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CHAPITRE VI

I. Il est relativement facile d'enseigner les sciences positives, c'est-à-dire celles qui ont pour base des vérités incontestables établies par des expériences souvent réalisées et qui peuvent être renouvelées à volonté avec la certitude de résultats toujours identiques.

Après quatorze années d'éducation intégale donnée aux élèvres de Cempuis, on peut en affirmer et proclamer le succès, car les résultats sont tangibles et pour ainsi dire mesurables en ce qui concerne l'éducation pbysique et intellectuelle.

En elfet, pour Véducation physique, non seulement la simple vue des enfants témoignait de leur bonne santé, mais les constatations anthropométriques faites régulièrement, consignées sur les feuilles individuelles et figurées par les courbes d'accroissement, confirmaient irréfutablement les bonnes impressions des visiteurs.

On se rend compte, d'après ces feuilles et ces courbes d'accroissement, qu'après un séjour moyen de deux années à l'Orphelinat les enfants ont réparé les effets d'une éducation physique livrée souvent au hasard et ont enfin conquis une santé florissante due au régime

(l'une vie extrnnement occupée et variée (le plus souvent possible en plein air).

La nuiltitiide de recompenses de premier ordre obtenues dans les concours de gymnastique, de tir, de pompes à incendie, de vélocipédie, etc., les diplômes d'honneur de la Société d'hygiène de l'enfance, de la Ligue de l'Enseignement physique, des ministères de l'Instruction publique et de la Guerre, constituent la sanction officielle de cette réussite ^

En ce qui concerne l'éducation intellectuelle, les résultats sont également indiscutables ; car, malgré les retards parfois excessifs de bon nombre délèves admis à l'âge relativement avancé de huit, neuf, dix et même douze ans, la moyenne d'instruction était bien supérieure à celle des écoles primaires, même si l'on se borne à la simple comparaison résultant du nombre de certificats d'études obtenus chaque année par rapport à l'ensemble de la population scolaire.

Cependant, les é[)i'euves beaucoup trop restreintes du certilicat d'études ne comprennent aucune de ces branches cultivées avec succès par les élèves : dessin, modelage, moulage, travaux manuels, gymnastique, musique vocale et musique instrumentale, etc. ; leur savoir en ces matières leur eût constitué une supériorité absolument incomparable.

Il est donc facile de se rendre continuellement compte des résultats de l'éducation physique et intellectuelle et d'établir des rapprochements et des compa-

I. Durant la période de 18S4 à 1889. Après 188!), M. Robin déclara se désintéresser des concours et en donna les imdifs dans un article qu'on lira plus loin.

Voir p. 298 les Rapports de MM. \i. Bi'isso.n et (Iohat sur VOrplicliuat Prérnst. iiVhlxixislllon de ISS',1.

raisons pour baser des conclusions sur les méthodes employées.

Mais l'éducation morale est loin de présenter les mêmes éléments d'appréciation, de constatation et de comparaison; aussi est-ce la partie dans laquelle les tâtonnements, les incertitudes et les contradictions même sont incessants surtout au point de vue dn but final à atteindre. Les actes des humains ont toujours été et sont encore sujets aux appréciations les plus diverses et les plus opposées, suivant le point de vue auquel on envisage ces actes, suivant les auteurs, les pays, les milieux, les moments, les circonstances, etc. ; il faudrait des volumes pour relater les exemples d'actes identiques déclarés sublimes ou criminels, à telles ou telles époques, dans tels ou tels pays, et entraînant pour leurs divers auteurs tantôt les plus éclatantes glorifications, tantôt les plus cruels supplices.

Les erreurs et les préjugés séculaires nous enserrent de toutes parts avec une telle puissance qu'il est bien difficile de s'en allranchir complètement.

Oui osera dire où commencent et finissent le bien et le mal? Et dans cette incertitude d'appréciations et de définitions, quel est l'audacieux psychologue qui peut indiquer avec précision les moyens à employer pour conduire au Itien et éloigner du mal?

H. Les religions, dans leurs lois divines prétendue meut révélées, faisant intervenir les suprêmes puissances extra-terrestres, récompensant ou punissant souverainement les humains, durant leur existence ou après leur mort, ont pu facilement établir un code moral; mais on constate que cette perspective de

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récompenses et de punilioiis futures perd de plus en pliis son influence sur les hommes; aussi les représentants de ces lois divines n'ont pas manqué de faire pénétrer leurs idées dans les lois civiles qui, si elles n'ont rien à nous offrir pour remplacer le ciel, promettent du moins assez de châtiments immédiats pour faire considérer la terre comme une succursale de l'enfer promis.

On avait résolument rompu à Cempuis avec toutes les mythologies et toutes les conceptions métaphysiques; on se bornait a faire, à l'occasion, avec les grands élèves, quelques ('tudes élémentaires sur les religions comparées, en leur faisant remarquer l'influence néfaste qu'elles ont presque toujours exercée sur la marche de l'humanité et observer aussi combien les idi'cs surnaturelles perdent leur influence en face des conquêtes incessantes de la réalité scientifique.

V enseignement n était ni polythéiste^ ni monothéiste ^ ni déiste, tri panthéiste, ni athrc. Jl était purement et simplement humain. On ne niait pas Dieu à Crmpuis, on rignorailK A notre époque d'observations positives, les enfants ne s'inquiètent pas du problème scientifique de l'existence de Dieu, si on les y a pas excités artihciellement par un enseignement approprié. Des enfants élevés dans une vie large, en face de la nature et de l'art, avec le maximum de liberté possible, n'imagineront pas Dieu, et, si même on le leur a appris, cette vague notion s'évaporera bien vite de leur cerveau devant les réaliti'S naturelles, artistiques etinduslri(dles.

1. « M. Uobin et moi nous ne sommes pas de simples alliées; nous ne nions p;is Dieu, nous l'ignorons. » Déposition de Ch. Delon devant la Gonuiiission du Conseil général de la Seine, p. 203.

Pour M. P. Robin, Dieu est le produiL de Tiniagination et du sentiment; l'idée de Dieu, suivant lui, n'a aucune base scientifique, elle est sans aucune utilité pratique, elle est môme un mal. Cependant, il ne pense pas que l'athéisme puisse servir de fondement à un enseignement pour les enfants. On n'enseignait donc aux élèves que ce qui est démontrable, et on se gardait de les entretenir de questions méta])hysiques et extra-terrestres, mystérieuses et mystiques, sur lesquelles les plus grands génies de l'univers ne sont pas parvenus a se mettre d'accord. On leur apprenait à étudier la nature, à l'admirer, mais aussi à la combattre ou à pi'évoir ses coups pour les éviter.

Il n'y avait pas, à vrai dire, de leçons de morale dogmatique à heure fixe : car la moralité, de même que la raison, tient à l'ensemble; c'est la r('sultante des divers actes de la vie des relations et du milieu.

L'idéal des éducateurs de Ce.mpuis ne dépassait pas l'humble terre où vivent misérablement et souffrent une trop grande quantité d'humains : le but qu'ils poursuivaient était de faire que chacun mette son propre bonheur à travailler, comme l'ont dit le chimiste Priestley et le chef des utilitariens Bentham, pour le plus grand bonheur du plus grand nombre, afin que la terre, qui est encore im terrible enfer pour beaucoup, devienne un vrai paradis pour tous sans exception. La fraternité et la solidarité humaines leur semblaient être très bien formulées ainsi, et c'est ce qu'ils cherchaient à faire mettre en pratique par les enfants qui leur étaient confiés.

III. Tout d'abord on avait créé la coéducation des sexes : ainsi que nous l'avons dit, les élèves sont habi-

tués à vivre comme frères et sœurs; ils |)articipent conslammeiit côte à cote, suivant les hasards de classifications par âge, par taille, etc., anx leçons, aux travaux manuels, a la gymnastique, aux récréations, aux l'êtes et aux promenades.

Cette première expérience, que beaucoup de personnes considèrent comme redoutable, a complètement réussi, et chacun de ceux qui ont pu vivre avec les enfants de Cempuis ont été édifiés sur ce point. Indépendamment des remarques générales sur la bonne santé des élèves, la fraîcheur naturelle de leur teint, Tattitude franche et éveillée, il a été fait des observations plus positives, résultats d'une constante et discrète surveillance.

Les physiologistes savent bien la solidarité étroite existant entre l'organe vocal et les organes sexuels ; or la voix des enfants de Cempuis, même ayant atteint leur seizième année, ne muait jamais prématurément; tous participaient avec leurs douces voix d'enfants à l'exécution des chœurs, donnant une preuve matérielle de la pureté de leurs mœurs et de l'absence de vices honteux qui sont la plaie de tant d'internats réservés à un seul sexe.

(À)mme suprême objection paraissant à première vue faire une impression sans réplique, on dit : « C'est très bien d'avoir réussi par votre système d'éducation à laisser arriver vos enfants sans précoce maturité à l'époque normale de leur puberté, c'est-à-dire à leur seizième année, et à les avoir ainsi préservés des désirs sexuels prématurés; mais ces enfants ainsi dirigés seront autant sinon môme peut-être plus exposés que les autres, ensuite, en entrant dans la société où

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ils ne retrouvoront pas les mêmes conditions, les mômes sauvegardes qu'à l'Orphelinat contre les citrainements de nouveaux milieux, de nouvelles fréquentations. »

L'objection touchait p;'u M. lîohin et ses collaborateurs : H Sans doute, répondent-ils, les conditions sociales dans lesquelles nos enfants se trouveront, comme tous les autres, lorsqu'ils devront aller gagner leur pain, sont terriblement redoutables, et les principes qui ont présidé à leur éducation peuvent malheureusement être d'une puissance insuflisante pour les sauver ! Mais il en sera de même pour nos enfants que pour les jeunes arbrisseaux scientifiquement surveillés, soignés, préparés et amenés jusqu'à leur développement d'adultes. Ils auront dans tous les cas, et à périls égaux, plus de force de résistance et de chances de salut que les malheureux dont la jeune existence a été abandonnée au hasard, sur lesquels des milieux délétères auront exercé une iniluence plus ou moins pernicieuse. Parmi ces derniers, un grand nombre, hélas! sont déjà perdus de corps et desprit à Fàge où les nôtres, robustes el forts, vont à leur tour affronter avec de meilleures armes les terribles luttes de la vie. »

Ajoutons que les élèves sortis ne sont pas absolument abandonnes au hasard, on les suit, autant (ju'il est possible, dans la vu' ; on s'occupe d'eux, surtout de ceux qui tiennent à conserver des relations avec leurs éducateurs ; les conseils, l'aide au besoin ne font pas défaut à ceux qui s'adressent à leurs anciens maîtres. Eniin, pour resserrer entre les élèves les liens fraternels et continuer au sortir de l'établissement les excellents principes de solidarité, il a été créé une Société amicale des anciens élèves de Cenipids (1887).

IV. Mais, nous le répétons, ce puissant facteur moral, la coéducation des sexes, ne doit pas être considéré isolément. On s'applique en môme temps à assurer chez les élèves l'équilibre musculaire et cérébral par l'équilibre d'action et de repos, l'alternance des divers modes d'activité et des divers ordres d'exercices, la proportion et la distribution très étudiée selon les âges et unpeu selon les sexes, des heures de travail intellectuel, d'exercices physiques et de sommeil. On évite le surmenage on plutôt le malmenage produit parlamonotonie qu'entraîne la trop longue durée d'un même genre de travail, soit intellectuel, soit manuel.

Le résumé ci-après de la moyenne générale de l'emploi du temps d'une journée indique mieux que toutes les dissertations comment on entendait l'activité et la variété salutaires :

Exercices physiques. — Gymnastique classique (individuelle et d'ensemble), mouvements à mains libres et avec haltères, exercices aux agrès, patinage, vélocipédie, danse. — Exercices, mouvements, marches, maniement d'armes, tir, canne, boxe; manœuvre de la pompe à incendie, bains, natation, promenades scolaires, excursions : 2 heures.

Travaux manuels (ateliers et champs). — Services, récréation: 5 heures.

Total pour la moyenne des exercices de corps : 7 heures.

Travaux intellectuels. — Classes (souvent en plein air, dans le bois pendant la belle saison) : (3 h. 1/4.

Éludes avec travail déterminé ou occupations libres, dessin, musique vocale et instrumentale, diction, théâtre : l h. 1/2.

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Total pour la moyenne des travaux intellectuels :

Repos. — Repas : Déjeuner, 15 minutes; dîner, 30 minutes; souper, 30 minutes; total : 1 h. 1/4.

Sommeil : 8 heures pour les élèves des cours supérieur et complémentaire ; 9 heures pour ceux des cours élémentaire et moyen ; 10 heures pour les bébés des classes maternelle et enfantine.

Total pour la moyenne du repos : 9 h. 1/4.

Récapitulation :

Exercices physiques Th.

Travaux intellectuels 7 h. 3/4.

Repos 9 h. 1/4.

Total "24 heures.

On s'étonnera peut-être de nous voir, dans ce chapitre d e la morale, insister sur les côtés matériels, hygiéniques de l'éducation ; c'est que ces deux choses, l'hygiène et la morale, se touchent de plus près qu'on ne le croit généralement; l'une aide l'autre et vice versa. Toutes les mesures prises pour maintenir le bon ordre dans l'organisme ont des eiiets qui se répercutent dans le domaine des faits moraux : mens sana in corpore sano. Les névrosés sont presque toujours, moralement, des dévoyés, et réciproquement.

V. L'enseignement scientifique, qui apprend à n'accepter que ce qui peut être démontré, expérimenté, et dont on peut apprécier et véritier les causes et les effets, contribue à exercer une puissante action moralisatrice sbr l'esprit des élèves. En effet, ceux-ci, pouvant contrôler, au fur et à mesure de leur développe-

pement, rexaclilude de ce qui leur est enseigné, apprennent à penser juste, forment leur esprit critique, se pénètrent par la raison du but et de la nécessité des recommandations sur ce qu'il y a lieu de faire ou d'éviter.

La recherche constante el l'amour de la vérité, deviennent ainsi graduellement les guides des esprits et des cœurs.

On a pu constater chez les enfants de Gempuis de réels résultats moraux produits par l'enseignement rationnel qu'ils recevaient et par leur all'ranchissement d'une foule de préjugés.

Ils supportent la douleur avec un véri[al)le stoïcisme. Les opérations de petite chirurgie inévitable avec deux cents enfants, mettant la main à de nombreux ti'avaux, se font sans un cri. On a l'occasion de faire des sutures, moyen énergique devant lequel On recule souvent à tort : les patients n'ont généralement pas l'air de s'en apercevoir. Les dents sont très soignées ; mais quand il faut en arracher, il est rare qu'on entende un cri.

Très endurants })our leurs })ropres soutTrances, les enfants sont très sensibles à celles des animaux : ainsi, il y a quelques années, un groupe d'élèves recueillit, nonrrit au biberon et éleva avec succès un pauvre petit agneau nouveau-né qu'un berger venait d'abandonner sur la route. Ils ignorent les dégoûts ridicules que font naître la vue ou le contact de certains animaux calomniés, araignées, souris, crapauds, serpents... Suivant les leçons de leurs éducateurs, ils touchent les animaux avec précaution, ils les regardent avec une curiosité scieutitique et ne leur font point de

mal. Dans le cas où il faut délniiro des animaux nuisibles, ils le font humainement et vite.

La peur vague d'êtres imaginaires n'existe point pour eux; la nuit ne leur inspire pas de ces folles terreurs si fréquentes chez les enfants.

Ils ne sont nullement accessibles au vertige, ce qui leur permet d'aller dans les endroits les plus élevés et les plus dangereux avec une intrépidité qui souvent déconcertait leurs maîtres.

VI. L'éducation artistique à laquelle on fait, ainsi que nous l'avons dit la place la plus large possible, est un des moyens sur lesquels on compte pour dégrossir les organisations souvent assez frustes et rustiques envoyées à Cempuis, et faire équilibre à ce que la force musculaire développée par la gymnastique peut avoir de brusque et d'épais.

VIL L'altruisme naît, se cultive et se développe par suite du contact permanent de tous les habitants de la communauté, élèves et collaborateurs à un titre quelconque ; cette vie en commun sous un régime essentiellement égalitaire inspire l'amour de la justice, lequel constitue avec l'amour de la vérité le solide fondement de la morale humanitaire.

C'est ce sentiment de soHdm-ité qui a fait établir à Cempuis une image d'organisation pratique, dans le fonctionnement de tous les services, parla collaboration graduelle de tous les élèves suivant leurs forces et leurs facultés.

Tous les services, même ceux que l'on considère généralement comme répugnants (nettoyage des lieux d'aisance, transport des immondices, nettoyage des chaussures, etc.) sont faits à tour de rôle, et en propor-

tion cU' Tàge et do la lorco, par tous les élèves; on songe avant tout à former des travailleurs exempts de préjugés et ne reculant (h'vaut aucun travail, quel qu'il soit. Suivant leurs disposilions, leurs ajUitiides, on charge les plus âgés de diverses missions dans lesquelles on leur adjoint de plus jeune?, se préparant à \ç> remplacer ou à leur succéder. Mais aussi chacune de ces fonctions ned pas })erpétuellement altrit)uée au même élève; on fait en sorte que tous aient l'occasion de se familiariser avec lous les services.

Citons quelques-unes de ces charges. Il y a Vhor/of/er , élève désigné pour remonterchaque jour riiorloge principale et pour la régler d'après le cadran solaire avec la correction indiquée pour avoir l'heure moyenne ; il y a les soniiPiii's de cloche et de clairon, dont la mission est d'annoncer le lever, le coucher, les heures des repas, des classes, travaux, récréations, etc.; un élève centralise les objets perdus, un autre constate les déydts et les signale ])our qu'on en fasse la prompte réparation: puis il y a les importantes fonctions de bihliothéeaire^ de Dirtéoroloçilstr^ àdnthropomètre , de pharinacier. , de conservateur des nnisrrs, des iiislriinients de n/us/que, r armurier, de conservateur des jeux, etc.

C'est la môme pensée de solidarité qui a inspii'é l'organisation du cadre, des petits papas et (les petites vH(Hians, les plus Agés devenant les initiateurs et les protecteurs responsables de la tenue, de la propreté et, jusqu'à un certain point, de la conduite de leurs jeunes protégés. Ils les aident notamment au réfectoire et au dortoir et rendent ainsi à de plus faibles l'assistance et la protection dont ils ont été l\ivorisés eux-mêmes au temps de leur faiblesse.

Aucune leçon de morale dogmatique, la mieux faite, la plus belle, la mieux adaptée à Tesprit des enfants ne peut valoir la pratique constante de cet entraînement moral dans un milieu sain.

Vlll. En 1870, M. Robin écrivait : «Je considère comme d'une importance capitale qu'avant tout les grandes personnes aient le respect le plus complet de la liberté de reniant et qu'elles renoncent sincèrement à lui imposer une autorité qui ne peut avoir pour base que le droit du plus fort... J'estime, en parliciilier, que la presque omnipotence du père est un des restes les plus funestes de l'état théologique ancien ^..

« La liberté de l'enfant est suftisamment limitée par les obstacles de toutes sortes que lui présentent les phénomènes naturels, parmi lesquels je compt(^ la résistance que lui opposera le groupe aux libertés duquel il pourrait vouloir porter atteinte...

« ... La supériorité physique et intellectuelle frappe bien vite l'enfant. Il sera donc tout naturellement porté à avoir recours à la force et à la science de ses aînés. Or, qui est mieux placé pour avoir cette confiance que les parents et les éducateurs en contact continuel avec les enfants? N'y a-t-il pas avantage à ce que cette confiance spontanée remplace complètement l'obéissance passive qu'exige une absurde autorité, et que la secte religieuse, la plus répandue dans l'Occidenl, considère comme la principale vertu?

« Pour arriver à cette confiance, il faut, sans hésiter, dire h l'enfant, dès ses premiers pas, dès ses premières

]. Cette dernière phrase fut supprimée par Littré clans le travail de M. Robin, paru dans la Revue de jjhilosophic positive.

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paroles : tu es libre, fais ce que tu voudras. Qu'il ne sente absolument d'autres obstacles que les obstacles naturels. Il concluera sans peine de là que tous sonl libres comme lui, qu'ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent, et il ne songera à attaquer la liberté de personne. Tout cela au grand avantage des éducateurs eux-mêmes, car ici, comme partout ailleurs, cette vérité subsiste : la tyrannie réagit, le despote est toujours, par quelque point, la victime de ses esclaves...

« ... De toutes parts on réclame la liberté de l'homme ; or l'enfant n'arrive pas brusquement mais graduellement à rélal d'botnme, il ne faut donc pas appliquer aux époques successives de sa vie des régimes brusquement différents. On n'arrivera jamais à connaître réellement les instincts naturels de l'homme que quand on l'aura attimtivement observé dans son jeune âge, dans la plus parfaite liberté; les perfectionnements de la science de l'éducation sont à ce prix. En vain les vieux pédagogues prétendent que ces instincts sont mauvais, que la nature est vicieuse et doit être réformée par une éducation sévère. Gela est assez curieux de la part dTiommes religieux soutenant inévitablement la doctrine du libre arbitre. Nous pensons, au contraire, que la plupart des vices que l'on reproche aux enfants leur sont fournis par l'éducation théologique, antinaturelle, d'aujourd'hui. Mille exemples parliculiers le prouvent, etcette vérité deviendra incontestable quand la nouvelle méthode qui n'a (-té encore appliquée qu'à quelques individus l'aura ét<'' à des groupes nombreux.

« Donc, donnez de bons exemples, des conseils appuyés

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par des raisons convaincantes, jamais sur la violence, ne commandez, ne forcez jamais.

« Dans le milieu actuel^ renfani entendra parler de maître. Que de bonne heure il abhorre ce mot, qu'il ait la haine de T autorité sous quelque forme quelle se présente, et (fue pendant la période transitoire l'esprit de révolte devienne à son tour la première des vertusK »

On ne peul pas dire que cette large liberté désirée pour l'enfance fut absolument mise en pratique à rOrplielinat Prévost. Cependant, à Cempuis, les enfants n'ont le plus souvent qu'à suivre les indications des éducateurs dévoués qui s'efforcent de se faire pour eux, le plus judicieusement possible, les interprètes, les traducteurs des nécessités imposées par la communauté. Ils jouissent de laliberté la plus complète possible, sous la surveillance discrète de ceux qui se sont chargés de leur éducation. On ne leur demande pas V obéissance servi le inspirée par la peur du châtiment, par l'appât de n'compenses plus ou moins propres à développer légoïsme ; on leur demande l'aimabte docilité inspirée par la confiance dans les amis plus âgés. On cherche à en faire des hommes, non des sujets.

Si les indications qu'ils reçoivent leur déplaisent, on demande aux enfants ayant du cœur et de l'intelligence de se garder de condamner sommairement qui les leur donne et de l'exprimer d'une vilaine façon.

S'il tient tant que cela à juger ses instituteurs, on engage l'élève à prendre au moins le temps de la réflexion; le plus souvent, le jeune et téméraire juge

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