‹ Celse, Vitruve, Censorin (œuvres complètes), FrontinChapitre 230 sur 265 · III. Ce que c’est qu'un Génie, et d'où vient ce nom · texte numérisé non relu

III. Ce que c’est qu'un Génie, et d'où vient ce nom

Le Génie estun dieu sous la protection duquel chacun de nous est placé dès l'instant de sa naissance. Ce dieu, soit parce qu'il préside à notre naissance, soit parce qu'il naît lui-même avec nous, soit aussi parce que, dès que noussommes engendrés, il nous prend sous sa garde, s’appelle Génie, du mot latin (genere) qui signifie engendrer. Le Génie et le dieu Lare ne sont qu'un même dieu, suivant beaucoup d’anciens auteurs; et cette opinion est aussi celle de Granius Flaccus , dans son ouvrage Sur les livres sacrés des pontifes (1), qu’il a adressé à César. Notre Génie

(x) On appelait Zndigitamenta (en grec tspurtxù fBu6hix) le livre des pontifes où étaient écrits les noms des dieux, et Les céré= monies propres au culte de chacun d'eux.

dendum Genio, non hostiam faciundam, putaverit? Quod seilicet, ut Varro Llestatur in eo libro, cui tilulus est 4€ dicus, et est de numeris, id moris institutique majores nostri Lenverunt, ut, cum die natali munus annale Genio solverent, manum a cæde ac sanguine abstinerent, ne die, qua ipsi lucem accepissent, aliis demerent. Denique Deli, ad Apollinis Genitoris aram, ut Timæus auctor est, nemo hostiam cædit, Hlud eliam in hoc die observandum, quod Genio factum neminem oportet ante guslare, quam eum, qui fecerit. Sedet hoc a quibusdamsæpe quæsitum;, solvendum videtur, quid sit Genius, curve eum potissimum suo quisque nalali veneremur.

IT, Genius quid sit? el unde dicatur?

Genius est deus, cujus in tutela, ut quisque natus est, vivil. Hie, sive quod , ut genamur, curat , sive quod una genitur nobiscum; sive etiam, quod nos genitos suscipit ac tuetur; certe a genendo Genius adpellatur. Eumdem esse Genium et Larem, multi veteres memoriæ prodide= runt : in queis etiam Granius Flaccus in libro, quem ad Cæsarem de Indigilamentis scriptum reliquit. Hune in nos maximani, quin immo omnem habere poteslatem,

DU JOUR NATAL

a, dit-on; sur nous une très-crande et même une entière puissance. Quelques auteurs ont pensé qu’on doit adorer deux Génies, au moins dans la demeure de deux époux. Euclide même, disciple de Socrate, dit que chacun de nous est soumis à un double Génie; et on peut voir cette même opinion dans Lucilius, au neuvième livre de ses satires. C’est donc au Génie que, de préférence, nous sacrifions chaque année, pendant tout le cours de notre vie. Outre ce dieu pourtant, il y en a beaucoup d’autres qui, chacun pour une certaine part, prêtent assistance aux mortels. Que si l’on veut les connaître, on n'a qu'à lire les Livres des pontifes, qui en apprennent assez à ce sujet. Tous ces dieux n’exercent qu'une fois sur checun de nous l'influence de leur divinité ; aussi, pendant toute la durée de la vie, ne leur rend-on pas un culte assidu. Le Génie, au contraire, est pour nous un gardien si fidèle et si vigiant, qu'il ne s’en éloigne pas un seul instant; il nous a reçus sortant du sein de notre mère, et il nous accompagne jusqu’au dernier jour de notre existence. Mais si chacun de nous n’a d’autre jour natal à célébrer que le sien, il en est deux qui sont consacrés par moi, chaque année, à l’accomplissement dece pieux devoir. Car, puisque c’est à toi et à ton amitié que je dois tout, honneur, dignité, considération, appui, enfin les premiers biens de la vie, je regarderais comme un erime de célébrer, moins religieusement que l'anniversaire de ma propre naissance, le jour , pour moi si heureux , où tu as vu la lumiere : l’un m'a donné l'existence , et l’autre ce qui en est le soutien et l’ornement.

creditum est. Nonnulli binos Genios in iis dumtaxat domibus, quæ essent maritæ, colendos putaverunt. Euclides autem Socraticus duplicem omnibus omnino nobis Genium dicit adpositum : quam rem apud Luciliom in libro Satyrarum nono licet cognoscere. Genio igitur potissimum, per omnem ætatem quolannis sacrilicamus. Quamquam non solum hic, sed et alii sunt præterea dii complures, hominum vitam, pro sua quisque portione, adminiculantes : quos volentem cosnoscere, Indigitamentorum libri satis edocebunt. Sed omnes hi semel in unoquoque homine puminonr suorum effectum repræsentant; quocirca non per omne vilæ spalium novis relisionibus arcessuntur. - Genius autem ita nobis assiduus observator adpositus est , ut ne puncto quidem temporis longius abscedat; sed ab utero matris exceptos, ad extremum vitæ diem comitetur. Sed cum singuli homines suos tantummodo proprios colant natales; ego Lamen duplici quotannis officio hujusce religionis adstringor. Nam, cum ex te tuaque .amicitia honorem, dignitatem, decus, atque præsidium, cuncta denique vitæ præmia recipiam ; nefas arbitror, si diem tuum, qui te mihi in hanc lucem edidit, meo illo proprio negligentius celebravero; ille enim mihi vitam, bic fructum vitæ atque ornamentum peperit.

IV. Diverses opinions des philosophes anciens sur la génération.

Mais puisque notre âge date du jour de notre naissance, et qu’en remontant au delà de ce jour plusieurs questions se rattachent à l’origine de l’homme, il me semble à propos de parler en pre-

‘mier lieu de ce qui s'offre d’abord dans l’ordre naturel des choses. J’exposerai done en peu de mots quelques-unes des opinions de l’antiquité sur l'origine humaine. Une première question, une question générale a été agitée parmi les anciens

| philosophes, relativement à ce fait constant , que

chaque homme, après avoir été engendré de la semence de ses parents, a propagé sa race à travers une longuesuite de siècles. Les uns ont pensé qu'il a toujours existé des hommes, qu'il n’en est jamais né que d’autres hommes, et qu’on ne peut assioner au genre humain ni principe nicommencement. Suivant les autres, au contraire, il fut un temps où les hommes n’existaient pas, et c’est la nature qui leur a d’abord donné l’êtreet la vie. La première opinion, celle qui suppose que le genre humain a existé de tout temps, a été soutenue par Pythagore de Samos, par Ocellus de Lucanie, par Archytas de Tarente, enfin par tous les pythagoriciens. Elle paraît être aussi celle de Platon l’Athénien, de Xénocrate, de Dicéarque de Messine, et des philosophes de l’ancienne Académie. Aristote de Stagire lui-même, ainsi que Théophraste et plusieurs péripatéticiens célèbres, ontécrit la même chose; et, comme preuve de cette assertion, ils nient qu'on puisse jamais savoir lesquels, des oiseaux ou des œufs, ont été engen-

| drés les premiers ; par la raison qu’on re peut

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