livre a été écril
J'en ai assez dit à propos du siècle; je parlerai maintenant de ja grande année, dont la longueur est si diverse, soit dans les usages des peuples, soit dans les traditions des auteurs, que ceux-ci Ja font consister dans la révolution de deux années ordinaires, ceux-là dans la réunion de plusieurs milliers à la fois. Je vais tâcher d'expliquer ces diférences. D’anciens peuples de la Grèce ayant remarqué que, pendant le temps de la révolution annuelle du soleil , il y a quelquefois treize levers de la lune, et que cela arrive une fois tous les deux ans, ont pensé qu’à l’année naturelle répondent douze mois lunaires et demi. Ils ont donc établi leurs années civiles de manière à ce qu’à l’aide d’une intercalation , les unes se composassent de douze mois et les autres de treize, appelant année solaire chacune d'elles isolément , et grande année la réunion de ces deuxlà. Et ils appelèrent cet espace de temps ériéterie (cycle de trois aus), parce que l’intercalation avait lieu chaque troisième année, bien que cette révolution s'accomplit en deux ans, et ne fût en réalité qu’une diétérie (cycle de deux ans). Voilà pourquoi les mystères célébrés tous les deux ans, en l'honneur de Bacchus, sont nommés friélériques par les poëtes (1). L'erreur ensuite reconnue, ils doublèrent cet espace de temps, et établirent la fétraétlerie (cycle de quatre ans), qui, revenant chaque cinquième année, fut nommée pentaétérie {cycle de cinq ans). La grande année, ainsi formée de quatre ans, parut plus commode en ce que, l’année solaire se composant
(1) Foy. Virgile, Eneid. IN ; Ovide, Fast. 1; Slace, Theb. I.
et lustris, et agonibus Capitolinis hic Liber scriptus sit ?
: el quo anno
Hactenus dictum de sæculo. Nunc de aunis majoribus dicam. Quorum magnitudo adea diversa, tam gentibus observata, quam auctoribus tradita est, ut ali annum magnum esse in anpis vertentibus duobus, alii in multis anvorum millibas arbitrati sint : quod quale sit, jam nunc conabor absolvere. Veteres in Græcia civitates cum animadverterent, dum Sol annuo cursu orbem suum circuit, Lunam interdum ter decies exoriri, idque sæpe alternis fieri : arbitrati sunt, lunares x11 menses, et dimidiatum, ad annum naturalem convenire. Itaque annos civiles sic staluerunt, ut intercalando facerent allernos xI1 mensium , alternos x; utrumque annum separatim, vertentem; junctos ambos, annum magnum vocantes. Idque tempus ezezngièx adpellabant, quod terlio quoque anno intercalabatur, quamvis biennii circuitus, et revera Ôterngès esset: unde mysteria, qnæ Libero patri alternis fiunt annis, Lrieterica a poetis dicuntur. Postea, cognito errore, hoc tempus duplicarunt , et rerpzctrptôx fecerunt. Sed eam, quod quinto quoque anno redibat, TEvTosTnpièce nominabant. Qui annus magous ex quadriennio commodioe visus est. Ut annus Solis constarei ex diebus CCCLXY; 0%
de trois cent soixante-cinq jours et d'environ un quart de jour, cette fraction permettait d’ajouter un jour plein à chaque quatrième année. Voila pourquoi, au retour de chaque cinquième année, on célèbre des jeux dans l’Élide en l'honneur de Jupiter Olympien, et à Rome en l'honneur de Jupiter Capitolin. Mais cet espace de temps, qui semblait ne coincider qu'avec le cours du soleil et non avec celui de la lune, fut encore doublé; et l’on établit l’'ocfaétérie (cycle de huit ans), qu’on appela ensuite ennéaëélérie (cycle de neuf ans), parce que cette année nouvelle revenait tous les neuf ans. Cette période de temps fut considérée, dans presque toute la Grèce, comme la véritable grande année, parce qu’elle est composée d'années sans fraction, comme il faut que cela ait lieu pour toute grande année. Celle-ci, en effet, se composait de quatre-vingt-dix-neuf jours pleins et de huit années également pleines. L’inslitution de cette octaétérie est généralement attribuée à Eudoxe de Cnide; mais c’est, dit-on, Cléostrate de Ténédos qui la composa le premier, et après lui en sont venus d’autres qui, à l'aide de différentes intercalations de mois, ont composé.chacun son octaétérie. Ainsi ont fait Harpalus, Nautélès, Mnésistrate , et d'autres encore, parmi lesquels Dosithée, dont l'ouvrage est intitulé l'Octaétérie d'Eudoxe. De là vient qu'en Grèce on célèbre, avec de grandes cérémonies, plusieurs fêtes religieuses après cette période de temps. A Delphes, les jeux appelés Pythiques se eélébraient autrefois tous les huit ans. La grande année qui se rapproche le plus de celle-ci est la dodécactérie (cycle de douze ans), formée de douze années naturelles. On l'appelle année chaldaïque : les astrologues ne l'ont pas réglée sur le
diei parte circiter quarta, quæ unum in quadriennio diem conficeret. Quare Agon et in Elide Jovi Olympio, et Romæ Capitolino, quinto quoque anno redeunte celebratur. Hoc quoque lempus , quod ad Solis modo cursum, nec ad Lunæ, congruere videbatur, duplicatum est, et ôxrasrnpis facta; quæ tune évvemetnpic Vocitata, Quia primus ejus annus nono quoque anno redibat, Hunc circuitum verum annum inagnum esse, pleraque Græcia existimavit : quod ex annis vertentibus solidis constaret, ut proprie in anno magno fieri par est. Nam dies sunt solidi, uno minus centum, annique vertentes solidi octo. Hane ôxtacrnpiôx vulgo creditum est ab Eudoxo Cnidio institutam. Sed hanc Cleostratum Tenedium primum ferunt composuisse, et postea alios aliter : qui mensibus varie intercalandis suas oxtaetnpiôxs prolulerunt ; ut fecit Harpalus, Nauteles, Mnesistratus, item ali, in quis Dositheus. Cujus maxime ôxraetrpis, Eudoxi inscribitur. Ob hoc multæ in Græcia religiones hoc intervallo temporis summa cærimonia colyntur. Delphis quoqueludi, qui vocantur Pythia, post octavum annum olim conficiebantur. Proxima est hanc magnitudinem, quæ vocatur dwdexzxernpis, ex annis vertenlibus duodecim. Huic anno Chaldaico nomen est, quem genethliaci non ad Solis Lunæque cursus, sed ad
cours du soieil et de la lune, mais d'après d'autres observations ; parce que, disent-ils, cet espace de temps peut seul embrasser les diverses saisons, les époques d’abondance, de stérilité et de maladies. Il y a encore plusieurs autres grandes années, comme l’année métonique, composée par l’Athénien Méton de dix-neuf années solaires : aussi l’appelle-t-on ennéadécaëctérie (cyele de dix-neuf ans); on y intercale sept mois, et l’on y compte six mille neuf cent quarante jours. On distingue aussi l’année du pythagoricien Philolaüs , formée de cinquante-neuf ans, et de vingt etun mois intercalaires ; l’année de Callippe de Cyzique, composée de soixante-seize ans, avec l'intercalation de vingt-huit mois ; l’année de Démocrite, formée de quatre-vingt-deux ans, et de vingt-huit mois intercalaires; puis celle d'Hipparque , composée de trois cent quatre ans, avec l'intercalation de cent douze mois. Cette différence de longueur des grandes années vient de ce que les astrologues ne s'accordert nisur ce qu'il faut ajouter aux trois cent soixante-cinq jours de l’année solaire, nisurc qu'il faut retrancher des trente jours du mois lunaire. D’un autre côté, les Égyptiens, dans la formation de leur grande année, n’ont aucun égard à la lune qu’on appelle en grec cynique et en latin caniculaire, parce qu’elle commence avec le lever de la constellation de la Canicule , le premier jour du mois que les Égyptiens appellent thoth (1). En effet, leur année civile n’a que trois cent soixante-cinq jours, sans aucune interealation., Aussi l’espace de quatre ans gst-il, chez eux , plus court d'environ un
(x) Ce nom, qu'on écrit aussi thot et athotès, était celui d’un roi des Egyptiens, qui, révéré ensuite comme un dieu, avait le chien
pour symbole. Voy, Cicér. de Divinat. 1. HI, et Lactant. Instit. 1. 1, c. 6.
observationes alias habent accommodatum : quod in e6 dicunt tempestates, fragumque proventus, sterilitates item, morbosque circumire. Præterea sunt anni magni complures : nt Metonicus, quem Meton Atheniensis ex annis undeviginti constituit, eoque évvsxdenaerrpis adpellatur, et intercalatur septies, in eoque anno sunt dierum sex millia et neccexr. Est et Philolai Pythagorici annus, ex annis LiX, in quo sunt menses intercalares viginti et unus. Item Callippi Cyziceni, ex annis LXXVIÿ ita ut menses duodetriginta intercalentur; et Democriti, ex annis LXXXI; cum intercalares sint perinde viginti octo. Sed et Hipparchi, ex annis Cceiv, in quo intercalatur centies decies bis. Hæc annorum magniludo eo discrepat, quod inter astrologos non convenit, quanto vel Sol plus quam trecentos sexaginta quinque dies in anno conficiat, vel Luna minus quam tfriginta in mense, Ad Ægypliorum vero annum maguum Luna non pertinet, quam græce Kovwxdv, latine canicularem vocamus, proplerea quod initium illius sumitur, cum primo die ejus mensis, quem vocant Ægyptii thoth, caniculæ sidus exoritur, Nam eorum annus civilis solos habet dies cecLxv, sine ullo intercalari. Itaque quadriennium apud eos uno circiter die minus est, quam naturale quadrienpium :eoquefit, ut anno MCCCCLxI
DU JOUR NATAL
jour que l'espace de quatre années naturelles ; ce qui fait que la coïncidence ne se rétablit qu’à la quatorze cent soixante et unième année. Cette anuée est aussi appelée par quelques-uns héliaque, et par d'autres l’année de Dieu (1). Il y a encore l’année qu’Aristote appelle parfaite , plutôt que grande, et qui est formée par les révolutions du soleil , de la lune et des cinq étoiles errantes, lorsque tous ces astres sont revenus à la fois au point céleste d’où ils étaient partis ensemble. Cette année a un grand hiver, appelé par les Grecs xaraxhuouds (inondation), et par les Latins déluge ; elle a aussi un été que les Grecs appellent xrupus:, ou incendie du monde. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques. Cette année-là, d’après l'opinion d’Aristarque , se compose de deux mille quatre cent quatre-vingt-quatre années solaires; suivant Arétès de Dyrrachium , de cinq mille cinq cent cinquante-deux ans; suivant Héraclite et Linus, de dix mille huit cents ; suivant Dion, de dix mille huit cent quatre-vingt-quatre; suivant Orphée, de cent mille vingt ans; suivant Cassandre, de trois millions six cent mille. D’autres enfin ont considéré cette année comme infinie, et comme ne devant jamais recommencer. Mais de toutes ces périodes , la plus communément adoptée chez les Grecs est la pentaëtérie, ou révolution de quatreannées, qu'ils appellent olympiade; et ils sont maintenant dans la seconde année de leur deux cent cinquante-quatrième olympiade. La grande année des Romains est la même chose que l’intervalle de temps qu'ils ont appelé lustre. Cette
(x) C'est-à-dire l’année du soleil. Carrion ( Emend. 1. I, c.r)et
Pollux (I. 1,c. 7) nous montrent que le mot dieu, pris d’une manière absolue, signifiait souvent le soleil, chez les anciens.
ad idem revolvatur principium. Hic annus etiam #htæxoc a quibusdam dicilur ; et ab aliis 6 @205 év.auros. Est præterea annus, quem Aristoteles maximum potius, quam magnum, adpellat : quem Solis, Luna: ,vagarumque quinque stellarum orbes conficiunt, cum ad idem signum, ubi quondam simul fuerunt, una referuntur, cujus anni hiems summa est HAFAANVGUÔS , quam nostri diluvionem vocant; æstas autem éxrüpwocts, quod est mundi incendium. Nam his allernis temporibus mundus tum exignescere,tum exaquescere videtur. Hune Aristarchus putavit esse annorum vertentium duum millium CCcCLxxxIY ; Aretes Dyrrachinus, quinque millium peu ; Heraclitus et Linus, decem millium ccæ ; Dion, x. M. CC XXGIV; Orpheus, cuxx; Cassandrus, tricies sexies centum millium. Alii vero infinitum esse, nec unquam in se reverti existimarunt. Sed horum omnium revrastnptôas maxime notandis temporibus Græci observant, id est, quaternum annorum circuitus, quas vocant Olympiadas : et nunc apud eos ducentesima quinquagesima quarta Olympias numeratur, ejusque annus hicsecundus. Idemtempus anni ragni Romanis fuit, quod Lustrum ad pellabant : ita quidem a Servio Tullio institutum , ut quinto quoque anno censu civium habito, lustrum conderetur; sed non ita a
om a, ro mme
institution remonte à Servius Tullius, qui voulat qu’au bout de chaque cinquième année on procédât solennellement, après avoir fait le cens des citoyens , à la clôture du lustre. Mais cela fut changé dans la suite; car, du premier lustre, fermé par le roi Servius, jusqu'à celui qui le fat par l’empereur Vespasien , consul pour la cinquième fois, et par César sous son troisième consulat, il s'écoula près de six cent cinquante ans: on n’a pourtant fermé dans cet intervalle que soixantequinze lustres ; et, depuis cette époque, on a tout à faitnégligé cettecérémonie. Toutefois l'institution de cette grande année s’est perpétuée, et c’est par les jeux Capitolins qu’on a commencé à l'observer avec plus de soin. Ces jeux furent célébrés pour la première fois par Domitien, sous son douzième consulat et sous celui de Ser. Cornélius Dolabella. Ainsi les jeux qu’on a vus cette année sont les trente-neuvièmes. Maïs c’en est assez pour ce qui regarde les grandes années ; il est temps de parler des années naturelles.