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LA RK ACTION CONTRE CEMPUIS

1894 amenèrent en France un mouvement de réaction dont la presse cléricale s'empressa do pi-otiter pour prendre à parti, plus violemment encore, l'établissement de Cempuis et son directeur.

Une seconde enquête fut prescrite par le ministre de rinstruction publique. M"" Brès, inspectrice générale des écoles maternelles, M. Pissard, attaché au ministère de l'Intérieur, et M. Jacoulet, directeur de l'Ecole normale primaire supérieure de Saint-Cloud furent envoyés îi l'Orphelinat Prévost. Leur enquête révéla dans cet établissement, d'où les étrangers partaient émerveillés, <c au point de vue de la surveillance, de l'administration intérieure, de la direction morale de l'enseignement, du recrutement du personnel et des doctrines internationalistes, des faits d'une gravité telleque, sur la proposition de deux ministres, le Conseil des Ministres a jugé que le maintien de M. Robin à la tête de l'établissement n'était pas possible et a décidé sa révocation immédiate, 31 août 1894' ».

C'est à peu près tout ce que nous connaissons de cette enquête. Les rapports ont été tenus secrets; le ministre en refusa communication au Conseil Général de la Seine, qui, dans la séance du 17 octobre 1894, avait adopté à l'unanimité, sur la proposition de M. Santon, la délibération suivante :

« Le Conseil Général, « Délibère :

« Article premier. — M. le préfet de la Seine est

i. Cette révocation est illégale. Elle a été signée contrairement à kl loi sur l'enseignement primaire du 30 octobre 1886. (Art. 31, Ch. 111, Tit: H).

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invité à obtenir communication des rapports d'enquAte et de tous les autres documents qui ont amené le Gouvernement à exiger du préfet de la Seine la révocation du Directeur de Cempuis. »

« Art. 2. — M. le préfet est invité h introduire le dossier au Conseil Général lors de sa prochaine séance. «

Dans la réunion suivante, le 22 octobre 1894, le Préfet de la Seine déclara, à la tribune du Conseil Général, « que les documents de l'enquête ont été considérés par le Gouvernement comme des documents d'ordre administratif et intérieur qui ne peuvent, par conséquent, être communiqués».

La séance fut oraii;euse. MM. Faillet et Fournière, au nom de quelques-uns de leurs collègues, proposèrent à l'assemblée « de suspendre toutes les séances jusqu'à « ce que le Gouvernement se décide à lui communiquer « le dossier relatif à l'enquête sur lOrphelinat Pré- « vost ».

Une proposition de M. Bassinet fut enlin adoptée. Elle avait pour but la nomination d'une commission d'enquête publique prise au sein du Conseil Général'.

Cette troisième enquête fut faite au grand jour et d'une manière approfondie. La Commission se rendit j\ Cempuis, y interrogea longuement un grand nombre de témoins et appela devant elle tous ceux qui pouvaient lui fournir sur toutes les accusations portées contre l'Orphelinat Prévost et son ancien directeur les moindres

i . I.a Commission d'enqurto sur rOrpholiiial Prévost tHail composée de MM. Ilcrvieu, président; Laurent Cély, vice-président ; Fournière, (lervais, secrétaires; Aipy, lilacliette, Chausse, ("omet, Deville, l-am|)ué, Landrin, Lerolle, Stanislas Leven, Alfred Moreau, Praclie.

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éclaircissements. Les résultats en furent consignés dans un rapport présenté au Conseil Général par M. Laiirent- Gély, rapporteur de la Commission ^

On les discuta dans les deux séances fort animées du 28 mai et du 1"' juin 1895, et le Conseil Général vota la délibération suivante proposée [»arlaconimission d'enquête :

c( Le Conseil Général,

« Considérant que depuis 1883, date de la création d'une commission administrative, M. le Préfet de la Seine a été constamment tenu au courant de tout ce ijul s est fait à rOrjilvdinat Prrrost, à Cempuis, et par les rapports de la Commission administrative et par les rapports de ses fonctionnaires; et que, en conséquence, il ne pouvait ignorer que presque toutes les imputations dirigées contre le Directeur et contre TOrphelinat sont fausses ou complètement dénaturées par esprit de parti ;

« Vu le rapport de sa Commission d'enquête sur l'Orphelinat Prévost, à Cempuis;

i< Blâme M. le Préfet de la Seine d'avoir pris l'arrêté du 31 août 189i, portant révocation de M. Robin, directeur de l'Orphelinat Prévost. »

Ensuite le Conseil adopta une seconde proposition de la Commission, allouant à M. PaulKobinune pension annuelle.

Tandis que l'assemblée départementale poursuivait

1. Rapport présentr- par M. Laurent Cély au nom de la Commission d'enquête sur TOrpliflinat Pi'évost à Cempuis, 189a. Volume de 348 patres, à l'Hùtel de ville. — Voir aussi une note présentée par M. Prache au nom de la minoriti- de la Commission d'enquête.

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sa minutieuse enquête, un député de Paris, M. A. Lavy, interpellait le Gouvernement et, dans la séance du 10 novembre 1894, le mettait en demeure de préciser les termes de la note ministérielle qui frappait M. Paul Robin. M. le ministre de Tlnstruction publique répondit, formula un certain nombre d'aftirmations inexactes et, par cela même, obtint gain de cause à une énorme majorité.

Tels sont, résumés, les év('nements qui marquèrent « Falfaire de Cempuis ».

Nous allons examiner aussi [)rièvement que possible les imputations dirigées par le minisire contre l'ancien directeur de Cempuis ; on comprendra, par contre, que nous n'attachions aucune espèce d'importance à un nombre consid('rable d'accusations formulées par la presse réactionnaire, accusations dans lesquelles se mêlent l'odieux et la fantaisie. Il nous serait d'ailleurs facile de les réduire à néant, simplement en opposant les uns aux autres les journaux du même parti, ou encore, souveat, en comparant les affirmations d'un même journal, sur un môme fait, d'un jour à l'autre. Des reproches adressés pai* iM. le ministre de l'Instruction publique à M. Paul Robin nous ne retiendrons comme points importants que ceux qui concernent : 1" l(^ recrutement du personnel ; 2" les doctrines internationalistes.

Sur le premier point, nous accorderons à M. le ministre que le personnel de Cempuis ne fut pas toujours à la hauteur de l'œuvre entreprise. M. Paul Robin le voyait mieux (jue personne et s'en plaignit souvent à ses chefs administratifs. Sa préoccupation était d'avoir des collaborateurs dignes du ])rogramme d'éducation

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(jiril avait traer ; il le (h'sirait tant (|u"il avait formé le projet d'annexer à l'établissement une sorte d'école normale où se seraient formés tjuelqnes-nns de ses anciens élèves pour le rôle d'éducateurs.

Mais radministi'ation ne laida point; elle nadincltait pas les fonctionnaires de l'Orphelinat Prévost à verser à la retraite. Pendant quelque temps elle consentit à les assimiler à ceux du département de la Seine, mais alors les instituteurs considéraient Gempuis comme un lieu de passage leur permettant d'obtenir des situations à Paris. Elle dut donc s'occuper de trouver un auti'e mode de nomination. Cette recherche dura })lus de dix années. Et pendant tout ce temps le rôle de M. Paul Robin fut de réclamer, de harceler sans cesse une administration indilférente, afin d'obtenir un meilleur système de recrutement.

Les procès-verbaux de la (Commission administrative de l'Orphelinat Prévost sont très suggestifs à cet égard. Dans la séance du 4 août 1883, M. Paul Robin propose d'augmenter les appointements du personnel et l'administration refuse très nettement; le 0 janvier 1884, elle se déclare incapable de donner des maîtres à l'Orphelinat Prévost; le 11 décembre de la même année, M. Aristide Rey, président de la Commission, constate « que l'Orphelinat Prévost n'est plus pour les maîtres qu'un lieu de passage, un marchepied pour arriver à Paris » et que « cette situation, à quelque point de vue qu'on l'envisage, est faite pour produire la confusion et le trouble dans l'établissement )>. On croit enlin j)ouvoir aboutir le 14 février 1885; mais il n'en est rien, et cette question est de nouveau examinée dans les séances du 11 juillet 1885 et du 3 mais 1887. Après de

longs et infructueux efforts, la Commission administrative nomme une sous-commission cliargée de Tétudier sj3ccialement. Le 24 janvier 1891, cette sous-commission se rrunit; le directeur des affaires départementales de la Seine expose « que la question de l'établissemcntd'un régime définitif pourle personnel enseignant de rOrphelinat Prévost est encore à résoudre. Malgré les etlorts qui ont été tentés par la Commission et V Administration {sic), aucune des solutions à l'étude depuis plusieurs années n'a encore abouti », et après avoir longuement discuté, les membres se séparent sans avoir pris aucune décision. Le préfet de la Seine fait un léger effort au mois de mai 1891; cela n'empêche pas la question de revenir à diverses reprises, notamment le lu décembre 1891, le 12 mai 1892, le 18 novembre 1892, le 27 juillet 1893 et le 3 avril 1894.

Le problème n'est toujours pas résolu ; et c'en serait assez, il nous semble, pour montrer l'extraordinaire inditférence d'une administration qui, tout à coup, se réveilla accusatrice.

Mais ce n'est pas tout. Dans ses lettres au préfet de la Seine, M. Paul Robin revient souvent sur les difficultés de cette partie de sa tâche; nous ne pouvons les analyser ici, nous dirons seulement que, notamment le 21 janvier, le 14 févi'ier, les 24 et 27 juillet, le 19 septembre 1883, le (> avril, les 21, 27 et 28 déc(unbre 1884, le 25 janvier 1886, le 28 janvier 1891, les 9 et 25 septembre, le 6 octobre 1892, le 21 août et le 26 novembre 1893, il appelle spécialement l'attention de ses chefs ou répond à leurs observations sur le recrutement du personnel. Et nous négligeons les nombreuses lettres qu'il adressa sur ce sujet soit à

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M. Roy, soit à M. Roiisselle, présidents de la Commission administrative.

Enfin, dans presque chacun de ses rapports mensuels ou trimestriels, M. Paul Robin, par une note, insiste encore auprès du préfet.

Le 27 décembre 188:^ il s'exprime ainsi dans son rapport mensuel :

(I ... D'autre part VinstahUité d'un personnel incomplètement pénétré de la grandeur de la tâche à accomplir et n'ayant pas la foi, le courage et le dévouement nécessaires, a contribué à faire de cette année 1883 une terrible année d'épreuves. » Et il répète, le 14 mai 1885: « ... aux difficultés signalées sont venues s'ajouter celles provenant (Tun personnel de collaborateurs dont quelques-uns peu capables et peu dignes ont nécessité de noire })art une surveillance aussi étroite que pour les enfants eux-mêmes. »

Peut-on maintenant soutenir raisonnablement que l'administration a fait son devoir et nier les efforts réitérés et persévérants de M. Paul Robin? En tous cas, peut-on prétendre que ce dernier n'a pas mis l'administration au courant?

Nous connaissons l'objection : M. Paul Robin aurait désiré choisir lui-même son personnel, et l'Administration pour le démontrer s'appuiera sur une lettre que le préfet écrivait le 28 nuii 1892 à M. Paul Robin. Le ])réfet prétendait que « si l'Administration a toujoui's manifesté le désir [sir] de voir constituer des cadres réguliers du personnel enseignant, impliquant avec la nomination des maîtres la fixation des traitements, cependant elle a consenti, sur votre de/nande, a vous laisser le soin d'engager, à titre provisoire tout au moins,

les professeurs et agents nécessaires an bon fonctionnement de la maison. »

« Dans ces conditions, continue le préfet, et jusqu'à ce que la question des retraites des professeurs soit réglée, je ne crois pas devoir intervenir dans le choix des maifres pour lesquels un crédit figure au budget. »

M. Paul Robin répondit immédiatement et fit au préfet les remarques suivantes :

« ... Je n'ai jamais demandé le droit peu enviable de pourvoir moi-môme au recrutement du personnel de rOrphelinat Prévost.

<( J'ai, par dévouement à ra:^uvre qui m'a été confiée, accepté cette ■ charge, comme tant d'autres, après les essais infructueux faits par V administration poiii' me fournir un personnel acce})table et la déclaration formelle de M. le Directeur de l'Enseignement primaire delà Seine, indiquant, // // a dix ans, une situation qui ne s'est pas motliliée depuis.

« Cette charge a toujours été très lourde, tant à cause du cercle restreiut dans lequel je puis choisir, de la difficulté (F ij faire des recherches ou des [ conquêtes sérieuses, qu'à cause des engagements que j'étais autorisé à prendre, et dont la violation n'a été attribuée qu'à moi par plusieurs des intéressés déçus.

ce Mais cela m'est plus lourd que jamais en ce moment pour les causes que détaillent suffsamuwnt mes lettres précédentes.

<( Ce îi'est que sur F ordre formel contenu dans votre dernière lettre (|U(> je vais de nouveau faire mes démarcbes iiabituidles pour pourvoir aux deux emplois de maîtres vacants...

« Mais je vous demande instamment, au nom de la

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