LA LYRE
Non, jamais chantre souverain, Depuis Simonide et Pindare, N'avait sur un trépied d'airain Mieux fait résonner la cithare !
Des cent lyres de l'uuivers Il n'en est point qu'on me compare Pour le doux frisson de ses vers !
De voix, de sanglots toute pleine, L'âme du poète chanta ; Et moi, vibrant sous son haleine, J'accompagnai, lyre lointaine, Napoléon à Sainte-Hélène Et Jésus-Christ au Golgotha.
Cet homme sur la terre obscure S'est levé, comme le soleil, Quand il invite la Nature A s'ouvrir au vaste réveil.
Et que, dans la brume marine Où point un sourire vermeil, Hennissant, dressant leur poitrine, Rappelant l'homme à ses travaux Par leur fanfare coutumière.
Blancs, neigeux, ses quatre chevaux Humides du baiser des eaux, A pleins poumons, à pleins naseaux.
Soufflent la joie et la lumière!
Il parut : tout fut rajeuni ;
On but aux sources éternelles,
Et l'âme, éprise d'infini.
Sentit qu'il lui venait des ailes.
Poète, aux anges d'ici-bas
Il tendit ses mains fraternelles.
Jusqu'au jour où, 'croisant ses bras,
16 CELUI QU'OiN OUBLIE
Voyant que la foule hébétée Le regardait en inconnu, Il pleura, comme Prométhée ; Et, Dieu fuyant un monde athée, S'envola, grande ombre irritée, Au ciel dont il était venu.
Alors tristes ou gais, pleins d'ombre ou pleins de flammes,
Sombres enfants du cœur, feux follets de l'esprit.
Des concerts, par milliers, montèrent dans la nuit.
Et c'était le soupir ou la chanson des Ames,
Ceux qui vivent sur terre et ceux qui ne sont plus.
Je distinguai des voix dans leur hymne confus :