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XIV. L'enseignement de la anisi(pi<' atteignit à

Cempuis la pe:'fection. Les ("lèves se montraient musiciens hors paii". Il est douteux que Ton puisse trouver, en France tout au moins, un groupe d'enfants d'école primaire aussi merveilleusement entraînés dans cette branche que les élèves de l'Orphelinat Prévost'.

1. Les résullats obtenus à Cempuis en ce qui concerne la musique attirèrent de tout temps l'attention. En 1888, M.Jost, inspecteur général de l'enseignement primaire, et M. Danhauser, inspecteur principal du chant dans les écoles de la Ville de Paris, furent chargés de faire un rapport sur l'enseignement de la musique et du chant à l'Orphelinat Prévost.

Ce rapport est intitulé: Rapport à M. le Directeur de rEnsicignemcnt primaire sur V Enseignement de la musique et du chant à l'Orphelinat Prévost, à Cempuis [Oise). Examens et constatation des résultats dans le cours de ma visite du 2?) mai 1888 en compagnie de M. Danhauser, inspecteur principal du chant dans écoles de la Ville de Paris.

Il est des plus élogieux et conclut en faveur de la méthode Galin-Paris-Clievé.

Nous en extrayons le passage suivant, qui a plus particulièrement trait à la vie des enfants à Cempuis : «... En approchant de la maison, nous sommes frappés, mon compagnon de route et moi, par les sons harmonieux d'une fanfare accompagnant un chœur: c'était l'heure de la récréation et, sous les arbres, à l'entrée de l'établissement, se trouvaient réunis les élèves, garçons et jeunes filles depuis le petit enfant de quatre ans, élève de la classe enfantine, jusqu'à celui de douze et plus, élève du cours complémentaire, avec tout le personnel enseignant, instituteurs et institutrices, contreuuiîtres des différents ateliers de travail manuel, employés, qui tous exécutaient admirablement le beau chœur de Grétry, dans « I.ucile ». 0» peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? sous la direction du professeur de chant de la maison qui n'est autre que M. Cuilhot.

« Ce spectacle de toute une maison de maîtres et de leurs femmes, des enfants et des jeunes gens, chantant, sous ce beau ciel bleu, dans ce cadre délicieux de feuilles et de fleurs, nous ■ toucha vivement et... souriez si vous le voulez... nos lèvres tremblèrent, nos paupières se mouillèrent, tant cette scène nous alla au cœur ! Nous ne pouvions mieux connuencer notre visite de cette intéressante institution.

" Les morceaux que nous avons entendus, M. Napias et moi, ne ressemblent en rien à ceux des bruyantes fanfares des autres écoles. Il y a là un sentiment de l'harmonie, un goût musical, qui sont vraiment surprenants chez d'aussi jeunes enfants. » « Dans mes missions à l'ctianyer, je )i'ai pas eu une seule école, ni en Allemagne, ni en Suisse, ni en Autriche {oii cependant la musique est l'objet de soins tout particuliers), dans laquelle le

Le systèmes employé était le système modal d'après les principes et les applications de Jean-Jacques Rousseau, Pierre Galin, Aimé Paris, Emile et Nanine Chevé.

Dans celte niiHliode, les faits sont admirablement observés; les idées sont nettement et logiquement exposées; les signes mimés, parlés et écrits sont peu nombreux, mais au complet, simples, de facile assimilation, et toujours en parfaite concordance avec les idées à exprimer; les moyens pratiques enfin sont aussi simples dans leur conception qu'infaillibles dans leur application.

L'enseignement était donné par les instituteurs ou institutrices pour les dernières classes et par un professeur pour les classes plus avancées.

Nous ne pouvons exposer ici cette théorie musicale ni les procédés pédagogiques nombreux et ingénieux (phonomimie musicale, méloplaste et main musicale, etc.), employés dans la pratique. Nous nous bornons à renvoyer les lecteurs que cela pourrait intéresser aux livres publiés par l'Association Galiniste^

chant fût supérieur à ce qu'il est à Cempuis. » (Jost, Rapport au Ministre, {"'' décembre 1892.)

« Il y a deux enseignements qu'il faut d'abord distinguer: celui du dessin... et celui de la musique dont les résultats sont tout à fait exceptionnels... C'est merveille de voir tous les enfants lisant sur les doigts de leur professeur et solfiant des phrases musicales très compliquées... C'est merveille d'entendre la fanfare, composée de garçons et de filles, jouant une fantaisie de Faust et un duo de Norina. » (P. Kergomaud, Rapport au Ministre, novembre 1892.)

1. Ces livres, dont les auteurs sont presque tous des professeurs de Cempuis, sont publiés maintenant à lîruxelles, chez Lebègue et Ci'", 46, rue de la Madeleine.

S'adresser aussi à M. .1. Bimnet, professeur de musique de la Ville de Paris, secrétaire-trésorier de l'Association Galiniste, 8, rue Caplat, Paris.

« A l'aide do cette méthode, les enfants de Cenipuis font des merveilles. Ils ne se bornent pas à chanter, comme bien des sociétés, quelques morceaux péniblement appris et répétés pendant de longues et ennuyeuses séances. Les chœurs qu'ils chantent sont au-dessus de tout éloge ; ils les exécutent avec une expression exquise. Le nombre des chants qu'ils peuvent faire entendre à tout moment est considi'rable; cependant on ne leur en apprend aucun par l'abominable méthode de serinage encore en usage dans la plupart des écoles. Ils lisent leurs recueils de chants aussi facilement que leurs livres '. »

Que de ressources pour les fêtes, les excursions, et môme pour les simples changements d'exercices, pour les entrées et sorties des classes, du -réfectoire, des ateliers, etc.

Partout du chant à Cempuis, partout de la joie M

1. Sluys; directeur de l'Ecole normale de Bruxelles, /7v/Hra^/o?z intégrale à F Orphelinat Prévost. Brochure extraite de la Revue pédayoQique belge du. 15 décembre 1890. Cette brochure se veud au [irolit de l'Orphelinat rationnaliste belge.

2. Un de plus éminents journalistes et publicistes parisiens, M. Léopold Lacour, a traduit rémotion que sa visite à Cempuis lui a causée, par ces lignes :

<c Au moment d'écrire ce dernier article, je m'avoue très ému : je voudrais tant ([ue la voix du Vrai fût assez forle, ici, pour convaincre. Au moins j'espère avec passion que tous les lecteurs, et aussi les lectrices de bonne foi, dans notre [lublic, réfléchiront et ont déjcà réfléchi.

« L'enseignement donné à Cempuis, si varié, si moderne, utilitaire et humanitaire, intellectuel et iuanuel, odieusement calomnié par l'esprit de routine universitaire et par le vieil ennemi féroce du penser libre, le catholicisme; cet enseignement Rabelais, Montaigne, Locke, l'eussent admiré. Il a poiu' l)ut : la VIE, à laquelle il prépare tout le jeune indiviilu harmonieusement cultivé; et c'est dans la joie que le reçoivent les enfants. « Oui, POUR LA VIE ! DANS LA JOIE ! Voilà Cempuis ! {Humanisme intégral. Stock, éditeTïr\)

Les deux cents élèves, garçons et fillettes, répartis en huit groupes, recevaient des leçons de musique instrumentale ; il y avait deux divisions de vingt petits clairons; deux divisions de vingt grands clairons; deux petites fanfares de quinze instruments chacune, une moyenne fanfare de trente instruments et enfin une grande fanfare de plus de cinquante instruments ^

Des qu'un élève avait fait des progrès dans son groupe, il montait dans les groupes supérieurs.

Les grands élèves ex<'cutaient admirahlement des morceaux d'une extrême difficulté parfois. Ils ohtiurent dans les concours d'innombrables récompenses aussi bien pour la partie chorale que pour la partie instrumentale; mais, ce qui vaut mieux encore, ils eurent les comptes rendus les plus flatteurs et furent complimentés par d'éminents artistes- tout ('tonnés de voir

i. « Je contestais vraiment, avant mon séjour à Cempuis, l'enseignement de la trompette aux petites filles. Il me reste encore quelque préjugé à cet égard. Je dois avouer cependant que les petites filles ont besoin comme les garçons de forlifler leurs poumons, que la trompette est un des meilleurs moyens à employer pour obtenir ce résultat. Je me suis déclarée aux trois quarts convaincue, puisque les allures des petites fdles n'en soutirent pas. » (M™'' Pauline Kergomard, Rapport au Ministre.)

2. Parmi les nombreux éloges qui furent donnés aux petits élèves de Cempuis, je citerai au hasard ces deux appréciations de jury de concours.

Concours de Paris, ISS!"». — Honneur, section internationale (enfants). — Jux^y : MM. Oscar Gomettant, président; Julien Torchet, secrétaire ; Ch. Brun et A. Wormser. — Orphelinat Prévost. Je disais plus haut que l'exécution des enfants est toujours méi^anique. Je me trompais, n'ayant pas encore entendu cette charmante petite société aussi agréable à voir qu'à entendre. La tenue de ces enfants est parfaite, et l'on a grand plaisir à les voir dans leur costume bleu marine avec leur béret de même couleur. Inlerju-étalion intelligente : ces enfants chantent avec style ; les voix font des inflexions du meilleur goùl.

Concours de Beauvais, 1885. — Chorales, Lecture àvue.^ Dans, la division spéciale, deux groupes ont pris part au concours : le directeur de l'école communale de chante avec ses élèves, et

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de si jeunes élèves s'attaquer aux œuvres des Meyerbeer, desRossini, des Auber, etc.

On donnait aussi aux enfants qui se faisaient le plus

Une leçon de céciliura à Cempuis.

remarquer par leurs aptitudes des lerons de violon., de piano., Aliannoniitni. Enfin on avait à Cempuis

l'on n'entend que rarement la seconde partie. Travaillez le solfèiit' et surtout ayez une discipline plus énergique. A la manière dont ces enfants ont arraché (littéralement) les feuilles des mains du professeur, au désordre général, à la longueur du placement des exécutants, le jury voyait d'avance que la lecture serait au moins médiocre. Cette discipline est si indispensable qu'il n'est pas douteux ([ue l'ordre constitue la moitié du succès. Bien différente était la tenue des enfants de VOrphelinat de Cempuis. A mesure que ces intéressants élèves entraient dans la salle du concours, ils allaient à leur place tranquillement sans bruit et sans précipitation. Le directeur donne le ton et... le jury entend une lecture charmante, très bien nuancée et chantée avec style. Tous nos compliments ( l*"'' prix médaille de vermeil).

Le Président du Jury : Edmomd u'Ingrande.

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quelques exemplaires d'un curieux instrument appelé le cpcilium; ces instruments obligeamment prêtés par l'inventeur' servaient aux plus grands élèves.

Toute cette organisation de la musique était, au milieu da bourdonnement incessant de la ruche, un élément de gaieté qui frappait le visiteur.

XV. L'enseignement du dessin dans son ensemble, dépassait de beaucoup la moyenne des écoles primaires. Tous les enfants le recevaient. A la classe enfaniine, c'était surtout le dessin frœbelien donné selon les indications du livre de M. Ch. Delon.

Pour tous les autres cours, cet enseignement revêtait une forme identique, et les exercices étaient les mêmes au degré près.

Mais, ce qu'on cherchait surtout à créer, c'était le milieu; il s'agissait beaucoup plus pour M. Robin d'entraîner que d'enseigner : ses maitres tâchaient de donner aux élèves le goût, l'envie de dessiner.

On travaillait fort peu d'après le modèle dessiné, beaucoup d'après le relief, d'après la nature. On s'efforçait d'obtenir des ensembles justes, des proportions convenables, des perspectives comprises, et étant donné le temps relativement court qu'on pouvait attribuer à l'enseignement du dessin d'une part, et de l'autre les besoins des jennes enfants, lesquels se préparaient à être des ouvriers adroits, non (b^s artistes spécialistes, on laissait forcément au second plan la perfection du lini'-.

i. M. de Gromard, à Exi, Seine-Inférioure.

2. <' Le dessin donne des résultats tout à fait exceplinnufls

la musique et le dessin sont hors de pair (M™" Ivkiîcomakh, Ilapport au Ministre.)

« ... I.a méthode fait défaut. L'enseignement n'est pas gradué suivant les tUflicultés. On fait dessiner d. a hommes et îles ani-

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En un mol, on désirait voir les élèves dessiner passablement de tout : formes géométriques, objets usuels, ornements, figure même, fleurs, paysages, etc., plutôt que de les confiner dans l'étude d'un seul de ces genres.

Au beau temps, ces leçons se donnent dehors; un matériel spécial et léger permet le déplacement et les enfants s'installent soit au bois, soit au village, en face de l'église, sur la place de Cempuis, près du sentier du Hamel et exécutent un croquis.

Les plus grands et les plus soigneux ont chacun leur boite de couleur et l'utilisent passablement. Enfin ceux qui le désirent peuvent achever pendant leurs loisirs un dessin ou une aquarelle commencée.

Il faut ajouter que tous peuvent avoir un carnet, porté constamment sur eux, leur servant à prendre des croquis pendant les promenades ou h faire le plan d'un objet conçu par eux et exécutable à l'atelier, ou d'un appareil vu dans une usine, etc.

Le modelage est logiquement inséparable du dessin. De toutes les occupations manuelles, c'est celle qui exerce le plus sûrement l'œil et la main et qui développe le mieux le sentiment esthétique. Dans l'enseignement des enfants, le modelage a ceci d'intéressant qu'il est fort peu coûteux; l'outillage nécessaire est très restreint.

Nous avons dit quelques mots du modelage à la

maux qui ne sont que des caricatures. On fait dessiner au commencement de l'année, à la classe de ce jour, un squelette liumain, avant de faire avant tout Téducation de l'œil et de la main à l'aide de plâtre en relief et de la perspective. (M. Jost, Rapport (tu ministre.)

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classe enfaiiline. Pour les autres classes, ou clioisiss;iit, comme pour le dessin, des modèles en plâtre ou des modèles nature. Les eufauls moulaient leurs travaux et s'exerçaient aussi à D/ou/rr sur nature et à sKrjJio/tfrr en plâtre ou en cire.

XVI. La danse elle-même lit partie du programme de renseignement artistique. A vrai dire, ce sujet ne fut qu'eflleuH' praticiuement. Ce que, sous le nom de danse scolaire, on imaginait à Gempuis, diffère absolument de la danse mondaine des salons, avec sa durée excessive dans l'air échaufîe, ses bras-le-corps et les préoccupations étrang'ères qui s'y associent, sa fatigante uniformité, sa parfaite insignifiance esthétique, aussi bien que de la danse spéciale des ballets. C'est une sorte de gymnastique gracieuse, qui, de même que la gymnastique ordinaire, a pour but la vigueur, vise à l'f'légance, h la légèreté, à tout ce que les Gi'ecs exprimaient par le mot (ïeto'f/thntie. De même ([ue dans la gymnastique, les exercices d'ensemble ont pour éléments des mouvements énergiques et pour ainsi dire carrés, des bras, des jambes, de tout le corps, cette danse se composerait de mouvements gracieux, plus lents, plus arrondis. Les déplacements qui concourent aux exécutions d'ensemble gymnastique sont de simples pas de nuircbe ; ici, ce seraient des pas cadencés, variés, rythmés sur la musique. Cette danse comporterait surtout des évolutions.^ formant et dissolvant des groupements symétriques, des chaînes, des rondes, etc., effets dont nos ballets modernes nous présentent parfois de jolies réalisations, et qui peuvent se plier aux exigences les plus sévères d'une scrupuleuse convenance; évolutions dont se composaient surtout

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les danses sacrées aiiliqiies et dont les traces persistent encore aujourd'hui en certains pays dans les fêtes religieuses modernes. Mais n'avons-nous pas, à l'école même, le premier type de ce que nous essayons de définir ici, sous la forme réduite, embryonnaire, de la ronde enfantine, si joyeuse, si gentille, malgré ses naïves maladresses? 11 s'agirait de développer cette première forme, de l'assujettir à des figurations plus correctes et plus diverses.

Au reste, celui qui tentei'ait de constituer une chorégraphie scolaire pourrait puiser à des sources bien diverses; aux marches, aux tJiéories des chœurs antiques, aux anciennes danses figurées du menuet, de la gavotte, etc. ; aux danses populaires des divers pays, aux farandoles méridionales, aux sauteries des salons, au quadrille des lanciers, par exemple, et même aux savantes combinaisons du théâtre. On soumettrait tous ces éléments divers à une idée d'ensemble et d'unité, on leur ferait sulur une appropriation convenable, les simplifiant à la mesure du jeune âge des figurant;?', les purifiant, au besoin, de tout ce qui pourrait faire avec la candeur de l'enfant une antinomie que répudieraient l'esthétique et le bon goiit.

Il resterait un exercice gracieux, réellement artistique, non sans entraînement, non sans plaisir physique pour les exécutants, et constituant pour les spectateurs un spectacle aimable, d'un charme sans mélange.

Ajoutez, au besoin, un brin de costume, vous avez une fête vivante et attrayante.

Voilà ce que rêvaient les éducateurs de Gempuis, mais dont ils ont pu seulemeni, dans quelques cir-

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constances, efflenrer la réalisation, assez au moins pour montrer que le rêve est réalisable.

XVII. L'idéal d'nn certain nombre de maîtres est d'avoir le plus possible leurs élèves absolument immobiles et silencieux dans la classe, lœil fixé sur celui qui enseigne, sur le tableau noir où se fait une démonstration, ou le dos courbé sur les livres et les cahiers.

A Cempuis, l'idéal était tout autre. Sans doute, à certains moments, on désire cette immobilité, ce silence, cette attention soutenue et cette absorption, mais, le plus souvent possible, on s'en dispense, car le mouvement et la vie ne peuvent être amoindris et longtemps suspendus sans préjudice pour la santé et l'intelligence; l'activité cérébrale et l'activité musculaire étant essentiellement solidaires et indis})ensables à la jeunesse, doivent aller de pair autant que possible. Il est du devoir des maîtres de donner satisfaction à ce double besoin. D'ailleurs, le résultat qu'on peut obtenir par une grande sévérité est plutôt illusoire que réel et l)ien plus fait pour la tranquilité du maître que pour l'utilité des élèves.

Deux moyens trop peu connus, dont ('lèves et maîtres tiraient le plus grand profit à l'Orphelinat Prévost, sont V iililisation de rardoise, d'après le système créé à lEcole La Martinière de Lyon, et Y usage des tableaux noirs autour de la classe.

Les ardoises qui servent à cet exercice sont des ardoises factices.

Les élèves, étant à leurs tables, oui placé devant eux chacun leur ardoise; à droite, bien sous la nuiin, la craie; à gauche, le petit chitTon pour essuyer. Le pro-

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fesseur, ayant posé une question, laisse aux élèves le temps qu'il apprécie suflisanl pour l'opération mentale; pendant ce temps, l'élève doit penser, mais ne doit pas écrire ; il ne doit pas même porter la main à la craie. Puis, le professeur commande : Un! A ce signal tous les élèves à la fois saisissent la craie de la main droite et écrivent : on leur laisse juste le temps de tracer la réponse, non de regarder à droite, à gauche. Deux! Ils posent la craie; ils ne peuvent plus écrire, ni corriger d'après leur propre pensée, mais non plus d'après le voisin. Trois! Ils prennent lardoise de la main droite, le pouce passé en dessous, les doigts en dessus, la soulevant de quelques centimètres. Quatre! Ils relèvent et la tiennent présentée droite, à la hauteur de la tète, le pouce en dedans, en face du professeur, qui lit alors les réponses, vérifie, approuve, rectifie individuellement, s'ily a lieu, le touttrès brièvement. Cinq! Toutes les ardoises retombent à la fois sur les tables. Six! On ellace avec le chitfon, de la main gauche; et tout est prêt pour inscrire une nouvelle réponse à une nouvelle question qui va être posée.

11 faut que tout s'enlève lestement, dans cet exercice qui a justement pour objet d'habituer les enfants à penser vite et à se décider promptement ; d'ailleurs cette rapidité même, cette espèce de course aux idées, où quiconque s'attarde tant soit peu reste en chemin, est la condition de l'animation et de l'enlraînement tout particulier qu'il doit produire, et produit en elfet, s'il est bien exécuté.

Dans cette façon d'interroger, le professeur doit combiner sa'question, de telle sorte qu'on puisse formuler la réponse en un seul mot ou en un très petit nombre

de mots : un nom, un chiffre, une date; il ne s'agit pas ici de nuances et de distinctions. Kt comme il ne faut que se faire comprendre, on admettra, pour épargner le temps et surtout l'espace sur l'ardoise, toutes sortes d'abréviations; par exemple, on supprimera Farticle, on écrira un nom propre trop long par ses premières lettres, etc. — La question pourra être développée, posée aussi explicitement qu'il le faudra, commentée s'il est nécessaire : la réponse devra être contractée. Enfin, dans certains cas, et c'est là un côté original du procédé, les solutions peuvent être inscrites non par des mots ni des chiffres, mais par des tracés ligures de diverses sortes, «lessins sommaires, diagrammes, etc.

Cet exercice peut être appliqué du haut en bas de l'échelle scolaire, du moins à partir du moment où l'enfant sait écrire; il peut dépasser beaucoup le niveau ordinaire des études primaires, et s'adapter aux matières les plus diverses du programme.

Bien entendu cet exercice alterne avec les interrogations suivies de réponses orales, que le maître exige aussi complètes que possible, pour habituer les enfants à parler facilement et dans un français correct.

XVIII. Le pourtour des classes présente à la portée moyenne de la main des enfants, sur une hauteur de soixante-dix centimètres, uu(> l)ande noire permettant l'écrilure et le dessin à la craie. Les enfants ex('cuteut sur ces tableaux, chacun à la place qui est d('sigu('e, les travaux demandés j)ar le maitre et qui pcHivent exiger plus de développement que sur l'ardoise, dictées, problèmes, cai'tes, dessins, etc. Lenudtre, pendant (|ne les enfants sont ;'i l'ouvrage, circule autour de la classe,

KDL'CATioN inti:li.i-:<:tui:lle IfiT

voil le Iruviiil des ('Irvcs (4 ('oni[)lètt' son ('iiseignomeiit selon les besoins jiniliculicrs de cluiciin'.

De cette façon la classe est aninn'e, même qnelquefois bnivante, l'enseignenn nt revêt nne forme attrayante, le corps et l'intelligence y trouvent Tactivité qui leur est lu'cessaire. La fatigue et lennui, ce il('au des ('coles, sont inconnus dans les classes.

XIX. Le mode d'enseignement par les projfclimis bnniitt'uscs fut introduit à Gempuis de très bonne heure. De temps à autre, les ('lèves (Haient convies à nne séance de projections, et c'était pour eux une V('ritable fête.

Cependant il ne faut pas attacher à l'emploi de ce mode d'enseignement une importance exclusive. C'est plutôt un moyen d'eïitrainement que d'enseignement : les enfants qui voient déliter devant eux une série de tableaux doivent être encouragés à examiner, à revoir avec attention sui" des images fixes ce qu'ils n'ont fait qu'entrevoir toujours trop rapidement sur les projections lumineuses vite disparues-'.

1. Ces exercices au tableau noir ont été créés, pensons-nous, à l'Ecole modèle de Bruxelles, vers 187". Ils ont été l'objet d'un rapport très étendu présenté par le School Board de Birmingham à l'Exposition de Londres (1884; comme nouvelle invention britannique.

2. En 1880, il s'est fondé au Havre, par les soins de MM. Jardin et .Serrurier, qui en étaient les président et vice-président, une Société pour la propairation de l'enseignement scientifique par l'aspect. Cette création dont le succès a été rapide esl due entièrement à l'initiative privée. Elle a pour but le développement de la méthode inluitive, et tout paiticulièremeut l'enseignement par les projections lumineuses.

Là où la Société ne peut aller avec ses appareils, elle se met à la disposition des hommes de bonne volonté en lui prêtant des séries de vues se rattachant à l'hisloire, la géograi)hie, la botanique, la'zoologie, la physique, etc.

La Société s'est, après 1894, fondue dans la Ligue de l'Enseignement

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XX. On employait aussi j)Oiir renseignemeiil de nombreux tableaux et des caries très simplement faits sur du papier bulle àa phorniiiim extrêmement tenace. Les maîtres et les élèves les exécutent eux-mêmes à l'aide de noir de fumée, d'ocre rouge, de bleu de Prusse, etc., délayés avec du vinaigre et épaissi avec de la gomme ou de la dextrine. Avec ces mélanges on écrit sur le papier pi'esque aussi vile qu'avec la craie au tableau et le Iravail fait se conserve. Ces cartes ou ces tableaux sont préférés à ceux des éditeurs, d'abord parce que ces derniers coûtent généralement ti-ès cher et aussi parce qu'il arrive souvent qu'ils sont pleins de détails d('lourjmnt l'atlention des enfants de Tensemble ou du point spécial sur lequel le maître veut l'appeler ^

XXI. Peu ou pas de livres dits classiques, presque tous mal faits et empreints de métaphysique. Les livres de sciences seuls, et quelques manuels abrégés pour la préparalion au cerlilical d'('ludes, élaieiit donnés aux élèves des classes moyennes et supérieures, el encore n'en usait-on que le moins souvent possible.

XXII. Hien de mieux que de faire les leçons au dehors quand le temps esl propice. Les élèves alors emportent une petite planchette faite pour cet usage qu'ils peuvent maintenir attachée par l'épaule et le dos à l'aide d'une ficelle : c'est une simplification du carton adopté pour la topographie par b>s oflidiers anglais.

Le maître fait transporter à l'endroit choisi un h'ger

1. Pour la fabrication, le moulage et la .conservation de ces tableaux, voir le Bullelin de rOrphcliiiat Pm-os<, mars 1SK6.

Certaines écoles, notamment l'Ecole modèle de Bruxelles, ont donné un grand développement à l'usage de ces tableaux. Elles se sont inspirées de ce qui se faisait à Cempuis.

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labloau noir sjx'cial; les enfants ont ce qu'il faut |)Our prendre des notes et écoutent assis ou deJjout, à leur fantaisie, sous l'ombrag^e et au chant des oiseaux.

XXIl. Nous sommes loin de l'ancien programme pédagogique qui ne comprenait que la lecture et l'écriture et même de programmes plus récents qui considèrent le dessin, la gymnastique, la musique, comme des matières accessoires et qui ne font même pas mention de la sténographie .

Les anciens programmes scolaires n'ont touclu' qu'un seul côté du savoir humain, un seul des deux ordies de connaissances : l'étude des opinions plus ou moins fondées dominait, celle des faits objectifs était sacrifiée.

On sait du reste dans quelles conditions l'enseignement populaire a été créé et sous l'empire de quelles préoccupations d'utilité immédiate; comment il a progressé, non sans hésitations, erreurs et retours, comme toute création historique dépendant du temps, des hommes, des facteurs politiques et sociaux. Le programme au point de d('part ne comprenait guère que la lecture et l'écriture. On entendait aller au plus pressé. On pensait que l'enfant ayant en main l'instrument pour apprendre apprendrait... plus tard. C'était peut-être le plus pressé en elTet, qui sait î Savoir lire, c'est avoir le moyen de s'instruire. Oui : mais à la condition qu'on lise! Et encore, à la condition qu'on lise des livres vrais, honnêtes, utiles. Si l'enfant, si l'homme initié à la lecture ne s'en sert que pour lire des contes absurdes et di-moralisants, des livres menteurs qui lui emplissent la cervelle d'insanités et faussent en lui le sens du vrai, le sentiment des saines réalités,

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on est en droit de se demander si vraiment il n'eût pas mienx valu qu'il n'upprîl jamais, jamais, ses lettres?

Or, c'est ce qui arriva. Les premières générations qui ont passé par Fécole primaire et n'y ont en somme appris qu'à lire n'ont jjoint lu. Aujourd'hui encore le paysan adulle qui savait lire no lit pas, et peu à peu oublie. Tout ce qu'il aura lu dans sa vie, pour une si grande peine, — car les méthodes alors n'étaient pas faciles! se sera réduit à deux choses : le catéchisme, par ordre, à l'école, et après l'école... lalmanach ])0ur savoir la date des foires et marchés. L'ouvrier des villes, la femme surtout, lisent les feuilletons de journaux idiots, les crimes et les accidents. Cela rie vaut pas mieux.

Aujourd'hui, si l'enseignement par l'observation et le raisonnement a fait quelques pas timides, il faut avouer qu'il est encore bien plus dans les programmes que dans les leçons faites aux enfants; ces programmes, dont quelques-uns ont de réels mérites, manquent dans l'application qu'on en fait. Ce n'est pas ici le lieu de s'appesantir sur ces idées, mais il saute aux yeux des moins clairvoyants que la plupart des jeunes gens sortis de nos écoles ont la tète vide de réalités, de connaissances positives.

Il est v('ritablement triste et en même temps curieux de constater l'état cérébral d'un homme dans une telle situation. Tout reste chez lui flottant, vague, indéhni : une certaine habitude se contracte de vivre dans ce brouillard et de s'y complaire. L'iulelligence n'est pas façonnée à observer, elle voit siiperiiciellement ; le jugement n'est pas formé à raisonner à fond, il s'établit sur les plus futiles apparences. Un tel homme vit et

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meurt sans avoir pense, mal l'vcillt' irun vagno rêve qui se rapproche du rêve inconscicul de la vie animale. Le langage qu'on lui a appris lui a donni'des mois, et il n'a pas d'idées à mettre dedans.

Sans doute la vilalité cérébrale ne saurait s'engourdir ainsi, quoi (|u'il ai'rive, chez des natures douées et qui ont absolument besoin d'action intellecluelle. Et alors, voici ce qu'il en résulte pour elles : ou bien le champ immense des grandes conceptions, où toute intelligence, si active qu'elle soit, peut trouver un aliment qu'elle n'épuisera jamais, leur étant absolument fermé, ces personnes usent ce qu'elles ont d'esprit, de perspicacité sur la matière mesquine des petits côtés de la vie, des ambitions vulgaires et des petites jalousies; ou bien, si c'est l'imagination qui est plus puissante chez elles, au lieu de ce monde de réalités qui leur est fermé, elles se créent un monde irréel, im monde fait d'illusions et de formes chiméi'iques ; elles rêvent faute de pouvoir penser.

Et cela, au fond, c'est toute l'histoire de l'humanité dans son passé plein d'ombre.

Si vous voulez fermer le livre mystique sur lequel ont pâli les générations disparues, il faut le remplacer par le grand livre toujours ouvert de la nature et apprendre au peuple à y épeler du moins les plus belles pages. L'homme ne se résigne pas facilement à ignorer : quand il ne sait pas, il ci'oif. Toute nuit se remplit de fantômes...

11 faut donc que partout le rée/ remplace Vuiuiginaire !

Comparez, avec un enfant de Cempuis, par exemple, dont on a dirigé l'intelligence vers l'observation des

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choses exlérioiires, je ne vous dis pas un génie, une nature d'exception, non, un enfant tout comme l'autre, pas plus doué, mais ouvert. Menez-les, si vous voulez, tous les deux à la prom(>nade. L'un aura regardé tout autour de lui, cherché à voir et à comprendre ce qu'il a vu : les champs, les plantes, les animaux, une scène de travail rustique, ou bien un objet façonné à la vitrine d'un magasin, une machine. « Qu'est-ce que ceci? A quoi cela sert-il? » Il vous aura, je le veux bien, fatigué de questions. L'autre, non par exemple ; il vous a laissé bien tranquille ; mais aussi n'a-t-il rien vu. 11 a passé à travers tout sans rien regarder, à travers les choses les plus intéressantes pourtant, les plus nouvelles pour lui. Mais il n'était pas là. Je me trompe : si c'était une fillette, elle aura regardé les petits chapeaux, les petites robes, les petits souliers des enfants de son âge.

Lequel des deux est préparé pour la vie, pour la vie intelligente, humaine et non pas purement animale ' ?

1. Fêtes pédago(jiques, 11° volume. Les Sciences à récole primaire, Ch. Delon.

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