LIVRE VI
Arislippus..... ejus ad Rhodiensium littus. Galien rapporte cette histoire d’Aristippe, et dit que ce fut près de Syracuse qu’il fit naufrage.
Quibus tantarum rerum fidei pecuniæ sine dubitatione permitlterentur. Pour donner quelque sens au texte, j'ai cru qu’il fallait mettre peritis au lieu de fidei, et lire : quibus tantarum rerum perilis, pecunice sine dubitalione permitterentur : parce que le mot de permitterentur semble rendre inutile celui de fidei qu’il suppose, et celui de perilis est nécessaire pour le sens.
Ab indoctis…... jactari. Je ne sais pour quelle raison tous les exemplaires ont jactari au lieu de tractari, si ce n’est que l'on ait jugé que cette correction n'était digne que d’un correcteur d'imprimerie.
Cb. F. Jnclinationibus mundi. J'ai mis le mot de climal pour inclinationes mundi, c’est-à-dire, la chose au lieu de sa définition ; car le mot climat, qui vient du grec clinein, c’est-à-dire s’abaisser, a élé pris pour désigner la différence qui est entre les pays du monde, suivant leur éloignement du pôle ou de l’équinoxial, à cause de l’idée que la sphère matérielle donne de cet éloignement : car les pays qui sont éloignés du pôle ou de l’équinoxial y sont inclinés, et descendent les uns plus et les autres moins vers l'équinoxial ou vers les pôles.
Quemadmodium cœælum est ad inclinationem mundi collocalum. Je traduis inclinationem mundi, suivant l'élévation des pôles, parce que l'élévation du pôle sur lhorizon, et l’inclinaison ou abaissement du monde, ainsi que le texte porte, est la même chose, soit que cela signifie Pabaissement de l'horizon sous le pôle ou sous l’équinoxial. Mais la manière d'exprimer la chose en français est plus intelligible et plus usitée par l'élévation du pôle que par Pinclinaison du monde.
Organi, quam cap6venv Græci dicunt. Quelques-uns croient que ce mot, qui signifie proprement une harpe, est originairement syriaque ou chaldéen. Athénée dit que ce nom vient de son inventeur, et qu'autrement il est appelé pectis, magadis, et trigonos. Métaphoriquement, c’est nne machine de guerre que l’on abat sur une autre pour servir de pont , et qui est soutenue par des cordes qui représentent celles d’une harpe. Il en est parlé au dernier chapitre du dixième livre.
Propter regionis ardorem. La chaleur ne produit point de soi la voix claire et aiguë, mais elle la rend grosse et forte , parce qu’elle dilate l'organe de la voix : et si elle a le pouvoir de rendre quelquefois la voix aiguë, c’est par accident, et seulement par le moyen de la sécheresse qu’elle introduit par la consomption de Phumidité.
Ch. IT. Non pulo oportere esse dubium, quin ad locorum naluras aut necessitates detractiones aut adjectiones fieri debeant. Cette maxime de Vitruve est approuvée de la plus grande partie des architectes et des sculpteurs, qui tiennent que la pratique judicieuse de ce changement de proportions est une des choses les plus fines de leur art; car ils prétendent que par son moyen on remédie aux mauvais effets que les aspects désavantageux peuvent produire dans les ouvrages, lorsqu'ils cor= rompent ou du moins empêchent d'en voir la véritable proportion, à cause du raccourcissement qui arrive aux
choses qui sont vues obliquement. Ce remède est, par exemple, de donner moins de diminution aux colonnes qui sont fort grandes qu'aux petites, ainsi qu'il a été enseigné au deuxième chapitre du troisième livre; d’augmenter la hauteur des architraves et des autres ornements , à proportion que les colonnes sont plus grandes, ainsi qu'il à été dit au troisième chapitre du troisième livre; et d’incliner toutes les faces verticales des membres qui sont posés en haut, comme toutes les faces des architraves, des frises, des corniches, des tympans et des acrotères , ainsi qu’il est dit au même lieu. On allonge aussi de même les statues qui sont placées en des lieux élevés, et qui ne peuvent être vues que du pied de l'édifice sur lequel elles sont posées, afin que cet aspect ne les fasse pas paraitre trop courtes et entassées : et même, pour cet effet, on allonge et on grossit les parties, selon qu’elles sont plus hautes ; en sorte qu’à une figure qui, étant posée en bas, devrait avoir la tête d'une huitième partie de sa hauteur, on n’en donnera qu'une septième, et on lui fera les jambes plus courtes et le corps plus long qu’il ne faudrait, si elle était autrement située, parce qu’on prétend que, si elle avait sa véritable et ordinaire proportion, elle ne parat- {rait pas l'avoir.
Mais tous les architectes et Lous les sculpteurs ne croient pas qu’il faille toujours avoir égard à ces raisons, et il y en à quelques-uns qui estiment que ces précautions ne doivent être employées que rarement. Leur raison est que la vue n’est pas si sujette à se tromper que Vitruve le prétend ; non pas seulement parce qu’en effet la vue, de mème que les autres sens extérieurs, ne se trompe jamais, mais même parce que le jugement de la vue, qui est le seul à qui on puisse imputer les erreurs qu’elle commet, est, pour l'ordinaire, très-sûr et presque infaillible , quand une longue habitude et une expérience aussi sou vent réitérée qu’elle l’est à un âge parfait, a tant de fois corrigé les premières erreurs, qu’on n’y retombe que rarement. Car, en effet, il n'arrive guère à personne d’avoir peur que le plancher d’une longre galerie lui touche à la tête quand il sera au bout, où il le voit abaissé jusqu’au droit de son front; et on n’est point en peine comment on pourra passer pär une porte que, de loin, on couvre tout entière avec le bout du doigt. Car la justesse de ce jugement est telle, que si les murailles d’une galerie qui, étant parallèles, paraissent néanmoins s'approcher vers les extrémités, sont quelque peu élargies, on s’en aperçoit ; ou si le pavé avait une pente vers le bout , où il paraît ordinairement s'élever, quoiqu'il soit de niveau, il n’y a personne qui ne le reconnût.
On juge aussi assez bien si un visage est rond ou s’ilest long, quoiqu’on le voie à une fenêtre haute; et un corps grêle en cet endroit ne paraîtra point trapu, ni celui qui est d’une stature extraordinairement grande ne sera ja- Mais pris pour un nain. Mais ce qu'il y à de plus considérable, est que la certitude de ce jugement est une chose que tout le monde a sans y penser, quoiqu’elle ne puisse S’'acquérir que par plusieurs réflexions du sens commun, dont l'office est de se réfléchir sur les actions des sens ex- L rieurs : car c’est par le moyen de ces réflexions et du jugement du sens commun que nous ne prenons pas une étincelle de feu pour une étoile, ni une feuille de papier pour un grand mur blanc, ni un ovale pour un rond, ou une fenêtre longue pour une carrée, lorsque la distance et la situation de ces objets les dispose à paraître autres qu'ils ne sont. La raison de cela est que le sens commun, ajoutant incontinent à l'image qui est dans l'œil les circonstances des choses qu’il connaît, telles que sont l'éloignement et la situation de son objet, et la grandeur des choses auxquelles il le compare, empêche que ces images ne soient prises l’une pour l’autre : car en effet les images d'une étincelle et d’une feuille de papier, lorsque ces ob-
jets sont proches, sont fort peu différentes de celles d’une étoile ou d’une muraille blanche, quand l’une et l’autre de ces choses sont éloignées ; tout de même qu’un ovale et un carré oblong qui sont vus obliquement et de loin, font le même effet dans notre œil qu’un rond ou qu'un carré parfait, lorsqu'ils sont vus directement. Cela arrive de la même manière dans la vue et dans l’ouïe, que dans tontes les autres actions dans lesquelles l'usage et l'accoutumance nous dounent une habitude et une telle facilité que nous faisons cent choses qui sont nécessaires pour les accomplir, sans songer que nous les faisons ; comme il parait lorsqu'on joue sur le luth une pièce que lon a apprise; car alors, sans songer à choisir les cordes que l’on pince, et sans penser aux différentes touches sur lesquelles les doigts doivent être posés, et bien souvent sans faire réflexion sur ce que l’on fait, on joue fort correctement celte pièce. Tout de même, sans que nous songions aux règles de la perspective, et sans que notre imagination examine expressément les raisons et les différents effets de l'éloignement, qui dépendent de létrécissement des angles que forment les lignes visuelles, et de l’affaiblissement des teintes des objets, le sens commun manque rarement à observer ces circonstances ; et s’il arrive, lorsqu'il y manque quelquefois, que la peinture ou la perspective nous trompe, c’est une marque bien certaine qu’il n'y manque pas d’ordinaire.
De sorte que, pour rendre nécessaire la précaution que Vitruve veut que l’on apporte par le changement des proportions contre les tromperies que l’éloignement et lobliquité des aspects pourraient causer, il faudrait supposer que tout ce qui appartient à la vue dépend de l'œil; ce qui n'est pas vrai, parce qu’elle se sert toujours du jugement du sens commun, qui la redresse; et il n’arrive guère que ce jugement lui manque, autrement la perspective et la peinture tromperaient toujours, parce qu’il n’y à pas plus de raison de prendre un rond pour un ovale, quand il est vu obliquement, que de prendre un ovale pour un rond , quand cet ovale est peint pour paraitre rond.
Ces raisons, qui, à la vérité, ne sont pas capables de détruire tout à fait celles que Vitruve a eues quand il a établi son précepte du changement des proportions , peuvent néanmoins être considérables pour lui donner des restrictions et empêcher que l'on n'en abuse, en considérant ce que Vitruve lui-même reconnait, savoir, que, pour en bien user, il faut beaucoup d’esprit et de doctrine; et mon opinion est qu’il se rencontre pen de cas où celte règle du changement des proportions puisse avoir lieu. Car, supposé que l’on veuille mettre une statue fort haut, on peut bien lui donner une grandeur colossale ; mais c’est afin qu’elle paraisse colossale, et non pas pour empêcher que l'éloignement ne la fasse paraître trop petite : parce que, quand il est nécessaire qu’une chose soit petite, il faut aussi qu’elle paraisse petite. C’est pourquoi je ne croirais pas que la tête de cette statue colossale, quelque haut élevée qu’elle pût être, dût être faite plus grande, et avoir une autre proportion qu’elle aurait en une statue que lon verrait de plus près : parce qu’il faut qu'une tète éloignée paraisse petite: autrement la statue paraîtrait difforme, sa tête paraissant avoir une proportion qu'elle ne doit pas avoir. Dans la célèbre histoire de Phidias et d’Alcamène, dont l'an, qui changea les proportions d’une statue de Minerve parce qu’elle devait être placée en un lieu fort élevé, reeut une grande approbation, il parait que celui qui l’a décrite n’entendait pas la chose dont il parlait : car il dit que Phidias, pour faire que le visage de la déesse parût beau, luiavait fort élargi les narines, afin que la grande distance les fit paraître autrement, et avec la proportion qu'elles doivent avoir : et il est certain qu'un nez, pour peu qu'il soit élargi, le doit paraître encore davantage par je raccourcissement que l'aspect éloigné et élevé lui peut
donner. Et je crois que cette particularité, jointe aux raisons ci-devant alléguées, peuvent rendre la vérité de cette histoire un peu suspecte.
Je crois qu'il en est de même dans Parchitecture que dans la sculpture, et que l'œil, accoutumé à ses proportions, ainsi qu’il Pest à celles du corps humain, ne doit point se plaire à les voir changées; et elles ne le sauraient être sans qu’il s’en aperçoive. Mais quand même ce changement pourrait tromper le sens commun, et que l'on en userait seulement pour faire paraître les choses élevées aussi grandes que celles qui sont en bas, cela ne ferait point un bon effet, parce qu'il ne faut pas que les parties qui sont en haut des édifices paraissent aussi grandes que celles qui sont en bas, puisqu'elles ne le doivent pas être en effet. De sorte que l'on peut dire que si l’on voulait changer les proportions, ce devrait être plutôt en diminuant celles des choses qui sont placées en des lieux élevés qu’en les augmentant, puisqu'il est séant aux choses qui sont portées et soutenues, d’être plus pelites que celles qui les soutiennent. Enfin les anciens architectes en ont toujours usé ainsi : car quand Vitruve rapporte quelles étaient les proportions qu’ils donnaient aux grands édifices, dont on peut dire qu’il présente un modèle dans les scènes des théâtres, il fait voir que le grand exhaussement ne faisait point changer les proportions ; le troisième ordre des scènes, qui était extrêmement haut et fort éloigné de Ja vue, n'ayant point d’autres proportions que les autres, tant en ce qui regarde le rapport que les parties d’un ordre ont les unes aux autres , qu’en ce qui regarde la proportion d'un ordre entier à un autre. J’ai traité cette question au septième chapitre de la seconde partie du livre de l’ordonnance des cinq espèces de colonnes , selon la méthode des anciens; ce problème me paraissant assez important pour mériter d’être examiné un peu plus sérieusement qu'on n’a fait depuis peu dans un ouvrage d'architecture où, traitant ce sujet, et l’auteur rapportant ce qui est contenu dans cette note, il fait semblant de négliger mes raisons pour s'attacher à ma personne, qu'il attaque par des railleries , mais d’une manière assez chagrine pour faire croire qu’il a du dépit de se sentir convaineu, et réduit à ne répondre que par des injures; car, au lieu de faire voir que ce que j'ai avancé n’est pas vrai, savoir, que les anciens n’ont point pratiqué ce changement des proportions, on répond seulement que j'ai reconnu moi-même la nécessité qu'il y a de le faire, lorsque j'ai mis, au haut de l'arc de triomphe que le roi fait bâtir au bout de l'avenue de Vincennes, une statue de trente pieds de haut, afin, dit-on, qu'étant fort élevée , elle paraisse avoir sa grandeur nalurelle : et sur ce que j'ai déclaré que ce n’est pas là mon intention, et que je fais cette slatue colossale, afin qu’elle paraisse colossale, on me répond que j'ai donc tort de trouver trop grand l’entablement des trois colonnes de Campo Vaccino, qu'on avoue être d’une exorbitante et monstrueuse grandeur, puisqu'on peut croire que l’architecte a eu dessein de faire paraître ces édifices colossaux. Mais il faudrait dire qu’il a voulu faire paraître ces entablements colossanx, c’est-à-dire, les faire paraître plus grands qu'ils ne doivent être; de mème que j'ai eu dessein de faire paraître la statue équestre de l’are de triomphe plus grande qu’un homme et un cheval ne doivent être. Or, ce n’est pas cela qu'on veut dire; car on prétend que V'élévation extraordinaire de cet entablement le doit faire paraître avoir sa grandeur ordinaire, quoiqu'il ne lait pas ; et c'est ce qui est en question.
On répond encore avec plus de négligence à mon second argument, fondé sur ce que la vue ne nous trompe que rarement ; car, quoiqu’on demeure d’accord que si cela est il ne fant point changer les proportions, on se contente de répondre que la vue trompe quelquefois les enfants , c’està-dire que les précautions que la bonne architecture doit
employer ne sont que pour les enfants, et qu’il n'importe pas de choquer par la corruption des proportions tous les intelligents. ;
Cette manière de répondre me fait comprendre que le dessein que j'ai eu en communiquant au public la pensée qui m'est particulière sur le changement des proportions, n’a pas eu le succès que je m'étais proposé, parce que mon intention n'étant point de me singulariser, comme on dit, mais seulement d’obliger les savants à m’instruire sur une question que je croyais n'être pas sans difficulté, je vois qu’il semble qu’on ne me veuille rien répondre de raisonnable, de peur de faire tort à l’autorité des anciens, que l’on prétend être au-dessus de toutes les raisons. Ce qui m'a trompé est que je n'aurais jamais pensé que l’entêtement que l’on à pour les anciens pût aller si loin : car je croyais qu’on avait de la vénération pour les ouvrages de ces grands hommes, et pour les préceptes qu'ils nous ont laissés , parce que c'étaient des choses toujours fondées sur la raison, quand elles étaient de nature à être réglées par la raison, telles que sont celles dont il s’agit ici. Cependant je vois que ce n’est point cela , et qu'il n’est point question d'examiner si tout ce que les anciens ont dit est raisonnable ou non, mais de l’admirer, de le suivre aveuglément , et, si l’on est sage, de faire plutôt des compilations de Serlio, de Palladio, de Vignole et de Scamozzi, que de s’attirer des injures en pensant exciter les savants à cultiver et à perfectionner un art qui demande beaucoup d'esprit, de jugement et de raison. Je ne croyais pas aussi que les architectes de ce temps fussent incapables de raisonnement, ainsi que l’auteur fait entendre, quand il dit que les raisons dont je me sers pour appuyer mon opinion sont des choses trop métaphysiques pour eux : mais c’est sa manière d’outrer ainsi les choses qui fait que, comme il a une trop grande vénération pour les anciens architectes , il traite aussi avec trop de mépris ceux de ce temps, dans les beaux ouvrages desquels on voit plus d'esprit et de raison qu’il n’en faut pour empêcher de croire qu'il leur manque aucune des qualités nécessaires à ceux qui s'emploient à perfectionner les arts, et pour persuader qu'il n’est pas impossible d'ajouter quelque chose aux inventions des anciens.
Ch. II. Cava ædium. On ne sait point bien certainement quelle partie des maisons des anciens est appelée ici cava ædium par Vitruve, et cavædium est un mot employé par Pline le Jeune dans ses Épiîtres; car cavædium, atrium, vestibulum et aula, sont définis par les grammairiens presque d’une même manière ; et ils n’en disent rien autre chose, sinon que ces parties étaient à l’entrée des maisons, et que de là on passait dans les appartements. Barbaro sur cet endroit de Vitruve, et Palladio après lui, croient que cavædium et atrium sont deux espèces de vestibules ; en sorte qu'atrium est un vestibule couvert, et cavædium un vestibule qui est quelquefois couvert et quelquefois découvert. Ce quine peut être vrai dans le sens de Vitruve, qui, après avoir parlé des cinq espèces de cavædium, fait un chapitre à part pour l’atrium, dont la description est tout à fait différente de celle des cavædium, parce qu'à toutes les espèces d’atrium il met deux rangs de colonnes qui forment deux aîles, c’est-à-dire trois allées, une large au milieu, et deux étroites aux côtés; ce qui n’a aucun rapport avec les figures des cinq cavædium qui sont décrits dans ce chapitre.
Les raisons qui m'ont fait croireque cava œædium était chez les anciens ce que nous appelons la cour dans nos maisons, sont premièrement que le mot latin exprime fort bien la chose, parce que, supposé qu'il y ait plusieurs corps de logis qui, enfermant un carré ou quelque autre figure, composent une maison, ilest vrai de dire que le milieu qui est enfermé entre ces corps de logis, qui tousensemble forment la maison, est le creux, la cave ou le vide de la mai-
son ; ce qu’une salle ou un vestibule couvert, tels que sont ceux que Barbaro et Palladio donnent pour des cavædium, ne sauraient signifier, parce que la cavilé de cette salle ou vestibule n’est point la cavité de la maison plutôt qu’une grande chambre, ni qu’une salle de bal; mais la cour qui est environnée de tous les corps de logis, et qui est découverte, est une cavité et un creux à l'égard des corps de logis qui s'élèvent tout alentour.
En second lieu, il faut considérer que les différences qui font les cinq espèces de cavædium que Vitruve décrit sont prises du medium compluvium ou chéneau, qui, dans le cavædium toscan, est sur des poutres qui font un auvent; dans le cavædium corinthien, sur des poutres soutenues par des rangs de colonnes ; dans le cavædium tétrastyle, sur des poutres soutenues par quatre colonnes ; dans le cavædium voûté, sur le mur d’un appartement soutenu sur des arcades; et dans le cavædium découvert, sur le mur même qui fait la face intérieure du cavædium, lequel n’a point d’autre saillie que celle de son entablement. Or il est évident que ce chéneau ne saurait être dans un vestibule couvert tels que sont la plupart des cavædium, selon Barbaro et Palladio, qui font entendre par leurs figures que le medium compluvium était un grand réservoir posé sur le plancher du vestibule.
In atrii latitudine. Le mot atrium est mis ici généralement pour tout le dedans des maisons, et il estaiséd’entendre à quelle partie de la maison il le faut particulièrement appliquer. C’est pourquoi je n’ai point fait de diffieulté d'expliquer atrium La cour, quoique particulièrement et proprement il signifie autre chose, comme il sera dit ci-après. Virgile a pris ce terme dans la même signification que Vitruve quand il a écrit :
Porticibus longis fugit, et vacua atria Lustrat ; et ensuite :
Apparet domus intus, et atria longa patescunt.
Car il est aisé de voir que Virgile en cet endroit entend par atria tout ce qui se peut voir au dedans d’une maison par Ja porte quand elle est ouverte, qui est la cour et les vestibules.
Interpensiva. H y a trois opinions sur la signification du mot interpensiva, que j'ai traduit pofences. Hermo- Jaüs Barbarus el Daniel Barbaro croient que inlerpensira sont les coyaux qui sont faits pour conduire et faire aller la couverture depuis les chevrons jusqu'a l'extrémité de Pentablement. Philander et Jocundus veulent que ce soient les bouts des solives qui, sortant hors du mur, soutiennent les poutres qui portent les entablements ou auvents. L'opinion de Baldus est qu’y ayant quatre poutres le long des quatre faces de la cour, lesquelles soutiennent l’extrémité desauvents, il yen adeux, par exemple, àdroiteet à gauche, surlesquelles les deux autres quisont le long desautres côtés de la cour sont posées. Mais le texte décrit si clairement ces pièces de hois, qu’il me semble qu’il n’y a pas lieu de douter que ce ne soient des potences ou liens; car il est dit qu’elles vont se rendre des angles des murs aux angles
- que les poutres forment; ce qui ne peut être dit ni des coyaux d’Hermolaüs, ni des solives de Philander, ni des poutres de Baldus.
Collicias. Les charpentiers appellent coyers les chevrons qui sont en diagonale et qui soutiennent les noues. 11 est évident, ce me semble, que ce que Vitruve appelle ici co/-
liquias ne saurait être autre chose, parce qu’il est dit qu’elles vonlaux angles que font les poutres, de même que les i7terpensiva. De plus, colliquia sont dites quasi simul liquorem fundentes, qui est ce que font les angles des noues où l’eau s’assemble, de même que deliquiæ sont dites quasi in diversas parles liquorem fundentes, qui est ce que font les angles ou des faitières du comble, ou
des arrêliers des croupes, qui, au lieu d’amasser l’eau comme les noues, la font couler deca et delà.
Compluvium. Il est certain que compluvium est un lieu qui reçoit el amasse les eaux de la pluie, selon l’explication de Festus. Mais les interprètes de Vitruve ne s’accordent point sur la signification que ce mot doit avoir ici. Barbaro entend que #edium compluvium , ainsi qu'il a été dit, est un réservoir placé sur le plancher qui couvre le cavædium. Cisaranns croit que C’est un cloaque ou une cilerne qui est sous la cour, dans laquelle leau qui tombe des toits sur le pavé s’écoule par un trou qui est au milieu de la cour. Mais ce medium compluvium, de la manière dont Vitruve en parle, peut être pris avec plus de vraisemblance pour un chéneau, qui, étant à l’extrémité des toits, fait un carré composé de quatre canaux ; de sorte que ce carré de quatre chéneaux, dans lequel toute l'eau.de la pluie qui tombe surles toits est reçue, peut être appelé medium compluvium. De plus, Vitruve, parlant des toits de la cour découverte, dit que leurs compluviu étant élevés sur les murs, ne dérobent point le jour des fenêtres comme ceux desautre cours qui ont des auvents, sur l’extrémité desquels les compluvia sont placés. La difficulté qui resle est sur ce qu'il n’est point dit ici par où l’eau qui est amassée dans les chéneaux tombe à bas 11 y a apparence que dans les encoignures au droit de chaque colonne il y avait une gouttière qui jelait l’eau dans la cour, suivant la règle que Vitruve a élablie ci-devant, qui est de percer les têtes de lion, qui sont dans la corniche, au droit des colonnes, si ce n’est qu'on veuille percer les colonnes par le milieu de haut en bas pour recevoir une descente de plomb, qui conduise l’eau sous terre dans un cloaque.
Cette manière d’enfermer les descentes dans le bâtiment se pratique depuis peu à tous les grands édifices que le roi fait bâlir ; car, à l'arc de triomphe qui se bâtit hors la porle Saint-Antoine, les caux descendent au travers du noyau des escaliers, ces noyaux ayant six pieds de diamètre. Au Louvre et à l'Observatoire, on a pratiqué des vides de quatre à cinq pieds de large dans l'épaisseur des murs. Au milieu de ce vide, la descente est soutenue par des barres de fer qui forment un escalier dont elle fait le noyau, afin que s’il suinte quelque humidité par la descente, elle ne mouille point les murs, et que par cet escalier de fer on puisse visiter et refaire ce qui manque à la descente.
Par ce moyen on évite deux inconvénients qui autrement se rencontrent aux grands édifices; car l’eau qui tombe des gouttières en grande abondance et de fort haut, étant poussée par le vent, apporte beaucoup d’incommodité ; ou si clle est enfermée dans des descentes à l'ordinaire, elle cause une grande difformité, en coupant les corniches, les impostes, et tous les ornements qui servent de ceinture aux bâtiments.
Trabes..…. circa columnas componuntur. Le texte n’a point ici de sens, si on n’y change quelque chose, J'ai cru qu’il fallait lire supra columnas imponuntur. Au reste, ma pensée est, ainsi que j'ai déjà dit, que la structure des cours des anciens, telle que Vitruve la décrit, a donné sujet à la manière que les modernes pratiquent, qui est de faire un grand ordre comprenant plusieurs étages : car 1l ne se trouve point qu'autre part qu'aux bâtiments de ces cours, les anciens aient jamais manqué de donner à chaque étage son ordre à part. Toute la difficulté est que Vitruve ne dil point expressément que les bâtiments de la cour corinthienne ni ceux de la tétrastyle, qui sont les seuls ornés de colonnes, eussent plusieurs étages; mais il n’y a nul sujet d’en douter, puisque ceux de Ja cour voütée, du second étage desquels il est parlé, ne sont point dits avoir ce second élage comme une chose qui leur füt particulière ; et il est raisonnable de présumer que les logements des anciens ayant ordinairement plusieurs étages,
ils n'étaient pas réduits à un seul en manière d’une petite cabane, lorsqu'ils étaient ornés de colonnes. Ce sujet est encore traité dans les notes sur le chapitre qui suit.
Tetrastyla sunt.. ab interpensivis onerantur. Cet endroit est obscur et corrompu : pour lui donner quelque sens, j'ai été contraint d’ajout+r les mots parielibus et hi, qui semblent manquer au texte. Je lis donc tetrastylæ sunt, que subjectis sub trabibus angularibus columnis, et utilitatem trabibus, et (parietibus) firmitatem prœæstant, quod neque ipsæ magnum impelum coguntur habere, neque ( hi) ab interpensivis onerantur. Ce qui est dit pour distinguer les cours tétrastyles des toscanes, où les potences qui soutenaient les poutres portaient sur les murs.
Quod neque ipsæ magnum impeltum coguntur habere. La manière corinthienne, où il y avait plusieurs co- Jonnes sous chaque poutre, élait pour les grandes cours; la tétrastyle était pour les plus pelites, dans lesquelles les poutres n'avaient pas Magnum impetum. Impelus, ainsi que Turnèbe le remarque, signifie souvent grandeur, étendue, ainsi qu'il se voit dans Lucrèce , qui dit :
Quantum cœli tangit impetus ingens.
On pourrait néanmoins interpréter impelus la poussée ou la charge, et entendre que quod neque ips@æ magnum impelum coguntur habere, signifie que lorsqu'il n'ya pas beaucoup de charge à porter, quatre colonnes peuvent suffire ; et tout de même lorsqu'il est dit à la fin du chapitre, que les cours voütées peuvent être faites ubi non sunt impetus magni, cela sisnifie que lorsqu'on ne craint point la trop grande poussée ou le trop grand ébranlement qui peut venir de plusieurs causes différentes, on peut faire des cours voûtées.
Displuviata. Les interprètes attribuent l’épithète displuviatum à techum, et ils disent que tectum displuvialum est celui qui rejette la pluie des deux côtés; mais il est plus vraisemblable que displuviatum appartient ici à cavædium et non pas à {ectum, et que locus displuviatus signifie un lieu où il pleut. La difficulté qu'il pourrait y avoir serait sur ce que nous prétendons que les cinq espèces de cours sont découvertes, et qu'il s’ensuivrait de là qu'être découverte ne serait point une espèce de cour; mais la réponse est aisée, en disant que celle des cours qui na point d’auvents qui la couvrent tout alentour est absolument découverte, et que celles qui ont des auvents ne sont découvertes qu’en partie, savoir, par le milieu.
Deliciæ arcam sustinentes. Ce que Vitruve appelle deliquiæ , et que j'interprète les coyaux, sont de petits bouts de chevrons qui conduisent la couverture jusqu’à l’extrémité de l’entablement. 11 y a grande apparence que Vitruve veut qu’on entende qu'ici, au lieu de la couverture, ces coyaux soutiennent le chéneau qui est posé directement sur le mur, et qui n'est pas avancé jusqu’à l’extrémité des quatre auvents, comme dans les autres cours. Philander dit qu'il y a des exemplaires qui ont aquam au lieu d'arcam; mais quand on laisserail arcam, on peut dire qu’un chéneau peut être pris pour un coffre long et étroit.
Stillicidia rejiciunt. Le mot stillicidium, qui signifie proprement la chute de l’eau qui dégoutte , n’est point entendu ainsi par Vitruve quand il fait connaître qu'il entend par stillicidium la pente du toit qui est favorable à Pécoulement des eaux. Au premier chapitre du deuxième livre, il appelle les toits des cabanes des premiers hommes Stillicidia; et au septième chapitre du quatrième livre, parlant de la forme que doit avoir le toit dans l'ordre toscan, il dit que stiicidiuwm tecti tertiario respondere debet. Pline aussi appelle s/illicidia épaisseur du feuil- Jage des arbres quand elle est capable de mettre à couvert
de la pluie ; de sorte que, supposé que stillicidia signifie !
des auvents, on peut croire que dehquiæ stillicidia r'ejiciunt signifie les coyaux rejettent et ne souffrent point d’'auvents, c’est-à-dire, ne forment point d’auvents.
Supra spatiosæ redduntur habitationes. Cela est aisé à entendre, parce que ces voñtes soutiennent la saillie que le second étage fait sur la cour, ce qui augmente cet appartement. J’ai encore interprété wbi non sunt impetus magni, selon la remarque de Turnèbe, qui explique impetus grandeur, étendue, comme je viens de dire.
Atriorum vero longiludines….. tribus generibus formantur. Entre les noms synonymes dont les anciens appelaient les grandes pièces qui étaient à l’entrée de leurs maisons, comme ves/ibulum, atrium, cavædium, fauces, j'ai choisi celui qui est en usage en français, qui est veslibule, que j'ai pris pour traduire le mot a/rium, dont Vitruve se sert ici; car notre mot de vestibule signifie quelque autre chose que le ves/ibulum des Latins, et je crois que nos vestibules sont proprement ce qu'était l’aérium que Vitruve décrit ici.
Aulu-Gelle dit que plusieurs personnes doctes de son temps estimaient que atrium et vestibulum étaient la même chose ; que néanmoins Cæcilius Gallus, qui a écrit De significatlione verborum, enseigne que vestibuluin n’était point une partie de la maison, mais seulement une place devant la maison, à l'endroit de la grande porte où la maison, se relirant en dedans, laissait un carré vide. Cicéron, dans une lettre à Atticus, semble faire entendre que cela était ainsi, lorsqu'il dit que, passant par la rue Sacrée, il fat poursuivi par des assassins envoyés par P.£lodius, et que pour s’en défendre il se rangea, secessil in veslibulum M. Terlii Domionis, afin que ses amis qui l'accompagnaient pussent empêcher cette troupe de gens armés de se jeter sur lui. L. B. Alberti croit que cetle place qu’Aulu-Gelle prend pour le vestibulum des anciens, et qu'il appelle sinwm, était leur atrium; mais je crois qu’il se trompe. Scamozzi brouille encore davantage tout cela, car il ne distingue point les atrium de Vitruve de ses cavædium; en sorte qu'il attribue au cavædium les proportions qui sont ici données à l’atrium, sans dire sur quoi il se fonde.
Dans cette grande ignorance où nous sommes de toules ces choses , et de laquelle nous ne pouvons espérer de sortir, puisqu'Aulu-Gelle, Servius et les autres ariciens grammairiens n’ont pu s’en défendre, quoique ce fussent des auteurs latins et fort proches du temps où ces choses étaient familières et usitées, j'ai eru pouvoir hasarder le mot de vestibule pour signifier celui d’afrium, en avertissant que je n’entends pas précisément par vestibule ce que les anciens entendaient par ves/ibulum, mais senlement ce qu’il signifie en notre langue.
Lacuraniorum et arcæ supra trabes. J'interprète des cavités qui le font élever au-dessus des poutres, le mot d'arca, qui en cet endroit est synonyme avec lacunar ; car en effet les cavités et les enfoncements qui sont dans les plafonds des planchers représentent aussi bien des coffres que des lacs.
Ex tertia np rte ejus constilualur. 1 est aisé à entendre que cette troisième partie de la longueur du vestibule qui est attribuée à la largeur des ailes, est pour les deux ailes, de manière que chaque aile n’a que la sixième partie de la longueur du vestibule, et que la même chose doit être entendue de la proportion des autres vestibules, savoir, que la largeur que le texte attribue aux ailes doit être entendue des deux ailes prises ensembles
Trabes earim Branares. Je traduis trabes liminares les architraves , parce que les Latins entendent généra lement par limen tout ce qui est posé en travers, ce mot étant dérivé du verbe Zimo, c’est-à-dire obliquo. Mais limen signifie plus particulièrement ce qui traverse où le haut ou le bas des portes; car on dit superum limer
et inferum limen ce que nous appelons le seuil et £e dinteau ; et il paraît que les Latins ne faisaient pas cette distinction comme nous, par ce qui est dit à la fin du neuvième chapitre de ce livre, où Vitruve parle du jour qui est empêché par le Zimen des fenèlres , c'est-àdire par leur linteau. Il faut donc entendre par {rabes liminares alarum, les architraves soutenus par les colonnes qui étaient aux côtés des vestibules, et qui en faisaient les ailes.
Tablino… reliquum tribuatur. Le mot tablinum m'a semblé devoir être interprété cabinet, parce que cabinet comprend en général toutes les différentes significations que les auteurs donnent à fablinum ; car les uns disent que c’est un lieu destiné à serrer des papiers ou titres que les Latins appelaient {abulas ; les autres, que c'est simplement un lieu lambrissé de menuiserie et de planches, qu'ils appelaient aussi {abulas; les autres le prennent pour une salle. Mais le £ablinum, à qui Vitruve ne donne quelquefois que 13 pieds, serait bien petit pour une salle. On aurait pu l'appeler le érésor, suivant l'usage de quelques vieux châteaux de France, où on appelle ainsi le lieu où l’on serre les titres de la terre : mais le mot de trésor en cette signification est trop peu connu , et ne serait pas commun, comme celui de cabinet, aux deux usages qu’on lui attribue, qui est de serrer des tableaux ou des papiers.
Itaquegeneratimmagnitudinumralients exquisitas et utilitali et aspeclui conscribendas putavi. Cet avertissement peut donner lieu à une maxime qui me semble bien considérable dans larchitecture, qui est que l'usage auquel chaque chose est destinée selon sa nature doit être une des principales raisons sur lesquelles la beanté de Pédifice doit être fondée; en sorte que la hauteur et la grandeur de l'ordre, qui, en général, fait la beauté et la majesté d’un grand édifice, doit être réputée vicieuse si elle n’a quelque usage partout, comme elle en a toujours naturellement dans les temples, les théâtres , les portiques, les péristyles, les grands escaliers, les salons, les vestibules et les chapelles des palais, qui sont des parties dont l'usage demande ou du moins souffre un aussi grand exhaussement que l'on veut. Cette règle néanmoins est négligée par les architectes modernes, qui, pour donner de grands ordres à des bâtiments qui, de leur nature, ne souffrent pas un grand exhaussement, comme sont ceux qui sont pour l'habitation, qui ne passent point 28 on 30 pieds, se sont avisés d’enfermer deux et Lrois étages dans un même ordre ; ce qui, à mon sens, a quelque chose de chétifet de pauvre, comme représentant quelque grand palais demi-ruiné et abandonné , dans lequel des particudiers se seraient voulu loger, et qui, trouvant que de grands appartements et beaucoup exhaussés ne leur sont pas commodes, ou qui, voulant ménager la place, y auraient fait faire des entresols. Ce n’est pas que cela ne puisse être permis quelquefois dans les grands palais; mais il fant que l'architecte ait l'adresse de trouver un prétexte à ce grand ordre, et qu'il paraisse qu'il y a été obligé par la symétrie qui demande qu'un grand ordre, qui est nécessaire à quelque partie considérable de l'édifice, soit continué et règne tout alentour.
Cela a été pratiqué avec beaucoup de jugement en plusieurs édifices, mais principalement dans le palais du Louvre, lequel étant bàti sur le bord d’un grand fleuve, qui donne un espace et un éloignement fort vaste à son aspect, avait besoin, pour ne pas paraître chétif, d’avoir un grand ordre. Celui qu’on lui a donné, qui comprend deux étages et qui est posé sur l'étage d'en bas, qui lui sert ‘comme de piédestal, et qui est proprement le rempart du ‘château, est ainsi exhaussé à cause de deux grands et magnifiques portiques qui règnent le long de la principale tacé à l'entrée du palais, et qui, étant comme pour servir
de vestibule à tous les appartements du premier étage, demandait cette grandeur et cette hauteur extraordinaire que l’on a donnée à son ordre, qu’il a fallu poursuivre et faire régner ensuite tout autour du reste de l’édifice : ce qui autorise où du moins excuse l’incongruité que l’on aurait pu objecter à l'architecte, s’il avait fait sans nécessité une chose qui de soi est sans raison , savoir, de ne donner pas à chaque étage, qui est proprement un bâtiment séparé, son ordre propre et séparé, et de faire servir une même colonne à porter deux planchers, supposant qu’elle en soutient wn par manière de dire sur sa têle, et un autre comme pendu à sa ceinture. Car la longueur de l'aspect ne peut être toule seule une raison suffisante d'élever un bâtiment qui, de sa nature, doit être bas, non plus que la grandeur d’un théâtre n'oblige point à faire ses degrés et ses balustrades et appuis avec plus de hauteur, comme Vitruve remarque au septième chapitre du cinquième livre.
Lacunaria ejus tertia latitudinis ad latitudinem adjecta extollantur. J'ai cru qu’il fallait corriger le texte, à cause du peu d'apparence qu'il y a que Vitruve donne à l’enfoncement des plafonds une profondeur plus d’une fois plus grande qu’elle ne doit être : car cet enfoncement ne doit comprendre guère plus que la hauteur de Parchitrave et de la frise, qui ne va ordinairement qu'à la septième partie de la colonne; joint qu’il est fort vraisemblable que le copiste a pris le nombre VI pour trois, parce que ce nombre, selon la manière de l’ancienne écriture, qui se voit dans les médailles, étant mal formé ainsi NIT, il a été pris pour le nombre III.
Imagines. Quoique statue ou figure soit le mot français qui signifie ordinairement le latin ëmago, j'ai cru qu'en cet endroit il n’aurait pas assez signifié, parce que, parmi les anciens, èmagines in atriis n’etaient pas les statues que nous mettons dans nos vestibules, mais des images de cire qui représentaient les ancêtres du maître de la maison. Je crois que les ornements des images se doivent entendre des piédestaux qui les soutiennent; de même que l’architrave, frise et corniche qui sont posés sur les colonnes sont appelés les ornements de la colonne, Pun étant dit aussi improprement que autre; car il n’y a, ce me semble, point de raison de donner de nom d'ornement à des choses qui sont anssi nécessaires el aussi essentielles que des architraves, des corniches el des piédestaux ; les colonnes et les statues étant ordinairement des parties qui peuvent plutôt passer pour des ornements que pour des choses dont les édifices ne se peuvent passer,
Tricliniorum. Servius croit que friclinium n'élait point la salle où on mangeait, mais la table avec ses trois lits. Vitruve dit aussi la même chose au dixième chapitre de ce livre, où, parlant des grandes salles à manger des Grecs, il ne les appelle point friclinia, mais æcos, c’està-dire des maisons, à cause de leur grandeur : çar il dit qu'elles étaient si grandes qu'elles pouvaient contenir quatuor triclinia. Néanmoins on ne peut gas douter que Vitrave n’ait entendu ici par ériclinium la salle où on dressait une table à trois lits, cette table en ayant un à éhacun de trois de ses côtés , le quatrième étant sans lit pour le service.
Longitudinis et latitudinis mensura componatur. Cette règle générale a bien de la peine à subsister dans les grandes pièces comme sont les salles et les galeries : car une salle de 12 toises sur 6, qui fait 18 toises, en aurait 9 de haut; et la galerie des Tuileries, qui a 243 Loises eur 5, en devraitavoir 124 de haut. La règle quiest mise au chapitre suivant pour la hauteur des pièces qui ont une grande longueur est plus sûre, qui est de prendre pour la hauteur la largeur et demie. Dans nos bâtiments faits pour Vhabitation, et qui ne sont point des lieux à recevoir de grandes assemblées, comme les églises, où il fait un ex-
haussement extraordinaire, à cause de la chaleur et de l'étouffement que causent les vapeurs d’une grande multitude de monde, il ne se trouve point que la hauteur surpasse la largeur, laquelle au contraire est ordinairement plus grande que la hauteur ; car une salle de 20 pieds de large a son plancher assez haut quand il en a 12 ou 13. Celles du Louvre n’ont pas 24 pieds de haut, quoiqu’elles en aient plus de 30 de large.
Œci. Le mo æcos, qui signifie maison, m’a fait ajouter le mot de grand à celui de salle, que j'ai pris de L. B. Alberti et de Palladio, qui interprètent æcos , salas. La vérité est que æci, chez les anciens, étaient proprement les salles à manger : mais il y a lieu de croire que Vitruve a pu se servir de ce mot pour distinguer les grandes salles qui étaient pour d’autres usages d’avec les salles à manger, vu qu'il en a déjà parlé, et qu’il les a appelées triclinia.
Exedræ. L’explication du mot exedra étant dans le onzième chapitre du cinquième livre, où il est dit que c’est un lieu rempli de siéges pour ceux qui s’assemblent à dessein de conférer des sciences, j’ai cru que je pouvais ici suppléer ce que Vitruve y a ajouté en ce lieu-là, et les appeler des cabinets de conversation, parce qu'il s'agit ici des maisons des particuliers et non pas des académies des gens de lettres , et cette explication étant conforme à celle que Cicéron donne à exedra, qu'il appelle cellam ad colloquendum.
Supraque habent epistylia et coronas. Vitruve joint ici l’architrave à la corniche, sans parler de frise, 11 y a apparence que ce qu’on appelle corniche architravée a tiré son origine de cet endroit. On en voit d’ailleurs des exemples dans l’antique aux plafonds des portiques, où les architraves sont en dedans de mème qu’en dehors, ayant une petite corniche et une frise encore plus pelite, qui toutes deux ensemble n’occupent que l'épaisseur de la frise de dehors.
Lacunaria ad circinum delumbata. Le mot delumbatum, qui en français pourrait être traduit, à la lettre, érené ou éreinté, c’est-à-dire dont les reins sont affaiblis, a été interprété voüle surbaissée, parce que ces sortes de voûtes sont plus faibles que les autres. Si le mot éreinté était en usage, il serait d'autant plus significatif qu’on est déjà accoutumé à la métaphore des reins en fait de voûte, dont les parties qui s'élèvent et qui posent sur les impostes sont vulgairement appelées les reins.
Et ab epistyliis ad parietes. Vitruve met ici les planchers immédiatement sur les architraves, sans mettre la petite corniche et la petite frise dont il vient d’être parlé, et que l’on met au dedans des portiques. Cela a aussi quelques exemples dans antique; mais ils sont plus rares que de l’autre manière, qui a été depuis peu pratiquée aux grands portiques qui sont à la face du Louvre, où on n’a fait entrer dans les portiques, qui sont voûtés de pierre à cintre droit, que larchitrave seulement, afin de diminuer la grande charge des plates-bandes qui vont des colonnes au mur du portique, qui sont de près de douze pieds, et afin que les plafonds ne fussent point si enfoncés, les architraves seuls ayant trois pieds d'épaisseur.
Deinde supra epistylium ad perpendiculum inferiorum columnarum imponendæ sunt minores. Celle manière de supprimer la frise et la corniche dans les dedans a déjà été enseignée au premier chapitre du cinquième livre, dans la description de la basilique de Fano; et bien que l'on n’en voie que fort peu d’exemples , on peut dire néanmoins qu'elle est appuyée sur la raison qui veut que les ornements d'architecture soient fondés sur quelque usage. Or, l'usage des corniches élant de défendre les murs el les colonnes des injures du temps, il est certain qu’elles sont inutiles aux lieux qui sont couverts, et qu’elles ne font que dérober le jour des fenêtres qui sont au-dessus. El y a un exemple de cette suppression d’ornements au
superbe édifice des Tutèles à Bordeaux, que l’on tient avoir été bâli peu de temps après Auguste; car les colonnes ne soutiennent qu'un architrave sur lequel, au lieu du second ordre de colonnes, il y a des cariatides.
On ne sait point certainement ni quand ni par qui cet édifice a été construit : il y a seulement quelques conjectures qui peuvent faire croire qu’il est du temps de l’empereur Claudius; et la principale est fondée sur ce qu’en fouillant, il y a environ soixante-dix ans, on a trouvé trois statues antiques, qu’on croit être de l’empereur Claudius, de Drusus son père , et de Messaline sa femme; car on à trouvé avec ces statues des fragments de marbre gravés d'inscriptions qui font voir assez clairement que deux de ces statues étaient, l’une de Drusus, et l’autre de l’empereur Claudius. L'inscription pour la statue de Drusus est : DRuso CÆSARI PATRI GERMANICI CÆSARIS ET CHAUDII AUGUSTI NEPOTUM DIVI AUGUSTI PRETÉCTO URBIS AUGUSTALL. Celle de la statue de Claudius est : Tiñer10 CLAUDI0 Drust FILIO C'ÆSARI AUGUSTO PONTIFICI MAXIMO CONSULI SECUNDUM PATRI PATRIÆ CAIUS JuLIUs. Ce qui fait croire que la troisième statue, qui n’a point de tête, est de Messaline, est que ce C. Julius, surnommé Vindex, qui avait fait ériger ces statues et construire les anciens édifices de Bordeaux, gouverna les Gaules au commencement de l'empire de Claudius, auquel temps Messaline avait toute la puissance et tout le gouvernement entre les mains; car il y a apparence que Vindex ayant fait bâtir quelque helédifice, comme les Romains faisaient ordinairement dans leurs provinces, soit de temples, soit de bains, soit de théâtres , il fit mettre les statues de ces princes avec celle de Messaline. Ces trois statues avec les inscriptions sont dans la cour de l'hôtel de ville de Bordeaux.
Cet édifice était au penchant d’une colline sur laquelle est située la partie de la ville de Bordeaux qui descend vers la Garonne, où est le port. 11 était bâti de grandes pierres aussi dures et aussi blanches qu'est notre liais. Sa figure était un carré oblong de 15 toises de long sur 11 de large et sur 22 pieds de haut, sur lequel 24 colonnes étaient posées : 8 aux grandes faces, et 6 aux petites. Ce carré, qui était comme une base ou stylobate continu, était presque tout solide de maçonnerie, revêtu en dehors de grandes pierres taillées, et rempli par dedans de moellons jelés à l'aventure dans du mortier; n’y ayant de vide que pour une cave qui élait au bas, dont la voûte ou plancher n'avait pas plus de 9 pieds de haut. Ce plancher était tout droit et tout plat, et n’était point soutenu par la coupe des pierres, mais par l'épaisseur du massif, qui avait plus de douze pieds, étant selon la manière dont les anciens faisaient leurs planchers, qui avaient ordinairement, sans compter les poutres et les solives, plus de 2 pieds d’épaisseur, ainsi que Vitruve l'enseigne au premier chapitre du septième livre. Ce plancher par-dessous était fait comme le ciel d’une carrière ; et il paraissait que les murs d’alentour ayant été bâtis, on avait laissé la terre en dedans à la hauteur que devait avoir le plancher, et que sur cette terre on avait jeté Je mortier et les pierres, dont on avait rempli le reste jusqu’en haut, et que le massif étant sec, on avait ôté la terre de dessous. Cette sorte de plancher, de même que les autres que Vitruve décrit, était faite d’une matière coulante que l’on jelait comme en moule.
Ce stylobate continu était double, y en ayant un posé sur un autre; et il y a lieu de croire que celui de dessous était pour gagner la hauteur de la pente de la colline, et que le second commencçait au droit du rez de chaussée de l'entrée ; de manière qu’on montait sur l'aire, où les colonnes étaient placées, par un perron de 21 marches.
Les colonnes avaient quatre pieds et demi de diamètre, et n'étaient distinctes l’une de l'autre que de sept pieds, ce qui faisait que leur disposition approchait du genre pycnostyle. Elles étaient cannelées et composées de plusieurs
assises ou tambours de deux pieds de hauteur; ces tambours, de même que tout le reste des pierres taillées, étaient posés sans mortier et sans plomb; en sorte que les joints étaient presque imperceplibles. La plupart des bases n'étaient que commencées à tailler. Les cannelures sous l’astragale du haut de la colonne n'étaient point en mauière de niche, comme elles sont ordinairement; mais elles avaient une figure toute contraire. Les chapiteaux étaient selon la proportion que Vitruve enseigne, n'ayant pas plus de hauteur que le diamètre du bas de la colonne ; ils étaient aussi, selon Vitruve, taillés à feuilles d’acanthe. L’architrave élail composé d’un sommier posé sur chaque colonne, et d’un claveau au milieu, appuyé sur deux sommiers. Cet architrave faisait un ressaut d'environ six pouces au droit de chaque colonne, pour soutenir des cariatides en basrelief de dix pieds de hauteur, adossées contre les pieds-droits des arcades qui étaient au-dessus de l’architrave, à la place de la frise. Les cariatides avaient la tête sous les impostes des arcades; el au &roit de chaque cariatide, au-dessus de l’imposte, il y avait un vase dont le pied était en pointe, à la manière des urnes où les anciens mettaient les cendres des morts.
Ces arcades soutenaient un autre architrave pareil au premier, au-dessus duquel il n'y avait rien. Le dedans, de mème que le dehors, était garni de cariatides qui étaient au nombre de 44, parce qu’il ne pouvait y en avoir en dedans, au droit des colonnes des angles.
De vingt-quatre colonnes de cet édifice, il n’en restait que dix-sept; et il paraît, par la figure d’Hélias Vinetus, que de son temps, il y a environ six vingt ans, il y en avail encore dix-huit. Deux des colonnes de la face qui regardait sur le port, au droit de la citadelle, étaient fort endommagées de coups de canon qui avaient emporté en quelques endroits jusqu’au quart d’un tambour sans les avoir pu abattre : ce qui fait connaître combien le pouvoir que le temps a de ruiner insensiblement les choses, a plus de force pour les détruire que n’en ont les autres forces qui, pour le mème effet, agissent avec violence.
Œci, quos Græci Kwtezrvods appellant. La ville de Cyzique, qui était une île du même nom dans la mer de Propontide, est fort renommée pour la magnificence des bâtiments, qui étaient tous de marbre jusqu'aux murailles. 11 y a apparence que le nom qu’on a donné aux grandes et maguifiques salles dont Vitruve parle a été pris de là. Cum circuilionibus. J'ai usé de circonlocution pour expliquer le mot de circuitiones. Le texte porte que les salles à manger doivent être assez grandes pour avoir duo triclinia cum circuilionibus. Je traduis deux tables à trois lits, avec la place qui leur est nécessaire tout alentour pour le service. Cette explication est prise du dixième chapitre de ce livre , où Vitruve parle encore de ces salles à manger; il en fait concevoir la grandeur par le nombre des tables à trois lits qu’elles pouvaient contenir, outre la place qu’il fallait pour le service qu'il appelle ministrantium locum. J. Martin explique circuiliones, leurs promenoirs environ, et il croit que triclinia étaient des salles à manger qui faisaient une parlie de L'édifice qui est appelé æcos; mais la manière dont Vitruve s’en explique au dixième chapitre fait voir qu’en cet endroit triclinia étaient les tables à trois lits sur lesquels on se couchait pour manger.
Lumina fenestrarum valvata. J'ai cru que ces mots . me signifiaient pas, comme les interprètes ont cru, des fenêtres doubles, mais des fenêlres qui, n'ayant point d'appui, s'ouvrent jusqu’en bas comme des portes, et de la manière que le roi les a fait faire à Versailles, dans tous les appartements qui ont vue sur les jardins de cette maison enchantée ; car il n’y aurait pas de sens à dire que les fenêtres des lieux où l’on mange doivent être doubles, afin que ceux qui sont à table, c’est-à-dire qui sont éloi-
gnés des fenêtres, puissent voir dans les jardins, parce que, supposé qu’on entende par des fenêtres doubles des fenêtres larges, elles ne sauraient faire autre chose que de découvrir à ceux qui en sont éloignés une plus grande partie du ciel : au lieu que lorsqu'elles sont ouvertes jusqu’en bas, on découvre non-seulement la campagne, qui est éloignée, mais même les lieux plus proches, tels que sont les jardins. Pline, dans la description qu’il fait de sa maison des champs, parlant d’une chambre qui avait vue sur la mer de trois côtés, dit que undique valvas auf fenestras non minores valvis habet ; et il semble que par valvas aut fenestras il veut faire entendre qu’on ne saurait dire si ce sont des portes ou des fenêtres : c’est pourquoi on les appelle communément en français des portes-fenêtres.
De lectis. J'ai suivi la correction de Philander, qui croit qu’il faut lire de lectis , au lieu de de tectis, qui se trouve dans tous les exemplaires.
Cb. IV (ou VII). Zdeo quod vespertino lumine opus est uli. 11 semble que Vitruve veuille dire que les lieux à manger ne servaient que le soir : el cela confirme l’opinion que l’on a que les anciens ne mangeaient guère que le soir, et que s’ils dinaient, ce n’était que fort légèrement. Hippocrate parle de manger deux fois le jour, comme d’une chose qui n’était pas ordinaire. Celse dit que ceux qui dinent doivent se contenter de peu de chose, sans manger de chair et même sans boire, si c’esten hiver ; et je crois que le mot dont les Grecs et les Romains appelaient le repas du soir signifiait un repas commun, c’est-àdire que plusieurs personnes font ensemble, parce que chacun faisait son diner en particulier, et comme en passant.
Triclinia verna et autumnalia ad orientem prætenta luminibus ; tum enim adversus solis impetus progrediens ad occidentem effcit, etc. Cet endroit est obscur et difficile, parce qu'on ne lui saurait donner de construction. Il y a : cwm enim prætenta luminibus, adversus solis impelus progrediens ad occidentem. J'ai tâäché de trouver de la construction en lisant adversa au lieu d’adversus ; el présupposant que cm est une préposition et non pas un adverbe , ainsi qu'il semblerait être à cause d’enim qui le suit, je lis donc : cum enim prætenta, c’est-à-dire cum prætenta enim, où nam Cum prætenta Luminibus adversa, solis impetus progrediens ad occidentem : ce qui signifie : car le soleil passant vers le couchant avec un rideau ou contrevent qui lui est opposé, C’està-dire pendant qu'un rideau ou contrevent Lui est opposé; car prætenta ou prætentura, qui est dit a prælendendo, signifie tout ce que l’on oppose et que l'on met devant pour se couvrir. Les historiens se servent de ce mot pour signifier les retranchements et les épaulements que l’on oppose aux ennemis. Amm. Marcellin en use souvent en cette signification : Zbique densis inter obsidentium itinera prætenturis, etc. Salubriter et caule castra metata, prætenturæ totis itineribus ordinatæ, etc.
Plumariorum textrina. On ne sait point bien précisément ce que c'était parmi les anciens que plumarium opus. Quelques-uns croient que c’étail un ouvrage fait avec des plumes d'oiseaux; mais il y a plus d'apparence que c'était la broderie, qui est différente de la tapisserie en ce que la broderie n’est pas une étoffe continue et tissue, mais composée de pièces rapportées, ou de fils couchés sur une étoffe ou sur une toile, de la mème manière que les plumes des oiseaux le sont sur leur peau.
Propter constantiam luminis. Les lieux tournés au septentrion sont plus propres pour serrer les tableaux que les autres, dans lesquels les rayons du soleil donnent une bonne partie du jour, parce que la trop grande lumière mange les couleurs. L'inconvéuient que Vitruve apporte
du changement du jour ne paraît pa si important. Cependant les peintres et les curieux font un grand mystère du jour selon lequel ils veulent que les tableaux soient regardés; mais je crois que ce mystère n’est pas bien entendu de la plupart de ceux qui en parlent; car le jour qui donne sur un tableau lui peut être avantageux en deux manières : la première est quand la direction de la lumière qui éclaire le tableau est pareille à celle qui y est représentée , et cela est ce que tout le monde sait, et qui, à mon avis, n’est pas d'aussi grande importance qu’on le pense; parce que, de quelque manière qu’un tableau soit illuminé, il a toujours ce qui lui est nécessaire, savoir, que les couleurs fassent tout l’eflet qu’elles doivent faire pour le clair et pour Pobscur, principalement quand il ne s'agit pas de tromper comme dans une simple perspective; et cette rencontre du jour extérieur et de celui du tableau n’est pas plus nécessaire que serait la rencontre de la hauteur de l'œil avec celle de la ligne horizontale du tableau, et dont les peintres ne se mettent pas beaucoup en peine, puisqu'ils placent souvent des tableaux en des endroits où cette rencontre ne saurait se faire. L'autre manière suivant laquelle le jour peut être avantageux à un tableau est de le mettre au même jour qu'il était quand il a été peint; car quand il est vu à un autre jour, il est certain qu'il paraît tout autre, parce qu’alors on voit sur sa surface des inégalités causées par tous les différents coups de pinceau, que le peintre n’y aurait pas laissées s’il avait été à ce jour-là quand il y a travaillé, parce qu’il les aurait vues. Un pareil inconvénient se rencontre aussi dans la sculpture, etil fait une partie considérable des difficultés qui y rencontrent ; parce que, comme les ouvrages de sculpture peuvent êlre vus à des aspects et à des jours différents, il est certain que ces circonstances leur font faire des effets différents, et que si celui qui travaille n’y prend garde, ce qui fera un bon effet à certains jours et à certains aspects ne le fera pas en d’autres. C'est pourquoi les chevalets dont on se sert pour modeler se tournent sur un pivot, pour pouvoir varier les jours et les aspects ainsi qu'il est nécessaire.
Ch. V (ou VII). Quod hi aliis officia præstant ambiundo, quæ ab aliis ambiuntur. Cet endroit est obseur. Le sens me semble être que les gens de médiocre condition ne reçoivent pas tant de monde chez eux que les grands, à qui ils vont faire la cour avec tout le reste du monde. J’ai cru que ce sens se trouverait dans le texte, si, au lieu de hi aliis officia præstant ambiundo, quæ ab aliis ambiuntur, onlisait: Li aliis officia præstant ambiundo, neque ab aliis ambiuntur, mellant seulement neque au lieu de que.
Nunc rusticorum expedilionem, ele. Tous les exemplaires commencent à cet endroit le neuvième chapitre (le sixième de cette édition) , mais mal à propos, comme Philander a observé. Je m'étonne pourquoi cette remarque ayant été approuvée par tous ceux qui ont écrit sur Vitruve depuis Philander, personne n’a restitué à ce chapitre ce qui lui a été ôté sans raison, et je crois en avoir beaucoup de lavoir fait.
Ch. VI (ou IX). Cortes. Le mot latin chors sianifiait la cour des métairies seulement. M. Varro dit qu’il en faut deux dans les grandes fermes : l’une entourée de bâtiments pour loger le fermier, au milieu de laquelle il doit y avoir une mare; l’autre pour mettre les pailles et les fumiers, qui doit être entourée d’étables et de bergeries. I y a apparence que notre mot de cour, quoiqu'il s’étende à cette partie de toutes nos maisons qui estenfermée etdécouverte, de même que le cortile des Haliens, a pris son origine de ce mot de chors.
Ad focum…. spectent. J'ai cru qu’il ne pouvait y avoir de difficulté de traduire ici focum la cheminée, parce qu’elle
s’entend de celle de la cuisine, où il est certain que Îes anciens avaient des cheminées : car on doute s’il yen avait dans leurs chambres, qu’on tient qu’ils échauffaient seulement ou par des conduits qui apportaient une vapeur chaude d’un feu qui était allumé sous une voûte sous terre, ou par une espèce de charbon de terre qui brülait sans faire de fumée, et que Suétone appelle miseni carbones, en la Vie de Tibère. Mais on lit beaucoup de choses qui peuvent faire croire qu'ils avaient des cheminées dans leurs chambres. {1 paraît dans Homère que les Grecs faisaient du feu dans leurs chambres, même en élé; car la princesse Nausica, qui s'était baignée à la rivière l’après-dinée , se fait allumer du feu dans la chambre en arrivant, Suétone dit que la chambre de Vitellius fut brûlée, le feu ayant pris à la cheminée. Horace écrit à son ami de faire bon leu dans sa cheminée, dissolve frigus ligna super foco large reponens. Cicéron dit la même chose à Atlicus dans ses épitres, luculentocaminoutendum censeo : et Vitruve même, ci-après, au troisième chapitre du septième livre, parlant des corniches que l’on fait dans les chambres , avertit de les faire simples et en sculpture dans les lieux où l’on fait du feu. Néanmoins, il est croyable que si les anciens avaient des cheminées faites comme les nôtres, elles étaient fort rares; autrement Vitrave eu aurait parlé plus expressément, car leur disposition et leur situation est une chose assez considérable dans notre architecture.
Boves Lumen et ignem spectando horridi non fiunt. Columelle explique cela en disant: boves nitidiores fiunt, si focum proximum habeant, elignis lumen intendant.
Agricolæ regionum periti. M y a dans la plupart des exemplaires agricolæ regionum imperiti. Quelques-uns ont perili; cela m’a semblé être de meilleur sens.
Torcular ilem proximum sit culinæ. Marcus Caton dit qu'il faut que les huiles soient Lenues dans un lieu le plus chaud qu’il sera possible. Columelle fait entendre qu'il doit y avoir de l’eau chaude dans les pressoirs à huile, pour laver les olives quand elles sont sales , et pour échauffer les vaisseaux où l'huile doit être gardée. I dit néanmoins qu'il faut éloigner le feu le plus que l’on peut des pressoirs, à cause de la fumée , qui est Lellement nuisible à l'huile dans le temps qu’on la fait, qu'il ne doit jamais y avoir plus d’une lampe allumée dans chaque pressoir.
Queæ cum sint cullearia. Je traduis s'ils sont de la grande jauge le mot de culearia, parce que culeus, qui contenait seize cents pintes qui font près de quatre de nos muids, élail la plus grande mesure des choses liquides.
Horrea. Le mot de Aorrea doit, ce me semble, signifier ici granges, bien qu'ils’entende ordinairement des greniers à serrer le blé quand il est battu , et que le mot de grange signifie un lieu à serrer les gerbes : mais parce qu'il s'agit ici du danger du feu , il y a apparence que Vitruve a entendu par Lorrea nos granges : car les grammairiens tien nent que horreum est dit ab horrore spicarum ; or les épis ne sont qu'aux gerbes et non pas aux grains quand il est battu; d’ailleurs le mot Lorreum s'étend encore plus loin que les greniers et que les granges, puisqu'il signifie même jusqu'aux caves et aux selliers dans Horace :
Navdi parvus onyx eliciel cadum Qui nunce Sulpitiis accubat horreis.
Farraria. semblerait aussi que farraria, qui est dif de far, qui signifie le grain du blé battu, devrait être traduit grenier à blé; mais parce que le blé battu m'est pas sujet à prendre feu comme Ja paille et le foin, j’ai cru que Vitruve avait pu prendre la licence de mettre farraria pour ua grenier à serrer les pailles, et que , de même que far, qui signifie du blé battu, est dit a faciendo , par la même raison la paille pouvait aussi être dite far, parce que la même action qui sépare le grain de la paille sépare aussi
la paille du grain. Le mot français de foarre ou feure, qui signifie de la paille, vient peut-être de ce mot farraria. ltaque de ea re... oporteat sumere. J'ôte un point qui sépare en deux une période, et je lisi{aque de ea re sic eritexperiundum ex qua parte lumen oporteat sumere, au lieu de ifaque de ea re sic experiundum. Ex qua parte lumen oporteat sumere, linea ducatur.
Linea tendatur ab altitudine parietis, qui videtur obstare ad eum locum. Cet endroit est difficile à entendre, parce qu’il n’est pas croyable que Vitruve ait voulu direce qu'il dit ; savoir, que, pour voir si un mur empêche le jour, il faut tendre une corde depuis le haut da mur qui peut empêcher le jour jusqu’au lieu qui le doit recevoir : car il est évident que cela est inulile, parce que l'œil peut faire connaître ce qui en est, sans qu'il soit besoin de cette corde; de sorte qu'il semble que Vitruve a voulu dire que , pour déterminer à quelle hauteur on doit mettre le linteau d’une fenètre ou le plancher d’un appartement, il faut tendre une corde en travers, à peu près à l'endroit où l’on se propose d'élever le linteau ou le plancher, et regarder si entre cette corde et le mur on voit un espace considérable du ciel.
Ch. VII (ou X). Ovswpetoy. Ce mot grec est peu usilé; mais ce qu’il signifie est assez aisé à entendre, parce que le texte l'explique clairement ; il vient de {kyra, qui signifie la porte.
Duas antas…… in quibus trabes invechuntur. Je lis invehitur, au lieu de invehuntur, qui a élé mis par un copiste quinesavait pas que #rabes se dil au singulier, et que deux piliers ou pieds-droits ne souliennent qu’un poitrail.
Et quantuln inter antas... spatium Gatur inlrorsus. Il a fallu paraphraser cet endroit, qui même avec la paraphrase ne laisse pas d'être obscur. Pour le rendre plus clair, il u’y aurait eu qu’à dire que la pièce appelée pros{as a en profondeur les deux tiers de l’ouverture qui est entre les deux autres. Scamozzi ne s’est point mis en peine de tout cela quand il a dessiné le prostas de Vitruve aux maisons des Grecs : au lieu des deux antes, dont il est parlé dans le texte, il en a mis quatre.
Apud nonnullos roosràs. Les mots de prostas et de parastassignifient la même chose, savoir, des antes, des pilastres, des pieds-droits. 11 ne se trouve point qu’ils sigmlfient un lieu et un passage ailleurs qu’en cet endroit. Il en est parlé au commencement du denxième chapitre du qua-
- trième livre.
Amplithalamus.Les exemplaires ontamphithalamus.
Je lis antithalamus, selon la correction d'Hermolaus.
- 11 y a apparence que cette partie dont Vitruve parle est celle que Pline, dans ses Épitres, appelle procæton, c’est-à-dire un lieu qui est devant celui où l’on couche, qui est ce que uous appelons antichambre; il est à remar-
- quer que Pline dit, dans une de ses Épîtres, que son anlichambre était jointe immédiatement à sa chambre, au lieu que nous voyons ici que l'anfithalamus des Grecs était
. séparé du {halamus par le vestibule ou passage appelé prostas ; el c’est peul-êlre par cette raison-là que Pline dit que son antichambre était jointe à sa chambre corne étant une chose qui n'était pas ordinaire.
Cellæ familiaricæ. N n’est pas aisé de savoir cerlainement ce que Vitruve entend par cellas familiaricas. Les “anciens appelaient se/las familiares, sellas præforatas, ad excipienda alvi excrementa accommodatas. Mais
“selle, qui signifie une selle, est autre chose que cella, qui est une petile chambre. 1\ y a néanmoins apparence que
sella par mégarde, parce qu’il s’agit ici des pièces dont es appartements sont composés, el non pas des choses dont ils sont meublés : et on peul croire aussi qu'il a À ajoulé le mot familiarica où familiaris pour désigner
l'usage de cette pièce, qui était destinée pour la commo- « dité des nécessités ordinaires. Mais il faut entendre que
YIFRUYE.
» Vitruve n’a pas mis le mot de cela au lieu de celui de |
ce quiest ici appeK garde-robe n'était qu'un lieu pour serrer la chaise et les antres meubles nécessaires à lachambre, el non pas le lieu qui en français est appelé le privé , parce qu'il ne se trouve point, dans les bâtiments qui nons restent des anciens, qu'ils enssent dans leurs maisons des fosses à privés. Ce qu’ils appelaient lafrinas étaient des lieux publics, où allaient ceux qui n’avaient pas des esclaves pour vider et pour laver leurs bassins, qui étaient aussi appelés Zatrinæ a lavando, suivant l’étymologie de M. Varro. Car Plaute parle de la servante quæ latrinam lavat; or, latrina ne peut être entendu en cet endroit de Plaute” dela fosse qui, chez les Romains, était nettoyée par des conduits souterrains dans lesquels le Tibre passait : et ilest vraisemblable que Plante s’est servidu mot delatrina pour dire que sella familiaris erat veluti la/rina particularis.
Rhodiacum appellatwr.On ne sait pas bien pourquoi ce portique s’appelle Rhodien, si ce n’est parce qu ’élant tourné au midi, et ayant le soleil tout ke long du jour, il est semblable à Tr île de Rhodes, dans laguellé Pline dit que le soleil est rarement caché par des nuées.
Tricliniis quatuor stratis. Je lraduis quatre tables à trois siéges en forme de lits, le mot triclinium, qui, à la lettre, ne signifie qu’un triple lit. Au cinquième chapitre de ce livre, {riclinium est pris pour la salle où l’on mangeait, et dans laquelle étaient les tables avec leurs trois lits.
Quod in his viri sine interpellationibus mulierum versantur. Vilruve parle à la manière des Romains, qui n'étaient pas si galants queles Grecs; car le mot in{erpellare signifi en latin quelque chose de plus que le mot français d'interrompre, et il s'étend à tout ce qui incommode, ct qui vient mal à propos empêcher de faire ce que l’on veut.
Xenia appellaverunt. Les présents qui étaient appelés xenia par les anciens n’étaient pas seulement donnés par les hôtes qui recevaient des étrangers chez eux, ainsi que Vitruve le dit ici; mais ils se faisaient aussi par les étrangers à ceux qui les logeaient, comme il se voit dans Hoère entre Glaucus et Diomède, qui se font réciproquement des présents, que le poëête appelle xenia.
Inter duas aulas. Le motlatin aula signifie une grande salle; mais le mot grec aule signifiait premièrement une cour, ainsi qu'Athénée l'explique par le témoignage d'Homère, etil dit que la cour d’une maison est appelée aule à cause qu’elle est exposée au vent; en sorte que le nom aule vient du mot ao, qui signifie souffler : qu’ensuite les palais des rois furent appelés aulæ , parce qu'ilsavaient des eours grandes et spacieuses, et par cette raison plus exposées au vent que les cours des maisons particulières, et peut-être aussi parce que le vent y repait les courtisans. Je crois que notre langue a suivi cetle même étymologie; car nous appelons la cour le lieu où le roi réside avec ses princes et ses officiers : si ce n’est que l’on veuille dire qu'elle est prise du mot latin curia, qui, selon Festus, était dit a cura, comme étant le lieu où lon traitait les affaires publiques, locus ubi magistralus publicas curas gerebant.
Je croirais néanmoins que mesaule pourrait ètre expliqué comme sice mot était composé de #e50s et de awlos, pour signifier un endroit cfroit au milieu de deux édifices; en sorle que aule, dont mesaulæ est composé, ne signifierait point les édifices qui sont aux côtés des lieux appelés mesaulæ, mais l’espace long, et étroit comme une flûte, qui est an milieu de ces édifices : car aulos ne siguüilie pas seulement une flûle, mais généralement tout ce: qui est long et étroit. Celle manière d'exprimer nne figure longue et étroite par le mot de flûte est familière à notre langue.
Nostri telamones appellant. Baldus croit que le mot telamon vient du grec {lemon, qui signifie un misérable
qui supporte le mal avec palience; ce qui convient assez bien à ces figures qui portent les saillies des corniches : Servius néanmoins dit que ce que les Grecs appellent 44- Las, les Latins le nomment Telamon ; mais il y a apparence que ce grammairien a pris cela dans Vitruve, parce qu’il ne se trouve point que les auteurs latins qui ont parlé de ce roi de Mauritanie, qui, pour avoir été fort adonné aux observations astronomiques, a donné lieu à la fable, l’aient appelé autrement qu’Atlas.
Ch. VIII (ou XI). Sublisæ. J'ai suivila correction de Philander, qui, au lieu de sub lysi, lil sua lysi. Car bien que lysis, ainsi qu'il a été remarqué au deuxième chapitre du troisième livre, signifie la cymaise ou talon d'une corniche, il n’y a point d'apparence que Vitruve en entende parler, parce qu’en cet endroit-ci il ne s’agit point d'aucun membre d’architecture en particulier ; de sorte que /ysis se doit prendre, selon sa signification grecque, à la lettre, c’està-dire pour la rupture d’un mur qui se fait par la séparation des pierres dont il est composé. Néanmoins les grammairiens croient que Vitruve a voulu signifier par ce mot le vide el l'ouverture d’une porte.
In frontibus. In frontibus est opposé à introrsus contra terrenum ; en sorte que je crois que Vitruve entend qu'il y a des éperons aux deux faces du mur, dont les uns sont droits et parallèles, savoir, ceux qui sont en dehors et vers la terre; les autres font des angles qui sont wti dentes serratim conslructi.
Anterides sive erismæ. Ces mots grecs que Vitruve a mis ici signifient des appuis ; ils viennent du verbe errdin, appuyer, résister et pousser contre, Nos mots français d’éperon et arc-boutant sont métaphoriques, et désignent les deux espèces d’appuis que l’on met aux murs : car les uns, qui sont perpendiculaires au mur, sont appelés éperons, parce qu’ils sont attachés au mur de même que l'éperon l’est au Lalon ; les autres, nommés arcs-bontants , sont courbés, et sont de la même espèce que ceux que Vitruve dit ressembler à des dents de scie.
Eœque inter se distent tanto spatio, etc. Le texte latin est si corrompu en cet endroit, qu'il n’a point de sens, et celui qu'il semble avoir est contraire à la raison; car il semble que ce texte veuille dire qu'il faut que les éperons soient autant distants les uns des autres que le mur qu'ils soutiennent à de hauteur; ce qui n’est point raisonnable : car plus le mur que les éperons appuient est haut, et plus les éperons doivent être proches les uns des autres, parce que plus ce mur est haut, et plus il a besoin d’être appuyé par un grand nombre d’éperons. De sorte que j’ai cru qu’il y avait faute dans le texte par la transposition de deux lignes, et qu’au lieu de deinde in frontibus anterides sive erismæ sint una slruantur, eæque inter se distent tantospalio, quanta allitudo substructionis est futura, crassitudine eadem qua substructio. Procurrant aulem ab imo quantum crassitudo constitula fuerit substructionis, il faut lire, remettant ces lignes à leur place : Deinde in frontibus anterides sive erisme sint, una struantur, crassitudine eadem qua substructio, eæque inter se distent tanto spatio, quanto crassitudo constituta fuerit substructionis. Procurrant autem ab imo quantum altitudo substructionis est futura. Car cette grandeur de l’empatement des éperons, qui croît à proportion que le mur qu’ils appuient est plus haut, me semble plus raisonnable que celle qui diminue leur nombre à proportion que le mur est plus haut. On pourrait dire néanmoins que la raison qui m'a porté à chercher quelque moyen de rétablir ce passage est fondée sur une opinion et sur une pensée qui est contraire à celle de tous les architectes, qui veulent, ainsi qu’il a été remarqué sur le cinquième chapitre du premier livre, que les empatements des murs soient proportionnés à leur largeur, et non pas à leur hauteur.
NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII
Mais je crois que ceux qui, comme moi, ignorent les raisons que lon a d’en user ainsi, s’en tiendront à celle que j'ai alléguée d'en user autrement, qui est, ce me semble, assez évidente.
Quanta altitudo substructionis est futura. | faut entendre que ceci est dit de la hauteur du mur qui soutient la terre aux bâtiments souterrains , ainsi que le texte l'explique ensuite.
Architectus autem simulanimo constituerit.…. habet definitum. Je ne sais si cet endroit de Vitruve est cause de la vanité de la plupart des architectes, qui veulent que l’on croie qu’ils n’ont que faire de modèles que pour faire comprendre à ceux pour qui ils bâtissent, et aux ouvriers, quelle est leur pensée, et non pas pour Ja rectifier et pour la corriger; mais il est certain que la présomption que Vitruve veut ici qu'un architecte ait de sa capacité n’était point dans lesprit d’un des plus célèbres architectes de notre siècle, qui, non-seulement n’était point assuré des dessins qu’il avait longtemps étudiés et médités, mais qui, après en avoir fait faire des modèles, abattait jusqu'à deux ou trois fois les bâtiments lorsqu’ils élaient achevés, pour y corriger des défauts qu’il n'avait pu prévoir auparavant.