‹ CempiusChapitre 14 sur 66 · liapporl (le M. I5ii.ss().n, cli. .\, \>. 137 et suiv · texte numérisé non relu

liapporl (le M. I5ii.ss().n, cli. .\, \>. 137 et suiv

2. I'>n IcSS*.), M. Paul liot)in l'ut invité par le Comité d'organisal.ioii à pieiulrc part au (Congrès ofliciel international do fKnseignenient j)riniaire, qui eut lieu à l'aris du 11 au Ki août. Sur la

linat Prévost, la coéducation des deux sexes n'est prolongée au-delà de la première adolescence avant la crise de l'âge, que rien dans cet établissement ne pro-

deuxième question : Du rôle de la femme dans l'enseignevunit, il présenta le vœu suivant, qui fut repoussé à Vunanimlté :

« Le Congi'ès émet le vœu : que sans aucune exception, toutes les fonctions de l'enseignement soient accessibles à tous les êtres humains satis distinction de sexe; que l'on travaille graduellement, avec prudence si l'on veut, mais sincèrement et activement, à rendre à tous les degrés, toutes les écoles, tous les cours mixtes. ><

Cette résolution était appuyée par ces considérants :

Tant que l'église put régler, sans conteste, les destinées du genre humain, son influence fit partout appliquer le fameux principe : diviser pour régner. (Tétait le seul moyen d'assurer la domination dt l'erreur.

Partout où, par la nature des choses, il existait une nuance, les institutions créèrent un abîme. Quelle distance, enefTet, entre seigneurs et peuples, entre riches et pauvres.

L'éducation oftîcielle empirait sur l'état social : les garçons étaient livrés ;i des célibataires, les filles à des cloîtrées, dans des établissements fermés, et on les séparait par tailles et par âges.

Or l'éducation réelle que donne la vie sociale normale est le résultat des influences exercées sur l'individu jiar l'ensemble des êtres avec lesquels il a affaire, vieux et jeunes, hommes et femmes, grands et petits.

Dansun établissementbasé non sur les préjugés métaphysiques, mais sur les réalités sociales, on doit faire effort pour réunir le plus possible ces éléments d'éducation.

Cette vérité a toute l'apparence d'un axiome : la vie d'un groupe d'éducateurs collaborant à une même tâche doit être celle de braves gens actifs, affectueux, de bonne humeur et d'entrain, celle d'une grande famille de frères et de sœurs d'adoption où les éducateurs aux divers degrés jouent le nMe que remplissent dans la famille naturelle, frères et s(eurs adultes, pères, mères, aïeuls. Supprimer l'un de ces éléments est lugubre dans la fattiille éducatrice comme dans la famille naturelle, plus encore, puisque la souffrance s'applique à un plus grand nombre d'êtres.

Donc, à tous les degrés et dans tous les ordres, au nom de la meilleure éducation possible, l'école doit devenir mixte quant aux élèves et quant aux éducateurs.

Ceci est, si possible, encore plus évident quant à l'instruction proprement dite : il ne peut ici être raisonnablement question du sexe des élèves et du professeur : les sciences, les langues, le dessin, la musique ne changent pas, suivant qu'ils sont enseignés par des hommes ou des femmes, à des garçons ou à des filles. C'est affaire de cerveau seulement, et l'enseignement doit être

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voquail tivant riieure,qiie tout au contraire, le régime physique et moral en entier, tendait à retarder jusqu'au moment normal, tandis que d'autre part la raison prend de l'empire'. Mais les Américains ont été plus hardis, si vous voulez, plus logiques. Ce n'est pas

proportionné non au se\e ou à litige, mais à la capacité des auditeurs.

11 y a encore, chez un certain nombre dhommes, un préjugé contre le manque d'énergie des femmes qui, pensent-ils, doit les écarter de cerlaint>s fonctions. Or nous avons tous connu des femmes énergi(iues et des hommes fort mous.

Si la slatistiqu(j, d'ailleurs difficile à établir, était encore, sous ce rapport, en faveur de l'homme, cela ne prouverait que fort peu, l'émancipation des femmes étant à peine à son aurore.

Du reste, quelques-unes d'entre elles luttent pour la revendication de leurs droits avec une vigueur qui parfois même dépasse le but. Nous voulons partout les femmes à nos côtés, mais nous voulons partout être aux leurs. Nous ne voulons les chasser de nulle paît, elles ne doivent Jamais repousser notre collaboration. Notre union est indispensa bh' à l'avenir de l'école comme à celui de la société; l'exclusion de l'un (Ui de l'autre est fatale partout.

Que personne ne cherche à rétrécir cette grande question en prétentlant déterminer a priori les cas où telle ou telle fonction pourra être remplie par une femme. Une fonction doit être remplie par une personne capable ; ou mieux encore, un ensemble de fonctions concourant au même but doit être rempli par un groupe capable ; et c'est tout !

I.a rénnion constante des deux sexes et l'é(iuivalence de leurs fonctions st)ciab's est l'avenir heureusement inévitable vers lequel nous marchons à grands pas. Mille symptômes nous annoncent la réalisation très procluiine de cette large manière de voir : femnu^s bacheliers, docteurs, asssociations d'enseignement V mixte en tout point, polytechnique, d'instruction élémentaire, de la jeunesse française, etc., examens et concours ofliciels mixtes : littérature enfantine plus ou moins officielle dont les récitscontiennenl inévitablement comme personnages des adultes et des enfants des deux sexes.

Permeltez-nous d'y ajouter avec lierté l'exemple donné par l'Orphelinat Prévost, où ces théories sont, sans aucune restriction, mises en pratique depuis neuf ans avec un parfait succès.

Et le suprême argument, indiscutable ici, est la présence à ce congrès, sur le pied d'égalité, d'éducateurs et d'éducalrices dt; tous grades. »

l. Sauf, si l'on veut, les cours des facultés, comme à la Sorbonne, au Collège de France, et depuis quelques années à l'Académie de médecine.

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à l'enseignement primaire seul, mais à tous les degrés de l'enseignement, ce n'est pas à l'eufance seule, mais à la jeunesse même qu'ils ont étendu les conséquences du principe. Et l'expérience faite, ils n'ont pas eu de raison pour s'en repentir, ce qui les a décidés à continuer.

Les collèges, les universités, les écoles normales sont mixtes en grande partie'. Ailleurs, ce sont des établissements fondés seulement pour les jeunes gens et qui, exceptionnellement, admettent quelques jeunes tilles ; le plus souvent, c'est le contraire : des écoles de jeunes lilles parmi lesquelles on rencontre deux ou trois, ou cinq ou dix jeunes gens. On ne s'étonne point, là-bas, de ces choses. — Des enquêtes ont été faites, très sérieuses. « Les établissements mixtes de degré secondaire ou supérieur, dit encore M. F. Buisson, furent tous passés en revue. Toutes les réi)onses s'accordèrent : non seulement il y avait unanimité dans les conclusions, mais des faits précis, des détails nombreux étaient allégués à l'appui de cette opinion par des hommes d'une incontestable expérience et placés dans des conditions très ditlerentes.

(( Mais, dira-t-on, n'est-il pas probable que, dans de telles conditions, des attachements naissent?

<( Nous l'espérons bien! répliquent nos Américains. Dans quelles circonstances des liaisons pour toute la vie pourraient-elles se former sous de meilleurs auspices- ? »

Voilà qui fera bondir telle mère française... la même qui pourtant conij)te sur les rencontres mondaines du

i. Rapport de M. Buisson, cli. vi, p. 137 et suiv. 2. Happort de M. Blisson, /6h/.

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l);il on du lli 'àtro pour marier sa jeune fille... Et il le faut bien, puisqu'il n'y a pas d'autres occasions, chez nous, de s'entrevoir.

L'idée américaine nous parait plus sage, et au fond moins osée, moins hasardeuse.

« La plupart des liaisons qui mènent au mariage, dit le D'" Fairchild, président du plus ancien et d'un des plus grands collèges mixtes, celui d'Oberlin (Ohio) se forment entre seize et vingt-quatre ans, et c'est la période des études en commun. Ce serait donc une chose contre nature si de telles liaisons ne se formaient pas entre nos élèves. Mais là n'est pas la question. Ce qu'il serait raisonnable de demander, c'est si ces liaisons, si ces engagements mutuels qui les suivent pourraient être contract('S dans des conditions plus favorables, dans des circonstances ollVant plus de choix rélléchi, et par conséquent de bonheur dans le mariage K »

i< Est-ce à dire que maîtres et parents soient dispensés de toute surveillance et n'aient ([u'à fermer les yeux? Les Américains eux-mêmes ne le soutiendraient pas. Mais, sans nier la nécessité du contrôle extérieur, ils comptent beaucoup plus sur le contrôle du soi par soi. En toute sincérité, c'est à cette vie en commun, c'est à cette liberté d'allure, établie dès le bas-âge, c'est enfin à ce qui, en apparence... constituerait le dangf'r, que les Américains attribuent la plus grande efficacité [)our |)réserver leurs enfants 2. »

« Des rencontres fortuites, à la dérobée, à longs inler-

i. Unpport (le M. Buisson, cli, vi, p. 147 el suiv. 2. liapporl de M. Uuisso.n, p. 130.

valles, entre jeunes gens et jeunes filles, auraient de bien plus graves inconvénients que leur constante et régulière réunion aux mêmes heures et dans les mêmes cours. » Sans doute; car l'un des plus grands dangers à cet égard, c'est de se faire réciproquement, l'un sur l'autre, des illusions romanesques qui peuvent amener à un choix inconsidéré suivi des plus cruelles désillusions. Or, se connaître, se voir journellement, dans la pratique de la vie courante et dans l'accomplissement des devoirs ordinaires, est bien la chose la plus propre à prévenir les engoùments irréfléchis.

Toutes ces conclusions sont de la vraie sagesse, de cette sagesse qui ne s'effraie point de heurter certaines idées reçues, mais qui se fonde sur des raisonnements sérieux et sur l'expérience répétée de longues années. A moins de supposer (pie la nature humaine est complètement autre en Amérique qur dans le reste du monde, comme le dit si jiulicieusement M. Buisson-, il faut bien admettre que les premières difficultés créées par le préjugé même étant écartées, cette coutume n'aurait pas plus d'inconvénients chez nous que chez les Américains. Et encore si ceux qui prétendent que Cl qui est bon aux T^tats-Unis est mauvais en France pouvaient arguer d'une différence de latitude^ peutêtre pourrait-on discuter : mais c'est une différence f/e longitude qui est en cause !

'< Observons enfin que les Anglais ont déjà accueilli, jusqu'à une certaine limite du moins dans plusieurs de leurs institutions publiques, telles par exemple que l'University Collège à Londres, l'idée américaine de la

\. Rapport cité, ch. vi.

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