Fêtes pédago{/iques, p
CEMPTJTS
S était ari'èto à Cempiiis à un système de mesures très régulièrement pratique et approuve par nombre de savants compétents* et actuellement appliqué ou imitedans plusieurs autres centres d'éducation.
Voici le questionnaire qu'on employait et auquel les antliropologistes purs reprocheront certains points qui, peut-être, se rapportent plutôt à la physiologie; mais ces derniers sont précieux pour l'hygiéniste et le pédagogue.
Les observations se divisent en quatre groupes : les premières à faire à des périodes (Uoignées, quinquennales ou môme décennales ; les secondes sont annuelles; les troisièmes sont fréquentes, en général mensuelles, mais pour les tout petits, elles peuvent être plus fréquentes encore, hebdomadaires par exemple, ou même journalière; les dernières sont occasionnelles et constituent de véritables amusements que l'on peut multiplier à plaisir .
Observations quinquennales ou décennales
Ages aux époques des observations
Clievenx ordinnires, frisés, noirs, bruns, elialains, blonds, blancs, clairs, foncés
Yeux bruns, verts, bleus, jj-ris, clairs, foncés
Peau découverte (tigure) rosée, jaunâtre, brunà Ire
Peau couverte (bras, cuisses) rosée, jaunâtre, brunâtre
Particularilés, anomalies
t. Notamment le professeur Rrocaet M. le D'"Berlillon père. 2. Pour les détails sur ces observations, voir : L'Anthiopomctrie à l'école dans Bulletin de rOrphclinul l'rérosl, n°' 3, 4 et 5, 1886.
Observations annuelles
Apes aux époques des observations Distance des centres des pupilles..
Longueur du nez
Largeur des ailes du nez
Tète, diamètre antéro-postérieur
maximum
Tête, diamètre transverse maxim.
Hauteur du vertex à la racine du
nez
Hauteur du vertex à l'interstice
des dents
Hauteur du vertex au menton. . . .
Hauteur de la fourchette sternale
au sol
De lombilic au sol
Envei'gure
Taille assis
Taille à genoux
Coudée
Longueur du coude à Textrémité
du cubitus
Largeur du poing fermé à la base
des phalanges
Longueur du pied
Circonf. au-dessus des mamelons.
— à la taille
— à Tombilic
Largeur maximum aux épaules. . .
— entre les crêtes iliaques..
Observations annuelles
Dates . .
Tailles..
Poids . .
Dates . .
Tailles..
Poids . .
Observations occasionnelles
Dates des observations
Force au dynamomètre, main droite
— — — gauche
— ■ — de bas en haut pieds Joints
Vitesse du coup de poing horizontal
Hauteur maximum du saut à [)ieds joints
Longueur maximum du saut avec élan
Temps employé pour parcourir 100 mètres
Temps employé pour parcourir 1 kilomètre
Capacité des poumons
Force d'expiration
Force d'inspiration
Nombre des [lulsations à la minute J»urée maximum d'un son chanté Sentiment de la division d'une ligne
Sentiment de l'angle droit
Sentiment des angles de 60°, 45", etc.
Acui té visuelle
Vision normale, amétropie
Acuité auditive des bruits
Acuité auditive des sons aigus
Sensibilité de la peau, langue
— — doigts
— — front
— — dos
Les mesures antliropométriques à Cempuis.
Quant à l'organisation de ces mensurations
les
cnlanls étaient, soit du coté des filles, soit du côté des g^arçons, divisés en quatre quarts et les deux mesures
mensuelles, taille et. poids, pour chacun, étaient prises le dimanclie qui se trouvait compris dans le quart pendant lequel il complote un iKJUihre entier de mois; les mesures annuelles se faisaient, pour clia(]U(^ entant, le dimanche le plus voisin de son anniversaire, ce qui constituait pour lui une sorte de fête civile. Les observations occasionnelles constituaient, certains dimanches ou i)endant les moments de libre exercice, les récréations, de véritables jeux variant les jeux hal)ituels. Une feuille spéciale était attribuée à chaque élève.
Pour se rendre compte des observations de toutes sortes mais surtout du ])oidset de la taille, on employait le procédé fécond et très connu aujourd'hui du tracé des courbes'. En observant ces courbes, on doit voir la variation continue des organes; si la courbe cesse d'indiquer nue vai'iation régulière, si elle a des soubresauts, quelque chose ne va pas; on doit chercher le mal et y apporter remède-.
Tel était à Cempuis le régime de la vie physique. On y sapait le vieux [)réjugé du mépris du corps, on chérissait la guenille, on l'entourait de soins minutieux, on en établissait le culte rationnel-^.
1. Un réseau acconipagnail la feuille destinée à chaque élève, que nous a^ons dounéf plus haut.
2. Dans le rapport du Jury international de l'Exposition de 1889, M. B. Buisson, rai)porleur, s"ex[)rime ainsi à propos de riiygiène : « ... en parcourantlescahiersdélèves nous avons trouvé quelques traces trop clairsemées d'enseignement de l'iiygiène à l'école primaire. Il y est obligatoire; le règlement officiel inscrit ces conî^eUa crhyijiénc dans le programme du cours supérieur. Mais ce n'est encore que de rares établissements qui ont pris goût h cet enseignement nouveau, par exemple, l'Orphelinat Prévost à Cempuis [Oise), où l'anthropométrie estpratiquée et régulièrement organisée...')', p. 201. Classe 6, Ed.
3. Voici le témoignage d'un homme dont on ne saurait récuser ni l'autorité, ni l'impartialité : le D' Eegroux, professeur agrégé à
84 CËMPÛtS
In Faculté de médecine, médecin de l'hôpital Trousseau, venu à rorphelinat pour étudier une maladie du cuir chevelu qui s'était déclarée chez quelques enfants, a terminé son rapport rassurant l'Administration par les lignes suivantes : « En terminant, il me sera permis d'exprimer mon admiration pour l'organisation toute spéciale de cet orphelinat où le mélange des sexes, comme cela est pratiqué dans certaines maisons d'éducation américaines, m'a paru ne présenter aucun inconvénient, grâce à la bonne direction de M. Robin; où l'instructionprofessionnelleest donnée dans les conditions les plus remar(|uables, oiiï hygiène la mieux entetuhic assure la bonne santé des pensionnaires; organisation enfin au moyen de laquelle un nombre considérable d'enfants orphelins peuvent recevoir l'instruction indispensable qui doit en faire des citoyens utiles et honnêtes. »
I. Entre cette éducation liygiénique à'éhrdqc et l'éducation intellectuelle, non sans de nombreux points de contact avec Fune et l'autre, vient logiquement se placer ce que nous appellerons, faute d'un mot consacré, \ éducation organique, qui tend à développer l'acuité, la précision, la délicatesse des sens, à perfectionner les instruments d'expression et de travail, particulièrement cet outil merveilleux diiuiversalité qui est la main '.
C'est par les sens que renCant a la première notion des phénomènes extérieurs; c'est donc par eux que doit commencer l'éducation, leur emploi constituant le premier mode d'exploration scientilique : l'observation.
Sur ce4)oint, le but à atteindre est triple: perception des sensations fail)les, distinction prompte et exacte des sensations dillerentes, et enfin, autant qu'il est possible, mesure de ces sensations.
Les sens doivent être exercés sans auxiliaire ou pourvus des aides que la science fournit, et (jui en
1. Voir Manifeste des partisans de Véduculion iiilctjralef .\nriex#s.
étendent si notablement le domaine dans les trois directions indiquées.
Donnons quelques courts détails de ce qui se faisait à Cempuis, moins dans des leçons organisées à l'avance, ayant lieu à heures déterminées, qu'à tout moment et en profitant de toutes les occasions qui ne manquaient pas de s'oll'rir dans la variété des exercices de la jour-
Les ateliers de rUrnheliu.it l'révust.
née, en promenade, pendant la récréation, au réfectoire, au cabinet de cliimie, à Tatelier, au cabinet de photographie, etc.
En ce qui concerne ïœï\, les enfants sont exercés à la vision exacte de près, de loin, à la distinction précise des formes, des couleurs, à l'appréciation, à un
dixième environ, des longueurs relatives dans diverses dispositions, à la rapidité du coup d'œil, à la découverte d'objets peu visibles parmi beaucoup d'autres. Mille jeux ingénieux que les maîtres inventent ou font sans peine et mieux encore inventer par les enfants. A côté d'enfantillages que nous ne pouvons nous amuser à décrire ici, mais que l'on ne négligeait pas, se placent des exercices plus utiles pour l'instruction et tout aussi amusants, par exemple, en classe, les premières notions de lecture et de grammaire donnaient lieu à des jeux' qui, en môme temps qu'ils instruisent, exercent à la rapidité du cou|) d'œil.
Pour les autres sens, bien que la j)récision soit moins grande et qu'elle diminue graduellement pour chacun d'eux, on calque simplement les mêmes exercices.
Les enfants sont exercés à la perception des sons faibles, à la distinction des sons différents sous les rapports d'intensité, d'acuité, de timbre, à l'appréciation des bruits, à la reconnaissance d'un elfet acoustiqtic déterminé au milieu d'autres. Toujours les jeux variés sont les moyens d'action.
Parmj les exercices intéressants de l'oreille, on n'omet pas la musique, et nous verrons plus loin (éducation intellectuelle) ([uel développement lui est donné.
Distinguer un bruit au milieu de plusieurs autres, entendre et comprendre une seule personne au milieu de plusieurs autres parlant en môme temps, sont des
1. Voir plus loin la lecture et la grammaire par les jeux : jeu des substantifs, des pronoms, des verbes, etc.
exercices propres à développer la vivacité de l'oreille. Ils donnent lieu à des instants de saine gaieté, quand un enfant mis sur la sellette doit rendre compte des discours qu'il a entendus. L'expérience a prouvé, d'ailleurs, que certains élèves sont capables de suivre, un moment, deux ou trois conversations ditl'érentes. Il est évident qu'on ne doit pas abuser de cet exercice, de peur de nuire à la faculté, déjà si rare chez les enfants, de pouvoir prêter une attention soutenue.
Quant au sens du toucher, on habitue les élèves à la distinction délicate des formes, des surfaces, et comme application, à la reconnaissance, d'après ces indices, de corps déjà connus, à la recherche d'objets dans l'obscurité, à la lecture sur des caractères en relief, etc.
Les sens du goût et de l'odorat ont aussi leur part d'exercices; on leur donne la menu; culture, précision à part, à l'aide de jeux analogues. Par exemple, on fait reconnaître certains corps à leur goût ou à leur odeur, apprécier le plus ou moins de sucre ou de sel, de vinaigre, etc., contenus dans une dissolution, trouver des analogies entre certaines odeurs, ccrtain(;s saveurs et en faire des classilications '.
Ou familiarisait les enfants avec le maniement des auxiliaires des sens les plus connus; on excitait ainsi leur curiosité.
Tous les grands élèves ont à leur disposition des loupes fabriquées par eux et peuvent librement utiliser le microscope, la lunette aslronomique, etc. Ils se servent de tous les instruments de mesure de lon-
1. Voir r Enseigne ment iiitéyral et Exercices des organes des sens, bulletin de l'UrphcUnat l'rcrust, u° 3, mai-juin 1889,
ÉDUCATION OUCrANIQUE. TRAVAUX MANUELS 91
gueiir, depuis le microiiièlre jusqu'à la chaîne (farpenteur. Le maniement du cornet acoustique, de la balance, des dynamomètres de flexion eL de lorsion, des thermomètres, du baromètre, du sablier, de la clepsydre..., etc., leur est lamilier.
On a objecté que l'emph^i {\ç, quelques-uns de ces instruments suppose des connaissances théoriquc^s assez étendues ; l'expérience a prouvé que ces connaissances naissent de l'usage purement pratique de ces instruments. Et puis il tant aussi rejeter la crainte de les voir détériorer j)ar des mains inexpérimentées, si l'on a soin de les construire solidcmeut ; au df'biil, il est inutile d'avoir des instruments trop précieux et trop précis, c'est môme en général nuisible, la précision s'obtenant à laide d'accessoires compliqués, qui empêchent les jeunes intelligences de se rendre compte de la partie fondamentale.
Comme on le voit, si des exei'cices sp('ciaux, ap|)ropriés, peuvent être nécessaires dans une certaine mesure, dune numière génc'ralc l'f'ducation des sens et celle de l'adresse manuelle se font par la prati(jue des observations et manipulations.
11 faut ajouter à cela les travaux manuels et les études d'art, éléments très négligés par l'ancienne pédagogie et auxquels, à (lempuis, on faisait au contraire une très large part.
II. Le point sur lequel nous voulons insister j)articulièrement est celui de l'enseignement numucl proprement dit.
Tous'les enfants de Cempuis, sans aucune exception, garçons etiillettes, participaient aux travaux manuels.
Le but que se proposaient à ce point de vue M. iîobin
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et ses collaborateurs était essentiellement pédagogique : il s'agissait, pour eux, de faire acquérir aux enfants une adresse générale de la main et une sûreté de coup d'œii utilisables plus tai'd dans l'apprentissage de tout métier manuel, quel qu'il fût, beaucoup plus que de leur faire commencer, dès leur jeune âge, l'apprentissage spécialis(' d'un métier déterminé. Cette remarque est très importante.
Une des difficultés de l'organisation était de faire concorder cette espèce d'entraînement manuel avec la progression des différentes classes. La solution consista à subordonner cette gradation à celle des études générales, sans chercher à procéder par sélection particulière, d'après l'âge ou les aptitudes spéciales.
Gomme pour les études, on divisait l'enseignement manuel en quatre degrés correspondant : i° aux classes naturelles et enfantines; 2° au cours élémenmentaire ; 3° au cours moyen ; 4" au cours supc'rieur. Au cours complémentaire, tous les élèves étaient apprentis.
m. Dans les petites classes, la méthode employée est la méthode généralement connue sous la dénomination de Méthode Frœbel, du nom d'un de ses plus célèbres promoteurs; mais la méthode Frœbel dégagée de toute métaphysique. Les maîtresses des classes maternelles et enfantines prenaient pour guide l'admirable ouvrage de M. Gh. Delon, Exercices et Travaux yaiw le!< enfants \ véritable chef-d'œuvre pédagogique dans lequel l'auteur réfoi'me et complète la méthode frudjelienne, en fait une doctrine scientitique, en lui donnant