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Le matin, on observe, a l'extérieur, la quantité

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d'eau tombée pendant la nuit, le lliermomèlre sec, le thermomètre humide; à vue, l'état du ciel, l'intensité (lu vent ; à l'intérieur, la direction du vent donnée par la g;irouette, la haiitiMir du haromètre et du thermomètre qui y est fixé.

3. A midi, même chose, avec l'observation du thermomètre minima.

4. Le soir, comme le matin, avec l'observation du maxima en plus.

5. Deux élèves font les observations indépendamment sur nue ardoise on sur un carnet. Leurs nombres sont com])arés et vérifiés par l'un des ('lèves nommés niétéorolofjistcs ; après la vérification, ils sont immédiatement inscrits sur le cahier.

(). La copie destinée au Bureau central et les ri'ductio s sont faites chaque jour après robservati(Ui de midi suivant le même système.

7. A ce moment, on date le carton brûlé indi- (|nanl la |)n'sence du soleil du jour précédent; on compte la dui'ée de cette présence, et on l'indique sur le carton.

8. Trois minutes doivent suffire »à l'observation du matin et <à celle du soir; dix aux observations du milieu de la journée, aux réductions, à la transcri|)tiou.

9. Le lundi, à dix heures, les feuilles des inscriptions sont changées ; sur chacune d'elles, on marque les dates et les heures, à l'aide d'une petite croix, des vingt et une observations des instruments fixes correspondants.

M). Les totaux et les moyennes sont faits par mois, le f"" ou le 2 du mois suivant, parles meilleurs

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observateurs désignés par le météorologiste de service.

11. Chaque ('lève doit observer, quinze jours de suite, l'un d'eux changeant chaque semaine. I.e 1" de chaque mois, le météorologiste remet à son successeur le soin des observations et s'assure qu'il n'y aura pas d'interruption. Le 2, au soir, il remet au Diiecteur tout ce ([ui concerne le mois pi'écédenl.

Iv?. Le tableau des uiétéorologistos et des observateurs, tenu à jour, existe dans la salle des observations et dans le bureau du Directeur, avec dates d'inscription et de radiation.

VA. Les changements se font à tour de rôle dans l'ordre du tableau. Le nom du météorologiste mensuel et des observateurs sont marqués sur le cahier d'observations.

Dans la cour de récréati<in, accroché bien visiblement à un mur. se trouvait un tableau approprié, moilcle du Bureau central, sur lequel tous les élèves pouvaient noter les [)hénomènes naturels qu'ils avaient pu observer, dans le bois, dans le parc, dans les champs : l'époque du premier bourgeonnement, de la feuillaison des arbres, de la floraison d'une plante, la piemière apparition d'un oiseau, etc. On considérait comme très important de donner aux enfants l'habitude iVoh.sf'/'vrr intelligemment el d'insc/fre les phénomènes pouvant se constater (//• risii, de s'intt'resser aux faits naturels, de s'occuper des choses ambiantes que faut de personnes ne regarden! même pas, vivant en (étrangères au sein de la nature, et gardant toute leur attention poni- les pet ils faits communs de la vie sociale, indillV'rents aux grands spectacles du ciel et de la terre,

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au lever de raurore, aux splendeurs des couchants et se passionnant pour de vulgaires commérages.

IV. La minéralogie, la r/roIrK/ic et la botanique font naturellement partie du programme d'enseignement; le musée s'enrichissait, à chaque excursion, de quelques nouvelles pièces. Des plantes rares, prises au loin, venaient grossir l'herhier. Les jours de promenade, des boîtes pour herborisation, des transplantoirs, des marteaux de géologue et des sacs de toile à bretelle pour recueillir les minéraux étaient mis à la disposition des ('lèves qui, presque tous, se passionnaient j)our les recherches minéralogiques et botaniques. L'établissement possédait un jardin botanique ofi les élèves se promenaient librement.

On donnait aux enfants les notions indispensables de zoologie^ d'anafomievi dop/if/siologie. Ils étaient exercés aux dissections d'auimaux : les villageois savaient très bien cela et apportaient quelquefois à l'établissement des oiseaux ou de petits animaux morts dont on empaillait quelques-uns.

Un modèle d'anatomie, genre Auzoux, un squelette et de nombreux tableaux servaient aux maîtres pour les leçons dans les classes les plus avancées.

V. Souvent, le soir, par les beaux temps d'hiver, M. Robin entraînait sans peine, malgré le froid, les plus grands des élèves et au dehors, en présence du ciel étoile, dans le silence de la nuil, il leur faisait d'attachantes canse/'ies astronotniqiies. Il leur citait les principales constellations visibles, donnant des indications permettant de les retrouver d'après leur forme et leur position relative; il y ajoutait quelques mots surl'histoii'e de leurs noms, sur les |)articnlarités (|ue jxnivent

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présenter certains de leurs éléments : couleur, variabilité, multiplicité, distance. De telles causeries en présence d'un si magnifique spectacle avaient un côté essentiellement moralisateur. Plus d'un parmi les élèves quittait la leçon, l'imagination sainement enflammée et le cœur ému.

Le musée de l'établissement possédait les belles cartes célestes de la Société britannique pour la diffusion de la science utile (U. K. B. A.), l'atlas des étoiles si remarquablement fait de Proctor et nombre de dessins et de photographies représentant la lune, les planètes, des nébuleuses, des appareils des grands observatoires. On y voyait encore le miroir d'Uranie et la lunette à quinze sons, imaginée par M. Robin et fabriquée dans les ateliers ^

A travers ces lunettes, et une bonne lunette astronomique donnée par un généreux industriel de Paris, les élèves pouvaient admirer les objets célestes : groupe d'étoiles, la planète Jupiter avec ses satellites, la curieuse surface de la lune, etc.

VI. L'enseignement de la géographie, outre qu'il avait lieu en classe, était donné aussi pendant les nombreuses promenades et excursions. Les instituteurs appelaient l'attention des élèves sur les phénomènes et les faits de tous ordres qui pouvaient se présenter. Cempuis, placé sur le faîte d'une ligne de partage des eaux, est d('pourvu de sources et de cours d'eaux; mais, le dimanche qui suit la leçon, on emmène les élèves aux rivières environnantes, aux sources intermittentes delà Mertru, aux vallons du Mont-Saquin, etc.

1. Yo'ir Bulletin de l'Orphelinat Prévost, mai-juin 1888 et Revue pédagogique (Delagrave).

On suit la rivière en causant, on s'arrête et, dans la prairie, groupés autour du niaitre, les élèves apprennent sans olï'orts, sur la nature, toutes ces expressions géographiques dont la nomenclature et l'explication sont toujours arides et monotones, même dans une classe bien faite.

Les élèves sont exercés à l'élude des cartes, à la lecture des courbes de niveau : on leur fait faire des reliefs géographiques en argile, etc. Les excursions n'ont pas lieu sans que Ion emporte les cartes d'étatmajor des régions traversées.

Yll. Vliistoire est actuellement une science dont il est presque impossible de donner des notions sérieuses aux enfants. Si l'on repousse, comme à Gempuis, la base providentialiste et l'enthousiasme patriotique exagéré de renseignement ancien, on ne peut expliquer les crimes sans nombre dont on doit faire le récit que comme des aberrations de l'esprit humain, ce qui a pour effet de jeter un trouble funeste dans de jeunes cerveaux. La partie philosophique de l'hisloire est donc inaccessible aux enfants.

Les nécessités des examens obligeaient à suivre en partie la routine pour cet enseignement. Les ('lèves l'étudiaient comme dans les autres écoles primaires de l'Etat : mais on avait soin d'ajouter, sur la trame obligée des événements politiques, l'histoire de la civilisation et du [)rogrès, l'histoire raisonnée des idées, des mœurs, l'histoire des mythologies, de toutes les mythologies, l'histoire du travail, des arts, de l'industrie, des inventions et découvertes, l'histoire pittoresque de la vie intime, de la manière de brdir, de se loger, de s'habiller, de toutes ces choses qui sont, au fond, la vie des

peuples. On faisait observer aux enfants que la plupart des événements politiques n'interviennent qu'à titre d'accidents, de catastrophes, pour tout brouiller, retarder ou détruire. Dans ce nouveau plan, les des[)otismes célèbres, les conquêtes, les batailles, au lieu d'être, comme encore aujourd'hui, les points importants de riîistoire, ne sont plus que les causes perturbatrices des progrès de l'humanité.

On épargnait le plus possible à l'imagination des tout jeunes enfants les cruautés de l'histoire, sans trop les cacher aux plus âgés; aussi peu que possible de batailles, descènes de carnage et de supplices. On leur montrait l'ignorance, le mensonge, la violence comme l'origine des grands maux sociaux, oppression, esclavage, guerre et misère ^

11 n'est pas honnête de tromper, comme on b^ fait si souvent, les enfants en exaltant leur chauvinisme, en les berçant des mots vides, de gloire et de lauriers, en cherchant à leur faire croire à la noblesse, à la grandeur de la guerre qui n'est réellement qu'une chose horrible et absurde.

— Mais la revanche !

— T(Hitcs les guerres ont été des guerres de revanche ou ont ou ce mot pour prétexte.

On aurait trop à dire si l'on voulait appuyer cette affirmation sur des exemples.

Inspirons i)lutôt un autre but aux prétendus instincts belliqueux des jeunes Français : montrons-leur que la guerre n'est en somme pour les soldats que « se battre sans savoir pourquoi, ni ^contre qui ».

1. VEiiKcignement intégral, Paul Uobin (1870). — L'Histoire qui convient aux enfants, Gli. Delo.n. Fêtes pédagogiques (1893).

Parlons-leur de doubles conquêtes à faire, et ils en prendront le goût, quoiqu'elles soient pacifiques.

Introduire en France un produit, un appareil, un procédé, une institution utile ; faire qu'une œuvre française dans l'ordre matériel ou moral soit adoptée par l'étranger!

Ces deux actes ont bien le caractère de victoire, de

Lt's élevés de (Jeiiiiiuis visitant un port.

conquête, c'est-à-dire de vol et d'oppression: en effet, dans le premier cas, on a bien volé l'étranger; dans le second, on lui a imposi' quelque chose.

Seulement le volé s'enrichit et n'a pas lieu de se plaindre, et celui qui n'a été vaincu que par la force persuasive du bien n'a qu'à se réjouir de l'avantage

nouveau que lui ont imposé ses semblables de la contrée voisine.

Apprenons la langue des pays voisins et voyageons. Nous trouverons parfois aussi à l'étranger des gens trompés, croyant follement qu'il n'y a en dehors de leurs compatriotes que des sauvages et des brigands, qu'eux [seuls sont les possesseurs de la vraie civilisation.

Que leur erreur nous préserve de la notre. Il y a hélas ! partout de tristes cerveaux, mais partout aussi il y a nombre de braves gens, que, si nous voulons mériter le litre de civilisés, d'humains, nous ne devons jamais molester, ni en actes, ni paroles, ni même en désirs, mais que nous devons aimer c< mme des compatriotes, quelle que soit la contrée qui les ait vus naître*.

On ne laissait pas non plus croire aux élèves, comme dans l'immense majorité des écoles, que la grande révolution a parachevé la transformation de l'humanité et qu'elle a apporté le bonheur universel et la parfaite justice. On la leur montrait comme un pas estimable dans l'histoire, mais non comme le premier, ni comme le dernier, et on leur expliquait, en classe, ou dans des entretiens, sur la route, en promenade ou partout ailleurs, que tant qu'il y aura ignorance, misère, injustice, il y aura revendications, révoltes, révolutions.

Tout monument est prétexte à causeries, à souvenirs histoi'iques ; les élèves connaissaient les cathédrales de Beauvais, d'Amiens, de Rouen pour les avoir

\. Bonne (juene, vraies conquêtes. Voir Bulletin de L'Orphelinat Prévost, mai-juin 1890.

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visitées plusieurs fois, les monuments principaux de Bruxelles, d'Anvers, de Gand, de Firuges, etc.

« Ils sont en promenade, et les voici près d'un village', devant une immense plaine, un beau champ de bataille. Le maître leur montre plusieurs centaines d'hectares légèrement ondulés, s'éteudant à perte de vue, agrémentés de quelques bouqu(îts d'arbres, de quelques rares hameaux, pouvant fournir matière à des surprises, des incidents et ne laissant pas craindre la platitude d'un combat livré sur une monotone plaine champenoise.

« Et voyez, dit-il, tout autour une ceinture de collines où les souverains et les généraux poui'raient, tout à leur aise, établir leurs observatoires et jouir, sans courir aucun danger de la splendeur du coup d'u'il; rien ne leur échapperait des mouvements des pions sur le ?io/)ir échiquier de la guerre, ni les glorieuses montées à travers la mitraille oîi l'on part cinq cents et l'on arrive cinquante, ni la chasse aux vaincus, ni les dernières luttes, dans les débris des villages eifondrés par l'artillerie, ni l'incendie linal des derniers refuges.

« Rien ne serait plus facile aux rois qui auraient perdu la partie, ajoute-t-il, que de descendre de l'autre côté de ia colline et, comme le grand homme, à Waterloo, de se hâter de mettre en sûreté leurs précieuses personnes. Ils n'auraient môme pas besoin, comme lui, de faire couper les ponts, après leur passage, pour ne pas être gênés par la tourbe des fuyards, plus encore que par les cavaliers ennemis. Les obstacles naturels offerts par l'amphithéâtre des collines suffiraient.

\. Saint-Sulpice, dans l'Oise.

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« Lo maître évoque le souverain victorieux. Ouello soirée, quelle splendide nuit il passera ! La victoire s'achevant à ses pieds, Tincendie animant en divers points l'immense panorama, dont les bleuissantes collines de Picardie forment un suave dernier plan; les hommages des officiers venant lui faire honneur de .ç« victoire, les étoiles distribuées aux braves, le joyeux festin, les hourrahs sans interruption des chefs sur la colline, des soldats dans la plaine.

(( Point de soucis des maladroits qui se sont trouvés sur le chemin de la mitraille. La Croix Rouge et les Femmes de France s'en occupent : à qui en sauvera le plus! c'est encore un nouveau combat que se livrent les groupes humanitaires; mais c'est moins intéressant que la vraie bataille.

« Le Grand Roi va prendre quelques heures de repos bien gagné, et demain il continuera sa glorieuse chevauchée ayant à sa droite le nouveau maréchal, duc <le Saint-Sulpice.

H Les enfants restent songeurs. Et le maître ajoute bientôt en donnant le signal du départ : « Sur ce, mes amis, aimons-nous les uns les autres, et vivons eu paix'. ))

VllI.Ge qu'on enseigne sous le nom de grammaire et qui coûte tant de peines aux instituteurs et tant d'anui'es aux ('lèves est pour une bonne moitié faux et pour la moitié du reste inutile.

La grammaire ne peut s'enseigner efficacement aux enfants par règles et par principes : les règles doivent être les conclusions, tirées par les élèves eux-mêmes

1. o/i beau champ de batdillc. Voir BuUclin de l'OrpJicliaat Prévost, II" 4, JuilIet-aoùt, IfSSU.

d'une longue suite d'observations. En grammaire, il faut observer la relation entre les mots et la pensée : il faut montrer les pensées dans les mots.

Contrairement à ce qui s'est fait pendant longtemps et jusque dans ces derniers temps, l'enseignement de la grammaire ne peut commencer par l'analyse des mots, mais par l'analyse des pensées. Les faits grammaticaux sont des faits observables, et c'est par la méthode intuitive qu'il convient de les enseigner.

Ces idées ne purent être appliquées à Cempuis, et l'enseignement de la grammaire s'y lit tant bien que mal, comme dans la plupart des écoles primaires'.

Ni'anmoins on s'etTorçait de s'en rapprocher le plus

1. Il y eut en 1880 un mouvement accentué en faveur d'une réforme orthographique. M. Paul Robin adressa, le 23 février 1889, au ministre de l'Instruction publique, une lettre relative à un programme d'instruction, et de réforme orthographique dont voici les passages principaux :

« Monsieur le Ministre, j'ai l'honneur de vous adresser une respectueuse pétition pour obtenir une modilication complète dans les conditions d'examen pour le certificat d'études primaires.

« Quelque radicale que soit ma proposition, elle est appuyée d'arguments irréfutables.

« Je ne demande pas moins que la ><upprcssion absolue de répreuve ciortho</raj)lte.

« Cette épreuve n'a qu'une qualité : elle est tout à fait commode pour les examinateurs ; mais en ce qui concerne les candidats, elle est inju>>te et nimible.

« Plus des trois quarts des candidats refusés à l'écrit le sont pour l'épreuve d'orthographe. A peine quelques-uns le sont pour l'épreuve d'arithmétique. Pour peu qu'une copie sur ce sujet présente la moindre lueur de raisonnement, tout jury se hâte de lui accorder le point qui sauvera le candidat de l'épreuve nulle et lui permettra de se rattraper à l'aide des autres épreuves. Au contraire, le candidat qui dépasse ou atteint (?) les cinq fautes, comptées parfois avec indulgence par moitiés ou quarts, est rejeté !

Or, veuillez remarquer, monsieur le Ministre, que le futur paysan ou ouvrier qui n'a fait que 25 fautes dans une dictée de iE)0 mots en a écrit correctement 125, c'est-à-dire les 5/6 et cela

possible et, en lous cas, de rendre cet enseignement atlrayant, surtout dans les petites classes, au moyen

ne lui vaudra pas un seul point, pas même cette fraction Je point de miséricorde accordée si souvent à un problème faux!

Injustice évidente !

Airivons au côté nuisible de cette épreuve. On se plaint de ce que les campagnes soient désertes, que les métiers manuels soient abandonnés par tous ceux qui le peuvent, que des jeunes gens qui auraient fait d'excellents travailleurs industriels ou agi'icoles aillent augmenter le nombre des déclassés et deviennent de pauvres employés de bureau, sans espoir d'arriver jamais au chiffre d'appointements qui permet d'élever convenablement une famille.

N'est-ce pas la (aule du préjugé orthographique aggravé aujourd'hui par les programmes du certificat d'études ?

Les enfants du peuple passent cinq ou six ans à n'apprendre que ce qui leur permettra le déclassement et les y poussera, la belle écriture, l'orthograpbe, et ne consacrent que des bribes de temps à ce qui leur' ferait aimer le travail de l'atelier ou de la terre, les sciences fondamentales : matbématique, physique, chimie, biologie ; les arts qui élèvent le cœur et charment les loisirs.

Vorthographe, la grammaire, Vhistoire, simples affaires d'opinion, et encore de l'opinion très contestée d'une petite minorité, prennent dans l'éducation populaire presque toute la place déjà si mesurée et que rempliraient bien mieux la connaissance des faits RÉELS, indépendants de toute métaphysique, les sciences d'observation et d'expérience, auxquelles on ajouterait à haute dose l'éducation physique, gymnastique, éducation des sens, habileté manuelle, culte des arts plastiques et de la musique.

Mon vœu est qu'au point de vue dit littéraire l'école primaire ne donne que le strict nécessaire, la possibilité de correspondre clairement par écrit pour les choses usuelles de la vie. Les circonstances ont fait que j'ai eu à lire à diverses époques des milliers de letti'es plus ou moins complètement dépouivues d'orthographe. Je les ai toujours facilement comprises sans me préoccuper de Vornement conventionnel qui leur manquait ; j'ai (juelqucfois souri en lisant les missives dans lesquelles mes braves correspondants ajoutaient, à tout hasard pour me faire honneur, une quantité de lettres superflues, mais j'ai toujours admiré ceux qui avaient le bon sens de supprimer toutes celles qui ne leur paraissaient pas indispensables.

Si au lieu de ce nouveau blason si absurde et si coûteux qui permet à moins d'un million de Français de constituer une classe à part de gens n'ayant que la vaine distinction des lettrés (souvent très ignorants], notre pays était doué d'une écriture à caractèi*es simples, d'arrangement immédiat, quelle immense somme de bonheur ce serait pour nos compatriotes.

Cette écriture existe : c'est la Stf.noiiraphie créée par Aimé Paris ;

CEMl'UIS

de jeux de grammaire inventés et mis en œuvre à l'étaljlissement : jeu des subslaïUifs, jeu des verbes, jeu des pronoms, jeu des conjonctions.

Le premier de ces jeux ([iie les enfants désignent volontiers par le nom de jeu des petits ronds consiste en petites gravures coloriées et représentant des personnages, des animaux, des objets divers. Nous donnons ici un sp('cimen au trait noir, montrant les dimensions des images et rinlenlion de leui' signitication.

Ces dessins doivent être collés sur carton et découpés en rond. Voici leur emploi et lenr utilité.

1° Exercice de la vue, rapidité de coup d''wH. — Les cartons, tous ou en partie, sont étalés au hasard sur une table ; trouver pai'mi eux un objet nomnn'.

On peut organiser ainsi le jeu : un grou|)e de 6 ou 8 entants est autour de la table, Tun d'eux nomme un

elle est parfaite, connne presque tout ce ([ui est sorti de son incomparable cerveau. I.es systèmes postérieurs n'en ont été que des plagiats plus ou moins maladroits.

Cinq ou six ans de joie rendus à l'enfance à la place d'insipides travaux ; communication facile entre tous les Français; suppression du préjugé inique qui déconsidère immédiatement auprès de nos mandarins le correspondant ijui a commis le moindre outrage contre la mode grannnaticale du jour, pour tous une immense économie de temps...., voilà de quoi séduire l'esprit de nombreux réformateurs 1... » (Suit le programme d'instruction.)

des objets dessine, celui qui le touche le premier le prend, en nomme un autre, et ainsi de suite. Le premier qui en a cin([ est classé l"; il les remet, Ijrouille et cesse de jouer; les autres continuent et sont classés jusqu'à épuisement.

2° Exercices gradués de sttjle. — Nommer de vive voix ou par écrit un certain nombre d'objets montrés; y ajouter, une, deux... «'pilh(Mes indiquant la forme, la couleur... faire une phrase indiquant l'origine, l'usage..., ajouter une rétlexion relative à son utilité, ses dangers, etc.

3° Dessin. — Ces dessins ne sont pas deslinc'S à servir de modèles ; mais presque tous indiquent dans leur simplicité la manière dont les enfants doivent arriver î\ savoir faire un croquis rapide des objets naturels.

3° Exercices de classification et de discussion. — Grouper des objets d'après les idées qu'on doit pouvoir exposer et défendre dans une discussion.

Le jeu des verbes est constitué sur le modèle de celui des noms; seulement, pour éviter la confusion, les images, cette fois, sont carrées.

1" Exercice. — Nommer d'une façon abslraile Faction indiquée par le dessin, sans faire connaître qui fait ou qui sui)it l'action. C'est sans doute le meilleur moyen de faire comprendre linlinilif aux enfants.

2" Indiquer d'abord celui qui fait l'action, puis l'indication de cet acte au présent. Exemple : un enfant dessine.

D'oii la notion du sujet des verbes.

S** Y ajouter un régime indiqué par le dessin ou imaginé par l'élève. Exemple : un enfant dessine des fleurs.

D'où première idée du régime.

4*^ Changer les temps du verbe, imaginer de nouveaux sujets aux diverses personnes, développer ces régimes directs ou indirects, etc.

5* Se servir ainsi de ce jeu comme du loto ordinaire ainsi qu'il a été dit pour le jeu des substantifs.

Généralement les images sont très claires. Cependant il est des verbes qu'on pourrait interpréter de deux manières, comme courir ou jouer. Mais, qu'importe? D'ailleurs, si on tient à retrouver l'idée du dc^ssinateur, la lettre initiale placée dans un coin du dessin read la chose suffisamment facile.

Nous nous en tiendrons à l'explication très abrégée de ces deux jeux; les autres se prêtent à des exercices de même ordre ^

IX. Veiiseignemetit de la lecture commence de très bonne heure à Cempuis, mais il est présenté sous forme de jeux et d'exercices attrayants. Les anciennes

\. Pour le jeu des pronoms, voir VEducation intégrale. n°2, mar.s avril 1893, el pour celui des conjonctiom, même publication, n" 6 , novembre-décembre 1893.

méthodes avec leur épellatioii somnifère y sont absolument condamnées.

La lecture et l'écriture sont les deux faces d'un môme art : la représentation de la parole au moyen de signes tracés. U suit déjà de là que la lecture et l'écriture ne doivent pas èlrc enseignées séparément, comme on le faisait autrefois, mais simultanément, l'une avec l'autre, Tune par l'autre. L'enfant doit apprendre à connaître les lettres en les traçant, en les combinant lui-même.

La pratique a sanctionné cette conclusion du raisonnement.

Dans l'enseignement de la lecture, il faut considérer deux parties : 1° la lecture des mots phonétiqKt'iiicnl écrits, où chaque son, chaque articulation se figure par une lettre, touj(iurs la même, sans exception, saus double signe ni double emploi de signe, enlin sans aucune des complications qui constituent l'orthographe traditionnelle ; 2° la lecture des mots présentant les unes ou les autres de ces difficultés. Il faut naturellement commencer par la première.

Dans la représentation de la parole par des signes, c'est-à-dire dans l'écriture et la lecture, ilyatleux termes à connaître et à comparer : 1° les éléments phoniques delà parole, les sons et les articulations; 2° les signes tracés, les lettres. Ces deux choses doivent s'apprendre simultanément.

Les enfants apprennent les lettres et leur valeur en traçant les signes, ou, ce qui revient au môme au point de vue de l'observation, de l'aspect, en manipulant, assemblant, distribuant, triant des lettres toutes faites ou des éléments de lettres, des pièces pouvant former des

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lettres par leur assemblable. On commence, naturellement, par la combinaison des lettres et pièces mobiles, qui épargnent aux enfants le souci du tracé des formes et divisent ainsi la difficulté.

Toutefois il faut reconnaître que lesenfants habitués, selon la métliode frœbelienne, à manier la craie, le crayon, éprouvent bien peu de difficulté à tracer des formes de lettres reconnaisfiablo^ : il ne s'agit pas ici de calligraphie !

Les enfants divisés par groupes autour des tables s'occupent aux divers exercices des jeux des lettres.

On emploie deux sortes de jeux des lettres. Dans l'un, on donne aux petits élèves des lettres toutes faites, imprimées en gros caractères sur des fiches de cartons. Dans le second, on leur met en main des pièces mol)iles, parties de lettres qu'ils doivent rajuster pour reconstituer la forme de la lettre. C'est une transition pour passer au tracé. — On commence parles lettres entières.

Les enfants reçoivent une boîte à compartiments où les lettres impriméessurdes fiches sont renfermées.

Le premier exercice auquel on occupe les plus petits, les commençants, consiste simplement à ^/'/rrles lettres, à classer séparément sur la table les semblables avec les semblables, des lettres de trois ou quatre sortes seulement qu'on leur a données mêlées. Ils sont ainsi exercés à discerner, par l'œil seulement, la tigui'e d(^ ces espèces de petits dessins, sans en connaître la valeur, tout d'abord, sans même savoir, si l'on veut, que ce sont des lettres. Ils s'habituent ainsi bien vite à les reconnaître.

Quand ils en connaiss(Mit bien([ii(d(jues-unes, on passe

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à^raiilres; on leur (^n fait comparer les formes, etc. Il n'est pas besoin d'attendre que les enfants connaiss<'nt ainsi par l'œil tout leur alphabet, avant de leur indiquer les sons et articulations que représentent les lettres déjà connues; mais il n'est , pas non j)lus nécessaire qu'ils sachent la valeur de toutes les lettres pour commencer à leur enseigner à assembler, d'abord deux à deux, celles qu'ils connaissent déjà, en les juxtaposant sur la table de manière à composer des syllabes simples: ma, la, ta, etc. ; en même temps on leur apprend à combiner dans la parole l'articulation et le son, la voyelle et la consonne, en leur donnant, pour désigner les lettres, non pas le notn alphabétique du signe, f.s'.se, erre^ effe, etc., mais le son pur et simple de la voyelle, le bruit de la consonne : 5s.s, rrr, fff... On arrive ainsi graduellement, sans hâte, sans efforts, à leur faire, alternativement, composer en lettres mobiles une syllabe (simple) énoncée, et réciproquement à lire une syllabe composée. Lorsque ces enfants ont saisi le mécanisme de l'assemblage, ils font des progrès .rapides en appliquant le même princip»; à toutes les combinaisons simples de lettres; puis on passe à de petits mots de deux ou trois syllabes, toujours exempts de toute complication orthographique: ils ne sont pas les plus nombreux, il faut les choisir. — Mais déjà, arrivés là, les enfants, d'autre part, ont été exercés au tracé des lettres à la craie sur le tableau et sur l'ardoise, puis au crayon sur le papier ; ils vont être mis aux prises avec les plus communes des applications orthographiques, qui leur seront présentées dans un ordre méthodique'.

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