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leur servent nccessairomenl d'introduction, empruntent également en tous sens, sans lacune, sans espace noir, sur le terrain des choses intelligibles. Et maintenant imaginez que ce petit espace s'agrandisse, s'élargissant régulièrement de toutes parts, que ce cercle aille se dilatant progressivement, semblable aux belles ondes circulaires que Ton voit s'étaler à la surface des eaux tranquilles : cette image expressive et si fidèlement correspondante au concept d'instruction intégrale n'est pas autre que la traduction du mot si heureusement trouvé par nos précurseurs et initiateurs du siècle dernier: enci/clopHlif, instruction en cercle...
Le programme correspondant à cette idée peut se résumer en un mot : (h tout. De toute science et de tout art, non pas de vagues lueurs, mais de solides notions, précises, quelque élémentaire qu'elles soient.
Inscrivons donc en première ligne logique les ('léments des sciences d'observation, mécanique, physique et chimie usuelles; cosmographie et géographie, avec les principes géologi(|ues indispensables; minéralogie, botanique, zoologie, physiologie humaine et son application, l'hygiène. Parallèlement, les connaissances d'ordre mathématique, arithmétique et algèbre élémentaires, l'une avec l'autre, l'une par l'antre; géométrie avec ses applications. Simullanénient, le côlé de l'instruction dit littéraire, et tout d'abord les études qui sont des moyens d'acquisition, des instruments du savoir plutôt que des sciences : le langage, langue maternelle, et autant qu'il se peut langues étrangères, avec la lecture, l'écriture ordinaire et l'écriture sténographique; la grammaire, appliquée aux exercices de style et de rédaction, enfin la connaissance de la litté-
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rature gc'néralo cl do la littérature nationale, en ce qu'elle a d'accessible aux jeunes intelligences, sous les formes diverses de la prose et de la poésie. — La seule branche du savoir humain sur laquelle il y ait lieu de faire des réserves, c'est l'histoire. Ce qu'on entend généralement par ce mot est une science d'hommes faits, d'intelligences mûres, et ne convient pas aux enfants. Entendue dans un autre sens, présentée à un autre point de vue, elle leur est, au contraire accessible. L'histoire donc : l'histoire des grands faits humains et sociaux, du travail, des arts, des idées, de la vie intime, bien {)lutôt que l'histoire politique; l'histoire des peuples plutôt que celle des rois, l'histoire de l'évolution de l'humanité, plutôt que celle des dynasties et des batailles.
Maintenant, envisageons l'aulre face des choses intellectuelles, le côté de l'art, des arts plastiques, qui correspondent aux sciences objectives de la forme, des arts de l'expression, en rapport avec les sciences subjectives de la penser et du langage. Cette éducation esthétique, trop longtemps méconnue, prise par le petit côté, n'a pas une moindre importance au ])()int de vue du développement intégral et de l'harmonie intérieure que l'instruction scientifique elle-même, elle doit commencer simultanément et se poursuivre parallèlement. A tous les titres le dessin réclame une large place dans le programme synthétique, et comme art proprement dit, (îomme trnduclion de l'idf'C, élément d'activité intellectuelle et de bonheur, et aussi comme instrument de travail, au point de vue utilitaire : le dessin sous toutes ses formes et dans ses genres divers, dessin g('ométrique et dessin d'imitation, peinture;
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joi^;nons-y le modelage, comme élude de la forme complète, théoriquement antérieurement au dessin luimême et susceptible de non moins nombreuses applications.
Enlin, dans l'ordre esthétique, sans ouldier la diction et les formes artistiques qui s'y rattachent, mettons au premier rang des (déments d'éducation la musique, l'art idéal, désintéressé, langue du sentiment pur, la musique « pacificatrice des âmes », dont les penseurs comprendront l'induence calmante et heureuse, la portée, aussi, en tant que lien social. L'enseignement de la musique vocale et instrumentale, grâce à la simplification d'une méthode nouvelle, }teut désoi'mais commencer de ti'ès bonne heure, et amener, non pas seulement les organisations spécialement d(Hit''es, mais les masses à un degrc^ de perfection cjui permet à cet art de développer ses moyenset d'exercer son iidluence. Élément essentiel de l'éducation intégi'aie. l'apprentissage manuel vient faire équilibre à rinstruction intellectuelle, avec laquelle il est dans un rapport constant d'échange et de réciprocité. Le ti-avail manuel, lui aussi, peut être considéri' à deux points de vue dill'érents : comme exercice destiné à j)erl'ectionner l'outillage des sens et à développer l'adresse de la main : c'est le côté de r(''ducalion organi(|ue; et comme étude des moyens cl [irocédés du travail : c'est le cùt(' de l'enseignement technique.
Dans toute la première jx'riode, c'est le côté é'dncalijqui doit l'emportei . Il s'agit surloni, alors, de l'aire coopt-rer le travail comme moyen au développeiueiil ])liysi([iie, int(dlectuel et moral de l'être : toute autre consid(M'alion est secondaire. Or, pour (jue cette condi-
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tion soil romplic. il est indispensable que les exercices manuels conservent le caractère universel, syntliéti([ue, intégral, comme l'instruction elle-même. Débutant en même temps quelle, par de petits travaux enfantins que l'art des éducateurs modernes a su approprier à la délicatesse de l'âge en y associant des éléments artistiques, ils doivent suivre une progression parallèle à celle des études, se donnant pour but l'acquisition précieuse d'une habileté générale, applicable à toute chose. En même temps par l'alternance des travaux, le jeune élève se mettra en possession de connaissances techniques diversifiées, du maniemeiil des outils d'emploi général, de l'expérience des divers matériaux.
C'est alors que, pourvu de cette adresse manufdle universelle, et d'autre part mis en situation de choisir avec connaissance de cause le genre d'occupation auquel ses goûts et ses aptitudes le prédisposent, l'adolescent pourra commencer, s'il y a lieu, l'apprentissage spécialisé d'un métier déterminé: le tour sera venu de l'enseignement professionnel, lequel sera d'autant moins long et moins difficile, préparé de la sorte. Mais alors même l'éducation techni([ue devra être largement comprise et conserver autant que possible l'esprit de généralité, la tendance intégrale, se préserver de cette spécialisation excessive, étroite, morcelée à l'infini, machinale, désorganisatrice, dont nous avons déploré les fatales conséquences.
Reste l'éducation morale. Or, quoique son importance soit suprême, nous n'avons pas lieu de détailler longuement le programme. C'est que la moralité, de même, que la raison, est une résultante ; elle tient
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à ronsemble. La part de renseignement est ici peu de chose. Que l'enfant s'assimile, dans la mesure de son développement intellectuel, la notion de l'équilibre et du développement individuels, de la juslice et de la réciprocité sociales ; mais l'éducation morale est surtout OMivre d intluence, la consécjuence d Une existence normale dans un milieu normal. Le régime physiologique en est un des éléments principaux ; puis, dans un autre ordre de laits, la direction générale donnée aux pensées par l'ensemble de l'enseignement. Tout d'abord l'exclusion des idées fausses, démoralisatrices, des préjugés mensongers, des impressions effrayantes, enfin défont ce qui ])eut jeter l'imagination hors du vrai, dans le trouble et le désordre ; absence de suggestions malsaines, d'excitation à la vanité, suppression des occasions de rivalité et de jalousie; la vue confiuucdle de choses calmes et ordonni'es, nidurtdles; la vie simple, occupée, variée, animée, entre les travaux et les jeux, l'usage gradué d'une part de liberté et de responsabilité, l'exemple des éducateurs, — et ])ar-dessus tout le bonheur. C'est ici qu'il faut placer, à titre d'élément de ce milieu moralisateur, la coéducation des deux sexes dans une fréquentation constante, fraternelle, familiale, des enfants, garçons et fillettes, qui donne à l'ensemble des mœurs une sénhiité particulière et, loin de constituer un danger, devient, dans les sages conditions où elle doit être établie, une garantie de préservation.
C'est seulement par un puissant concours de moyens, concertés aussi bien en vue de la joie pn'senfe de l'enfant que des destinées futures de l'homme, qu'on peut lutter contre des hérédités déplorables et l"iulhienc(^
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duii milieu extérieur corrompu; reconslituer, pour ainsi dire, la génération à sa source, former une majorité d'être sains, bien organisés, intelligents, neufs pour la vie nouvelle, capables de bonheur et dignes d'entreprendre de grandes choses.
Cette éducation intégrale, dont nous venons d'esquisser le plan, déduction logique des principes de la science, elle n'est point restée à l'état d'ingénieuse utopie ni de pure spéculation philosophique. Il s'est rencontr»' de fermes esprits, des hommes convaincus, audacieux, })Our traduire la théorie en pratique et la fnire passer dans le domaine des faits.
Des tentatives ont ét(' faites; l'une du moins a pu ètit' conduite jusqu'au terme, sur le champ d'expérience désormais liistorique de Cempuis. Là depuis douze années, malgré les difficultés des débuts et les oppositions suscitées, l'enseignement intégral, la coordination de l'instruction et du travail manuel, la coéducation des deux sexes ont produit des fruits que tous ont pu constater, des succès qui autorisent les plus hautes espérances. Dans des conditions encore meilleures, tirant parti de ce qu'ont pu apprendre ces laborieux essais, on est en droit de pri'voir des résultats plus parfaits.
Nous convions donc tous les liommes que préoccupe le grand problème de la régénération sociale par l'éducation et que des convictions semblables aux nôtres associent à nos vœux et à nos espérances, à quelque pays, à quelque langue qu'ils a])partienneut, à se
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cojicei'lei" pour une action commune de propagande des principes, de discussion et d'expérimenlation des procédés et moyens d'organisation. Ce n'est pas à nous de dc'terminer sous quelle forme, exactement, cette action concertée peut se produire. Tout est à faire: l'u'uvre est vaste, il y place à toutes les collaborations : les moyens peuvent être divers, pourvu qu'un lien commun centralise en certaine façon les idées et les énergies et les empèclie de se perdre dans la masse passive dont l'inertie absorbe presque toujours sans profit les efforts individuels.