LA REACTION CONIKF, C.EMPLIS
justice ol (le la voril(', la roclilication de rerroiir que je signale ol, j)0//r l'arcnir le pins pnxhdin possihlr^ la décharge de la partie de mes fonetions concernant le recrutement du personnel que les circonstances ne me permettent pas de remplir à ma satisfaction et à la vôtre...)!
Voilà qui est net. M. Paul Robin était donc laissé, malgré lui, contre son gré, à ses propres forces'. Que pouvait-il faire ?
« Je n'ai jamais cessé de répéter, dit-il. que la situation faite à rétablissement de Cempuis m'obligeait à recruter mon personnel dans les agences. Neuf fois sur dix, j'avais affaire à des individus exécrables ou au moins incapables. Cependant le dixième était bon ; et c'est ainsi que, peu à peu, jai constitué le personnel satisfaisant qui est, à l'heure actuelle, à Cempuis. Ce
1. De plus, un mois avant sa révocation, le 23 juillet 1894, M. P. Robin adressait à un haut personnage otîiciel de l'Instruction publique une lettre dont nous extrayons le passage suivant : (( ... Y a-t-il, dans la séance du Conseil supérieur du 19 dernier, quelque nouvelle décision favorable au recrutement du personnel enseignant de l'Orphelinat Prévost et de son admission à tous les avantages dont jouit le personnel enseignant ordinaire de Flnstruclion primaire ?
<' A défaut de la mesure générale comprenant tous les établissements plus ou moins analogues au nôtre, n'a-t-on pas pris, ne peut-on prendre pour celui-ci une décision spéciale, provisoire ou définitive, comme on l'a fait pour les Ecoles départementales d'agriculture? (.Je sais ([ue cela a été fait, j'en ai l'allirniation écrite du Directeur de Tune de ces écoles.)
« En attendant, si on doit l'attendre, la décision qui fixera l'organisation du personnel enseignant de l'Orphelinat Prévost, pouvez-vous user de votre haute influence pour obtenir de MM. les Inspecteurs d'Académie des départements dont des instituteurs seraient admis à l'Orphelinat Prévost qu'ils leur accordent des congés d'un an avec traitement (nominal, remboursable par l'Orphelinat), congés qui pourraient être renouvelés, ou à l'expiration desquels les fonctionnaires délégués ou détachés à l'Orphelinat retrouveraient une situation semblable à celle qu'ils auraient quittée?... >>
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que je viens de dire explique également le grand nt)mbre de professeurs que j'ai eus à fessai. Les chefs d'institutions libres ont ])artout les mêmes misères. » (Réponse au Tomps^ 2<j septembre i(S94.)
Il s'adressait donc aux agences; les candidats écrivaient à Cempuis, et le Directeur leur envoyait une circulaire exposant les conditions dans lesquelles ils pouvaient être admis. Ces circulaires ne leui' doraient pas la situation; elles les prévenaient, au contraire, des difficultés de l'œuvre à laquelle ils voulaient collaborer : « Les candidats doivent être bien pénétrés, dit M. Paul Robin dans lune d'elles, que les situations à l'Orphelinat Prévost n'ont rien de comparable à celles d'une école d'externes. 11 iic s'agit pas de donner une petite portion de son temps et d'être dans les intervalles dégagé de tout souci et de toute responsabilité. Les maîtres de notre établissement doivent se considérer comme formant une association d'adultes, dont chacun a autant de devoirs et pas plus de liberté que le père ou la mère de la plus nombreuse famille. Pour accepter ces situations, il faut trouver vraiment dn bonheur à vivre au milieu des enfants, et non seulement à les instruire en classe, mais surtout à s'occuper sans cesse de leur éducation, morale et physique, à table, pendant les récréations diverses, il faut prendre plaisir à jouer avec eux. C'est une œuvre à laquelle il faut se livrer avec dévouement et avec un entrain qui ne se lasse jamais. Il faut savoir se mettre avec joie à toute besogne, et au uiilieu de la variété des occupations se reposer d'un li-avail par uu autre, guider les enfants dans leui's travaux classiques, intellectuels, manuels, artistiques, champêtres, dans les services d'ordre et de
LA UÉACIION COM'Ri: CKMPLIS 229
propreté, et savoir toujours les entraîner par l'exemple'. »
Contrairement aux assertions de M. le ministre de rinstruction publique, on peut s'assurer, en lisant ces circulaires, que des références étaient demandées.
Nous devons avouer que les conditions exigées des candidats sont faites pour effrayer le commun des éducateurs. Les apôtres sont rares, et il eût fallu aux instituteurs, aux maîtres ouvriers et au personnel secondaire, comme dit l'administration, la conviction que l'œuvre était belle et qu'elle valait qu'on s'y dévouât. Dans de telles conditions, M. Paul Robin fat très sage en n'engageant son personnel qu'à /'essai. Et voilà justement ce qui explique le nombi-e assez élevé de personnes qui sont passées par Gempuis.
Cependant, il ne faut pas exagérer ce nombre et dire, non plus, que tous les fonctionnaires qui vinrent à l'Orphelinat Prévost furent mauvais ; plusieurs quittèrent l'établissement après un séjour de plusieurs années, d'excellents services rendus, en laissant un bon souvenir et des regrets parmi leurs collègues et parmi leurs t^lèves-.
Il faut croire, de plus, que M. Paul Robin n'a pas toujours eu la main malheureuse, puisqu'on a conservé à Cempuis, après son dt'part, un certain nombre de fonctionnaires qu'il y avait appelés.
Enfin nous pouvons maintenant juger de ce que sait
1. Voir, aux Annexes, page 280, une circulaire complète, type qui fut envoyé aux canditats en avril I8^;j.
2. Au nombre de ces excellents coUaborateui's de M. Paul Robin, figurent M. Gabriel >fissen, actuellement professeur à l'Université nouvelle de lîruxelles, M. Elie Ruben, ebef d'institution à Paris; M. V. Leleu ; M. Hayaux, instituteur dans la Haute-Saône ; M. Capron, instituteur dans l'Oise ; M. et M""' Caron, instituteurs dans l'Oise ; M. F. Compère, M"'^ Z. Tètevuide ; etc.
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faire l'administration ; depuis le départ de M. Paul Robin, Gempiiis n'a pas eu moins de quali-e directeurs; les changements du personnel y sont foit communs et cependant, point très important, les instituteurs ont été, tout d'un coup et comme par enchantement, assimilés aux instituteurs publics.
Voilà donc qui est bien ('tabli. En ce qui concerne le recrutement du personnel, il eût été difficile de mieux faire que Fancien directeur de Cempuis; aux besognes écrasantes qu'il avait d'autre part, l'adminisl ration ajouta une responsabilité qu'elle ne voulait pas assumer.
Sur le second point, l'internationalisme, M. leministre de l'Instruction publique n'a pas été mieux renseigné que sur le premier. Il est évident que sur cette question on peut approuver ou désapprouver M. Paul Robin, selon les convictions qu'on s'est faites. M. le ministre lui donne tort; à notre humble avis, M. Paul Robin a raison et, pour laisser au public le soin de trancher la question, nous citerons un article qui parut en juin 1894, dans rEdficatioii inlégrale^ et qui donne une idée de ce qu'on entendait à Cempuis par éducation patriotique' :
« Les métaphysiciens ont beau protester, ils n'arriveront pas à changer la hiérarchie naturelle de nos amours.
« En fait, ce que nous aimons avant toute chose, c'est nous-mème. Cet égoïsme absolu que nous déguisons toujours, parfois même oublions à un certain âge et avec une certaine culture cérébrah", biille de tout
I. Cet article est intitulé : '^off, Amouvi.. \()ir rÉdiicatioii Intc- (//'rt/f, juillet-août 189'f, et le Vrai patriotisiiic , ÉiluL-aiiun Jiitcijrale, mars-avril 1893.
LA RÉACTION CONTKE CEMPLIS 231
son éclat chez ICnfant le mieux doué et otlVant les plus belles espérances et chez l'affamé.
c( Vient ensuite et très vite l'amour du groupe familial ; il est généralement intense; puis ctdni du groupe de nos amis et connaissances.
« Cela est, a été et sera de tout temps.
« Faisons une grande enjambée. L'humain personnellement heureux, au cerveau bien équilibré, aux facultés puissantes, a les meilleurs sentiments pour tout ce que peuvent atteindre ses sens, sa pensée, son imagination. Non seulement il ne haïra pas a priori un de ses semblables, mais il sera toujours prêt à l'assister. Loin de faire du mal aux petites béies, il disposera une paille pour aider à sortir de l'eau une abeille en danger. Grand ami des fleurs, il se permettra peut-être d'en cueillir une pour l'admirer de i)lus près; mais il en laissera l'élégante masse contiuuer à charmer d'autres yeux que les siens : il n'en moissonnera pas inutilement un gros bouquet destiné à devenir rapidement /lu fumier. Il aura pour tout produit industriel ou artistique, livre, monument, tableau, statue, outil, machine, les plus délicates précautions, évitant tout dommage, mais ayant toujours en vue en toute chose le maximum d'utilité, de plaisir.
« Son cœur s'élèvera jusqu'aux étoiles qui le bercent des splendeurs de l'intini, jusqu'aux habitants probables des autres mondes mystérieux qu'elles éclairent, êtres qui, sans doute comme nous, luttent et souffrent.
« Entre ce sommet d'amour et les premiers échelons, il y en a une foule d'autres, plus ou moins nombreux, plus ou moins espacés. Nous aimons la cité où nous avons nos habitudes, où sont, outre nos connaissances
plus intimes, des gens dont nous sommes accoutumés à voir les ligures et que nous pourrons avoir à mieux connaître. Nous aimons la province où Ton a les nirincs usages, les mômes vêtements que nous, la contrée où Ton parle notre langue, ou des dialectes qui ne diffèrent pas trop du nôtre.
(i Nousaimons raggloméralioii politique où le hasard nous a fait naître, et où tous ceux qui Thabitent jouissent des mêmes avantages que nous et, ajoutons-le à regret, soutirent des mômes maux. Vient ensuite la sympathie plus grande, parfois même injuste, pour ceux de notre race, de notre couleur. Elle se sent surtout lorsqu'on est loin du pays natal et qu'elle se divise entre un moindre nombre d'êtres. Si tendres que nous soyons pour l'animal, nous lui préférons naturellement notre semblable, quelles que soient sa race, sa couleur, et n'hésitons pas à sacrifier le premier au second.
(( Des illumin('s, sinon des charlatans, peut-être un mélange des deux, se cramponnent à l'un de ces échelons et n'en veulent connaître aucun autre. En parnissant élargir le mot de patrie (pays du père), en l'étendant au groupe politique, ils en ont rétréci l'idée à la taille de leur cei'veau. Nous devons aimei' tous les Français, même les moins aimables, même eux! (ils ne nous aiment guère pourtant, contrairement à leur théorie) : soit! mais, en outre, nous devons haïr à mort le plus honnête des Allemands! Dans mon enfance, c'était ;iux Anglais que devait s'adresser ma haine, à ces bourreaux du (irand Napoh'on ! Plus lard, ordre oflici(d d'ainu'r les Anglais : « ibniri'ah pour la France et pour l'Angleterre », et luiïr... les Husses; on nous appi-cnail au collège une hèle de cluiiison qui finissait :