporte pour s'asseoir à l’endroit où l’on entend le sermon : autrement tout lieu spacieux deviendrait exedra, quand on y aurait apporté des siéges. Philander semble avoir été de cette opinion, quand il a dit que l'exedra des Grecs était un lieu pareil à celui qu'on appelle le chapitre dans les cloîtres des religieux. Vitruve néanmoins parle des exedræ au neuvième chapitre du septième livre, comme de lieux fort ouverts, et exposés aux rayons du soleil ou de la lune; ce qui semblerait appuyer l'opinion d’Alexander ab Alexandro.
Ephebeum in medio. Hébé signifie en grec la puberté, qui arrive à quatorze ans, qui était le temps où les garçons commençaient les exercices du corps; tous les interprètes disent que l’ephebeum était pour ces exercices. Palladio croit que c’étaient les petites écoles des garçons, et quele coryceuwm était celle des petites filles. Il y a apparence que cela devait être ainsi à l'égard de l’ephebeum, parce que Vitruve dit que ce lieu était rempli de siéges, qui l’auraient rendu mal propre aux exercices de la lutte et de la course; outre qu'il est parlé ensuite d’autres lieux affectés à ces exercices.
Sub dextro coryceum. Les grammairiens ne s'accordent point sur la signification du mot de coryceum en cet endroit. La plupart des interprètes croient qu'il vient du mot grec coré, qui signifie une jeune fille, et que le coryceum était un lieu où les filles s’exerçaient à la lutte et à la course, de même que les garçons s’exerçaient dans l’ephebeum. Palladio estime, ainsi qu'il a été dit, que c’était la petite école des filles, de même que l'ephebeum était celle des garçons. D’autres prennent son étymologie du mot grec coura, qui signifie les cheveux, comme si ce lieu était destiné pour faire le poil. Mercurial, sans se mettre en peine d’élymologie, veut que ce soit le lieu où l'on serrait les habits de ceux qui s’exerçaient ou qui se baignaient, et n’apporte point d’autre raison, sinon que ce lieu était absolument nécessaire dans les palestres. Mais j'ai mieux aimé suivre l'opinion de Baldus, qui dérive coryceum du mot grec corycos, qui signifie une balle, un étui ou un ballon; et cette explication me semble d'autant plus raisonnable que la disposition du lieu se rencontre telle qu'il est nécessaire pour cette pièce, parce qu’elle demande un endroit spacieux, principalement en long; et celui qui est depuis l’ephebeum jusqu’au coin du péristyle, qui est plus grand que l’ephebeum , n'aurait été proportionné ni à l'espace qui est nécessaire pour une école de fllles, ni à celui qu’un lieu à faire le poil ou à serrer les
NOTES SUR VITRUVE, LiV. V.
habits peut requérir. C’est pourquoi j'ai interprété coryceum, un jeu de paume, qui est une pièce, dans une palestre, aussi nécessaire et aussi essentielle qu’une garderobe; joint que le lieu appelé frigidarium était destiné à cela : c'est pourquoi il était appelé apodyterium , c’està-dire lieu où l’on se déshabille, qui est une chose dont Mercurial demeure d'accord.
Deinde proxime conislerium. Conis en grec signifie de la poussière : on en gardait en ce Jieu pour les lulteurs, qui s’en poudraient lun l’autre, pour avoir plus de prise sur leurs corps, qui étaient huilés et glissants.
Elæothesiwm. C'était un lieu où l’on serrait une mixtion d'huile et de cire pour oindre ceux qui s'exerçaient. Cette mixtion était aussi appelée ceroma, et elle ne servait pas seulement à rendre les membres glissants et moins capables de donner prise, mais elle les rendait plus souples et plus propres aux exercices.
Propnigeum. Mercurial interprète le mot grec propnigeum, prœfurnium, comme étant dérivé de prigeus, qui signifie un four ou une cheminée. Philander, qui le dérive de pit, qui signifie étonffement et suffocation, croil que c'élait un lieu plein d’une vapeur chaude propre à faire suer. Mais le Zaconicum et le lieu appelé concamerala sudatio élaient faits pour cela; de-sorte qu’il y a plus d'apparence que le propnigeum était une salle où étaient les cheminées par lesquelles on mettait le feu qui passait sous les lieux appelés calida lavatio, laconicum et concamerala sudalio, et que c'était aussi dans ce lieu que le bois élait serré.
Stadiatæ. Le stade était un espace de cent vingt-cinq pas, qui faisaient environ quatre-vingt-dix de nos toises. Ce mot est dérivé du verbe s{o, qui signifie s'arrêter, parce que l’on dit qu'Hercule courait tout d’une haleine cet espace, au bout duquel il s’arrêtait. En cet endroit le stade signilie un lieu courbé en demi-rond par les deux bonts, et entouré de degrés pour placer ceux qui regardaient faire les exercices de la course.
Altercæ simplices. faudrait dire les deux autres; car cela se doit rapporter aux deux portiques extérieurs, qui sont à droiteet à gauche de celui du milieu, qui est double. La même chose doit aussi être entendue lorsqu’ensuite il est dit qu'il faut faire des promenoirs découverts le long du xyste couvert et du double portique; car le xyste couvert au singulier est mis pour les xystes couverts : il y a tant d'exemples dans toutes les langues de ces sin- * guliers mis au lieu du pluriel! Comme quand on dit qu’un homme a l'œil trouble ou le pied sûr, on n'entend point que cela soit dit d’un seul œil ou d’un seul pied. Vitruve est obscur en beaucoup d’endroits, où il use de cette figure assez mal à propos.
Ævorôc. Ce mot grec vient de æyein, qui signifie polir et racler ou étriller , à cause que ceux qui s’exerçaient en ce lieu-là se rendaient le corps poli et glissant, en le raclant avec des étrilles et le frottant avec de l'huile.
Ch. XII. Ufisit nullum flumen in his locis impedierit. Le sens est, à mon avis, que les rivières empêchent que le port w’ait ce qui est nécessaire à ce qu’on appelle s/a/io, qui est le lieu commode à tenir les vaisseaux ; parce que les rivières charrient ordinairement du sable et des immondices qui emplissent les ports, et l’eau douce rend par son mélange celle de la mer beaucoup plus légère; en sorte qu’elle ne soutient pas les vaisseaux qui sont chargés. Joint aussi que ce mélange gâte le bois des navires, et Alberti dit même qu'il rend l'air dangereux et pestilentiel; mais la vérité est que les rivières n’incommodent pas tant les ports de l'Océan que ceux de la Méditerranée, dont Vitruve entend seulement parler; car Pagitation du flux et du reflux de la mer empêche que la vase et les inmondices des rivières ne comblent les ports de l'Océan, et le reflux qui fait monter la mer bien haut dans les ports donne
NOTES SUR VITRUVE, LiV. V.
lieu à l'art de se servir avantageusement de ce secours de lanature, en retenant l’eau qui est montée pendant lereflux dans les écluses et dans les barres que l'on ouvre quand Ja mer est descendue, et qui par sa chute impétueuse achève de pousser hors du port ce que le reflux a commencé à ébranler.
Sederit ex una parte statio. J'explique par une circonlocution le mot de s{utio, qui signifie en général tout ce qui rend un lieu commode pour y retirer et faire demeurer les vaisseaux; ce qui consiste en deux choses principalement : l’une est qu’il y ait assez de fond pour porter les vaisseaux ; l’autre, que ce lieu soit à couvert des vents. Or, il est évident qu’il ne s’agit ici que du premier, parce que le môle qui doit être bâti mettra les vaisseaux à couvert des vents; et ainsi j'ai cru pouvoir mettre l’espèce dont il est question pour le genre que ce mot s{atio signifie, qui aurait été trop indéfini.
Tunc ex altera parte. G’està-dire dans le côté qui est moins profond, parce qu’il est propre pour bâtir, et qu'il n’est pas propre pour contenir les vaisseaux.
Pulvis. Cette poudre est la pouzzolane, dont il a été parlé au sixième chapitre du deuxième livre.
Uli in mortario duo ad unum respondeant. Le texte dit seulement en proportion de deux à un. Mais parce qu’il est constant que la quantité de deux s’entend de la poudre, et que celle d’un s’entend de la chaux, j'ai cru que je pouvais insérer cette explication dans le texte.
Arcæ… demittendæ. On appelle une pièce de bois rainée, quand elle est creusée par une raie ou canal propre à recevoir le tenon d’une autre pièce de bois, comme les menuisiers font quand ils assemblent les ais des cloisons et des planchers. J'ai cru que Vilruve a entendu un poteau ainsi rainé par arcam. Philander et Barbaro sont de la même opinion ; car l’un dit que arcæ, en cet endroit, sunt Ligna excavata et sulcata a summo ad imum : Vautre dit que ce ne sontrien autre chose que #rabes ab uno capite ad aliud excavalæ sulcis aut canaliculis tam latis, uti in eos tabularum capita immitti possint; et Ja vérité est que Vitruve a accoutumé d'étendre si loin la signification du mot arca, qu'il appelle au troisième chapitre de ce livre arcas les entre-deux des solives, à cause de la cavité qui y est, et qui ne ressemble pas mal à celle d’une rainure.
J. Martin a expliqué arcas des coffres, et il les emplit de mortier de pouzzolane pour les jeter dans la mer : cette manière se pratique en quelques endroits, où de grandes caisses faites de poutres et d’ais sont emplies de maçonnerie, qui, par sa pesanteur, fait enfoncer les caisses insensiblement dans l’eau, à mesure que la maçonnerie les charge, jusqu’à ce qu’elles soient au fond. Mais le texte de Vitruve ne s'accorde point avec cette structure, et il y a apparence que area ne signifie point ici un coffre ni une caisse, parce qu’il est dit qu'après que les choses qui sont appelées arcæ ont été plantées dans la mer, on garnit d’ais les entre-deux, et qu’ensuite tout l’espace qui est destiné pour la maçonnerie est empli de mortier et de pierres, c’est-à-dire que cet assemblage de poteaux rainés et d’ais que l’on a fait couler dans les rainures forme des cloisons qui font les trois côtés d’un carré, dont le bord de la mer fait le quatrième; et que l’on jette dans l’eau enfermée dans ce carré le mortier avec les pierres , qui par leur pesanteur font sortir toute l’eau , et, par la vertu particulière que la pouzzolane a de sécher et de s’endureir dans l’eau, font comme une masse fusible et jetée en moule.
C’est pourquoi je ne puis approuver la seule chose en laquelle les interprètes de Vitruve s'accordent tous, savoir, que ces coffres ou cloisons étant faites, on vidait l'eau pour y bâtir le môle à sec; car Vitruve ne dit point cela, celte manière étant une autre structure qu'il décrit ensuite
pour s’en servir quand on manque de pouzzolane; et ici #l semble que lon doive entendre qu'ayant fait les cloisons à la manière que Philander les décrit, savoir, suivant la forme que le môle devait avoir, on emplissait l'espace que ces cloisons enfermaient avec du mortier de pouzzolane et des pierres que l’on jetait dans l’eau; car il n’est point dit que de ce mortier et de ces pierres arrangées il se fasse de la maçonnerie, mais seulement que ces matières doivent être entassées jusqu’à ce que tout l’espace soit rempli. Il n’est point dit aussi qu’il faille se mettre en peine d’épuiser l’eau, parce que le mortier et les pierres ayant plus de pesanteur que l’eau, la faisaient sortir; et la propriété de ce mortier, qui est de s’endurcir dans l’eau, rendait la chose facile. Car il aurait été inutile d’aller querir cette poudre si loin, si l’on ne voulait pas faire valoir sa vertu particulière; et l’on n’aurait eu qu’à laisser sécher la maçonnerie pendant deux mois, comme il est dit ensuite qu’il faut faire, quand il est parlé de cette maçonnerie commune.
Catenis inclusæ. Le mot calena, que j'ai traduit liens, semble devoir faire quelque peine et répugner à l'explication que je donne à arcæ, que je prends pour des poteaux rainés; et il y a apparence que c’est ce qui a fait penser à J. Martin qu’on jetait dans la mer des coffres liés de chaines de fer. Mais il n'a pas pris garde que catenæ etcatenationes, dans Vitruve, signifient les liaisons qui se font des pièces de bois avec le bois même, de la manière que claves dans la charpenterie et dans la menuiserie ne signifient pas des clefs de fer. Catenæ étant donc, en général, ce que nous appelons des Lirants, je crois qu'ici elles doivent signifier des pièces de bois mises en travers sur le bout d’en haut des poteaux rainés, pour les lier ensemble.
Exæquanda et purganda. J'ai interprété comme j'ai fait exæquare, parce qu’il fallait égaler la terre, afin que le premier ais que l’on enfonçait entre les rainures la touchât partout également. J'interprète aussi purgare, Oter ce qui pourrait nuire, et empêcher que ce premier ais ne coule jusque sur la terre : ear il ne faudrait qu’une pièrre pour l'arrêter, et cela aurait fait une ouverture par le tond , par où le mortier se serait écoulé. On fait autrement pour égaler le fond de la mer, lorsque l’on a simplement intention d’y poser les caisses remplies de maçonnerie, ainsi qu'il a été dit; car on y jette quantité de pierres et de sable jusqu’à laisser à l’eau seulement la hauteur de dix ou douze pieds, et on fait plonger des hommes qui dressent et mettent à niveau ces amas de pierre et de sable.
Au reste, cette pensée qui m'est particulière, savoir que, suivant Vitruve, on ne vidait point l’eau , et que c'était le mortier et les pierres qui la faisaient sortir, est confirmée par ce qui est ditensuite dans la description des bâtardeaux, qui se faisaient de la même manière que nous les faisons à présent, qui est de jeter de la terre grasse entre deux cloisons d’ais soutenus par des pieux , sans vider l'eau que la terre grasse fait sortir assez aisément; car le mortier et les pièces qui sont jetées dans l’enclos des cloisons fait le même effet que la terre que lon jette pour faire les bâtardeaux.
Ab ipsa terra. Je lis in ipsa terra, au lieù de ab ipsa terra, pour rendre le sens un peu meilleur.
Pulvinus. Ce mot, qui proprement signifie un oreiller, se prend métaphoriquement quelquefois pour une plateforme ou assemblage de charpenterie sur lequel on traine les lourds fardeaux, et que nous appelons poulain en français, peut-être du mot de pulvinus. Ici pulvinus signifie un massif de maçonnerie qui se bâtissait dans terre au bord de la mer jusqu’au niveau de la terre, et qui avait le même talus que le bord de la mer; etau bas du talus on bâtissait un petit mur que l’on élevait à la hauteur du reste du massif avec deux autres petits murs, un de cha-
| que côté, pour soutenir le sable dont on emplissait le
creux du talus; en sorte que la partie du massif qui était à niveau de la terre, et le sable dont la cavité du talus était remplie, faisaient une esplanade sur laquelle on bâtissait le môle. Cela se faisait ainsi, afin que lorsque ce môle était séché, il pat tomber tout entier dans la mer, lorsque, les petits murs étant abattus, la mer viendrait emporter le sable qui soutenait la plus grande partie du môle.
Quod est proxime littus. Je prends ici proxæime pour une préposition, et je traduis guod est proxime littus, qui est le plus proche de la mer, parce que je suppose que la mer et le rivage sont si près l’un de l’autre, que ce qui est proche de lun peut être dit proche de Pantre, et je trouve que le sens est bien plus clair en disant /a partie qui est la plus proche de la mer, que la partie qui est la plus proche du rivage: car la vérité est que les deux parties du massif dont il s’agit sont toutes deux proches du rivage; mais il y en à une qui est plus proche de la mer, savoir, celle qui est en talus.
Ila arena……. efficiet in mare pilæ præcipitationem. Cette manière de faire un môle en bâtissant sur le bord une masse de maçonnerie soutenue sur du sable, et qui tombe ensuite dans la mer lorsqu'elle vient à emporter le sable, est décrite dans Virgile, au neuvième livre de l’Énéide, par ces vers :
Qualis in Euboïco Baïarum littore quondam Saxea pila cadit, magnis quam molibus ante Constructam ponto jaciunt, sic illa ruinam Prona trahit, penilusque vadis illisa recumbit.
Eronibus. On est bien empêché de savoir ce que c’est que merones. La chose dont Vitruve parle est assez claire et assez entendue pour faire juger que ce doivent être des paquets, et que le mot de merones doit être corrompu. Cisaranus , Caporali et Philander croient qu’il faut lire perones , qui signifie des bottes ou des chausses, comme si Vitruve entendait que ces paquets doivent être longs et étroits, de même qu'étaient les sacs dont Pline dit que Ctésiphon se servit pour poser les pierres énormes des architraves du temple de Diane d’Éphèse. J. Martin, qui lil aussi perones, a cru que ces bottes servaient aux ouvriers qui travaillaient aux bâtardeaux. Cujas, Turnèbe et Saumaise veulent qu’on lise keronem. Ce mot de sac signifie proprement en notre langue ce que perones, merones et herones ne signifient que métaphoriquement en latin.
Ex ulva palustri factis. J'interprète le mot ulva, herbes de marais. C’est une herbe fort célèbre dans Virgile, qui en parle au deuxième et au sixième livre de lÆnéide comme d’une plante aquatique, mais qui est demeurée inconnue aux botanistes, qui men disent presque rien autre chose , sinon qu'ulva est dans les marais d’eau douce ce qu'alga est dans la mer; et ils ne disent point bien assurément ce que c’est qu’a/ga ; ils croient seulement qu’alga est le phycos des Grecs , quoique Pline assure qu'il n'y a point de mot latin pour signifier le phycos, parce que c’est un arbrisseau , et qu’a/ga est une herbe. Anguillare dit que quelques-uns ont cru qu’ulva est la {yphé de Dioscoride, savoir, cette espèce de jonc qui a des masses au sommet; mais il déclare que ce n’est point son opinion. Je crois néanmoins qu’elle a quelque probabilité, étant fondée sur le texte de Vitruve; car il se trouve que les anciens se servaient des feuilles de ces jones à masses pour faire des nattes et des matelas, et elles y sont fort propres si on les prend avant que le jonc ait jeté sa tige ; de sorte que je crois que les perones, merones ou herones, soit qu’on les interprète des sacs, des mannequins ou des cabas, étaient des paquets de terre grasse enveloppée de ces feuilles de jonc qui sont longues d’un pied et quelquefois de deux ; larges d’un doigt, dures et pliables ; parce que ces feuilles négligemment entrelacées servaient à empècher que la craie ou terre grasse ne vint à se dissoudre trop promplement dans Peau ; et quand on pétrissait ces
paquets, après que les bâtardeaux en étaient remplis, ces herbes, qui se rompaient et se déliaient, n’empêchaient pas que les paquets de craie ne se mêlassent et ne se joignissent ensemble pour faire le courroi du bâtardeau.
Cochleis. Ces machines hydrauliques sont expliquées aux neuvième et onzième chapitres du dixième livre.