Annexes, IX, p
2. « Le ministre a pris nne décision |irom[)te, plus prompte i|ue je ne l'attendais. » Déposition de M. Ponbclîe, préfet delà Seine, devant la commission d'enquête du Conseil général, p. 257. Rapport Lacrent-Ckly.
LA RÉAi.I'ION CONTIÎF, CEMPl IS 245
n'a pas assez d'éloges pour les élèves de Ceinpiiis ; Fœuvre est belle, le fondateur est exécrable '. Étrange aberration! « Nous donnerons désormais à l'établissement, dit le minisire, avec un dii-ecleur fernu' pai'lisan de l'enseignement laïque, des professeurs choisis parmi les meilleurs sujets de l'enseignement primaire officiel. » Faisons observer d'abord qu'il n'y a jamais eu d'enseignement véritablement laïque qu'à Cempuis, et ensuite que M. Paul Robin, ainsi que nous l'avons expliqué et démontré plus haut à l'aide de documents, réclama plus de dix ans sans pouvoir obtenir ce que le ministre accorde si |)restement à son successeur.
Nous doutons d'ailleurs que l'administration trouve facilement des pédagogues de l'envergure de MM. Paul Robin, (Charles Delon et Paul Guilhot. Sans doute ces hommes déplaisaient à leurs chefs administi'atifs ; leur fière indépendance, leur rude franchise, la simplicité de leur tenue contrastaient singulièrement avec le voulu, le conventionnel des habitudes officilles, mais ils avaient des idées neuves, originales, qu'ils savaient appliquer. C'était des savants, des apôtres, des philosophes, comme l'enseignement officiel n'en produit guère. Il fallait voir ces hommes à l'œuvre, occupés tout le jour, tour à tour ouvriers et professeurs, amis et pères de leurs élèves, allant sans trêve, de l'atelier à la classe, du laboratoire à la salle des fêtes, se multipliant, sans cesse à leurs enfants, vivant au milieu d'eux, pensant pour eux, agissant pour leur bonheur.
1. Ce n'était pas l'avis de M. Ferdinand Buisson lorsqu'il disait dans la séance de la Commission administrative du 10 avril 1884 : , « M. Robin a rendu l'œuvre viable et l'a faite en quelque sorte sienne ; il a créé et appliqué les programmes de l'école, et lui a donné sinon la vie, au moins le mouvement. Je ne vois pas à quel autre directeur elle pourrait être utilement et pratiquement confiée. »
A riiii (les plus eminents joiinialisies parisiens qui lui posait cette question : « Sans punitions, vous vous faites écouler? par quel miracle? » M Paul Robin répondit : « Simplement en les rendant heureux. »
Ce fut là tout leur secret: rendre heureuse l'enfance et de toutes les manières, dans la santé, dans l'esprit et dans le cœur.
Pour parfaire Cempuis, [xjui* y crt'cr véritablement la maison communautaire et liberlaii'e, poiii' se rai)j)r()cher en tous points de l'idéal, il n'a manqué à M. F*aul Robin que l'aille de l'administration ou plutôt sa neutralité et des collaborateurs.
Mais l'administration avait bien autre chose à faire : elle avait à entraver les novateurs, à soutenir une sourde opposition, à paperassser, à faire perdre un temps précieux à des hommes di'passant à tous points de vue et de cent coudées ceux auxquels ils devaient rendre compte de leurs actes.
L'administration! Mais c'est elle qui a fait tomber Cempuis ; c'est elle qui a hypocritement fourni aux cb'ricaux les armes pour le frapper. Après avoir révoqué l'initiateur, elle a feint de conserver l'œuvre. Mais, incapable de la comprendre, elle l'est bien plus encore de la faire vivre.
En 1895, M. le préfet de la Seine présenta à la Commission administrative de l'Orpheliiuit Prévost un Projet de règlement. L'infatigable M. Faillet l'analysa et, dans un remai'([uable examen^ coml)attit les tendimces nouvelles de l'administration'.
Ce dernier elfort pour conserver Cempuis fut vain,