Sur rEnsciijnement inlcip-fil, 1S70, ch. i, Sociologie
192 CEMI'UIS
arrive facilement à comprendre qne c'est lui-même qui se trompe; et sa confiance en ses éducateurs ne fait que s'accroître.
Mais ceux qui ont la charge d'éducateurs ne doivent jamais oublier qu'ils ne sont pas des despotes, mais des iiiterjjrètes et que ce qui sape l' autorité le plus souvent, eest r autorité elle-même * .
Dans la pratique on résume ainsi les devoirs sociaux qui incombent aux grands élèves. Ils sont investis d'une certaine portion d'autorité morale et responsables du mal qui peut se faire devant eux et qu'il dépend d'eux d'empêcher. Ils doivent se rappeler en tout temps que c'est de leur exemple, et de la manière dont ils remplissent leurs devoirs de frères et de sœurs aînés que dépendent la bonne conduite, la moralité. le ton honnête et aimable de leurs camarades, ainsi que les bons sentiments et la confiance mutuelle qui doivent exister entre tous les habitants de la communauté et qui sont indispensables à sa prospérité. Ils ont à faire savoir à leurs professeurs tout ce qu'ils croient pouvoir intéresser le bien-être de leurs camarades et le succès de l'é'lablissement. Ils doivent accomplir leurs charges d'aîués avec exactitude et fermeté, mais en même temps avec bonne humeur, et se rappelant sans cesse (ju'on prouve i»lulôt son utilité en empêchant les fautes de se produire qu'en aidant à leur répression.
IX. Tous les moyens ([ue nous venons d'<'nuni('rer : coêducation des sexes, équilibre musculaire et céré-
\. Sur l'Enseignement intégral, 1S7(I. — Vouloir, commander, obéir. Bulletin de VOrplielinat Prévost, Janvier, lévrier 1889.
bral ((ssiirés, fnsfifjncnœiit sciciilifiqKr^ sptitinwnt de la solidarifr sociale^ grande Idiei'té ont donné des résultats généraux aussi complets et aussi concluants que possible en faveur de l'éducation intégrale.
Si l'on juge Ceuipuis par comparaison, on peut dire que les résultats moraux obtenus sont infiniment supérieurs à ceux qu'on réalise dans la majorité des écoles ; mais, si Fou s'en tient à l'idéal que voulait atteindre M. Robin, il est incontestable qu'il restait à, faire.
Il ne faut pas d'ailleurs se dissimuler qu'en arrivant à l'Orpbelinat plusieurs des recrues avaient tout d'abord beaucoup à oublier; ([ue cela est encore plus diflicile que d'apprendre du neuf, et que par suite on se trouvait parfois en pn'sence de tristes réminiscences. Bien qu'on ait Iravailb^ ardemment à créer parmi les élèves cette opinion publique, cette conscience collective qui suffit presque toujours à la prévention des méfaits, on n'avait pas encore complètement rc'ussi à créei' le milieu absolument résistant dans lequel même une mauvaise nature est vite transformée par simple influence de la masse.
Cependant les enfants étaient fort sensibles à l'enseignement qui leur était donné ; ils n'('taient pas nu'cbants et ne faisaient jamais le mal pour le plaisir de le faire ; ils avaient généralement très bon cœur et se montraient affectueux envers leuts camarades et leurs éducateurs. 11 n'y avait pas à Cempuis d'enfants victimes désignées de la malignité ou de la cruauté collective ; et l'on peut dire que si, parfois, il s'est produit des discussions, elles ont été modérées; les querelles y ont été rares et les batailles à peu [)rès inconnues.
194 CEMPllS
Lo plus grand noniliro élail griioralomont obligeant envers tout le monde et toujours disposé à rendre un bon office, même dans les moments les plus intéressants de leurs récréations.
Les principaux obstacles que l'on rencontrait provenaient d'une part du déplorabh^ atavisme dont qutdques malheureux enfants portaient dans leur corps et leur esprit b^s tristes empreintes; à ce point de vue, il serait très instructif, en étudiant attentivement l'enfant dès le berceau, de pouvoir faire pour cliacun la part aussi exacte que possible de l'hérédité et de l'éducation; M. Hobiu avait pensé à créer un pouponnât pour se livrer à cette étude expérimentale qui pourrait rendre d'immenses services.
D'autre part on se heurtait aux difficultés de recrutement.
]']n elVet les orphelinats ont encore dans l'opinion publique, beaucoup plus la réputation d'rt.s/Vrs, de rofiigps plus ou moins charitables pour les enfants pauvres abandonnés ou coui)ables, que celle de véritables maisons d'éducation comme Tétait Cempuis.
A peim^ les idées commencent-elles à être lixées sur les différences.
L'exploitation bien connue de l'enfance dans b(m nombre d'orphelinats fait que les établissements portant ce nom sont peu en faveur.
Aussi est-il facile de comprendre que les familles ne se résignent à y mettre leurs enfants que réduits à la dernière extrémité, et encore n'y laissent-ils aller généralement (|ue ceux qui les gênent le plus par leur caractère peu relevé et leurs dispositions naturelles mauvaises ou médiocres.
Les parents s'imposent au contraire les sacrifices et les privations les plus grands pour conserver les enfants dont l'intelligence et les bons sentiments leur donnent de belles espérances.
Il faut bien reconnaître que c'est souvent aux parents, tuteurs et amis des enfants qu'on devait l'atténuation parfois grave des bons effets de ce système d'éducation. On leur recommandait notamment de ne rien apporter individuellement aux enfants qui avaient tout le nécessaire et pas mal de superilu dont ils jouissaient fraternellement en commun ; on leur faisait remarquer que cette recommandation avait pour but de cultiver l'égalité parmi les membres de la grande famille et d'éviter l'éclosion de mauvais sentiments dégoïsme chez les uns, d'envie chez les autres.
Tous reconnaissaient, devant M. Robin ou ses collaborateurs, la sagesse de ces recommandations, mais un certain nombre s'empressaient de les éluder dès qu'ils étaient hors de leur vue, bouleversant ainsi la conscience des enfants et paralysant les plus persévérants efforts.
Aussi était-on ol)ligé de faire l'éducation des correspondants en môme temps que celle des enfants.
Les prescriptions ci-après destinées aux familles donneront une idée des difficultés auxquelles on se heurtait ; elle nous fourniront en même temps quelques préceptes et quelques applications de la morale préférée à Cempuis :
« Dans leurs relations avec les enfants, correspondances et visites, les parents protecteurs et amis sont instamment priés de ne pas provoquer, comme ils le font sans le vouloir, chez eux la tristesse, l'ennui,
les regrets maladifs, la nostalgie,' eu leur donnant à entendre soit par des paroles imprudentes ou peu réHéchies, soit par des larmes sans sujet, que c'est un grand malheur pour eux d'avoir été obligés de les placer à l'Orphelinat. Agir ainsi, et les bercer de l'espoir d'une félicité sans mélange à leur sortie, c'est démoraliser les enfants, c'est les rendre malheureux, c'est fausser leur esprit, c'est les dégoûter du travail, c'est paralyser enfin les bons elTets de l'éducation de premier ordre que nous nous efforçons de donner aux enfants de l'Orphelinat. Que les parents rétléchissent à cela.
(( Sans doute on ne fait pas tout ce que l'on veut, sans doute il y a des séparations cruelles, on ne peut pas toujours être auprès de tous ceux qui sont chers, on peut avoir parfois un légitime chagrin de leur absence, mais l'ennui à l'état chronique est une maladie contagieuse dont il faut se garder soi-même et qu'il faut se garder de communiquer aux enfants.
(c II est très démoralisant de dire ou d'écrire à des enfants qui ont besoin d'encouragement et de réconfort ces phrases débilitantes aussi peu sensées que peu françaises : Je ?n ennuie de /ui, ne l'ennuie jjus de nous. Môme, sous cette dernière forme fallacieuse de bon conseil, elles font plus de mal que de bien ; elles suscitent des regrets que leur vague rend diflicilement consolables et que l'on voit souvent se traduire dans les réponses et dans la vie des enfants.
« Vivre dans la réalité, engager les enfants à savourer leurs joies, à ne pas exagérer leurs petits chagrins, les exhorter sans cesse à se bien conduire, à bien travailler ; les ])ousser à profiter de tous les avantages présents j)our arriver |)ar rhonnéleté, le savoir,
et rhabilet(' maiiuellu à triompher plus t'acilement des diflicultés réelles de Texistence qui les attendent à leur sortie de l'Orphelinat, voilà de quoi servir de thème inépuisable aux correspondances et aux conversations.
« En effet les enfants n'auront pas toujours les mêmes sources de bonheur quils ont ici : confortable à tous les points de vue, travaux très variés, jouissance d'une belle propriété, jeux de toute espèce, gymnase, théâtre, instruments de musique de toute sorte; ils n'auront plus les mêmes facilités de parcourir en vrais privilégiés, comme ils le font, des départements entiers, de passer annuellement quelques semaines aux bains de mer.
« Donc ni discours, ni lettres de lamentation ([ui déconcertent et amollissent les enfants ; ils ne sont pas à plaindre ; leur sort au contraire est des plus enviables.
« Bon nombre de parents ont persisté, malgré toutes nos prières, à apporter à leurs enfants des objets d'alimentatjon ou de toilette inutiles ou nuisibles, en les engageant à les cacher. C'est un aveuglement qui peut pervertir les enfants encore trop faibles de jugement pour résister, les rendre gourmands, vaniteux, égoïstes et dissimulés, et paralyser ainsi l'éducation toute de probité, de simplicité, d<^ franchise, de solidarité et de fraternité que nous leur donnons théoriquement et pratiquement tous les jours.
« Combien d'enfants ont été indisposés à la suite d'indige«tions que leur ont données les parents en les bourrant de friandises ! Combien d'autres ont été fâcheusement détournés de la bonne voie des visites reçues !
<■< Si, malgré les énergiques prescriptions de ne rien apporter aux enfants, les parents persistent, que ce soit au moins ouvertement, et que la remise en soit faite tout d'abord à la direction. — Dans ce cas, il est disposé ainsi qu'il suit de tout ce qui aura été apporté :
« L'argent est mis à la caisse d'épargne postale au nom de l'enfant auquel il est destiné.
« Les vêtements de luxe, les objets de pur ornement, les bijoux, que les enfants ne portent pas à l'Urplielinat et qu'ils ne porteront jamais s'ils se rappellent nos leçons, ne sont pas acceptés.
« Les fournitures classiques, fort chères en raison de leur luxueuse apparence et qui sont généralement de qualité bien inférieure à celles en usage à l'Orphelinat, sont confondues dans la consommation générale.
« Les friandises sont partagées entre les enfants et mangées à table^ au dessert. Ceci est exigé par la vie fraternelle et égalitaire que nous enseignons à nos élèves, et par cette règle stricte d'hygiène si souvent méconnue de ne manger qiiaux repas^ sauf exceptions motivées.
« Les jouets servent, comme tous ceux de l'Orphelinat, à l'amusement de tous.
« Les poupées sont livrées aux institutrices des classes des petits et servent comme les autres jouets à tous les élèves de ces classes indistinctement. Les poupées peuvent avoir peut-être leur apparence d'utilité dans les villes, dans les familles à l'étroit oii elles sont la tranquillité des parents ; mais à l'Orphelinat où les jeux sont en plein air, où (juanlit(' de travaux remplissent si agréablement et utilement la vie, les
poupées n'ont guère de raison d'être, sauf l'usage qu'on peut en faire en tant que mannequins pour la façon de petits vêtements, à litre d'exercice amusant de coupe et de couture. Mais nous n'aimons pas qu'un sentiment naissant de future affection maternelle s'égare en imagination à propos de représenlations insensibles et décevantes. Les grandes fillettes qui servent de petites mamans à leurs plus jeunes camarades, à table, au dortoir, dans les récréations, s'initient bien plus pratiquement à leurs futurs devoirs materntds en rendant à de vrais bébés vivants de réels services, dont elles sont du reste payées de retour, par le plaisir de voir leurs soins donner des résultats et par la tendresse tiliale que ces bébés ne leur ménagent pas.
« Les étoffes, cbitTons, rubans, laines, échantillons, etc., sont remis au professeur de couture qui les emmagasine au milieu des autres provisions et les fait servir à l'occasion aux divers exercices d'enseignement ou de récréation que comportent les programmes.
« Les. images, gravures, chromos, livres, albums, journaux, chansons, dont nous avons toujours trouvé le plus grand nombre mauvais et inacceptables, ont été refusés ou détruits aussitôt : ceux qui sont convenables sont allés se confondre dans la collection de l'Orphelinat coutinuellement utilisée pour le plaisir et l'instruction de tous. »
X. Nous terminerons ce chapitre : 1° par l'indication de tout ce qui fut proscrit de l'ancien arsenal des récompenses et des répressions et de tout ce qui s'y rapporte ; 2" par l'exposé des moyens d'action qui remplacèrent avantageusement ce qui avait été rejeté.
âoo eE.MPL*iâ
Tout d'abord on supprima toutes les récompenses Individuelles (bons points, prix, croix, etc.), qui s'adressent seulement aux élèves favorisés, sans mérite pour eux, d'une intelligence plus grande ou d'heureuses dispositions naturelles, et elles ont été remplacées par des récompenses collectives, friandises, jeux, réjouissances, fêtes, promenades, excursions; cela profitait non seulement aux habiles, mais encore à tous ceux qui, faisant preuve d(\ bonne volonté, s'étant signab's par l'importance et la coutinuité de l'elTort, contribuaient à la réalisation de résultats généraux satisfaisants.
De cette manière les forts sont incités à aider les faibles pour leur permettre d'arriver à un bon ensemble, au lieu de les piétiner comme il arrive trop souvent lorsque la sanction finale est la récompense individuelle du vainqueur.
On proscrivit également les répressions corporelles, les longues retenues, les pensums interminables, etc., et on les a remplacés par des instructions, des exhortations et des soins appropriés.
Après des expériences concluantes on supprima les cadres des élèves gradés imitant ceux de l'armée ; cette organisation donna, en effet, plus de mauvais résultats que de bons : le grade semblait indi(|uer une supériorité complète en tout et partout, tandis que dans plusieurs cas, en classe, à Tateliei', à la gymnastique, à la musique, etc., le titulaire du grade était manifestement inférieur à divers camarades ayant un grade inférieur ou môme pas de gra<le du l(»ut; on remplaça cela par l'organisation des fonctions dont nous avons parlé précédemment. Dès le premier moment, le classement des «Hèves selon leurs prétendus mérites fut supprimé.
ES
La classificalion on série unique ne peut être exacte que lorsque Ton considère un caractère unique bien nel et bien conslant. Aussi repoussait-on comme antiscientiliques les classements usuels indiquant la place obtenue par chaque élève dans une composition, ou de son mérite pendant une p<'riode.
D'abord les éb'ments qui entrent ici en jeu sont trop complexes pour que divers juges puissent apprécier de même, pour qu'un môme juge ait, à deux époques distantes, exactement la même manière de voir. Donc les jugements n'ont aucune certitude de justesse ni de justice, et, malgré tous les eiforts, il reste beaucoup d'indécision et d'arbitraire dans le classement.
Ensuite, ce qui intéresse ce n'est pas la place ^ mais la note. Dans tel groupe, le dernier peut être très bon : dans tel autre le premier ne valoir à peu près rien.
Ce qu'on peut faire dans une classe avec le plus de probabilité de justice, c'est de placer les élèves en groupes : excellents, très bons, bons, assez bons, passables, .médiocres, très médiocres, nuls, mauvais: mais ces derniers doivent être, en bonne pédagogie, exclus et renvoyés dans une classe inférieure. Plusieurs de ces groupes peuvent d'ailleurs man([uer, et c'est souhaitable pour les derniers.
En montant dans un groupe supérieur, un élève ne froisse personne, n'excite aucune jalousie, aucune rivalité malsaine : il y a de la place pour tous. Celui qui descend se trouve sérieusement averti, quand môme un démérite multiple de camarades en laisserait moins avant lui et le ferait en apparence avancer.
Désirant répandre, dans l'intérêt général, ces idées
io4 ÊEMpt'ié
réforma Irices sur les classements et les concours, M. Robin les avait fait connaître en 1889, après une moisson de récompenses obtenues par ses enfants, a tous ceux qui Tinvitaient à de nouveaux concours.
(( Nous avons déjà souvent fait allusion à ce que nous pensions des concours publics tels qu'ils sont généralement organisés. Malgré notre répugnance, nous avons pris part à un certain nombre d\yntre eux, et nous y avons été comblés de récompenses : ce qui nous a mis eu situation de dire bien franchement notre avis et de prendre la résolution ferme de n'y plus prendre part, sans risquer d'être accusés d'impuissance et d'infériorité, comme le lenard de la l'able.
« Du reste, les manifestations publiques convoquées dans lesquelles nous avons gagné médailles, palmes, couronnes et diplômes, sont très peu nombreuses par rapport à celles que nous avons spontanément organinisées ou auxquelles nous avons pris part, sans autre intérêt que celui de ré})andre un {)eu de joie, de contribuer à des œuvres de bienfaisance et de faire quelque utile propagande.
(( Les concours avec classements résultant d'appréciations souvent données sans motifs à l'appui entent partout de mauvais sentiments de rivalité, de vanité, de jalousie, d'hostilité, entre gens qui ne devraient avoir d'autre but que l'expausion du bonheur humain.
« La récompense, le [)aiement que devrait recevoir tout groupe d'individus, prenant part à l'exhibition de l'art qu'il cultive, est ra])précialion i)ar des gens compétents de la manière dont il y réussit. La noie donnant l'appréciation |)lus ou moins détaillée lui serait remise avec droit d'en faire ce que bon lui semble, la
tenir secrète, reneadrer, la })uLlicr; le jury jouissant évidemment aussi du droit de pii])lication et devant généralement en user pour l'instruction de tous, et pour donner une preuve publique de sa propre valeur technique et de son impartialité.
« Rien ne nous paraît plus antisocial que l'exagération toujoui's croissante des récompenses sous forme de couronnes, palmes et médailles, auxquelles, entre autres défauts, manque toute valeur comparative.
« Au nom de l'Orphelinat, nous avons proposé leur suppression et leur remi)lacement par des fêtes.
« En ce qui nous concerne, nous avisons les organisateurs des concoui's auxquels nous sommes invités à prendre part que nous ne participerons qu'aux réunions où on aura adopté notre programme de bonne confraternité et de saine émulation, qui ne comporte ni vainqueurs ni vaincus. »
XI. On substitua aux anciens procédés de punitions un ensemble de moyens dont la plupart sont préventifs plutôt que répressifs : leçons, exercices, travaux^ intéressants, courts, bien variés et très mouvementés, alin que les enfants, sachant que l'ingéniosité du maître réussit toujours à leur trouver qucdque nouveauté encore inconnue d'eux, à leur montrer et à leur faire toucher, étudier et analyser une foule d'objets, se passionnent pour l'étude et })our le professeur qui sait rendre les leçons vivantes, joyeuses et fécondes par toutes les démonstrations expérimentales possibles.
De pareilles leçons donnent bien vite au maître l'autorité nécessaire pour faire facilement accepter par ses élèves les indications qu'il donne sur ce qui est bien et sur ce qui est mal ; le rappel, la répétition de ces
206 CEMPUTS
indications, la simple conslalalion verbale des infractions, des fautes, les exhortations paternelles, sont le plus souvent suffisantes.
Par exception, on faisait répéter à haute voix ou par écrit les prescriptions et les principes oubliés ou transgressés.
Pour préciser ces indications, voici quelques spécimens de ces courtes prescriptions qui devaient être dites très intelligiblement devant le maître ou les camarades, ou écrites irréprochablement pour que cela serve en môme temps que de rappel, de bon exercice de diction ou d'écriture :
« Ordre et propreté. — L'ordre, la bonne tenue, sont les premières qualités qu(^ doivent acquérir les enfants afin de faire plus tard des hommes rangés, modèles.
Il faut avoir soin de tout maintenir constamment en ordre et en (Hat parfait de propreté : le corps, les vêtements, le mobilier, les objets qui servent dans les réfectoires, dortoirs, classes, ateliers, ferme, gymnase, théàti'e, cour de récréation et tous autres endroits oij l'on a l'occasion de se trouver. »
« ApplUatinn aux leçons cl mi.r dcvo'ir^^. — Les élèves qui songent à leur avenir doivent pi'êter la plus grande attention aux enseignements qui leur sont donnés et exécuter avec application tous h's exercices ou devoirs qui leur sont demandés.
Les devoirs écrits compoi"t(Mit une rédaction et une orthographe correctes, une disposition graphique et une écriture agréables à voir.
Ne jamais considérer un devoir (^crit comme terminé qu'après l'avoir attentivement l'elu et s'être assuré qu'il est relativement irréprochable. »
« Po/iffss(% (/ori/l/é, rrchondlions. — Les élèves doivent être convenables et polis entre eux et envers toutes les personnes avec lesquelles ils se trouvent en rapport ; ils doivent écouter avec bonne grâce toute personne à laquelle ils sont conliés, ainsi que leurs camarades momentan('ment investis d'une fonction.
Tout élève qui s(> croit lésé a le droit de présenter aux professeurs une réclamation ou justification verbale ou écrite.
Dans le cas oii cette réclamation ne serait pas acceptée, il peut faire soumettre le cas au Directeur ou à son suppléant. »
Il est bien entendu que chaque éducateur établit son petit code de prescriptions de morale suivant les circonstances, d'a{)rès la gravité et la fréquence des fautes, etc.
Les élèves qui' ont commis des fautes plus graves contre la probité, la bonne éducation, etc., sont envoyés durant les heures d't'tudes ou de récréation, sous la direction de l'un des professeurs, dans une classe, pour rL'lléchir à la faute commise et en faire la rédaction, écrite brièvement mais avec le style, Torthographe et la calligraphie aussi corrects que possible. Cette relation peut comporter sim[)lement un aveu accompagné de bonnes résolutions, ou des explications atténuant la faute ou même, en certains cas, des raisons complètement justificatives.
C'est à ce moment aussi qu'un exercice, un devoir, un travail quelcon(|iic négligés ou non faits doit se faire, se comph'ter ou se recommencer.
On remarquait que l'envoi des élèves à la réllcxion est excellent non seulement pour eux-mêmes, appelés
208 CE.MPUIS
à méditer sur leurs fautes, mais oiicore pour les maîtres, qui, malgré loules leurs vertus, pouvaieutse laisseraller à l'impatience et à un jugement peut-être trop sévère ; les quelques minutes de réflexion/durant lesquels i'élève adii relaler sa faute ou établir sa justification suffisaient pour permettre à l'éducateur de se calmer lorsque l'indignalion avait été grande et de juger ensuite dans de bien meilleures conditions.
A ceux qui objecteraient que la réllexion efla rédaction demandées à l'élève ne sont au fond que la retenue et le pensum déguisés, on peut répondre que ces derniers procédés sont essentiellement différents de ceux employés à Cempuis.
La retenue et le pensum ont une durée et une quantité déterminées et prétendent être d'avance proportionnées à l'importance de la faute; par cette fixation de peine qui équivaut à une condamnation plus ou moins sévère, on procède aussi empiriquement que pourrait le faire un mauvais nu'decin condamnant du premier coup ses malades à un leni|)s dt'dermin ' et long de s('jour au lit.
La réllexion au contraire n'a qu<' l<i durée très limitée que peut lui donner l'élève |)ar le plus ou moins de spontanéité de ses aveux ou de ses explications et la parfaite confectioiidu peu de lignes nécessaii'es pour reconnaître et relater sa faute, ou se justifier; eu procédant ainsi, on fait comnu' le nn'decin consciencieux qui n'a d'autre préoccupât iou que de soigner ses malades et de leui' faire j'ecouvi'er la santé le plus lajjjdcment possible.
Dans le pi'ciujcr cas, c'est une i)unition peu efficace.
dans le second un appel à lai-éllexion faisant généralement naitre de bons sentiments.
Des notes, qui se chitt'raient de 1 à lU, bonnes ou mauvaises, étaient quotidiennement attribuées à tous les élèves pour la conduite, Tapplication, la tenue, Tordre et la })r(iprelé, les diverses branches de travail classique et manuel.
La feuille de travail manuel portait en plus, à litre d'instruction }»oui' l'élève et d'indicalion pour l'éducateur, le genre de travail accompli, le temps passé à effectuer ce travail et, autant que possible, le prix en espèces que représente le travail d'après les prix moyens de l'industrie, ce qui fait apprécier à l'élève qui commence à produire à raison de quelques centimes par heure combien il doit s'appliquer au travail pour arriver à gagner de quoi se suffire.
Le total et la moyenne de ces notes étaient fails h(djdomadairement, et chaque élève en prenait copie sur sa feuille individuelle et en faisait mention dans sa rédaction récapitulative de semaine où, après examen comparatif des notes précédentes, il constatait ses progrès, son stationnement ou son recul aux divers points de vue de la conduite et du travail.
A titre d'enseignement moral pratique pour la stimulation des grands et Kencoaragement des petils, il était fait chaque dimanche une exposition des travaux classiques et manuels exécutés par les élèves dans la semaine écoulée ; les bons élèves et leurs parents éprouvaient une légitime satisfaction à voir les beaux travaux exposés ; les maladroits et les paresseux regrettaient de n'être que peu ou point rrprésent('s dans la somme de travail produit dans la laborieuse ruche.
Ces expositions n'avaient pas la sanction, sonvent fausse, des classifications, ni la matérialité des récompenses qui font naître et entretiennent de mauvais sentiments d'orgueil, de vanité, de mépris, d'égoïsme chez les favorisés, de dépil, de jalousie et d'envie chez les autres.
Là, chacun par son travail présent se comparait à lui-même dans son travail passé ; les petits étaient stimulés par les travaux plus développés et mieux réussis des g'rands ; ces derniers se sentent pris de sentiments tendres pour les petits dont ils admirent, fêtent et encouragent les premiers résultats. Les petits, de leur côté, admirent les travaux de leurs grands camarades et sont portés à bien travailler pour faire comme eux.
Cette simple constatation des faits dans les expositions hebdomadaires était bien suflisante pour produire de bons effets chez tous; chacun y trouvait, après examen, l'indice de ses progrès, de son stationnement ou de son recul '.
Xll. Enfin on apportait aulant de soins et de sollicitude à l'élude, l'organisation et la mise en œuvre des récréations, réjouissances et lôtes qu'à toutes les autres parties du programme.
11 est de la plus haute importance d'indiquer aux enfants l'emploi agréable des heures de loisir, aussi bien et peut-être mieux encore que l'emploi des heui'es de travail ; on ne saurait trop, en effet, les armer de bonne heure contre les entraînements et les abrutissantes séductions des cabarets, fabriques et conservatoires d'ivrognerie où régnent en tyrans implacables
I. Lit Morale husce sur le réel. \oir Fêles jièdayoyiqites, I'' vol.
l'alcool et le tabac ^ les plaies de notre époque, véritables dangers pour l'humanité.
Outre les grandes fêtes consacrées universellement, on organisait des cc'rémonies familiales, intimes ou [)ubliques, occasionnelles ou périodiques, nationales, historiques, de la nature, de l'humanité, du travail, de l'agriculture, des sciences, des arts, du progrès, de la paix, etc.
Par ie choix judicieux, le grand nombre, la diversité et l'appropriation des éléments qu'otïrait l'organisation de Cempuis, on espérait développer chez les élèves les forces physiques et intellectuelles, ouvrir, élever et grandir les esprits; atteindre, dissoudre et étouffer les mauvais instincts ; faire naître, cultiver et entretenir dans les cœurs les grands et bons sentiments de justice et de fraternité, donner enlin à tous cette sincère et fortifiante joie qui ne laisse après elle que d'excellentes impressions et un renouveau d'activitt', au lieu de la lassitude, du d('senchantement, des regrets et de l'amoindrissement de l'individu que produisent et laissent Tatalement après eux les plaisirs malsains.
Partout où les promenades scolaires les entraînaient, oii d'aimables invitations les appelaient, dans les concours auxquels ils participaient, la santé florissante des enfants de Cempuis, leur entrain, leur vigueur et leurs réels petits talents procuraient de douces émotions aux assistants; les larmes d'attendrissement surprises chez quel(jues-uns en étaient le plus éloquent témoignage.
1. L'enseignement contre ralcoolisme lut donné de bonne lieure à Cempuis et bien plus pratiquement que théoriquement. L'établissement était abonné aux publications de la Société contre l'abus du tabac.
Il faudrait un volume pour reproduire les lettres de félicitations et de remerciements, les articles élogieux consacrés par les journaux à la relation des séances publiques données par ces enfants; et tous constataient Tattendrissement véritable avec lequel les populations les écoutaient chanter, jouer de la fanfare, et les regardaient exécuter des mouvements gymnastiques.
Mais ce qui a été infiniment plus agréable à M. Robin et à ses amis, ce dont ils peuvent s'enorgueillir ajuste titre, c'est d'avoir vu les fêtes données par leurs enfants servir de suggestion initiatrice, d'avoir suscité des imitateurs même chez ceux qui combattent leurs idées en général et leurs principes d'éducation en particulier. C'est ainsi que, dans plusieurs localités de l'Oise et des départements voisins, il se forma, à leur exemple et même avec leur collaboration directe, de nombreux groupes pour le chant, la musique, la gymnastique, le tir, les jeux, etc.
En gén('ral, lorsqu'il n'y avait aucun empêchement matériel et que rien de plus urgent ou de plus important ne s'imposait, il y avait le dimanche une série de récréations.
Le matin, après la lecture des notes hebdomadaires faites en présence des professeurs et des élèves, avaient lieu les r('pétitions(le gymnastique, fanfare, comédie, les observations anthropométriques réglementaires ; c'est durant (;e temps aussi que s'organisait l'exposition des travaux de la semaine dont nous avons parlé plus liauf .
L'après-midi, petite promenade de trois on quatre lieues pour les grands dans les communes et caulons voisins de Cempuis.
Après le souper, à sept heures, fêle parfois intime, parfois publique (c'est-à-dire à laquelle sont invités les habitants du village), dans le gymnase-théâtre en hiver, en plein air dans la belle saison ; c'est là que se récapitulaient notamment les exercices les mieux réussis dans les cours de diction, de musique vocale et instrumentale, de gymnastique et que note était prise de ce qui était le plus intéressant pour le présenter ensuite au public dans les fêtes qu'on lui offrait; de nombreux jeux et des récréations de toutes sortes venaient apporter aussi leur contingent de plaisir^
Nous donnons ici une ('numération des (Uéments nombreux qui composaient les progammes des fêtes.
Diction. — Les (^lèves de tous les cours, filles et garçons, y contribuaient dans la mesure de leur savoir et à tour de rôle de façon que tous y prissent part. Lecture du programme; — annonce et communications au public ; — présentation des œuvres et de leurs interprètes, de leurs auteurs; — explications des tableaux montrés dans l'appareil à projections (lanterne magique); — causeries sur un sujet déterminé; — discussions sur ce sujet; — lecture d'extraits choisis de littérature, de poésie ; — récitation, déclamation d'oeuvres ou de fragments des bons auteurs ; — monologues et dialogues ; — pièces de théâtre, méticuleusement émondées de tout ce qui n'est pas à la portée de l'âge de leurs jeunes interprètes.
Récréations intellectuelles. — Amusements littéraires : recherches de mots remarquables par quelque particularité, étrangeté ou bizarrerie : le plus grand nombre de lettres, de mêmes voyelles, de mêmes consonnes, de syllabes, etc., homonymes, synonymes, contraires,
214 TEMPUTS
rimes, versifications, devinettes, charades, rébus... etc. ;
— causeries agricoles scientifiques, contradictoires autant qu'on le pouvait et accompagnées d'expériences appropriées ; projections; entretiens familiers sur l'absurdité de certaines croyances, préjugés, superstitions;
— explication et démonstration de faits naturels et d'exercices extraordinaires de dextérité et de prestidigitation trop facilement considérés comme merveilleux fantastiques par l'ignorance, rirrétlexion, la crédulité qu'entretiennent soigneusement à leur profit les saltimbanques et les charlatans.
Musique vocale et instrwnenta/r. — Tous les élèves classés en quatre divisions y participaient. — Improvisation au tableau des accords en chiffres, à l'unisson et en duo par les chanteurs et instrumentistes; — exercices de phonomimie musicale à une et deux voix; — lecture à première vue d'airs, duos, trios et morceaux d'ensemble par les groupes du chant et de rinstrumentation ; — dictées musicales; — soluiisation à une et deux voix sur le méloplaste de Galin (portée muette) ;
— intonation au moyen d'indications sur la main du professeur; — chants, airs, choMirs, etc., avec ou sans accompagnement; — tamiiours et clairons : exercices, sonneries, marches; — • petite fanfare, grande fanfare ; exercices d'ensemble au tableau des accords, pas redoublés, marches, danses, mélodies, fantaisies, airs variés, morceaux d'opéra ; piano et haimonium : morceaux à deux et à quatre mains; cécilium : airs, duos, trios et quatuors; — violon, alto et violoncelle; airs, duos, trios et quators ; — grands ensembles de chant et d'instrumcutalion par toute la maisonnt'c^ : élèves, professeurs, employée.
Gi/))inastiquf'. — Tous les éloves y prciuiioiit part. — Moiivenu'iits creusonihlo sans oiigias, avec ou sans accompagneniont de clianls ; leur giand nomlti-eel leur intt'ressanle vari('té permettant un renouvellement eontinuel ; — courses classiques avec on sans obstacles : vitesse, résistance ; — sauts avec ou sans l'Ian : en hauteur, longueur, en avant, en arrière, de cùt(' ; — natation classique : sur le ventre, sur le dos, de côt('; natation de fantaisie : la g^renouille, le chien, la turque, la j)lanche, le mort; plongeon, s('jonr sous l'eau, sauvetage de noyés; — luttes avec ou sans engins, classiques et libres : pression, traction, etc.; — boxe, canne : attaque, défense; — mouvements d'ensemble avec engins : haltères, barres à sphères, etc. ; — exercices aux agrès fixes ou mobiles : barre fixe, barres parallèles, échelles, perche, corde lisse, trapèze, anneaux, etc. — Exercices militaires, marches, assouplissements, maniement de l'arme, escrime à la baïonnette, etc. ; tir à l'arc, au revolver, à la carabine, au fusil ; pompe à incendie : manœuvres diverses.'
Jeux. — Courses individuelles et collectives à pieds libresetréunis,en avant, àreculons.decôt(', avec détours, obstacles, à cloche-pieds, à trois pieds, quatre pieds, cinq pieds, etc., à cheval; avec cordes, cerceaux, échasses de diverses grandeurs, vélocipèdes; colin maillard, reconnaissance des camarades par l'un des joueurs ayant les yeux bandés à proximité, par le tact, à distance, de la voix parlante et chantante; — mouvements libres : les barres, chat perch(', sauts de monton, pyramides humaines, etc. ; — j<'ux nautiques : concours de vitesse, d'intrépidité, de facilité, marche sur le màt horizontal,
joutes; — patinage : avec les patins à glace, à roulettes; — concours d'agilité, de force et d'adresse : ascension au mât vertical, équilibres divers, pression et traction au dynamomètre avec les mains, les pieds, les reins, puissance dn coup de poing, lancement de projectiles quelconques, du boulet, des haltères, du javelot, etc., par chacune des mains ou les deux réunies; — danses : rondes avec accompagnement de chants, pas divers, danses les plus connues, quadrille, farandoles, etc.; — jeux combinés avec chants, mouvements imitatifs, marches, rondes.
Puissent ces exj)ositions et ces fêtes se faire bientôt partout, même dans les plus humbles agglomérations et servir de lieu de rendez-vous, de réunion et de repos à toute la population qui trouvera là beaucoup plus de charme et de prolit moral que dans les temples oii Ton cultive les rêveries extra-terrestres, ou dans les cabarets, qui tuent l'esprit et le corps.
Beaucoup trouveront peut-être que la suppression des anciens moyens répressifs n est pas sufiisamment compensée par ces moyens purement humains.
L'expérience leur répond que d'excellents résultats peuvent être obtenus sans répression.
Considérant l'éducation comme un art, une véritable médecine mentale qui ne comporte pas de prescriptions faites à l'avance, les éducateurs de Ce m puis n'avaient ni peines disciplinaires fixes, ni code de punitions, commode peut-être pour les maîtres, mais absurde a l'égard des enfants. Etude constante des caractères de chacun, des circonstances physiques ou autres qui les modiiient, attention minutieuse à proliter de toute occasion pour éhjigner du mal et pour fortifier dans le bien ou
y ramener, telle est la tâche de vrais éducateurs, tâche qui n'est jamais terminée, qui a parfois ses gros chagrins, mais aussi les joies les plus vives et souvent les pUis inattendues. Ecrasante au début, elle s'adoucit de jour en jour par l'établissement des traditions et d'un milieu salutaire influent.
CHAPITHI': vil LA RÉACTION CONTRE CEMPUIS
Un otablissoment comme celui de Cempiiis ne pouvait vivre sans déchaîner les passions des adversaires de renseij^"nement vraiment laïque. A différontes reprises, en etl'et, et presque chaque année, l'éducation donnée à l'Orphelinat Prévost fut l'objet de violentes attaques; le mot d'ordre administratif était de n'en point tenir compte.
(Cependant, en 1S92, durant une campagne de la presse cléricale parisienne, le ministre de l'Instruction publique ordonna une enquête dont furent chargés : M"' Pauline Kergomard, inspectrice générale des écoles maternelles; M. Jost, inspecteur général de l'enseignement primaire, et M. Napias, inspecteur général des services administratifs, actuellement directeur de l'Assistance publique. A part quelques bienveillantes critiques sur d'insignifiants points de détail, leurs rapports furent très élogieux^.
La campagne de presse n'en persista pas moins. M. Paul Robin eut pour instruction de n'en faire aucun cas. « Que M. Robin ne s'occupe pas de ces journaux, disait son chef administratif, ça n'existe pas. »
(^ela exista bientôt. Les événements politiques de
i. Voir, passim, des extraits des rapports do M™'" Kergomard et de M. Jost. Le rapport de M. Napias a tlé fait verbalement.