Annexes, VIII, p
242 CEAIPUIS
On nous permettra de ne pas pousser plus loin l'analyse du réquisitoire ministériel. Pour les faits dont nous n'avons point parlé, on peut se reporter soit au rapport très complet de M. Laurent Cély, qui les réduit à néant soit aux dépositions de MM. Paul Robin, lîousselle, Delon, Guilhot, que nous donnons aux annexes.
11 ne nous reste plus à examiner que cette» accusation, portée par la plus grande partie de la presse, que M. Robin propageait dans son établissement les doctrines malthusiennes. Notons d'abord que le ministre n'osa pas se servir de cet argument à la tribune de la Chambre. A cet inepte reproche M. Robin a dignement répondu dans If Tonps du 20 septembre 1804 : « Malthusien ! Quatre-vingt-dix-neuf personnes sur cent ne savent pas ce que cela veut dire au juste; mais c'est une injure, croit-on, avec laquelle on écrase tout. La question de la population est un chapitre fort important de l'économie politique; je l'ai étudiée; dans Garnier et ailleurs et la connais fort passablement, tandis qu'elle est universellement ignorée, méconnue et tranchée par des lazzis ou des malédictions. Il est fort possible que j'emploie un jour une partie de mes loisii's à éclairer à ce sujet l'ignorance publique.
« Mais aussi bien la théorie générale de la population que les solutions pratiques fort scabreuses qui s'en déduisent, tout cela est absolument hors de la portée des enfants. A ceux qui m'ont été confiés ofticiellement comme à tous ceux à qui j'ai eu alTaire, je n'ai jamais parlé que de ce qui convient à leur âge, toujours dignement, sobrement, sur de n'avoir jamais risqué de jeter le moindre trouble dans leur cerveau ou leurs sens.
LA KÉACrlO^ CONTRE CEMl'UIS 243
(( Je n'ai pas à m'appesantir davantage sur ce point. Mes opinions personnelles en toute chose sont le résultat d'études sérieuses et constantes, et je suis de force à les défendre auprès des gens sérieux. Le seul point qui importe en ce débat est que je n'ai jamais dit ni envoyé dire à mes élèves un mot touchant les théories dites malthusiennes, ni même fait devant eux la moindre allusion à ce sujet.
« Je me trompe, j'ai écrit un jour (juillet, août 1888) dans le Bk lift in de f Orphelinat Prévost, un article que les connaisseurs ont trouvé franchement malthusien : Bonté envers /es animau.r. 11 est à la disposition des personnes qui veulent en constater Fini moralité. Disons, en attendant, qu'il obtint de la Société protectrice des animaux nne mention honorable non sollicitée.
(( Voilà ma simple réponse sur des questions personnelles. Je ne crois pas que je continue cette guerre à coups d'épingles qui ne convient pas à mon tempérament. Que me font tous ce.-^ commérages? Que la masse aveuglée par eux pense de moi ce qu'elle voudra, que m'importe? Je tiens à l'estime de quelques douzaines d'hommes qui ont la mienne; je sais que je n'ai que grandi dans la leur. Ma condamnation prononcée par un million d'attardés ne pèse rien pour moi auprès de l'approbation de quelques penseurs philosophes... »
En somme, nous ])ensons l'avoir suffisammeni démontré, il ne reste rien des accusations oflicielles ou officieuses formulées contre l'ancien directeur de - Gempuis.
A ceux qui s'étonneront dr la quantité de faits qui ont pu donné naissance aux imputations dirigées contre
24i CEMin is .
M. Paul liobiii par ses cnueiiiis, nous répondrons qu'on ne reste pas quatorze années à la tête d'un établissement de deux cents enfants, établissement unique en son geni'e, nécessitant la collaboration d'une cinquantaine d'adultes sans avoir de nombreuses difTicullés à surmonter. Persévérer, poursuivre le but malj^ré ces entraves, est justement ce qu'il y a de beau dans une ouivre semblable. Qu'on veuille l)ien se reporter à l'énumération des travaux accomplis et des rt-snltats obtenus à Cempuis^ ! On oubliera bien vite alors tous ces incidents dont la passi(ui a exag'ér(' l'importance et on se convaincra que seule l'impitoyable politique a frappé un homme dont le long et pénible dévouement aurait dû être autrement récompensé.
Les gouvernements laissent dire ou écrire à peu près tout ce qu'on veut, mais ils empêchent d'agir.
Gempuis fut un acte, tob'ré d'abord par le Gouvernement, mais continué ensuite malgré lui. Il devenait une insiilution gênante dont la propagande portait ombi'age à la réaction. Cette dernière trouva, pour satisfaire ses rancunes, un jeune et ambitieux ministre qui lui obéit à la hâte et qui, ensuite, justifia comme il ]uit son ('tourderie'^.
Quoi qu'il en soit, les adversaires de Gempuis auraient du se montrer plus cohérents dans leurs attaques. Geux-là mêmes ([ui ont destitué M. Paul Robin sont obligés de rendre hommage à son (cuvre ; le ministre