I. Le Temps, 20 sr|ileiiilii(' lîSlM
LA HÉACTIO.N CO.NTIU-: CliMPLlS 237
« Le choix (les morceaux de miisi([ii(^ et des jiiiroles
est fait rigoui-eusement. Il faut faire à Técole de l'art
véritable, pour combattre les déplorables oigies soi-di-
siiît artistiques de la rue, du caft'-concert, du cabaret.
L( s paroles des chants de Cempuis expriment toujours
des sentiments élevés et des pensi'es humanitaires; on
chaule la uatiire, l'art, la science, la liberté, la fraternité
des peuples. Voici un incident caractéristique : par ces
temps d'alliance franco-russe, il fallait s'attendre à voir
le public réclamer l'hymne russe; le cas était prévu et
la réponse prête. « Nous combattons sans cesse tout
chauvinisme et tout despotisme, dit M. Robin. Tous
les humains de tous les pays nous sont sympathiques.
Nous chanterons l'hymne russe, dont la musique est
très belle, mais avec les paroles humanitaires que nous
y avons adaptées. » Et les élèves de chanter V Espoir
humain sur la musique de l'hymne russe :
Oli! qu'en des temps procliains, * Règne sur terre
Un sort prospère
Pour les liumains !
0 travailleur, renais! Sois ton seul sauveur! Impose la paix qui mène au honiieur!
Sans doute, il est vi'ai que les enfants de Gempuis chantaient souvent la Marsei/laise de la paix K Mais cela ne les empêchait pas d'entonner quelquefois, et très bien, mieux qu'on le fait en général dans les autres écoles primai l'es, la Marseillaise .. de la guerre.
1 AnnexesYII, p. 284, nous donnons plusieurs des chanls de ÏOrphel inat Prévost.
238 CEMPIIS
Sur celte question dailleui-s, le rapport de M. Laurent Gély est fort complet et r<'fute l)ien nettement les assertions de M. le ministre.
Tels sont les deux griefs principaux sur lesquels le Gouvernement s'est appuyé pour destituer le Directeur de Cempuis. On nous accordera qu'il n'en reste pas grand'chose.
Il y a aussi, dans le réquisitoire de M. le ministre, des affirmations que nous pourrions dédaigner et que nous passerions sous silence si, fort habilement sans doute, mais d'une façon vraiment indigne, le représentant du Gouvernement ne les avait rapportées inexactement pour enlever le vote de la Chambre. Il s'agit des faits M,.., (iu..., A..., etc.
Le fait M... surtout a paru impressionner vivement la Chambre; il esl ce|)endant, et de tous points, inexact, en ce qui concerne le rcMe de M. Robin.
(( Un nomuK' M... ', dit le ministre, introduit par M. Robin dans l'Orphelinat de Cempuis, se livre... » Gela est faux. M. M..., chaudement recommandé, fut nommé élève-maitre à F Orphelinat Prévost par M. le préfet (le la Seine; ce n'est donc pas M. Robin qui l'y a introduit.
La faute de M. M... commise, « M. Robin, dit encore le ministre, arrache M... à la justice, il cache son crime, il le renvoie. Il ne le dénonce pas au parquet... ». Erreur! M. Paul Robin n'avait j)as à dénoncer M. M... au parquet, il avait à prévenir son chef, M. le préfet de la Seine; et c'est ce qu'il fit par une lettre en date
\. Il s'agit d'un jeune liomme, d'un enfant de seize ans, qui commit un acte de <f coupalde curiosité», ainsi que le dit M. Robin dans sa (It'qiosition devant la commission d'enquête.
LA RÉACTION CONTRK r.EMPUlS 239
du 15 juin 1883, joui- du rouvoi de M. M... Le préfet de la Seine, lui, ne pr.-vint pas le parquel.
« Mais, continue le ministre, il fait quelque chose que je ne qualifie pas... il lui délivre un certificat de bonne vie et mœurs. » Nous ne qualifierons pas le ministre, nous non plus, mais ce qu'il dit est erroné. M. Paul Robin ne donna pas un certificat de bonne vie et mœurs à M. M... Il délivra, à cet enfant, un certificat qui lui permettait de se relever; qui lui fermait hi carrière de l'enseignement, mais qui ne faisait point peser sur toute sa vie l'aberration d'un moment.
Voici ce certificat : (( Le directeur de l'Orphelinat Prévost n"a pas trouvé chez M. F. M. les qualités spéciales exigées pour l'enseignement. Toutefois il est persuadé que, par sa bonne conduite et son intelligence, M. M... pourra occuper avantageusement un autre poste dans l'industrie, le commerce ou une admistration.
« Il est rest(' comme élève-maître à l'orphelinat de Cempui^ depuis le 1" février 1882 jusqu'à ce jour (16 juin 1883). »
Et le ministre, après avoir lu cette pièce à la tribune, ose prétendre que « M. Robin facilitait ainsi à M... son entrée dans une honorable famille, dans une autre école... lui permettant ainsi de renouveler son crime ».
Le représentant du Gouvernement expose ensuite que M. M... fut dénoncé au parquet, et il trouve moyen, sur ce point de détail, de dire encore le contraire de la vérité : « M... fut dénoncé plus tard,, par qui? Je l'ignore, et M. Robin ne le sait pas exactement luimême. » Il est possible que le ministre soit ignorant de ce détail, puisqu'il s'est montré si mal renseigné
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poLii' dos questions plus importantes, mais M. Paul Robin sait parfaitement, et il le fit savoir en temps opportun h ses chets, que le dénonciateur n'est autre qu'un nommé 0... ', qui pensait faire ainsi du tort à l'Orphelinat Prévost et à son directeur.
La loi fut très dui'ement ap])liquée à M. jM... malgré l'intervention de ladministration, intervention prouvée par un document ([ue nous donnons aux Annexes^ et qui montre que le préfet avait été informé par M. F*aul Robin.
Comment, maintenant, pourrons-nous exprimer notre indignation de voir un ministre de la République ne pas craindre de rappeler à un jeune père de famille, qui s'est réhabilité, une faute passée, expiée durement. Nous laissons aux honnêtes gens le soin de qualifier la conduite de ce politicien qui ne sut pas «éviter à jVI... la suprême insulte de la publicité officielle donnée à son nom et à sa condamnation ».
Les événements d'ailleurs ont donné raison à M. Paul Robin, et M. Georges Leygues ne pourra que regretter l'indignité qu'il a commise quand il liia,s'il ne l'a déjà lue, la lettre de M. le maire de Sl-J... (Oise) donnant à M. A. Lavy des renseignements sur M. M...-'.
Est-il nécessaire d'insister sur le fait A...? M. le ministre voulut amuser la Chambi'e, et avec une étrange légèreté il ne craignit pas de la divertir aux dépens d'un de ses subordonnés, tout en faisant semblant de lire un document qi/i /l'ci/s/r pas. M. A... aurait
t. Cliaudoiiicnt recommandé (Faillcurs par un Inspecteur géni rai de rinstruction publique.
"2. Annexes, XI, p. 3i9.
.'i. .\nnexes, XI, p. :{a().
LA RÉ\r.llO.\ CO.MliE CEMPIIS 241
écrit à M. Paul Robin les invraisenihlables lignes suivantes : <( J'ai une réputation détestable; on ne veut de moi nulle part; mon inspecteur d'académie et mon inspecteur primaire m'ont déclaré qu'ils ne voulaient pas de moi; mes collègues m'ont dit que, si je mettais le pied dans une école, ils en sortiraient. » Et, suivant le ministre, M. Paul Robin aurait immédiatement répondu : « Venez à Cempuis. » Tout cela est faux; et il s'est trouvé une Chambre pour ajouter foi à de pareilles énormités. 11 est vrai que depuis...
M. A... était instituteur public à Saint-Gaudens au moment oii le ministre le calomniait ainsi ! Un ministre calomniant un de ses subordonnés I tel fut le spectacle olTert ce jour-là à la Chambre. Cette histoire révèle les moyens désespérés employés par le Gouvernement pour trouver des arguments contre M. Paul Robin. Elle est une preuve entre mille que le ministre de l'Instruction publique trouvait politique à cette époque de discréditer l'enseignement laïque.
Notons que ^1. A est toujours instituteur public
et que si réellement il avait écrit les lignes qui lui sont attribuées, il serait révoqué depuis longtemps.
En ce qui concerne M. G... le ministre ne dénatura pas les faits avec moins de désinvolture. Qualifié d'anarchiste M. G... répondit par une lettre typique que nous donnons aux annexes'.
L'attitude de M. Paul Robin fut toujours d'une correction parfaite ; sur tous les faits qui se produisaient dans son établissement, il donnait exactement et rapidement des informations à ses chefs administratifs.