‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 200 sur 265 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Namque corpora sine spiritus redundantia non possunt habere vilam. Le texte en cet endroit est différent dans les exemplaires ; quelques-uns ont namque corpora sine spirilu redundanti non possunt habere vilam ; les autres ont namque corpora sine spiritu redundanlia. J'ai suivi la première manière.

Spirilus animalis. Je traduis Les esprits qui sont les principaux instruments de l'âme, n’y ayant point d’apparence que Vitruve entende parler des esprits animaux comme étant différents des esprits vitaux, parce que cette distinction d’esprits n’a été faite parmi les médecins que longtemps depuis Vitruve, Hippocrate et Aristote n’aÿant connu qu’un esprit; car celte substance subtile, pénétrante et mobile, qui est le principal el le plus commode instrument dont l'âme se serve dans les fonctions de la vie, n'est ici appelée esprit animal que pour la distinguer de l'air ou de l'esprit subtil ou substance aérienne qui est dans les choses inanimées.

Ad restituendum aer assignatus id præstat. Celte pensée, toute ral fondée qu’elle est, n’a pas laissé d’être soutenue par de grands philosophes , et qu'il serait plus difficile d’excuser que Vitruve : car pour lui, comme if ne s’est pas expliqué si distinctement qu'eux sur ce qu'il entend par le terme d’air, on peut croire que son opinion est que l'air n’est rien autre chose que la plus subtile portion de quelque corps que ce soit, ce qui se peut entendre du sang et même des véritables parties de l'animal; au lieu que les antres entendent par l'air, qu'ils disent être là nourriture des esprits, l'air que l’on respire.

Copiis supervacuis desideraliones alit. y a deux mots dans le texte, à cet endroit, qui semblent être tout à fait superflus, si on ne les entend suivant l'explication queje leur ai donnée. Il ya {errenus fructus, escarum præslans cobias, supervacuis desiderationibus alit et nutrit animalia, pascendo continenter. Je trouve que supervecuis desiderationibus ne sert de rien, si ce n’est qu’on lise escarum præslans copias evacuati desiderationibus; car præstare copias evacuati desiderationibus peut signilier, dans le style de Vitruve, fournir ce qui manque aux corps, et ce qu'ils ont perdu de Leur subslance, dontils souffrent une dissipation continuelle.

Ch. F. Cum eril immotum mentum. Cette situation sert mieux à voir les vapeurs qui sortent de la terre, parce qu'élant regardées debout, elles n'auraient point cette épaisseur qui les rend visibles, lorsqu’on les regarde étant couché contre terre, el que l’on voit dans une même Jigne droite toutes ces vapeurs à la sortie de la terre, où elles sont plus épaisses ; car, lorsqu'elles en sont plus éloignées, elles sont moins visibles. Cassiodore , dans une épiître de Théodoric, où il rapporte une grandespartie des signes que Vitruve donne ici pour trouver des sources, ajoute que la hauteur à laquelle ces vapeurs s’élèvent montre combien les eaux sont avant sous lerre. Il ajoute encore un autre signe, qu'il dit être tenu pour infaillible par les fontainiers, qui est lorsque le matin on voit comme des nuées de petites mouches qui volent contre terre, toujours à un certain endroit.

Non enim in sicco loco hoc signum polest fieri. Palladius, qui rapporte celle manière de découvrir Les lieux où

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

il y a des sources, ajoute qu’il faut prendre garde que le ilieu d’où l’on voit s'élever la vapeur ne soit pas humide en sa superficie, afin que cette vapeur ne puisse êlre altribuée qu'à l’eau de la source qui coule sous terre.

Sabulone masculo arenaque et carbunculo. I à été expliqué dans le second livre ce que c'est que sablon mâle, carboncle et gravier.

Salix erratica. J. Martin a traduit salix erratica, saule sauvage : mais on ne distingue point les saules en sauvages et cultivés. On netrouve point dans les botanistes, parmi plus de cent espèces qu'il y a de saules, celle de salix erratica, qui doit signifier un saule qui est né de lui-même ; ce que lemotd’erratica semble signifier, parce que ceux que l’on plante sont ordinairement à la ligne. De sorte que le sens de Vitruve est que les saules qui ont élé plantés en un lieu ne signifient point qu'il y ait des sources d’eau, comme font ceux qui y sont venus d’euxmêmes.

Vitex. J. Martin interprète mal viex parosier, prenant vitez pour vimen, qui n’est point le nom d’une plante, mais qui signifie toutes celles avec lesquelles on peut faire des liens, à quoi l’osiern’est pas seul propre. On a expliqué ce que c'est que vilex sur le neuvième chapitre du second livre.

Ch. IL. Et undas crescentes facit ventorum. Ce raisonnement sur la manière dont les vents s’engendrent a déjà été fait au sixième chapitre du premier livre. Les causes que Vitruve apporte sont assez probables, la raréfaction que la chaleur du soleil produit dans l’air chargé de beaucoup d'humidité, étant capable de faire que l'air qu’elle élargit pousse celui d’alentour qui n’est point raréfié, et le fasse couler : mais cetle attraction que Vitruve attribue à la raréfaction de l'air est une chose malaisée à concevoir. J1 y aurait plus d'apparence de dire qne, la raréfaction produisant de soi une impulsion égale de tous les côtés, Fair est déterminé à courir vers un côlé plutôt que vers un autre, lorsqu'il arrive qu'en quelque endroit il se fait une condensation de quelque partie de l'air, qui attire vers ce côté-là tout l'air qui est entre celui qui est condensé et celui qui est raréfié, et qui fait que toute l'impulsion de V'air raréfié agit vers l'endroit où la condensation se fait ; parce que l’espace que l'air occupait avant que d’être condensé, devenant moins rempli par la condensation, donne place à celui qui est poussé par l'air raréfié; ce qui fait une apparence d'attraction, quoiqu’en effet cela ne fasse que déterminer le lieu vers lequel l'impulsion se fait.

Et procellis propter plenitatem etgravitatem liquescendo disperguntur. S'il est vrai que la pluie tombe plus souvent sur les montagnes que dans les vallées, il faut ajouter un mot au texte latin pour lui donner quelque sens, et lire : propler plenitatem et gravilatem aeris, ajoutant aeris, Car, selon cetle correction, le sens est que les nuées qui sont portées par la moyenne région où l'air est léger et subtil se condensent en pluie, lorsqu'elles rencontrent l’air épais et grossier de la première région de celui qui est sur les montagnes, parce que l'air qui est sur les montagnes près de la terre est à peu près à la même hauteur que celui de la moyenne région des vallées; mais le sens du texte, comme il est dans les exemplaires sans le mot aeris, est que les nuées, qui sont un air propre à être condensé et changé en eaux après avoir passé sur les vallées, et s'étant épaissi par la rencontre des montagnes contre lesquelles il va frapper, tombe sur le haut des montagnes. Mais cela ne peut êlre, parce que cet air, propre à être condensé, ne pourrait tomber que sur le penchant de la montagne contre lequel il va frapper, et non sur le haut de la montagne.

Cœlum quod eslibi. J'ai entendu par cesmots l'air qui est ence Lieu. J. Martinentend par cælwm la concavité des voûtes; mais elle est déjà exprimée par ces mots in c@-

Mmerarum curvaturas. D'ailleurs dans la réduction de Ja comparaison, un peu après, il est dit cælestis aer.

Testimonio possunt esse capita fluminum. L’argument que Vitruve tire de l’exposition de la source des grands fleuves au midi, pour prouver l'attraction que le soleil fait de l'humidité, n’est pas fort à proportion que les fleuves dont il parle sont grands, parce que la grandeur des fleuves ne dépend pas de leurs sources, qui sont bien souvent de petites fontaines, Il y a encore ici une contradiction avec ce qui a été dit au chapitre précédent, savoir, queles sources qui sont sur la pente des montagnes tournées vers le septentrion sont plus abondantes, et que la faiblesse des rayons du soleil est une des principales causes des sources des fontaines; comme si le soleil, n'ayant pu attirer en Pair et consumer l’humidité qui est dans Ja terre, faisait qu’elle s’y amasseen si grande quantité qu’elle est contrainte d’en sortir en coulant par sa pesanteur ; et ici ce sont les rayons du soleil quiattirent les eaux, et les font couler vers le midi.

Syria. Je crois qu’il faut lire Assyria au lieu de Syria : car le fleuve Tigris est assez loin de la Syrie, et il passe au milieu de l’Assyrie. Les anciens géographes ont souvent confondu ces deux pays.

Tibris. Il est bien vrai que la source du Tibre coule vers le midi; mais le Tibre n’est point un grand fleuve.

Dyris. Strabon dit que le mout Atlas est appelé Dyris, sans dire qu’il y ait aucun fleuve en Afrique qui porte ce nom. Au reste, cette description du cours du Nil est a éloignée de la vérité, qu'il semble que par le fleuve Dyris on doive entendre le Nubia, qui, du mont Atlas, va vers le midi, et retourne entrer dans le Nil, qui va vers le septentrion.

Aliacapitaitemprofluentia adoccidentem oceanum. Les géographes n’ont point remarqué ces fleuves , et il n’y aque le Niger qui se décharge dans l’océan Occidental ; mais il ne vient point du mont Atlas.

Ch. IT. (sect. 24, ou IV.) Le texte du titre de ce chapitre porte melalla, parce que les anciens ne distingnaient point les métaux des minéraux; el ils appelaient metalla tout ce qui se tire de la terre, comme l’ocre, les pierres, le sel et les autres choses qui depuis ont été appelées mineralia et fossilia. Mais il est constant que Vitruve n’a point entendu parler des vrais métaux daus ce chapitre, parce que ce ne sont point taut les métaux que les minéraux qui donnent aux eaux minérales les qualités qu’elles ont.

Aqua sapore optimo. Vitruve ne dit point que ces eaux soient bonnes et salutaires, mais seulement que leur goût n'est point différent de celui des meilleures eaux; car la vérité est que les eaux médicinales, telles que sont toutes celles qui sont naturellement chaudes, ainsi qu’il est dit ci-après, ne sont point propres pour la boisson ordinaire, quoiqu’elles n'aient point de mauvais goût ; et elles ne peuvent avoir d'usage que pour la guérison de quelques maladies, où il est besoin de dessécher et d’échauffer. C’est pourquoi Galien dit que ni l'air ni l’eau ne sauraient être sains quand ils ont une qualité médicinale, parce que leur usage est nécessairement continuel; et les facultés médicinales ne doivent être employées qu’en certaines rencontres : et la vérité est, si l’on en croit Hippocrate , que toutes les eaux minérales sont de leur nature absolument contraires à la vie, suivant cette règle générale qu'il établit, que tout ce qui échauffe et ne nourrit point épuise l'humidité naturelle des parties : or il est certain que toutes les eaux minérales, ou du moins la plus grande partie, ont la vertu d’échauffer.

Cum in imo per alumen.… ignis excitatur. Entre toutes les espèces d’alun , il ne s’en trouve point dans lequel le feu s'allume ; etil y en a même qui est moins combustible que les pierres et que les métaux.

Utiin Tiburtina via flumen Albula. Je crois que cet

endroitest corrompu. Via Tiburlina est Prise par lesinterprètes pour une rue de Rome, qui était autrefois ainsi appelée ; et ils entendent par fZumen Albula le Tibre, qui était aussi appelé de ce nom avant la fondation de Rome. Mais parce qu'il ny a point de raison de dire que le Tibre à de mauvaises qualités dans la rue Tiburtine, j'ai pensé que, dans l'original, il y avait ffuens au lieu de /{umen , et qu'il faut lire in via Tiburtina fluens Albula; que via Tiburdina signifie le chemin de Tivoli, et que Albula signifie une fontaine twinérale.

Offensi vehementi fragore. Fragor signifie seulement le bruit qu'une chose fait quand on la rompt , et dontilne s'agit point ici, mais du combat de l’eau et du feu, qui cause le bruit. Le mot fracas signifie en français tout ensemble el le choc et le bruit que le choc fait. J'ai cru qu'il pourrait être souffert, quoique ordinairement on ne s’en serve que figurément.

Spiritibus extollens. Cela doit s'entendre de l’'augmentation du volume de l’eau, qui arrive par lintroduction d’une substance plus subtile que n’est celle de l’eau, dont les parties ne sauraient s'éloigner les unes des autres pour faire la raréfaction, que cette substance subtile n’occupe les intervalles des parties qui s’éloignent; de sorte que j'estime que cette substance, qui est un corps éthérien mêlé dans tous les autres, et toujours prêt à remplir leurs espaces quand ils sont élargis par les causes de la raréfaction, est ce que Vitruve appelle les esprits.

Omnis autem aqua calida….. est medicamentosa. Hippocrate dit que toutes les eaux minérales sont engendrées par une chaleur violente. Aristote est aussi de la même opinion; et il tient que tous les minéraux sont faits de la brülure de la terre. Cardan croit aussi que les eaux froides qui ont une vertu médicinale sont chaudes dans leur origine , et qu’elles se sont refroidies dans la longueur du chemin.

Fovendo per patentes venas refrigerationem, Y est constant que la plupart des eaux minérales échauffent ; mais les alumineuses échauffent moins que les sulfurées, que les bitumineuses, que les salées et que les nitreuses. Leur faculté particulière est lastriction : Cest pourquoi on les emploie aux crachements et aux autres pertes de sang, aux vomissements et aux relächements des pores et des conduits qui demandent d’être étrécis. C’est donc sans raison que l’on attribue ici aux eaux alumineuses la vertu d'ouvrir les veines. Cardan dit qu’elles sont singulièrement propres à la guérison des varices, qui sont la dilatation des veines.

Bituminosi………. polionibus puraando solent mederi. La purgation n’est point ici l'effet des eaux bitumineuses : car on les boit principalement pour amollir les duretés des parties internes par le moyen d’une chaleur qu’elles ont, jointe avec moins de sécheresse que n’en ontlesaulres eaux minérales. Cette chaleur émolliente prépare seulement les humeurs à la purgation, qui demande une âcreté dissolvante et détersive, qui ne se trouve souverainement que dans les eaux salées et dans les nitreuses,

Et fontibus in Asty. I a déjà été remarqué que asty signifie en grec une ville, et que les Athéniens appelaient leur ville simplement La ville par excellence. Il y a apparence que Vitruve, qui ne savait la langue grecque que médiocrement, a ignoré cela.

Arabiaque Numidarum. Ces mots doivent, ce me semble , être interprétés, l'Arabie qui est proche de l’Afrique; la Numidie étant assez éloignée de toutes les Arabies pour faire qu’elle ne puisse signifier ici autre chose que l'Afrique, qui était anciennement nommée du nom de quelqu’une de ses provinces, comme de la Libye et des autres.

Quod in his locis et ea terra, quibus is [fons] nasculur, succus subest coaguli naluræ similis. Le texte,

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

, en cet endroit, n’a aucun sens ni aucune constraction raisonnable. J'ai traduit comme s’il y avait in his locis et in ea terra quibus fons nascitur , succus subest coaguli naturæ similis, parce que fons a pu être facilement changé en ts, la lettre f, la lettre 0, et la première jambe de la lettre n, ayant été effacées.

Cum commixta vis egredihur. J'ai cru qu'il fallait interpréter le mot vis quantité etuon pas propriélé, comme a fait J. Martin : car il n’est poinL vrai qu’une propriété, une force où une puissance soit coagulée ou congelée, mais bien qu'elle coagule et qu’elle gèle : et il est aussf fort raisonnable de dire, en parlant de la substance coagulable qui est dans les fontaines , que, lorsqu'elle est abondante, l’eau est aisément coagulée par la chaleur de l'air ; car Vitruve attribue ici toute la vertu coagulative à la chaleur de Pair et du soleil, qui agissant sur les parties aqueuses qui étaient mêlées à la substance coagulable , et tes épuisant, produit la pierre ou le sel qui s’engendrent dans l’eau par la jonclion des parlies coagulables ; laquelle se fait par l’évaporation des parties aqueuses, dont l’interposition empêchait cette jonc!ion.

Vinum protyrum. La plupart des exemplaires ont protyron, que Philander et Barbaro corrigent, pour mettre prolropon, qui signifie la mère-goutte. Mais j'ai cru qu'il était plus à propos de laisser prolyron, parce que Vitruve apporte cetexemple pour prouver que les différents lieux donnent des goûts différents aux fruits de la terre; et la dif: férence du goût qui se trouveentre les vins de mère-goutte et ceux de pressurage ne fait rien à l'intention de Vitruve; car il Sagit d'apporter ici des exemples des vins dont le nom soit pris du lieu où ils croissent, et non pas d'aucune autre qualité qu’ils puissent avoir d’ailleurs; de sorte que la raison qu'ilpourrait y avoir de mettre protropon au lieu de prolyron ne devrait point être, à mon avis, à cause que protropon signifie la mère-goutle; mais parce que c’est le nom d’un peuple, selon Pline, qui dit que Abellinates, peuples de la Pouille, sont appelés-Protropi. Mais cette raison ne peut être reçue, parce que le vin dont il s’agit est de l’île de Lesbos. Quoi qu'il en soit, il n'y a aucun inconvénient que du Lemps de Vitruve il y ait eu un vin appelé protyron, à cause du lieu où il croissail, et qu’il ne nous soit point resté d’hisloriens ou de géographes qui fassent mention de ce lieu.

Nisicumterrenus humor suis proprietatibus saporum inradicibus infusus. Lesens demande arborum inradicibus, comme j'ai corrigé : car bien que le mot de arborun ne soit pas tout à fait nécessaire, Aumor infusus radicibusrendantlesens assezentier,ilest encore plus certain que le mot saporuwm aurait élé Lout à fait superflu étant répété à la fin de la période, où il est dit que kumor terrenus profundit loci et generis sui fructussaporem.

Pecora leucophæa nascuntur. J'ai suivi l'opinion d’Alciat, qui croit que leucophœæus color est le roux qui tire sur le rouge-brun. Il se fonde sur Pline, qui dit que du mélange de la rubrique, du sil jaune et du melin, dont on composait l'assiette qui se couchait sur le bois pour le dorer, on faite leucophæum. Hermolaüs, qui croit, de même que Philander, que leucophœæum signifie le gris, a corrigé letextede Pline,et amis leucophorum, au lieu de Zeucophœum. Mais il ne se trouve poirt que leucophœum signile le gris. La difficulté est dans la signification du mot grec phæos, que les grammairiens expliquent par le mot latin fuscus ; et ils disent que fuscus est color subniger, c'est-à-dire brun, sans spécifier quel brun ils entendent. Mais les auteurs latins se sont mieux expliqués quand ils ont dit que la couleur des visages hâlés et celle des vins qui ne sont ni fout à fait blancs ni tout à fait rouges, est le fuscus color; car c’est en ce sens qu’Ovide dit fuscantur corpore campo, et que Falernum est appelé fuscum par Martial. Or, la couleur des vins que l'on appelle

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VII

generosa, tel qu'était le Falernum, ni celle des visages balés, n’est point grise, mais fauve, qui est un rousstre tirant sur lerouge-brun.

Et in Italia Velino, Campania Teano. J'ai suivi la correction de Budée, qui lit in Italica Velino, Campana Teano, au lieu de in Ilalica Virena, y ayant grande apparence que Vitruve a joint ces deux villes, savoir, Z{alicam Velinum, et Campanam Teanum, puisque leurs eaux, au rapport de Pline, ont une même propriélé, qui est de rompre la pierre dans le corps par leur acidité.

Dissipant que ex aquarum subsidentia in corporibus et concrescentia offenderunt. Vitruve suppose une chose qui n’est point vraie, savoir, quela pierre s’engendre dansles corps des animaux de la même manière que dansles canaux des fontaines, où ce qu'il y a de terrestre dans l'eau s’amasse par résidence et par la pesanteur qui se trouve dans cette partie grossière, qui, la rendant moins mobile que le reste de l’eau, la fait attacher aux couduits , sur lesquels elle se coagule. Les raisons qu'il y a de n'être pas de l'opinion de Vitruve, qui est célle de la plupart des médecins, sont apportées ci-après dans les notes sur le cinquième chapitre de ce livre.

Qui ibi nascuntur egregiis vocibus ad cantandum. La sandaraque, à ce que dit Dioscoride, prise avec de Phydromel, rend la voix claire. Si cela est, il y aurait lieu de croire que les fontaines dont Vitruve parle ici seraient imbues des qualités de quelque veine de sandaraque près de laquelle elles passent. Maïs il peut y avoir d’autres causes, sans Les dispositions particulières d’un pays, pour rendre la voix des habitants fort agréable, que l’eau des fontaines, dont on sait que les musiciens ne boivent guère. EL en effet, Vitruve, dans les deux endroits de ce chapitre où il parle de la beauté de la voix des habitants des pays où sont ces fontaines, ne dit point que ceux qui boivent de l’ean de ces fontaines aient la voix belle; il dit seulement que ce sont ceux qui naissent dans le pays. On remarque que Ja plupart des musiciens de France qui sont recommandables par la beauté de leur voix sont nés dans le Languedoc.

C. Julius. Parce que Salluste, qui parle des enfants de Massinissa, ne fait point mention de ce C. Julius, et qu’il semble que Massinissa est trop éloigné du temps d’Auguste pour qu’il soit possible que Vitruve ait vu de ses enfants, on croit que cet endroit fournit un argument à ceux qui ne veulent point que Vitruve ait été du temps d’Augustes, et qui disent qu'il faut que le Massinissa dont Vitruve parle soit un autre que le grand Massinissa, ami des Romains. Mais comme il est constant que ce Massinissa a eu beaucoup d'enfants, tant légitimes que naturels, et même dans son extrême vieillesse , il n’y a rien qui puisse empècher de croire que le fils qu'il eut d’une concubine à quatre-vingt-douze ans ne soit C. Julius , qui, étant une personne qui n’a point fait figure pendant le règne de Micipsa, successeur de Massinissa, n’a donné aucune occasion à Salluste d’en parler; et le caractère de philosophe que Vitruve donne à son C. Julius rend cette conjecture assez probable. Pour ce qui est du lemps, il ny à point d’impossibilité qu'y ayant environ cent ans entre la naissance du fils de Massinissa dont il s’agit, et le commencement de l'empire d’Auguste, quiest le temps auquel Vitruve, déjà fort âgé, a composé son livre, cet architecte ne puisse avoir vu en sa jeunesse C. Julius avancé en âge.

Tanta discrepantia invenilur saporum. 1 ya sapores dans le texte; mais on sait que le mot de sapor et de sapere, qui signifie gout ou goûter, est assez souvent mis pour connaître simplement toute sorte de qualités. EL il est encore évident que Vitruve n'entend pas parler du goût, qui est différent dans les diverses liqueurs, mais de toutes leurs qualités, et qu'il a voulu exprimer tout le genre par une de ses espèces.

Ch. IV (ou V). 4spiciantur…. qua membratura sint qui circa eos fontes habitant homines. Celte considération est la plus importante et la plus sûre : les autres signes de la qualité des eaux sont plus équivoques. Ce n’est pas que la santé de ceux qui en usent ne soit aussi en quelque façon un signe équivoque, parce que les bonnes oules mauvaises qualités des eaux peuvent être compensées par celles de l’air et des fruits de la terre, et par toutes les autres qualités qui sont d’ailleurs dans le lieu, auxquelles seules la santé ou les maladies des habitants peuvent être attribuées. Mais tous les autres signes sont absolument incertains sans l'expérience, ou du moins sans un examen bien exact et bien particulier des causes qui peuvent rendre les eaux bonnes ou mauvaises, telles que sont les qualités des terres par où elles passent, et le mélange des différents sels qu'elles en reçoivent. Car il parait, par l’histoire des eaux qui a été faite dans le chapitre précédent, que ni la limpidité, ni le bon goût, ni la bonne odeur de l’eau, ne sont point des marques certaines de sa bonté, puisqu'il s’en trouve dont la boisson est mortelle avec tous ces signes de bonté; et qu'au contraire lexpérience et la raison font voir qu’il y a des eaux troubles, limoneuses, pierreuses, d’odeur et de goût désagréables , qui ne sont point dangereuses à boire, parce que le mélange qui leur donne ces qualités est de choses qui n'ont rien qui soit fort contraire à la santé.

L'eau du Nil, qui est trouble et limoneuse, est mise an rang des bonnes eaux ; et il est certain que lorsqu'elle est éclaircie par la résidence de son limon, elle n’est point purgée de ce qu’elle peut avoir de contraire à la santé, qui est le nitre qu’elle a, parce que ce sel que l’eau a dissous y est retenu, quoiqu’elle laisse tomber la terre dont elle l'a tiré. Et cest par cette raison que les eaux qui sont troubles par le mélange d’une terre qui n’a que peu de ce sel, qui se rencontre dans la bonne terre, n'ont point d'autre mauvaise qualilé que de passer dans le corps moins promptement que les autres, en retardant la distribution, qui ne s’en peut faire qu'après que le limon a été séparé dans les intestins, dont les tuniques filtrent ce qu’il y a d’impur et de limpide dans les eaux : ce qui n'arrive pas aux sels dont la ténuité pénètre les tuniques les plus solides et porte jusqu'au fond des entrailles des qualités pernicieuses , qui ne se reconnaissent dans l’eau ni par la vue, ni par le goût, ni par l’odorat.

Il y a aussi des eaux qui engendrent de la pierre dans les canaux par où elles passent, qui ne laissent pas d’être fort bonnes, parce que la matière dont cette pierre est engendrée n’est qu’un limon grossier et incapable de passer au travers des tuniques des intestins, et n’ont point un sel contraire et pernicieux. Car bien que ces eaux paraissent fort limpides , ce limon ne laisse pas d’être grossier et terrestre; mais il est en assez petite quantité pour faire que l'eau n’en paraisse pas trouble ; et il y en a aussi assez pour former cette pierre par une longue succession de temps : et cette concrétion, qui arrive à ces eaux plutôt qu’à d'autres, ne signifie point autre chose, sinon que leur limon est d’une nature glutineuse et propre à l’attacher aux canaux des fontaines, mais incapable de pénétrer les tuniques des intestins.

Ceux qui ne distinguent pas les différentes causes de la concrétion des véritables pierres qui s’engendrent dans l’eau , et de la concrélion des matières qui s'endurcissent dans les corps en forme de pierre, croient que les eaux qui sont sujettes à attacher de la pierre à leurs canaux sont propres à former ce que l’on appelle la pierre des reins et de la vessie. Cependantil est vrai que ces deux concrétions n’ont rien de commun ni dans leur matière, ni dans les autres causes qui les produisent, et que les dispositions qui sont propres pour l’une sont tout à fait contraires à l'autre ; car la matière qui se rencontre propre à engendrer

des pierres dans l’eau est terrestre, grossière et pesante; et celle qui fait la pierre des reins et de la vessie est subtile, légère, sulfurée, combustible, prise des végétaux et des animaux qui ont servi de nourriture, et dont la substance est semblable à celle des corps qui en sont nourris; en sorte que celte matière ne s’endurcit que par une chaleur excessive, qui ne fait rien à la concrétion des pierres qui s’engendrent dans les foutaines, qui est une matière minérale, inutile à la nourriture, et qui par cette raison n’est jamais admise dans les entrailles, étant incapable d’être filtrée au travers des intestins, qui rejettent autant qu’il est nécessaire tout ce qui, par sa nature indomptable et indissoluble, n’est point propre à nourrir; car, quoique cette matière de la pierre qui s’engendre dans les fontaines se coagule par quelque sorte de chaleur, ainsi qu’il a été dit , elle s’'amasse et s’épaissit néanmoins principalement par la résidence ; en sorte qu'une grande chaleur ne serait pas capable de la faire coaguler et endurcir plus promptement; et la chaleur des intestins en l’épaississant ne fait que la rendre plus propre à s'attacher aux autres restes de la nourriture, qui, à cause de leur grossièreté et inutilité, n’ont pu être filtrés au travers des tuniques des intestins. C’est pourquoi c’est sans raison que l’on prétend que la maladie de la pierre est plus commune à Paris qu'aux autres lieux, sur ce que quelques-unes des fontaines de cette ville forment de la pierre dans leurs canaux ; car tout le peuple de Paris ne boit pas de l’eau de ces fontaines, et on n’a point remarqué que la maladie de la pierre soit moins fréquente dans les quartiers où l’on ne boit point de ces eaux , qui sont les meilleures de la ville, étant celles qui ont été conduites par les Romains dans un aquedue magnifique et long de plus de trois lieues, dont il y a apparence que l’on n’a entrepris la dépense que parce que l'on a été assuré que toutes les fontaines plus proches n'étaient pas si bonnes.

IL n’est point encore vrai que l’odeur et le goût désagréable qui est dans une eau soit une marque infaillible d’une qualité fort dangereuse, si ce n’est que ce goût et cette odeur proviennent de quelque minéral pernicieux : car les eaux de la Seine dont on boit au-dessous de Paris ne sont point dangereuses à proportion de la mauvaise odeur qu’elles ont quelquefois ; et celles de Nonacris et du Styx, qui n'ont ni couleur, ni odeur, ni goût étranger, ne laissent pas d’être mortelles, à cause du mélauge de quelques substances minérales, qui ne se connait que par ses pernicieux effets.

Cruribus non vitiosis. L'expérience a fait voir que l’usage des mauvaises eaux affaiblit principalement les jambes. On observe qu’aux lieux où les eaux ne sont pas fort bonnes à boire, les plaies des jambes sont difficiles à guérir, et que le scorbut, dont un des plus ordinaires symptômes est la faiblesse des jambes, est le plus souvent causé par les mauvaises eaux.

Etinvas Corinthium.. ea aqua sparsa maculam non fecerit. Les eaux qui tachent les métaux qui ne se rouillent pas aisément d’ailleurs doivent avoir un sel corrosif qui est capable de nuire, étant pris dans le corps, de même qu’il peut corrompre les métaux qui en sont mouillés. Cicéron a remarqué que le cuivre de Corinthe se rouille difficilement. Pline met troisespèces de cuivre de Corinthe, savoir, le blanc , le rouge, et celui qui est de moyenne couleur : ces différences viennent de la proportion des {rois métaux dont il est composé, qui sont l'or, l'argent et le cuivre, qui, suivant le rapport de Pline et de Florus, furent mêlés ensemble lorsque , la ville de Corinthe ayant été brûlée, plusieurs statues et plusieurs vases de ces trois métaux furent fondus.

Si ea aqua defervefacta. Lesparties terrestres qui sont dans l’eau s’approchent et se joignent ensemble par lagitation qui se fait dans l’ébullition , à peu près de la même

NOTES SUR VITRUVE, LIV. Viif.

façon que les parties les plus tenaces du lait se joignent et forment la masse du beurre, lorsque la crème a été longtemps battue. Et il y a apparence que c’est par cetle raison que l’eau bouillie est plus légère que la crue; car quand l'ébullition serait capable de dissiper quelque chose de la portion la plus légère de l’eau, ce que l’on peut révoquer en doute, il est certain qu’elle est cause d’une précipitation des parties grossières et terrestres , qui rend le reste de l’eau plus pur et plus léger.

Innuctur his signis esse tenuis et in summa salubrilate. La légèreté dans l’eau est considérée par les philosophes comme la marque la plus certaine de sa bonté; la difliculté est de connaître cette légèreté. Pline assure que, quelque soin que l’on prenne pour bien peser l’eau, il est presque impossible d’en trouver deux qui soient de poids différent. Athénée, au contraire, prétend qu'il se trouve quelquefois une si grande différence de pesanteur dans les eaux, que celle qui coule du mont Pangæus est une fois plus pesante en hiver qu’en été; ce qui est tellement contraire aux expériences que les anciens ont faites de toutes les autres eaux, que Dalechamp, dans sa traduction d’Athénée, a corrigé cet endroit ; et il exprime la différence du poids de cette eau dans les saisons différentes par la proportion de 66 à 96, au lieu de 46 à 96, qui est dans le texte grec.

Hippocrate donne un moyen de déterminer les différents degrés de cette légèreté, qui est de remarquer la facilité que l’eau a de s’échauffer et de se refroidir, cette facilité étant une marque infaillible de la légèreté. Mais il n’y a pas moins de difliculté à connaître bien distinctement celte facilité, qu’à découvrir des différences de poids. L'Académie des sciences examina l'automne dernier, par crdre du roi, les eaux qui sont conduites à Versailles de différents endroits ; elle employa les deux moyens que les anciens proposent, savoir, celui de peser actuellement l’eau, et celui d’en conjecturer la pesanteur par la facilité qu’elle a de s’échauffer. Pour le premier, on s’est servi de l’aréomètre, qui fait connaître la légèreté des liqueurs par son enfoncement ; et pour la seconde on a ajusté deux thermomètres, de manière qu'étant plongés en même temps dans deux eaux différentes et échauffées d’une même chaleur, celui qui montait plus promptement faisait voir que l’eau dans laquelle on l'avait plongé était la plus facile à s’échauffer. Ces deux examens firent voir des différences sensibles entre ces eaux différentes , étant comparées non-seulement avec l’eau de puits, l’eau salée et l’eau bourbeuse, qui sont les plus pesantes , mais même étant comparées entre elles.

La légèreté et la facilité à s’échauffer et à se refroidir n’étant des marques dela bonté de l’eau que parce que ces qualités font voir qu’elle a une subtilité de parties qui la rend propre à pénétrer et à dissoudre facilement les aliments auxquels elle doit servir de véhicule, l’Académie a cherché encore d’autres moyens de découvrir les signes de cette subtilité de parties. On à premièrement éprouvé que la facilité que l’eau a de cuire les liqueurs, dont Vitruve parle, est une qualité commune à plusieurs espèces d'eaux, lesquelles par d’autres signes se trouvent beaucoup différentes à l'égard de cette subtilité de parties. Deux expériences entre autres ont été faites, par lesquelles des eaux qui cuisaient également bien les légumes n'étaient pas également propres à pr duire d’autres effets, auxquels la subtilité des parties est nécessaire, La première a élé la facilité que l’eau a de blanchir le linge sans savon et sans lessive, que l’on a trouvée être plus grande dans certaines eaux que dans d’autres. La seconde a été la dissolution du savon, que des eaux détrempent si aisément qu’elles deviennent blanches comme du lait, et que d’autres ne peuvent dissoudre qu'imparfaitement; de manière qu'il paraît seulement divisé en particules blanches, nageant dans l’eau, qui demeure claire : car il n’est pas difficile de juger que

NOTES SUR VITRUVE, LIV. VIII

l’eau qui dissout plus aisément le savon est la plus légère, la plus subtile, et par conséquent la meilleure.

Ch. V (ou VI). Libratur autem dioptris. 1 ny a point de mot français pour expliquer celui de dioptra. I signifie généralement toute sorte d'instruments où il y a des pinnules, comme sont l’astrolabe, le carré géométrique, le bâton de Jacob, etc.

Aut libris aquariis. On pourrait douter si libra aquaria ne signifie point ici un niveau fait d’eau, s’il n'en était point parlé dans la suite comme d’un instrument différent de celui qui est appelé ici ibra aquaria.

Quod dioptre libræque fallunt. X y à apparence que cette balance est le niveau dont les fontainiers se servent encore à présent, qui est un instrument de cuivre composé dedeux règles, dont l’une est jointe à angle droit au milieu de l’autre. L’usage de l'instrument est qu’étant pendu par l'endroit où les deux règles sont assemblées, la règle qui est pendante tient l’autre à niveau le long de laquelle on regarde. La raison que Vitruve a de préférer le chorobate à cette balance et auxsautres dioptres , est qu’étant tenues à la main , elles sont chancelantes , et n’ont pas la certitude qui se trouve daus le chorobate, qni, étant assuré et affermi sur terre, permet à son plomb de s’arrèter, et de marquer distinctement l'endroit où il s’arrète.

Ch. VI (ou VIT). Solumque rivi cibramenta habeat fastigata. J'ai paraphrasé ce Lexte (Perrault lisait fastigiata), qui veut dire, à la lettre, que la terre sur laquelle l'eau coule doit être en pente de mème que le toit d'une wnaison : car il ne m’a pas semblé qu'il fût nécessaire de parler de la terre, parce que l’eau ne coule point dans les aquedues sur la lerre, mais dans un canal de pierre ou de ciment.

Ex | quibus ] tertio in domos privatas. J'ai ôté quibus pour lire ex lerlio; autrement je ne crois pas que lon puisse trouver du sens dans ce texte, qui, à cela près , est assez clair.

Non enim poterunt avertere, cum habuerint a capitibus proprias ductiones. Je me suis donné la liberté de paraphraser cet endroit, qui est fort obscur. Je crois que Vitruve veut dire que l’eau qui est destinée pour les nécessités publiques ne pourra être détournée et mal employée aux fontaines jaillissantes, parce qu’elle sera prise dans le château on regard par des conduits particüliers ; ce qui empêchera que les fontaines jaillissantes naient d'autre ean que celle qui sera de reste dans les temps de l’année où les eaux sont abondantes. Le lexte porte, non enim poterunt avertere cum habuerint a capilibus proprias ductiones; c’est-à-dire qu'ils ne pourront prendre que ce qui leur vient de leur réservoir pour une conduite particulière.

Puteique ibi sunt facti. Barbaro et Baldus entendent par puteos les soupiraux qui doivent être faits d'espace en espace dans les aqueducs ; mais ils n’ont point remarqué que l’espace de 120 pieds que contenait l'actus est moins que 20 de nos toises, et qu’il est un peu court, parce que de là il s’ensuivrait qu’il faudrait 100 puits en chaque lieue d’aqueducs. De sorte qu’il y aapparence qu’après le mot d’actus il y avait le nombre, et qu'il faut lire wt inter duos (scilicet puteos) sint actus IL; c’està-dire qu'entre chaque puits il y ait quarante loises; car il n’est point nécessaire de faire tant d'ouvertures, quand il ne s’agit que de donner de l'air aux aqueducs. 11 est vrai qu’à l'aqueduc de Roquencourt, proche Versailles, qui est de plus de 1,000 toises, les puits, qui ont 22 loises de profondeur, sont à 20 loises près l’un de l’autre; mais ces puits n'ont pas tant été faits pour donner de l'air, que pour la commodité du service de cet édifice, qui perce une montagne qui n’est presque que de sables mouvants.

Si centenariæ erunt. Si le tuyau est de cent doigts, c’est-à-dire, si la lame dont on doit faire le tuyau à cent

doigts de large, c’est-à-dire environ deux pieds de diamètre sur dix pieds de long, elle devra peser 1,200 livres, et ainsi des autres à proportion.

ÆEa autem ductio. Ceci n’est point le commencement d’une nouvelle matière , ainsi qu'il semble , Mais la conclusion de celle qui a été traitée, sayoir , des proportions que les tuyaux de plomb doivent avoir, car ce qui est dit ensuile appartient généralement à la conduite de toutes sortes de tuyaux, soit qu’ils soient de plomb, soit qu'ils soient de poterie.

Erumpet et dissolvet fistularum commissuras. Cela n’est point vrai : car l’eau, pour remonter tout court, n’en est point plus forcée ; et plus la conduite est longue dans la vallée, et plus il y a de danger que les jointures ne se rompent, parce qu’il y a davantage de jointures.

In ventre colluviaria sunt facienda. Perrault Yisait columnaria. Les interprètes, dit-il, sont en peine sur le mot de columnaria. Quelques-uns, comme Beroaldus dans Suétone, et Jocundus , le corrigent pour mettre co/luviaria, c’est-à-dire des égoûts ou cloaques. D’autres, comme Laët, lisent columbaria, qui signitie des trous de boulins où les pigeons font leurs nids ; et ils croient que Vitruve a entendu par là les trous des robinets par lesquels on doit donner air aux tuyaux et les décharger, quand il est besoin. D’autres, comme Baldus et Philander, retiennent columnaria , parce qu'ils croient que Vitruve entend par là qu'il faut enter des bouts de tuyaux qui s’élèvent comme des colonnes sur ceux qui sont dans les lieux bas, pour leur donner de l'air. Ces trois opinions sont probables, parce que des robinets et des tuyaux élevés sont propres à donner de l'air aux tuyaux ; et des cloaques sont nécessaires aussi en cet endroit pour faire écouler l'eau que l'on est contraint de laisser sortir, lorsque l’on donne de lair aux tuyaux. Cela a fait que je me suis servi du mot de ventouse, qui comprend et suppose toutes les trois opinions, et qui est un mot usité parmi les fontainiers.

Sed'in perpetua fiant æqualitale. J'ai interprété à la lettre le texte , qui aurait eu besoin d’être expliqué par une paraphrase; car cette Zongue et égale suile n’exprime pas tout ce que Vitruve veut dire, qui est que les regards ne doivent être faits qu'aux endroits où les tuyaux sont à peu près au niveau de la source et du lieu où l’eau doit être conduile ; c’est-à-dire aux endroits où l’eau n’est pas beaucoup serrée dans les tuyaux, et noa aux autres endroits où l’eau est au-dessous de ce niveau , quoique les tuyaux soient là d’une longue et égale suite, soit que ce soient ceux qui sont dans la descente, soit que ce soient ceux qui sont dans la montée, soit que ce soient ceux qui sont dans la vallée, où est le ventre.

Namque vehemens spiritus in aquæ ductione solet nasci. C’est ici l'endroit que j'ai marqué dans la note sur le premier chapitre du premier livre, où il est parlé des vents qui s’enferment dans les tuyaux des fontaines, et qu’il semble que Vitruve entende y être engendrés; ce qui n’a point de vraisemblance, ainsi que Je l'ai expliqué en cet endroit; quoique le P. Kirker assure que l’eau agitée se change en air, dans l'explication qu’il donne du soufflet qui se fait par le moyen de l’eau. Ce soufflet, dont l'expérience a été faite dans l'Académie , est un gros tuyau d'environ six pieds de long et d’un pied de diamètre, qui, étant posé à plomb, est ouvert par le dessus de la largeur de trois pouces pour laisser entrer l'eau, et ne l’est paren bas que de deux pour la laisser sortir. Vers le haut, à côté, il y a un trou encore beaucoup plus petit, par où le vent sort. La manière d’agir de ce soufflet est que l’eau, sortant par une ouverture plus étroite que n’est celle par laquelle elle entre, est obligée de monter à l’abord dans le bout du tuyau ; et cela fait que l'air qui occupe le reste du tuyau que l'eau ne peut emplir est contraint de sortir par le trou qui est à

côté proche du haut, lorsque l'eau monte dans le tuyau; mais quand elle est montée assez haut pour faire que sa pesanteur la fasse sortir en aussi grande quantité qu'elle y entre , elle demeure toujours à une même hauteur, el empêche l'air de sortir par le trou d'en bas ; mais il semble qu’il nedevrait plussortir d’air par le trou d'en haut, parce que l’eau ne monte plus. Le P. Kirker dit que l’eau, se froissant par sa chute, se change en air dans la partie supérieure du tuyau qui est vide ; ce qui n’a point de vraisemblance, n'y ayant rien qui puisse raréfier l'air assez considérablement pour prodnire l'effet dont il s’agit, que ce qui l'échauffe ; et il ya bien plus d'apparence de dire que l'eau qui s’engouffre par en haut, et qui entre en se tortillant, enferme de l'air dans ses replis, qui, étant entré dans la cavité du tuyau , n’en peut sortir que par le trou qui est au tuyau vers le haut. J1 y a des expériences fort familières, qui font aisément concevoir la possibilité de cette intrusion de Pair, telle qu'est celle dont Vitruve parle, savoir, que lorsque l'eau entre dans des tuyaux de fontaines ayec trop d’impétuosité, elle y fait entrer du vent, qui peut faire crever les tuyaux, et à plus forte raison sortir avec impétuosité par un trou qui est déjà fait.

Lx eo cerussa nascitur. I n’y a aucune apparence que l'eau puisse changer le plomb en céruse, puisque même elle n’altère en aucune facoa le cuivre, qui est bien plus aisé à rouiller: car on ne voit point que les robinets des fontaines soient rongés par l’eau, après avoir servi cent ans.

Exemplar aulem ab artificibus plumbariis. Ce qui arrive aux plombiers ne prouve rien de ce que Vitruve prélend , parce que Si l'eau n’est pas capable de changer le plomb en céruse, elle l'est encore moins de le fondre et d'en faire sortir les vapeurs malignes, qui brûlent les parties nobles et corrompent le sang aux plombiers. Enfin l'argument tiré des choses corrompues ne fait rien conclure à l'égard de ces mêmes choses, tant qu’elles demeurent exemptes de corruption.

Tune secundum puteum dextra ac sinishra defodiantur æstuaria. Tout ceci est difficile à comprendre, savoir, qu'après avoir creusé un puits, on ait besoin d'y descendre une lampe pour voir si l'on y peut descendre sûrement , et de plus que, si la lampe en s’éteignant fait connaître que les vapeurs sont dangereuses, on puisse espérer de trouver de bonne eau en ce lieu, et que, pour la rendre bonne, le remède soit de creuser deux autres puits, pour faire exhaler les vapeurs du puits quiest déjà fait. Car les deux nouveaux puits auront aussi leurs vapeurs dangereuses; et, pour concevoir que ces nouveaux puits diminuent les vapeurs du premier, il faudrait supposer qu’il n’y avait qu’une certaine quantité de vapeurs dans la terre, qui sortaient toutes par le premier puits, et qui, étant partagées aux deux autres que Von creuse à côté, doivent diminuer la quantité des vapeurs de celui du milieu ; ce qui est difficile à croire. De sorte que je pense que Pexpédient que Vitruve apporte, de creuser deux nouveaux puits, se doit entendre qu'au cas que l’ontrouve un puits dont l'ouverture soit étroite et le fond bien large, il faut, avant que d’y descendre, faire l'expérience de la lampe, afin que si elle s'éteint par la quantité des vapeurs qui sout retenues au fond, à cause du rétrécissement de l'ouverture d'en haut, on fasse d’autres ouvertures pour donner une issue plus libre aux vapeurs.

Ex tectis. Je trouve que Philander, qui lit ex teclis, a plus de raison que ceux qui, suivant Baïdus, corrigent le texte et lisent ex festis : car Vitruve a déjà dit la même chose en parlant de amas que l'on fait des eaux de la pluie dans les citernes; c’est au neuvième chapitre du cinquième livre , où il dit que aquæ de cœlo repentinis tempestatibus ex tegulis recipiuntur. Et l'expression de Yitruve ne doit pas sembler superflue, quand il dit qu’il :

faut recevoir dans les citernes l’eau qui tombe sur les toits on sur d’autres lieux élevés ; car il veut dire que si l’eau qui tombe sur les toits, qui est la plus nette, ne suffit pas, il faudra aussi recevoir celle qui tombe dans les cours, quisont plus élevées quele hant de la citerne. D’ailleursil n’est point vrai que le signinum, dont il veut que les citernes soient bâties, se fasse ex Lestis, avec des luileaux; car il ne le fait que de mortier de chaux et de sable; en sorte qu'il y a lieu de croire que l'essence de l’opus signinum ne con sistait pas dans la matière dont il était fait, bien que ce fût le plus souvent de tuileaux cassés, ainsi que Pline le témoigne, mais qu'ilétait ainsinommé à cause que les peuples appelés Signins étaient en réputation de faire de bon mortier, et qu'ils le faisaient tel, à cause du soin qu’ils prenaient de le battre longtemps pour le rendre solide; ear il est dit au quatrième chapitre du deuxième livre, que le mortier de sable de rivière fait un corps bien solide, si on le corroie et si on le hat avec des bâtons, comme le signinum. Pluviatica propter macrilatem uti signinum bacillorum subactionibus in teclorio recipit soliditatem.

Mortario cæmentum addatur.N y en a qui croient que morlarium signifie dans Vitruve, non-seulement le vaisseau où l’on gâche et où l’on corroie la chaux, le sable, le ciment, la poudre de marbre, et Lout:s les sortes de compositions dont on se sert pour joindre les pierres, mais qu'il se prend aussi pour la composition même, ainsi que l'usage l’a présentement établi parmi nous. Néanmoins cela ne se trouve ni dans Vitruve, ni dans Pline, ni dans Columelle, ni dans les autres auteurs anciens qui ontécrit de ces choses.

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