‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 199 sur 265 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

Reges Atlalici..…. bibliothecam Pergami….instituissent. Plutarque écrit que cette bibliothèque des rois de Pergame était de deux cent mille volumes. Celle des rois d'Égypte en avait jusqu’à sept cent mille, au rapport d’Aulu-Gelle; et Galien dit que, parmi les rois d'Égypte, la manie d'accroître le nombre des livres de leur bibliothèque était si grande, qu'ils achetaient bien cher tous ceux qu’on leur apportait, et que cela a donné occasion de supposer quantité de livres aux auteurs célèbres sus le nom desquels on faisait passer des traités qu’ils n'avaient point composés, afin de les faire valoir davantage. Galien dit cela pour faire entendre qu’il y a des livres que lon a mis entre les œuvres d’Hippocrate, qui n’en sont pas. Cette bibliothèque fut brûlée par les Romains dans la guerre que César fit en Égypte, Aulu-Gelle dit que le feu y fut mis par mégarde et par des soldats qui n’étaient pas Romains, mais des troupes auxiliaires ; comme ayant de la peine à souffrir qu’une action si barbare puisse être reprochée à ceux de sa nation; vu que les Perses, tout barbares qu'ils sont, avaient épargné Ja bibliothèque d'Athènes lorsque Xerxès prit la ville et qu'il la fit brûler.

Qui cilal cos, quorum responsum..…. non potest coram indicari. Par celte raison, ce serait un crime digne du feu que de reprendre quelque chose dans les écrits que Zoïle a faits contre Homère, si nous les avions à présent. Cela fait voir jusqu'où a été la licence de ceux qui ont gâté cet ouvrage, lorsqu’en le transcrivant, ils y ont changé ou ajouté à beaucoup de choses à leur fantaisie. .

Æschylo docente tragædiam, scenam fecit. I est certain qu’il y à faute dans le texte, et qu’au lieu de {ragædiam scenam , qui est dans presque tous les exemplaires, il faut tragicam, comme Barbaro a corrigé.

Uti de incerta re certæ imagines..…. redderent speciem. Jecrois quedereincerta certas imagines repræsentare veut dire ici que, bien quelaraison de toutes les choses naturelles soit incertaine et presque inconnue, et particulièrement en ce qui regarde la manière dont la représentation des objets se fait dans notre œil, on ne laisse pas d’avoir des règles si certaines, qu’on ne manque jamais à représenter dans les fictions de la perspective les vrais et ordi-

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

naires effets que les choses mêmes ont accoutumé de produire dans l'œil.

Uti Diades. "Tous les exemplaires ont Cliades. Il n’est pas difficile de voir que l’erreur du copiste est venue de la ressemblance qu'il y a en cl et d'; joint que le nom de Diadès est fort célèbre entre ceux qui ont ecrit des machines ; il enest parlé au neuvième chapitre du dixième livre.

Nam quatuor locis….ornatæ dispositiones, e quibus proprie de hisnominationes….nominantur. J'ailu propriæ , et j'ai traduit : car entre autres ily a quatre temples dans la Grèce qui son! bâtis de marbre, et enrichis de si beaux ornements qu'ils ont donné le nom à ceux dont nous nous servons. C’est là le sens que j'ai cru que l’on pouvait Lirer de ces paroles, c’est-àdire que les choses que les architectes de ces ouvrages ont premièrement inventées pour les orner ont paru si belles à ceux qui sont venus depuis, qu’en les imitant ils leur ont donné les noms des ouvrages d’où ils les ont prises; car nous voyons que la même chose se pralique parmi nos ouvriers , qui donnent à leurs ouvrages, par exemple le nom de la trompe d’Anet, de la vis de Saint-Gilles, et ainsi des autres pièces curieuses et hardies qui sont célèbres dans certains édifices, et à l’imitation desquelles ils travaillent.

In deorum sessimonio. Cet endroit est difficile ; le mot sessimonium ne se trouve point dans les auteurs latins. Les interprètes traduisent deorum sessimonium, les uns des siéges des dieux, les autres Les temples des dieux, comme si le sens était que les anciens architectes a vaient fait principalement paraître leur industrie dans les ornements qu'ils avaient faits aux piédeslaux des statues de leurs dieux, ou généralement dans l'architecture de leurs temples. Le sens que je donne à sessimonium n’est guère pire.

Laxamentum initiantibus. Quelques interprètes, comme J. Martin, ont cru qu’il y avait faute en cet endroit, et qu’il fallait lire aucto vestibulo laxamentum intrantibus adjicit. Je n'ai point cru qu'il y eût rien à corriger, parce que iniliantes peut signifier ceux qui n’élaient pas encore iniliali, c'est-à-dire qui n'étaient pas admis aux sacrifices de Cérès, qui étaient appelés inilia.

In Asty. Asly Signifie en grec une ville. Les Athéniens

appelaient leur ville simplement la Ville par excellence. Les Romains les ont imités en disant Urbs, au lieu de Roma.

Ch. L Incipiam de ruderatione. Nous n'avons point de mot en français pour signifier celui de ruderatio. Nous avons seulement un verbe, qui est Aourder ; c'est pourquoi j'ai retenu le mot latin. Rudération est une confection et application d’un mortier plus grossier et moins fin que celui qui doit faire la superficie de l’enduit : on s’en sert pour affermir le dernier enduit, et pour empècher que l’enduit du mortier fin ne soit rendu inégal et plein de bosses par l’inégalité des pierres du mur qui doit être enduit, et aussi pour donner aux planchers une épaisseur suffisante pour soutenir le pavé. C’est pourquoi Vitruve dit que ru: deralio principia tenet expolitionum, c’est-à-dire que sans elle les enduits ne peuvent être polis , et les planchers

ne peuvent être bien unis. Ruderalio est dit ou a ruderibus , qui sont les ruines des bâtiments, ou a rudibus et impolilis lapidibus, ou a rude seu vecte quo subigebatur.

Cum statumine. Je traduis une première couche, le mot de séatumen, qui signifie tout ce qui est mis dessous pour soutenir et affermir quelque chosè, id quo res stare motest, ainsi que Hermolaüs, eur Pline, l'interprète. Quelques-uns croient que le s/atumen se faisait de la manière que nous appelons Lourder, et que les cailloux y étaient mis tout secs, sans mortier et sans chaux. Cela semblerait raisonnable, si le texte n’y était point contraire sur la fin

du chapitre, où il est dit que le s{atumen doit être fait de cailloux, de chaux et de ciment : ruderi novo tertia pars testæ tusæ admisceatur, calcisque duæ partes. Statuminatione facta, etc., si ce n’est qu’on veuille dire que le gros mortier mis sur les cailloux et les pierres sèches soit un s{atumen à l'égard du mortier fin qui se met le dernier, de même que les cailloux seuls et les pierres sèches le sont à l'égard du gros mortier qu’elles soutiennent dans notre manière de hourder.

Ne commisceantur axes æsculini quernis. Vitruye a voulu dire qu’il ne faut pas mèler des planches de chêne avec celles d’escule, en disant qu’il ne faut pas mêler celles d’escule avec celles de chène. Il a été parlé de l’escule, du cerrus et du phaqus, dont ilest fait mention dans ce chapitre, au second livre, chapitre 1x.

Farno. Philander dit que le nom de farnusiest demeuré en Italie à uneespèce de chène ; le dictionnaire de la Crusca w’en parle point; mais ilse trouve dans celui d’Oudin que l'arbre que les Italiens appellent farnia a les feuilles semblables à celles du chêne, et qu'il a le bois extrêmement dur ; ce qui ne s'accorde pas avec le texte de Vitruve, qui dit que le bois de farnus ne peut durer longtemps.

Elid pensum absolutum non minus crassitudine sit dodrantis. Je traduis comme s’il y avait ut id pinsum

À et absolutum, non minus sit crassiludine dodrantis,

au lieu qu'il y a, et id non minus pensum absolutum crassitudine sit dodrantis ; ce qui n’a point de sens, à cause de la transposition des mots.

Pavimenta struantur sive sectilia. Philander entend par pavimenta sectilia la mosaïque, qui se fait avec de petites pièces de verre coloré et non transparent, de l’és paisseur d’une ligne et quelquefois plus, que l’on applique sur un enduit de stuc encore frais ; les arrangeant comme on fait les pavés, el puis les battant doucement pour faire entrer dans leurs jointures la partie la plus subtile du stuc. Mais je n’ai pas cru que Vitruve l’entendit ainsi, parce qu’il oppose pavimentum sectile à celui qui a {esseras, c’est-à-dire dont la figure est cubique; et il est certain que les pièces dont là mosaique était faile devaient être cubiques ou approchantes de la figure cubique, afin qu’elles se joignissent parfaitement l’une contre l'autre, et qu’elles pussent imiter toutes les figures et toutes les nuances de la peinture, chaque petite pièce n'ayant qu’une couleur, de même que les points de la tapisserie à l'aiguille; mais cela n’est pas à l'ouvrage de pièces rapportées, pour lequel on choisit des pierres qui aient naturellement les nuances et les couleurs dont on a besoin; en sorte qu’une même pierre a tout ensemble et ombre etle jour : ce qui fait qu'on les taille de différentes figures, suivant le dessin qu’on veut exécuter; et c’est en cela que consiste l’essence du pavimentum sectile.

Ita fricentur. Avec le grès n’est pas dans le texte; mais je lai ajouté pour parler à notre mode. Les anciens polissaient les planchers avec une pierre à aiguiser ; et il y a apparence qu’ils choisissaient pour cela la plus rude : or nous n’en avons point de plus rude que le grès,

In scutulis. Scutuleæ sont dites de scutum, qui signilie un bouclier long, différent de clypeus, qu était un bonclier rond. Le mot de scutula est employé en une autre signification en plusieurs endroits du dixième livre.

Favis. J'interprèle en hexagone le mot avi, qui signifie les gâteaux des mouches à miel, parce que les cellules des mouches dont ces gâteaux sont composés sont hexagones. La vérilé est néanmoins que favi signifie une espèce d’hexagone différente de celle des carreaux dont nous nous servons, qui est l'hexagone dont les six faces sont égales; car l’hexagone qui est semblable aux gâteaux des mouches à miel a deux de ses côtés plus grands que les quatre autres, de manière que favus v’est pas simplement un hexagone, mais une espèce d’hexagone.

Et supra loricæ ex calce et arena inducantur. w'y a, ce me semble, point d'apparence que cet endroit se doive entendre à la lettre, ainsi que Philander a pensé quand ila expliqué le mot de lorica, comme si Vitruve voulait dire qu'après que le pavé sera bien dressé et poli, on le couvrira d’un enduit de mortier : car cela est sans raison, puisque cet enduit couvrirait et cacherait la marqueterie et toute autresorte de payé, qu’il aurait été inutile de polir avec tant desoin ; de sorte qu'il est plus croyable qu’il veut que l’on passe et que l’on couche -de ce mortier fin et subtil sur tout l’ouvrage, pour racler ensuite tout ce qui est sur les carreaux et ne laisser que ce qui est dans les jointures, comme font ordinairement les carreleurs. La poudre de marbre qui est sasséesur tout l'ouvrage, avant que d’y mettre la couche de mortier de chaux et de sable, est, à mon avis, pour faire que cemortier ne tienne pas aux carreaux; et qu’il s'attache seulement au mortier quiest déjà dans les joints ; parce que la poudre de marbre n’empêchera pas que le mortier qui est dans les joints ne s’unisse avec celui de cette dernière couche, à cause de l’humidité qui est dans les deux mortiers qui doivent se joindre, laquelle ne se rencontre pas au carreau, qui par cette raison souffrira aisément que la couche de mortier qui est mise sur tout l'ouvrage soit séparée de la superficie quand on la raclera.

Ch. II. De albariis operibus. N a déjà été dil et montré, sur le deuxième chapitre du cinquième livre, que albarium opus doit être le s£uc, et non pas un simple blanchiment fait avec la peau seule, comme tous les interprètes croient. IL est dit a/bariuwm , à cause de sa blancheur, qui vient de la poudre de marbre dont il est composé, et qui est bien plus éclatante que la blancheur des autres enduits, qui sont faits avec le sable ou avec le ciment, qui sont appelés fec{oria opera, c'est-à-dire enduits ; car il faut entendre que £eclorium opus est le genre qui signifie toute sorte d’enduit, soit qu'il soil fait avec le mortier de sable on avec celui de ciment, ou avec celui de marbre, ainsi qu'il se voit au sixième chapitre de ce livre, où le stuc ou mortier de poudre de marbre est appelé ectorium opus du nom général, l'albarium opus étant le nom W’une espèce de /ecloriumopus , savoir, de celui qui est fait avec la poudre de marbre.

Quia calculi in optre..… dissipant tectorii polilia- “es. 11 n’est pas difficile d'entendre quel est le sens du texte ; mais il a quelque chose d’obseur, peut-être parce qu'ilest corrompu; car je crois qu'il doit y avoir, quia cum calculiin opere uno lenore non permacerantur, dissolvunt et dissipant lectori politiones, au lieu de qui calculi in opere uno tenore cum permacerandur, elc.

Nisi lacunariis ea fuerint ornala. I à déja eté dit que lacunar signifie l’enfoncement qui est dans les planchers; et bien que ces enfoncements fussent accoutumés d’être faits dans les planchers en voûte, de même qu’en ceux qui étaient plats, ainsi qu'il se voit en la voûte du Panthéon, néanmoins les anciens appelaient ordinairement lacunaria les planchers plats, el soutenus par des solives. Vitruve oppose ici lacunaria aux planchers voûtés, qu'il appelle cameras. Servius dit que le mot de camera vient de camurus, qui signitie courbé.

Ch. II. Catenis dispositis. Ce que Vitruve nomme ici catenas est ce que nos charpentiers appellent des liens. Ce sont des morceaux de bois qui ont un tenon à chaque bout, et qui, étant chevillés, entretiennent la charpenterie en tirant; de même queles essellières et les jambettes entretiennent en résistant. Ils servent ici à attacher les membrures courbées aux solives du plancher ou aux chevrons du toit. :

Robore. 11 y a plusieurs espèces de chêne qui n’ont point d'autre nom en français que celui du genre. J'ai traduit

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VIT

robur, au neuvième chapitre du deuxième livre, chéne, parce qu'il ne s’agissait que du chêne en général ; mais ici, où robur et quercus sont comparés l’un avec l’autre, j'ai été contraint de les distinguer, en donnant à l’un son nom français et à l’autre celui qu’il aen latin ; car le nom de rovre, quiest dans l'Histoire générale des plantes, n’est point en usage en France. La différence qui est entre ces deux arbres, est que guercus ou chéne est plus grand, ses feuilles plus larges, ses glands plus courts, et son bois plus sujet à se gercer que celui de robur, qui est ferme et durable, noueux et tortu, tout l'arbre étant moins grand, les feuilles plus étroites et les glands plus longs.

Arundines græcæ. On ne trouve point, dans les auteurs qui ont écrit sur les plantes, qu’il soit fait mention d’une espèce de cannes qui soient appelées grecques. Mais il y a apparence que l'espèce dont il est ici parlé est de celle que Théophraste appelle plocimon, c’est-à-dire qui est si menue, qu'où la peut entrelacer et tortiller, ainsi que nous faisons la paille dont on garuit des chaises, et dont on fait de la natte.

Sin autem arundinis græcæ copia non erit.….… alligationibus temperentur. Cet endroit est grandement corrompu. J'ai suivi la correction de Baldus, qui lit : sin aulem arundinis græcæ copia non erit de paludibus tenues colligantur ; etmataxalæ, tomice ad justam longitudinem una crassitudine alligationibus temperentur, au lieu de paludibus tenues colligantur, et malaxæ el tomice, ele. Baldus a fait cette correction après Budée, qui croit que malaxæare signifie amasser plusieurs choses ensemble, comme de la soie ou du fil quand on en fait des écheveaux. Il explique aussi {omice comme étant l’ablatif de {omice, tomices, qui vient du grec {homin, qui signifie une petite corde; en sorle que le sens du texte soit : arundines de paludibus tenues colligantur, et malaxatæ (hoc est in fasciculos efformatæ) lomice (seu funiculo) ad justam longitudinem una crassiludine lemperentur.

Aut creta. Cette craie dont on polit les planchers est appelée par Cisaranus creta lomentata. C’est un mélange de craie et de bourre.

Quod earum planitiæ coronarum. J'interprète en leurs plafonds le mot planihiæ, qui est un mot particulier à Vitruve, qui ne peut signifier ici que le plafond ou soflite de la saillie de la corniche, ou bien tout le plafond du plancher; mais le sens veut qu’on l’entende seulement de la corniche, ct que planiliæ ne soit pas joint à camerarum, Mais à Coronarum; parce que camereæ , qui signifient des voûles , ont rien de plat, et que le danger de tomber, dontil s’agit, n’est que pourles Corniches, et non pas pour les voûtes.

Propler superbiam candoris. L'expression de Vitruve est hardie; il appelle superbiam la délicatesse qui fait que la blancheur ne peut souffrir rien de ce qui peut salir, sans en être offensée. 11 semble que nos maçons aient voulu imiter cette figure, quand ils ontintroduit la manière d'expliquer par le mot de fierté la dureté importune qui fait éclater les pierres, lorsqu'elles sont posées sur quel: que chose qui leur résiste avec trop de force,

Deformentur directiones. Quoique le mot directiones ne signifie pas proprement et particulièrement des moulures, mais seulement en général des choses qui sont conduites en droite ligne, et, pour parler comme nos ouvriers, qui sont poussées, on peut dire que ce qui est énoncé par ce mot n’est point autre chose que des moulu res. Vitruve s’est servi de ce même mot au troisième chapitre du quatrième livre, lorsqu'il décrit les cadres qui sont dans les plafonds des corniches doriques, dans lesquels on fait des foudres, et on met dix-huit gouttes arrangées trois à trois.

Non hæreat ad rutrum. Rulrum est dit ab eruendo. !

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

C'est la petite truelle avec laquelle on travaille au stnc.

Udo teclorio. Ce que Vitruve dit wdo tectorio, les ltaliens disent a fresco, c’est-à-dire le mortier étant fraichement appliqué. Cette manière de peindre sur le mortier avant qu'il soit sec, outre l'avantage que Vitruve lui attribue, de conserver éternellement les couleurs qui lui sont incorporées, et celui dont Vitruve ne parle point et qui la fait principalement estimer par les peintres, qui est de rendre la peinture vive sans être luisante, est encore recommandable en ce qu’elle empêche que les couleurs que lon applique ne se sèchent trop tôt; car cela donne bien de la peine dans tontes les autres manières de peinture à détremper, dans lesquelles les couleurs changent tellement en séchant, que ce qui est brun étant fraîchement appliqué devient fort clair eu séchant ; ce qui fait qu'il est trèsdifficile de savoir bien précisément ce que l’on fait, et que l’on est obligé en travaillant d'essayer les couleurs en les couchant sur des tuiles qui les sèchent en un moment, et font voir quelles elles deviendront en séchant sur l'ouvrage. Mais il y a d’ailleurs une autre incommodité à cette peinture , ainsi que Pline a remarqué , qui est de gâter la plupart des couleurs, qui ne peuvent résister au sel de la chaux, que Pline appelle son amertume, et qui corrompt foutes les couleurs qui sont faites avec les plantes, et une grande partie de celles qui sont faites avec les minéraux ; en sorte qu’il ne reste presque que les terres qui puissent conserver leur couleur, et la défendre de la brûlure de la chaux; mais ces mêmes terres affaiblissent la force de la chaux, et rendent la superficie des enduits moins dure.

Mixlionibusque..……. est formata. I a fallu un peu paraphraser cet endroit, qui est embrouillé, pour en tirer quelque sens,

Ipsaque tectoria abacorum. H a déjà été dit ci devant,

savoir, au troisième chapitre du troisième livre, que les !

anciens appelaient abaques de petites tables carrées et polies, sur lesquelles ils traçaient des figures. Nous nous servons d’ardoises pour cela, à cause que ces pierres se fendent naturellement en james minces, solides et faciles à polir, et qu’elles ont cette propriété qu'étant d’un bleu fort obseur, les lignes que l’on y trace aisément avec une pointe paraissent blanches , et s’effacent avec la même facilité en les mouillant. J’ai interprété ailleurs abacum par le mot de failloir ; mais c’est quand abacus signifie la partie qui couvre les chapiteaux , parce que ce mot de taih loir est en usage pour cette signification, qui est autre en cet endroit-ci.

In cratitiis. Je traduis des cloisonnages de bois cratitii parieles , parce que cette espèce de muraille était anciennementemployée aux cloisons, ainsi qu’elle l’est encore parmi nous; C’est pourquoi elle est nommée par Pline et par Festus paries intergerinus. On l'appelle autrement eu français, colombage où pan de bois. Je ne suis pas de Vavis de Philander, qui croit que ces sortes de murs étaient de cannes entrelacées comme des claies , à cause que cra- Les signifie une claie; car il est évident que les cannes que Vitruve a entrelacées sur ce mur ne sont point ce qui le . fait être cratitius, parce qu’elles n’y sont mises que pour

faire tenir l'enduit, sans lequel le mur peut subsister et être dit cratitius , à cause qu’il était fait de poteaux qui, étant posés droits, en avaient d’autres en travers qui les liaient et faisaient une forme de grille.

Clavis muscariis. On ne sait point bien précisément ce que c’est ici que clavi muscari : on juge seulement que Vitruve a voulu signifier une espèce de clous qui ont une tête large et plate, à cause que Pline dit que les plantes dont la graine est en ombelle, faisant comme un bouquet plat au haut de la tige, ont leur graine in muscaria. Ch. IV. Sin autem aliquis paries perpetuos habuerit kumores , etc. 11 serait nécessaire de savoir de quelle humidité Vitruve parle, pour bien entendre cel endroit ; car

S'il s’agit de l'humidité que la terre communique au mur lorsqu'elle est plus haute que le plancher de l’appartement, ilest aisé de comprendre que le petit mur ou le lambris de poterie peuvent rendre le dedans des appartements exempt de cette humidité; parce que l’eau s’écoule par le canal qui est entre les deux murs, et la vapeur bumide qui y est renfermée s’exhale par les soupiraux qui sont en baut : mais s’il s’agit de la vapeur humide dont tous les lieux bas sont remplis, et qui en rend les murs moites lorsqu'ils condensent et font résoudre cette vapeur humide, il est constant que le petit mur ne saurait servir de rien, parce que la vapeur humide s'amassera aussi bien contre le petit mur et contre le lambris de poterie que contre le gros mur ; de sorte qu’il semble que la structure dont il est ici parlé n’est que pour faire que l’eau qui pénètre le gros mur s'écoule par le moyen du canal qui est entre les deux murs , et que la vapeur qui s'élève de cette eau sorte par les soupiraux.

Sin aulem locus non patielur structuram fieri. M y a apparence que le sens est que , supposé que la place du dedans de lappartement soit trop étroite pour bâtir ce second mur, il faut, au lieu d’un mur, se contenter d’une cloison où Jambris fait de tuiles creuses, dont l’épaisseur n’est pas la vingtième partie du petit mur.

Ex una parte supra marginem canalis. NVitruve ne dit point sur lequel des deux bords du canal on doit poser les carreaux. Les interprètes n’en parlent point non plus ; il n’y a que Rusconi qui, dans son livre des figures de Vitruve, met ces carreaux sur le bord du canal qui est près du mur, et bâtit les piles de brique sur l'autre bord.

Mammatlæ tequlcæ. J'ai suivi les interprètes, qui expliquent comme j'ai fait amatas tegulas ; et je erois que les tuiles ou carreaux dont il est parlé au dixième chapitre du cinquième livre, qui sont appelées /eguleæ sine marginibus, peuvent beaucoup servir à faire entendre quelles étaient celles qui sont ici appelées Aamalæ, parce qu’il paraît qu'il y en avait cum marginibus, qui avaient des rebords, telles que sont celles dont Rusconi a fait la figure ; car quoique Lamatæ tegulæ signifient proprement des tuiles qui ont nn crochet, comme sont celles dont on se sert à Paris et aux environs, on peut dire que ces rebords recourbés font comme une espèce de crochet. Laët, dans son addition au dictionnaire de Baldus, dit avoir vu dans deux vieux exemplaires animalæ tequlæ au lieu de kamateæ, el ïl dit avec beaucoup de vraisemblance que ce mot animatæ signifie des tuiles qui sont en forme de canal, quasi animæ emittendæ hoc est spirilui seu vapori exhalando aptæ; de même que olla animatoria signifie une marmite dont le couvercle a un tuyau pour laisser sortir la fumée. Les tuiles, en beaucoup d’endroits de la France , sont faites ainsi en forme d’un demi-canal.

Calce ex aqua liquida. Cet endroit fait voir évidemment que atbarium opus , dont il a déjà élé tant parlé cidevant, n’est point ce blanchiment dont Vitruve fait ici mention , ainsi que tous les interprètes ont estimé.

Abaci ex atramento sunt subigendi. On appelle tables d’attente les panneaux carrés, ronds ou ovales, ou d’autres figures qui s'élèvent avec une légère saillie sur les raurs, parce qu’ils attendent que l’on y fasse quelque peinture ou quelque inscription. J'ai cru que je pouvais ainsi interpréter le mot cbaci, que J. Martin traduit dressoirs. Abaci, ainsi qu’il a déjà été dit, étaient ou des tables sur lesquelles on mettait les verres ; ou celles où on traçait des figures. Il s’agit ici des ornements dont les murailles sont revêtues ; c’est pourquoi il n’a semblé que podia, qui signifient des appuis, pouvaient signifier les ambris quisont au bas des murs, et que l’on fait ordinairement à hauteur d'appui ; et que abaci étant mis ensuite devaient être Jes cadres et les tables d'attente qui sont sur les murs audessus des lambris,

Cuneis silaceis. On appelait sil une couleur qui se trouvait dans les mines d’argent. Les savants ne sont pas bien certains quelle couleur c'était. Saumaise, avec la plus grande partie des critiques, assure que c'était du rouge; mais les témoignages qu’ils ont des anciens pour cela ne sont point si clairs que ceux qui se tirent de Vitruve, pour faire croire que le sil était du jaune , ainsi qu’il se verra dans la suite.

Seu miniaceis. Je crois que vel miniaceis est ici pour et miniaceis, paroe qu'il n’y a point de raison d’entremêler des triangles, s’ils ne sont différents en couleur; et qu'il y a plus de sens à dire que des triangles de si/, qui sont jaunes, sont entremêlés avec des triangles de minium, qui sont rouges. Cela est dit plus clairement au chapitre suivant, où il y a silaceorum miniaceorumque cuneorum inter se varias distributiones. Cette sorte de peinture, faite de triangles jaunes et rouges entremêiés , est encore fort commune en Turquie.

Et summo libramento cote despumato. J'ai suivi Budée, qui corrige ce texte, et lit desquamato au lieu de despumato, bien que Pline se serve du même mot en parlant de la manière de polir les planchers. Jocundus retient despumato, comme étant un terme propre à signifier l'effet que la pierre à aiguiser fail, lorsqu’étant frottée sur quelque chose avec de l’eau, elle fait de lécume : mais cette écume n’est point un effet si particulier à la chose dont il s’agit ici, que ce qui arrive lorsque l’écaille ou la croûte d'un enduit est emportée; car il est ici question de rendre un plancher capable de boire l’eau qui y est répandue; ce qu’il ne saurait faire, si cette croûte n’est ôtée après que le mortier est parfaitement séché; car il lui arrive, comme au pain, de former en dehors une croûte dure, polie et sans pores, et d’être spongieux en dedans.

Simul cadit siccessitque. La description que Vitruve fait de la structure des planchers des Grecs et de l'effet qu'ils avaient , qui était de sécher et de boire des liqueurs qui étaient répandues dessus, donne quelqne lumière pour deviner l’étymologie du nom que les Grecs donnaient aux planchers qu’ils appelaient asarota, c'est-à-dire non balayés, lesquels vraisemblablement étaient ceux dont Vitruve parle ici : car l'étymologie que les grammairiens en ont prise dans Pline est bien bizarre, Cet auteur dit que le premier plancher qui fut fait de cette espèce par Sosus, qui en fut l'inventeur, était composé d’une infinité de petites pièces de différentes couleurs en manière de mosaique, qui représentaient les ordures qui peuvent demeurer sur un plancher après un festin, et qui le faisaient paraître comme n'étant point balayé. Il est, ce me semble, plus croyable que ces planchers noirs, qui, à cause de leur sécheresse, buvaient tout ce qui était répandu dessus, devaient plutôt être appelés asarota, parce qu’il ne les fallait point balayer ni essuyer avec des éponges comme les autres planchers quand ils étaient mouillés, que parce qu’ils paraissaient n'être point balayés.

Ch. V. Deinde coronarum, etc. J'ai cru que Vitruve avait eu intention ici de signifier par coronas des ronds ou des cercles, et par cuneos des triangles, n’y ayant point d'apparence qu’il entendit parler de couronnes et de coins à fendre , mais seulement des figures simples et régulières, dont on peut faire des compartiments. Car, bien que la peinture représente des couronnes de même que toute autre chose, il me semble que Vitruve parle des progrès que la peinture a faits dans ses commencements, et que le sens du lexte est qu’on a d’abord commencé par les représentations les plus aisées, telles que sont celles du marbre; qu'après cela on a passé aux compartiments simples, et ensuite à la représentation de l'architecture, avant que de venir à celle des ornements les plus délicats, tels que sont les couronnes, les festons , les feuillages et les fleurs.

— oo

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

Et silaceorum [miniaceorumque] cuneorum inter se varias distributiones. Je n’ai pu être de l'opinion de Baldus, qui croit que siliaceus color et miniaceus est ici la même chose, après avoir considéré que Vitruve dit qu'avec ces couleurs on faisait des compartiments de triangles différents; car il n’y a point d'apparence que cette différence de triangles fût autre chose que celle de la couleur. Les auteurs , qui conviennent tous de la couleur du minium, ne sont pas d'accord sur celle du si. Hermolaüs Barbarus sur Pline a dit d’abord que c’est du bleu, et ensuile il s’est dédit, et a déclaré que c'était du rouge. Cetle dernière opinion a été suivie de tous les savants; mais il paraît par cet englroit de Vitruve, et par ce qu’il a encore écrit du si/ au septième chapitre, que locre et le sil sont une même chose; que le jaune était sa couleur naturelle , et qu’il n’était rouge que quand il était brûlé. Pline confirme cela, quand ildit, suivant ce qui est écrit par Vitruve à la fin du chapitre onzième de ce livre, que l’on peut imiter la rubrique en brûlant le si et en l’arrosant de vinaigre. Il dit aussi, parlant des différents sis , que les uns servent à embrunir, les autres à donner les jours ; ce que l'ocre fait, selon qu'elle est brûlée ou non brûlée. Demonliosius croit que le sil attique était bleu. Son opinion est examinée sur le quatorzième chapitre de ce livre.

Varictatibus lopiorum ornarent. Les interprètes entendent par {opiorum varietates la représentation qui se fait avec les arbrisseaux taillés en toute sorte de formes. Mais il est difficile de croire que ce soit l'intention de Vilruve, qui parle ici de peinture; et je crois qu’il faut entendre par {opiorum opus , comme il a été dit ci-devant au huitième chapitre du cinquième livre, les verdures et les autres représentations des lieux qui sont faites dans les paysages, parce que cet ouvrage, fait par des arbrisseaux taillés, est sculpture et non pas peinture : et il n’y a aucune apparence que l'on puissereprésenter des ports, des promontoires , des rivages et des Euripes, avec des arbrisseaux taillés.

Megalographiam. Megalographia signifie une peinture grande et importante. J’ai interprété ce mot par celui d'histoire, parce que l’on appelle ainsi d'ordinaire la plus noble des trois espèces de peinture, qui sont l’architecture, le paysage et l'histoire, dont Vitruve parle en cet endroit.

Per lopia. Je crois que ces mots ne sauraient signifier autre chose que ce que j'ai mis dans la traduction, le sens étant que, quoique l’histoire et le paysage soient deux espèces de peintures différentes, le paysage néanmoins est toujours joint avec l’histoire; ce qui n’est pas de même au paysage, qui peut être sans l’histoire.

Harpaginetuli striati. Je traduis un entortillement de tiges le mot harpaginetuli, qui embarrasse fort tous les interprètes. Philander y renonce : Baldus corrige le mot, et lit karpages et mituli, c’est-à-dire des crochets et des coquilles : Cisaranus et J. Martin croient que ce sont des harpies ; Turnèbe a recours à de vieux exemplaires, dans lesquels il trouve & pagine oculi, qui me semble encore plus obscur que harpaginetuli. Ce mot est nn diminutif de karpagines, qui signifie des crochets; ce qui m’a donné lieu de traduire entortillement de tiges, comme qui dirait des tiges attachées ensemble.

Uti inertia mali judicis conniverent artium virtutes. Cet endroit a si peu de sens, qu'il a été nécessaire de le parapbraser un peu, et de dire ce qu’il y a apparence que Vitruve a voulu dire, au lieu de ce qu’il a dit. J'ai ajouté la particule ad; car uli inertia mali judicis conniverent artium virtutes na point de sens; conniveant ad artium virtutes peut en avoir quelqu'un, savoir, que l’ignorance de ceux qui veulent juger des arts leur ferme les yeux, et les empêche de voir ce qui fait l'excellence des beaux ouvrages.

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

At hœc falsa videntes homines non reprehendunt. Vitruve n’en a pas été cru sur le jugement qu’il a fait des grotesques ; et, bien loin de persuader à la postérité que ce qu’elles ont de ridicule les doit faire rejeter, mon opinion est que ce qu’il est dit ici n’a servi qu’à en donner le modèle, et que l’on n'aurait peut-être jamais eu la pensée de ces extravagances , sans ce qu’il nous en a laissé par écrit; parce que toutes les particularités de cette espèce de peinture sont ici si bien décrites, que la perte que les injures du temps nous avaient fait faire de tous les tableaux que l'antiquité avait faits de cette espèce, est fort bien réparée; et cet auteur a bien mieux réussi à instruire nos peintres de l’état de ces sortes d'ouvrages, qu'il n’a fait à les détourner de les imiter, avec le beau raisonnement par lequel il prouve qu'il est impossible que des châteaux soient fondés sur des roseaux, et que des moitiés d'animaux sortent du milieu des fleurs. Car c’est la même chose que si quelqu'un voulait décrire la comédie italienne en disant qu’on n'y représente rien de vraisemblable, et en prouvant par de bonnes raisons qu’il est impossible qu’Arlequin, avec son masque noir, soit pris pour la déesse Diane ou pour une grappe de raisin.

Tholorum rotunda tecta. Vitruve apporte ici plusieurs exemples de choses qui, de son temps, passaient pour ridicules en architecture : cependant il y en a quelques-unes que l’usage et peut-être la raison n’ont vas laissé d’autoriser depuis. Il condamne entre autreschoses la manière de mettre des frontons aux premiers étages, ces frontons n'étant point la face du toit de l’édifice; on en voit néanmoins dans des ouvrages approuvés. Les chapelles du dedans du Panthéon ont des frontons de cette espèce, car ils ne couvrent que lentablement, qui porte sur deux colonnes : et l’on peut dire que cela n’est pas tout à fait sans raison, puisque c’est suivant le principe général que Vitruve reconnaît être dans l'architecture, qui est de faire consister ses ornements dans limitation de la figure, sans qu’il soit nécessaire que les autres propriétés de la chose dont l’imitation a été prise s’y rencontrent. Par exemple, on fait des modillons des quatre côtés d’un édifice dont la couverture n'est point en croupe, bien qu’il soit impossible que les bouts des pannes des forces ou des chevrons, qui sont représentés par les modillons, sortent des quatre côtés d’une même manière , ainsi que font les modillons; on fait les triglyphes qui représentent les bouts des poutres aussi étroits sur les colonnes angulaires que sur celles du milieu, bien que les poutres soient beaucoup plus larges en cet endroit qu'autre part; on met des têtes de lion dans les corniches au droit des entre-colonnements, quoiqu’elles ue doivent point servir à jeter l’eau en cet endroit. Ainsi , lorsque l’on couvre une porte avec un entablement soutenu par des colonnes qui sont aux côtés de la porte, on y met aussi un fronton, quoiqu'il n’y ait point de toit en cet endroit. Mais on le fait à cause que ces colonnes qui sont aux côtés de la porte étant limitation du porche d’un temple, on imite aussi par le fronton le devant du toit qui couvre la porte et le reste du temple; et tout cela en vertu de limitation, qui est une chose de grande autorité dans l'architecture.

Episcenium. C'était, ainsi qu’il a été dit, le second ou le troisième ordre que l’on faisait aux scènes quand elles étaient fort grandes.

Propter asperitatem eblandiretur omnium visus. La manière de parler est étrange, mais assez significative. 11 est dit quela peinture d’Apaturius était agréable à cause de son âpreté et inégalité, propler asperilatem; c’est-àdire que les reliefs et les enfoncements y étaient si bien représentés, que la toile du tableau semblait n’être pas égale et plate , comme elle était en effet.

Effciat et nos Alabandeos aut Abderitas. Ces deux peuples étaient décriés varmi les Grecs à cause de leur

stupidité. C’est pourquoi il faut entendre que c’est par raillerie que Licinius dit que les Alabandins passent pour grands politiques. 11 est à remarquer que la réputation que les Alabandins avaient de manquer d’espritet de jugement ne se trouve fondée que sur des choses appartenant à l'architecture; et que cependant il est vrai que le plus célèbre des anciens architectes, Hermogènes, était Alabandin; et que lout de même aussi les Abdériltains passaient pour peu éclairés, à cause qu’ils avaient cru qu’un de leurs citoyens avait perdu l’esprit, sur ce qu’ils voyaient qu’il s’occupait à disséquer toutes sortes d'animaux ; et que cet Abdéritain était Démocrite, estimé le plus bel esprit de l'antiquité. Mais comme il y a beaucoup d'apparence que les Alabandins et les Abdéritains avaient donné des mar. ques de leur peu de suffisance sur d’autres sujets que sur ceux qui appartiennent aux sciences et aux arts, il paraît par ces exemples que les Grecs se faisaient principalement honneur des choses de cettenature, quoiqu’ils excellassent autant qu'aucune des nations dans la morale, dans la politique, et dans les autres productions de l'esprit.

Ch. VI. Quæ..…. prœæstant | tectoriis et coronariis | operibus utilitatem. Je suis l'interprétation de Philander, qui croit que coronarium opus signifie et les corniches dont on couronne, s’il faut ainsi dire, les planchers , et les festons et les bouquets, que Pline appelle coronarium opus , et que l’on représente avec le stuc.

Cœæmenta marmorea. Je traduis des éclats de marbre, cæmenta marmorea, supposant que cæmentum , ainsi qu’il a été remarqué sur le premier livre, est dit & cœædendo ; de sorte que Vitruve met deux espèces de marbre dont on fait le stuc : car il y en a qui se trouve par morceaux et qui est semé de points luisants, qui est le meilleur pour le stuc, parce qu’il est bien plus dur que l’autre, qui se prend des éclats des blocs de marbre quand on les laille. On trouve du marbre de la première espèce dans les Pyrénées, proche de Bayonne, qui n’est pas si blanc que celui de Gênes, mais qui est beaucoup plus dur.

Ch. VII. Cum habuerint familias. J'ai cru devoir interpréter une grande quantité d'hommes, familias, que J. Martin tourne des familles, assez mal, à mon avis, parce que la différence qu’il y a entre familia et famille est que famille en français signifie proprement le père, la mère et les enfants ; et familia parmi les Romains signifiait principalement les esclaves ; ar, ainsi que Festus remarque, Jamel en vieux langage signifiait un esclave.

Egregia copia Silis. 1] paraît évidemment que le sil et l’ocre étaient la même chose, parce qu'il est dit qu’au temps que l’on fouillait les mines où l’on trouvait l'ocre, on avait quantité de bon sil, le si£ étant en latin ce que ocra est en grec : et l’on peut croire que le siZ était une espèce d'ocre plus belle et plus rare que ocre commune , qui était ainsi appelée à cause qu’elle était plus pâle que le si ; car la beauté de l’ocre consiste dans la hauteur de sa couleur. Les peintres qui travaillent aux paysages sont fort curieux de se fournir de belles ocres hautes en couleur, qui sont meilleures que les terres de Naples et que les massicos.

Parætlonium. Le nom donné à cette couleur vient du lieu où on la trouvait, Ce lieu était en Égypte. La couleur était blanche, à ce que dit Pline; elle rendait les enduits plus durs.

Melinum. Vitruve dit que la couleur méline était un métal, suivant l’usage des anciens, qui appelaient indifféremment métal tout ce qui se tirait de la terre : ear il est constant, et c’est l'opinion de G. Agricola, que melinum est une terre. Aussi Dioscoride dit que c’est une terre alumineuse. Les auteurs ne s'accordent point sur la couleur de cette terre. Pline la fait blanche ; Servius croit qu’elle est fauve; Dioscoride la met jaune. La couleur que les

peintres appellent ocre de Rut approchè fort de la description que Dioscoride fait de la terre méline.

Crela viridis. Philander croit que Creta viridis de Vitruve est la couleur que l’on appelle terre verte. Barbaro dit que c’est le vert de montagne.

*Apoév:xov. Notre arsenic n’est pas l'arsenicon des anciens, qui est un minéral naturel, d’un jaune doré ; au lieu que notre arsenic est artificiel, étant fait de l’orpin ou arsenic naturel cuit avec du sil, et réduit en cristal.

Sandaraca. Voyez les remarques sur le troisième chapitre du huitième livre.

Ch. VIIL. Zngrediar nunc minii rationes explicare. Cette couleur , si estimée des anciens , est un minéral en forme de pierre rouge, que l’on appelle cinabre minéral : on le pile, on le passe, et on le lave pour l'avoir pur et séparé des pierres. Notre vermillon, qui est fait de soufre et de vif-argent, et que les auteurs appellent cinabre artificiel, tient à présent lieu de minium aux peintres ; el le minium des anciens, ou cinabre minéral, n’est pas ordinairement beau. Nous avons une autre couleur rouge, que Sérapion appelle minium, et les droguistes mine de plomb : elle est faite avec la céruse krûlée. Les anciens l’appelaient us{am , selon Pline, quoique us{a fût aussi le nom de l'ocre brûlée, ainsi qu’il sera dit ci-après sur le onzième chapitre. La couleur est un rouge orangé fort vif.

Purum invenilur, Il n'est point vrai qu’il n’y ait que Je vif-argent qui passe au travers du linge, ni que l'or qui demeure dans le linge soit pur : car il est impossible que les petites parties de l’or étant amalgamées avec le vif-argent ne passent avec lui au travers du linge, et que les plus grossières, qui demeurent dans le linge, ne retiennent beaucoup de vif-argent ; et en effet on ne l'en sépare qu’à peine par le moyen du feu, qui fait aller le vif-argent en fumée, ou par l’eau-forte, qui le dissout. Et cette dernière manière, qui a été inconnue aux anciens, est bien plus parfaile.

Ch.IX. Exedris. Onappelle galeries en forme de loges les galeries qui sont ouvertes d’un côté où elles n’ont que des arcades ou des colonnes. C’est ce que le mot exedra signifie en cet endroit; et cetle signification est celle que lui donne Alex, ab Alexandro; mais il en a ordinairement une autre, ainsi qu’il est remarqué sur le onzième chapitre du cinquième livre.

Ceram punicam. C’est la cire blanche qui se blanchissait en la fondant plusieurs fois dans l’eau marine, et en la tenant longtemps au soleil sur herbe au printemps, afin qu’elle fût souvent mouillée de la rosée, au défaut de laquelle il la fallait incessamment arroser. Tout cela se fait pour purifier la cire , en ôtant le miel qui y est mêlé et qui la jaunit : car, par la même force avec laquelle la rosée et le soleil ont produit le miel sur les plantes au printemps, faisant sortir sur leur superficie la matière sucrée que les mouches y prennent, cette même matière est attirée hors de la cire, en sorte qu’il n’y a qu’à la dissoudre et à la laver, pour rendre la cire pure et blanche. Car quoique la matière de la cire ait été attirée par le soleil, aussi bien que celle du miel, il ne s'ensuit pas qu'il doive dissiper et consumer la cire de même qu’il consume le miel, parce que les mouches ayant amassé la matière du miel et de la cire, qui est le suc qu’elles ont pris sur les fieurs , elles ont mis à part la partie la plus terrestre et Ja plus pesante dont elles ont fait la cire, et la plus subtile et la plus légère dont elles ont fait le miel, et ont ainsi rendu la cire un corps fixe, et le miel un corps volatil, et capable d’être aisément enlevé par les rayons du soleil.

Uti signa marmorea nuda curantur. Cet endroit est obseur; et Pline, qui, dans son trente-lroisième livre, chapitre septième, rapporte fout ce qui est dit ici, n’ex-

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

plique point plus clairement celte comparaison qui est faite entre le lustre de la peintureet celui du marbre ; car, au lieu que Vitruve dil, wli signa marmorea curantur, Pline met sicut el marmora nilescunt. L’interprète français de Pline a entendu que les murailles cirées devenaient polies comme du marbre; ce qw'il fait en joignant sicut avec marmora; mais il y a plus d'apparence qu’il doit être joint à nifescunt, et que Pline a entendu par ces mots, ul nitescunt marmora, de méme que les marbres sont rendus luisants ; parce qu’autrement il devrait y avoir quelques noms au pluriel, comme #uri ou colores, à qui nitescunt pût se rapporter : ce qui n'est point dans le texte de Pline, non plus que dans celui de Vitruve; car Pline dit : parieti sicco cera inducatur, postea candelis subigatur, ac deinde linteis puris, sicut et marmora nilescunt. Tout de même Vitruve met : si quis voluerit expositionem miniaceam suum colorem retinere,etc., candela linteisque puris subigat uti signa marmorea curantur. C’est pourquoi j'ai cru que le vrai sens de ces auteurs élait que l’on pouvait rendre les murs polis par le moyen de la cire, de même que l’on faisait reluire les statues de marbre en les cirant. Et cette explication pourrait donner quelque lumière à la périphrase dont Juvénal se sert pour signifier les prières que l’on fait aux dieux, quand il dit genua incerare deorum, que Turnèbe entend des écriteaux dans lesquels les vœux étaient gravés sur de la cire, et qu’il dit que l’on arrachait aux statues des dieux; car on peut croire que c’était une espèce de culle des idoles de les nettoyer, et d’essuyer la suie du feu des sacrifices qui s’y était altachée; ce qui ne pouvait être fait sans que la ponce ou la peau de chien de mer, dont on se servait pour cela, n’emportàt un certain lustre et une couleur jaune que le temps etla vieillesse donne aux statues de marbre, et qu’on leur rendait avec de la cire.

Ita obslans ceræ punicæ lorica non patitur…… eripere ex his politionibus colorem. Les vernis qui ont ‘été depuis peu inventés pour donner du lustre aux couleurs et pour les conserver, sont bien meilleurs pour cela que n'était lacire dont les anciens usaient, el que l’on n’emploie plus à présent qu'aux planchers. La perfection du vernis consiste en deux choses : il sèche parfaitement et il est fort transparent, et la cire a une opacilé qui ternit les couleurs, et une onctuosité qui fait que la poussière s’y attache,

Chrysocolla. La chrysocolle est vulgairement appelée barras où boras. C’est un minéral qui se trouve dans les mines d’or, d'argent, de cuivre ou de plomb. Il est ordinairement blanchâtre , jaune, vert ou noirâtre. Il est appelé chrysocolle à cause qu’il sert à souder l'or, et même l'argent et le cuivre. On en fait d’artificiel avec de l’alun et du salpêtre,

Hominibus ipsis indicahuwr. Le minium est ainsi appelé du fleuve Minius, qui est en Espagne, d’où on l'apporte.

Ch. X. Ufi laconicum. Je traduis ces mots en forme d’étuve, et il se faut ressouvenir qu'il a été dit eci-devant que laconicum était une partie des bains propre à faire suer, faite en forme de tour ronde et voûtée en cul de four.

Tectores. C’étaient généralement les ouvriers qui travaillaient tant à faire les enduits des murailles qu'à les peindre.

Tœædeæ schidiæ. Je fais signifier des copeaux de pin résineux à tæda, qui est une maladie de tous les arbres résineux, lorsque le bois s’emplit trop de résine; et cela arrive plus souvent au pin qu'aux autres.

Indici colorem. L’inde des anciens était une excellente couleur, qui se faisait de l’écume qui sortait de certains roseaux des fndes. 11 y en avait une autre espèce, faite de

NOTES SUR VITRUVE, LIV. Vil

l’écume qui se prenait sur les chaudières où bouillait la { et qui est la première espèce d’usta de Pline. Elle e$t en-

teinture de pourpre. A présent la couleur de bleu brun, qui est appelée inde, se fait avec le suc de la plante appelé guesde, dont on fait le pastel, ou l'herbe appelée indigo, qui croît en la province de Gualimala.

Ch. XI. Ratio... satis habet admirationis. Vitruve veut dire que c’est une belle chose, que l’art puisse aussi heureusement imiter les ouvrages de la nature qu’il le fait dans l’azur artificiel, qui est fait des matières dont on juge que l’azur naturel est composé; car l’azur naturel croissant dans les mines de cuivre, l'on suppose qu'il se fait lorsqu'une vapeur chaude qui s'élève du fond de la terre fond, dissout et mêle ensemble les minéraux qui sont prêts à se former en cuivre, c’est-à-dire une terre qui n’est ni cuivre ni terre, mais qui tient de l’un et de l'autre; ce que la limure de cuivre mêlée avec le sable pilé semble suppléer, de même que la vapeur chaude est suppléée par le nitre échauffé dans le fourneau, qui produit la fusion et le mélange de ces matières.

La manière de préparer l’azur naturel appelé lapis, dont on fait la couleur d’outremer, est une chose qui n’est guère moins ingénieuse que la préparation du bleu artificiel des anciens ; et la couleur en est sans comparaison plus belle, parce que le bleu des anciens, tant le naturel que l’artificiel, étant fait de cuivre, qui est un mélal fort sujet à la rouille, il est impossible que la couleur qui en est faite ne change, et en effet elle devient bientôt verte et noirâtre; au lieu que le lapis dont on fait l'outremer est une pierre précieuse qui ne change point de couleur naturelle ; et comme il est tiré des mines d’or, il tient de la nature de ce métal, qui n’est point sujet à la rouille. L’artifice dont on se sert pour le préparer consiste en deux choses : la première est de réduire la pierre en une poudre impalpable; ce qui se fait en faisant rongir le lapis et l’éteignant dans le vinaigre. L'autre est de séparer la partie de la pierre qui fait le bleu d'azur d’avec une partie blanchâtre et quelquefois jaunâtre, qui gâte la belle couleur si on l'y laisse. Pour cela, on met la poudre de lapis brûlé et bien broyé sur le porphyre, avec une composilion de poix, d’encens et d'huile de lin fondus ensemble, dont on fait une pâte qui étant à demi refroidie est jelée dans de l’eau froide, et maniée et pétrie avec les mains, qui font sortir Lout ce qu’il y à de lapis pur, la pâte retenant tout le reste, savoir, Lant les parties du Japis qui sont une lerre imparfaile, que tout ce qui y est mêlé des raclures des mortiers, des marbres et des porphyres dont on s’est servi pour réduire le lapis en poudre subtile.

Usta. Cette couleur, selon Pline, est de deux sortes. La première est faite avec la céruse brûlée, qui est une couleur orangée que nous appelons mine de plomb, et dont cet auteur attribue linveution à un incendie qui brüla la céruse du fard des dames dans leurs pots. Vitruve l’appelle sandaraca au chapitre suivant. La seconde espèce est celle dont Vitruve parle, qui est faite de l’ocre brülée que Pline dit être fort nécessaire aux peintres pour faire les ombres. Je n'ai pas cru devoir traduire le mot ws{a comme J. Martin, qui a traduit Le brülé; mais j'aurais mis la céruse brûlée, si usta n’avait sisnilié la brûlure que de l’une ou de l’autre de ces matières.

Ch. XII. Ærucam. Jelis ainsi, au lieu de eruca, qui est dans tousles exemplaires, suivant Philander, et qui signifie une chenille : mais je ne sais pas s’il n'aurait pas mieux valu lire œ@rugo.

Sandaraca. Cette sandaraque n’est pas celle dont il a été parlé ci-devant au chapitre septième, ni celle dont il est fait mention au troisième chapitre du huitième livre, qui sont Pune et l’autre un minéral de couleur d’or, et du même genre que l’orpin. Celle-ci est d’un rouge orangé, que l’on fait avec de la céruse brûlée, qui est la meilleure

core différente du sandarazx des Arabes, qui est la gome me du genévrier, qui n’est point une couleur, mais qui sert à faire le vernis pour donner du lustre aux tableaux.

Ch. XIII. Zncipiam nunc de ostro dicere. La couleur pourpre est appelée ostrum, qui signifie une huître, parce qu’elle est faite avec une humeur colorée qui se prend dans certaines huîlres , ainsi qu'il est dit à la fin du chapitre.

Etideo hoc [rubrum] Rhodo etiam insula creatur. Cet endroit est difficile à entendre ; car Rhodes, qui est à 36° en deçà de la ligne équinoxiale, n’est pas si proche du midi que les pays qui sont à lorient ou à l'occident équinoxial, qui sont proprement ceux qui sont sous la ligne, et que Vitruve néanmoins semble faire entendre devoir être en deçà de Rhodes.

Nisi mel habeat circumfusum. Plntarque rapporte, dans la vie d'Alexandre, qu’à la prise de Suse il se trouva parmi Je butin le poids de cinq mille talents de pourpre qui, ayant été faite cent quatre-vingt-dix ans auparavant, avait conservé la beauté de sa couleur, parce, dit-il, que la rouge était faite avec du miel, et la blanche avec de l'huile, On est bien empêché de savoir ce que c’est que cette pourpre rouge et celle pourpre blanche , el quelle est cette conservation qui en est faite par le moyen du miel et de l'huile. Mercurial, daus ses diverses leçons pour démêéler cela, dit que les anciens gardaient l’humeur pourprée en deux manières : la première élait en mettant dans le miel Ja chair pilée avec son suc, qui faisait une masse rouge; Ja seconde, en séparant de la chair une veine blanche dans laquelle l'humeur pourprée est contenue : ce qui faisait ce que Plutarque appelle la pourpre blanche, qui, étant plongée dans l'huile, s’ÿ conservait de même que l’autre dans le miel. II semble, néanmoins, que Vitruve entende que c'était le suc seul exprimé des huîtres qui se mettait dans le miel pour y être conservé.

Ch.XiV. ysgino. On nesait pas précisément ce que c’est que le Aysginum. Tous les auteurs conviennent que c’est une plante qui sert à Leindre, et que Pausanias dit s'appeler hysgé. Mais ils ne sont point d'accord quelle elle est, ni même quelle est la couleur qu'elle fait. Les uns croient que c’est la pourpre, les autres la jaune, les autres la bleue, les autres la rouge. Il ÿ anéanmoins beaucoup d'apparence que c’est la bleue : car Vitruve dit que l’on imite la pourpre, qui est le violet, avec la garance , qui est rouge, et le Lysginum ; et l’on sait que le mélange du rouge avec le bleu fait le violet. Pline dit aussi que le Aysginum se cultive dans la Gaule; ce qui peut faire croire que c’est l'herbe isatis des Grecs et le glastum des Latins, qui est appelée guesde en France, où elle croît en abondance et meilleure qu’en nul autre pays pour teindre en bleu, principalement en Languedoc; car celle de Normandie, appelée vouède, a bien moins de force. On fait de l’une et de l’autre ce qu’on appelle pastel, qui est une pâte faite de l'herbe pilée , et séchée avec son suc.

Non minus et ex floribus alii colores. On dit que les belles couleurs dont on peint les toiles de coton et les satins à la Chine sont des sucs d'herbes et de fleurs, sans mélange d’aucune autre chose. Le suc des fleurs et des autres parties des plantes qui eroissent en nos quartiers ne fait point de belles couleurs, principalement pour ce qui regarde le rouge, si on n’y mèle des lessives qui chargent et qui enfoncent la couleur , et des aluns qui les rendent vives et éclatantes : mais par ce moyen les couleurs qui se prennent des plantes , comme de la garance, de la graine de vermillon et de la cochenille, deviennent beaucoup plus belles qu’elles ne sont naturellement sans cela : et il n’y a point dans les œillets ni dans les fleurs de grenade un rouge aussi vif qu'en celui des écarlates de Venise et de

Hollande ; et les rubans de laine, que Pon appelle du ponceau, ont un rouge Sans comparaison plus éclatant et plus vif que les pavots sauvages appelés ponceaux, dont ils ont le nom.

Sil atticum. Démontiosins, ainsi qu’il a été dit, prétend que le sil attique était bleu ; et il se fonde sur cet endroit de Vitruve, supposant que la violette, avec laquelle Vitruve dit que l’on imite le si/, fait une couleur bleue. Philander est dans la même opinion à l'égard de la couleur de la violette, à cause d’un endroit de Pline où cel autenr ayant parlé du sil et de la poudre d’azur, il dit : fraus viola arida decocta in aquam succoque per lenteum expresso in cretam Eretriam. Mais il est incertain de quelle sophistication Pline entend parler ; et on ne saurait dire si c’est le sil où l’azur que l’on imite avec les violettes ; de même qu’il n’est point constant, par le texte de Vitruve, quelle est la couleur que l’on imite avec les violettes. Ce qui a trompé Montiosius et Philander est que de toutes les espèces de violettes, on n’appelle violette en France que celle qui tire sur le bleu, d’où la couleur violette à pris son nom; mais cet usage est contraire à celui des anciens, qui joignent toujours nigra où purpurea avec viola, quand ils veulent signifier la violette qui tire sur le bleu, et qui n'entendent par viola simplement prise que la violette jaune, appelée autrement leucoion, à cause de la blancheur des feuilles de sa tige, comme il se voit dans Horace quand il dit, {inclus viola pallor amantium.

Pour ce qui est de la couleur du sil attique, il n’y a guère d'apparence qu’elle fût autre que le jaune, si on en croit Pline quand il dit que les anciens se servaient du sil attique pour donner les jours, et du sl lydien pour faire les ombres : car la vérité est que des quatre principales couleurs, qui sont la rouge, la bleue, la verte et la jaune, la plus claire est la jaune, avec laquelle on peut rehausser toutes les autres; et qu’il n’y a point de jaune brun, de mème qu'il y a du rouge brun, du vert brun et du bleu brun, parce que le jaune brun n’est pas proprement du jaune.

Lo cretam infundentes. La craie éréthrienne est de deux espèces ; il y en a une qui est blanche, et l’autre grisâtre, selon Pline.

Vaccinium. La signification de ce mot est une chose fort controversée. Tous les auteurs demeurent d'accord que c'est une couleur bleue fort obscure; mais la difficulté est de savoir quelle était sa composition. Il y a trois opinions là-dessus. Les uns croient qu’elle était faite avec Ja fleur d’hyacinthe, parce que Dioscoride dit que les Romains appellent lhyacinthe vaccinium. La seconde opinion est qu’elleétait faite de l'herbe isatis, dont nous venons de parler, parceque Pline dit que le vaccinium croît en Gaule, où l'on sait que l’isalis est la meilleure. La troisième est que c’est le fruit du ligustrum ou troëne, à cause que Virgile dit :

Alba ligustra cadunt, vaccinia nigra lequntur.

Mais la vérité est que la fleur d’hyacinthe n’est point propre à faire la teinture, et que le fruit du troëne ne teint point en bleu, mais en rouge obscur; de sorte qu'il faut dire que l’hyacinthe et le fruit da troëne sont dits vaccinia par métaphore, à cause de leur couleur obscure, et à cause de la ressemblance qu’ils ont avec le vrai vaccinium, qui est l’isatis ou pastel : de même que quand on parle du pourpre des violettes ou des iris, on n'entend point la véritable pourpre, qui est le sang d’un limaçon.

Herba, quæ lutuin appellatur. Cette herbe est appelée Lutum par Virgile, et lutea par Pline. C’est celle que nous appelons gaude en français. On s’en sert pour teindre en jaune.

Cretam selinusiam. Pline dit que cette craie est couleur de lait qu’elle se fond aisément dans l’eau, et qu’elle

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

sert à sophistiquer l’inde. IL parle aussi de la couleur appelée candidum annulare, qui est propre à donner de l’éclat aux peintures de la carnation des femmes ; mais il ne dit point, comme Vitruve, que ce soit une espèce de craie ; il dit seulement que l'annulare candidum est fait avec la craie et les anneaux de verre du peuple.

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