‹ CempiusChapitre 57 sur 66 · I. Voici cette lettre, adressée à M. Lavy · texte numérisé non relu

I. Voici cette lettre, adressée à M. Lavy

Hensaif/ncnients xui- M. M... adresac-i à M. A. Lavij, députe (!<■ l'avis, par M. le Maire de Saint-,1...

MONSIEI'I! LE DKITTK,

Il est très facile de ré[)()ndre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adiesser, concernant F. M..., dont le nom, mal-

Est-il diji^ne, comme le demande le maire, de la pari du ministre, d'avoir renouvelé le châtiment d'une faute déjà très expiée?

Ajoutons que le certificat utilisé par M. Leygues est un document indûment retenu par les magistrats de Beauvais, réellement soustrait à M..., dont il est la propriété.

Vient ensuite la grande affaire, la question du service militaire, du patriotisme.

On m'a accusé d'être antipatriote. Dans les chants

heureusement [loui lui, a été prononcé à la Cliambre et, comme conséquence, a figuré dans toute la presse.

C'est, convenons-en. Monsieur le député, une aggravation à la peine que M. M... a purgée il y a dix ans (il avait alors quinze ans environ).

Tous les renseignements qui vous ont été donnés sur son compte sont absolument exacts.

Ce jeune homme alors, dès sa peine terminée, se mettait résolument à travailler avec son pauvre père au dur métier de charpentier, jusqu'aujour où il fut appelé sous les drapeaux.

Or, depuis sa faute jusqu'à son entrée au régiment, sa conduite a toujours été absolument correcte. Moralité, travail, sobriété, économie, telles sont les qualités qu'on lui connaissait.

Il a accompli son service militaire à Versailles, dans le génie, section des chemins de fer. Là il obtint le grade de caporal; il ne pouvait, je crois, étant donné l'avancement ordinaire, aller plus loin.

Rentré dans ses foyers, sa conduite fut la même qu'avant le service militaire. Il s'est marié en 1892 à Méru et habite toujours chez son père. Il travaille depuis son mariage à la fabrique de ti\Tvaux céramiques de M. Colozier. Son travail et sa conduite sont toujours irréprochables.

Il y a huit jours, toute la commune était unanime à plaindre M. M..., dont le nom figurait dans la presse au sujet de l'affaire de Cempuis. De plus, M. M... appartient à une très vieille famille de travailleurs très estimée dans la contrée.

Le Maire de Saint-J....

Signé : A. Mosnier.

3b2 CEMPUIS

qui ont ('té remis aux enquêteurs, distribués partout et dont je pense que vous avez une collection complète, la nolion de la patrie joue son rùle comme toutes les autres sources d'inspiration qui peuvent donner lieu à des chants. Le ministre a prétendu que ces chants que nous imprimions pour les autres nous ne les chantions pas.

Erreur étrange si elle n'est pas voulue : les chants de ces petits recueils sont chantés d'une façon rc'gulière en commençant parle numi-ro 1 jusqu'au dernier, indépendamment des leçons de musique, après les repas et pendant certains mouvements de gymnastique.

J'ai aflirmé que je me considérais non seulement par mon opinion, mais encore par mes actes, comme un des meilleurs patriotes qui puissent exister.

J'ai organisé avant Paris mon bataillon scolaire, et je rappelle que mon excellent ami, M. Aristide F{ey, m'a demandé des explicatious de détail qui lui ont servi pour son organisation de ceux de la capitale.

Les bataillons scolaires ont été su[)prim(''s partout à la suite d'exagi'rations chauvines, le nôtre est toujours resté ce qu'il avait été dès le début. Nos enfants sont tous des marcheurs intn'pides. Ils (mt fait nombre d'excursions de 2U à 25 kilomètres. Nous avons fait plusieurs fois des excursions de plusieurs jours, nue entre autres de 35U kilomèlres en seize jours, qui n'a été égalée nulle part, et pendant laquelle les enfants ont coucIk' huit jours dans des lits et les autres jours sur de la paille, ont suivi leur ilini'raire sur la cartel du ministère de l'Intérieur, prenant en même temps la meilleure leçon pratique de topographie.

Voilà la preuve manifeste (|ih' n(»s cufauls possèdent

la première des qualil/'s requises des mililaii'(>s : être bons marcheurs.

Us ont aussi cette autre qualit('' : ils sonl Itous tireurs.

Nous avions eu au début des petits fusils de tir réduits, des carabines Flobert déguisées en fusils Gras.

Un beau jour, l'Administration de la Guerre les fît bouclier, mesure générale dans tout le pays.

J'imaginai alors de créer ane Sociéttî de gymnasliijue et de tir, la Famille dé Cenipuis^ comprenant quelques membres du personnel adulte de l'Orphelinat et nos enfants comme pupilles. C'est ainsi qu'ils purent alors se servir des fusils Gras modèle 1874 fournis par le ministre de la Guerre, Nos enfants de quatorze à seize ans ont, jusqu'en 1889, pris part à plusieurs concours avec des adultes et ont toujours été class's dans de bons rangs. xVjoulez à cela qu'ils savent faire non seulement l'exercice de peloton, mais l'exercice en ordre dispersé, c'est-à-dire tout ce que l'on peut demander à des soldats, et même plus, puisqu'ils étaient fort au courant de la partie topographique, qu'on ne demande (ju'aux sous-ofliciers.

Veuillez me permettre de vous dire rapidement ma foi ardente, acquise à l'étranger et en lisant l'histoire des autres pays aussi bien que du celle notre, (juc la meilleure armée de défense» est celle formée par l'ensemble des citoyens arm(5s, et qu'au contraire l'armi'e formée par des hommes qui ne sont que des professionnels militaires, obligés, de par la loi, d'ignorer pourquoi ils se battent, peut être une bonne armée cCaventure, ff expéditions lointaines , muii est toujours ane mauvaise armée de défense nationale.

l'ejle est depuis longtemps ma conviction. Mais je

354 r.EMPLis

VOUS atlpsle que, conforiiK'ment à mon devoir pi'ofpssionnel d'éducateur salarié par une Adniinistrntiou professant officielloment d'autres croyances, janiuis je n'ai exprimé ma conviction à mes élèves. Jamais! dans aucune circonslance. Seulement j'ai fail mieux en leur faisant acquérir les qualitt's de bons soldats-citoyens et en les rendant capables de réaliser plus tard nuiu id(''al quand il aura triomphé.

Si cette méthode était suivie partout, les petits Français deviendraient, quand ils seraient hommes, l'idé-al d'une nation armée, pouvant opposer à une invasion, si on l'osait, dix millions de soldats conscients, intrépides, et par conséquent absolument invincibles.

J'ai certes en ceci des opinions philosophiques différentes de celles de la masse qui ne réfléchit pas beaucoup ; mais ai-je manqiu' à mon devoir professionnel comme directeur d'école, et n'ai-je pas (''{<' pratiquement un bon patriote?

J'ai eu deux grands lils. Mon pi'emier a devancé l'appel et a fait le service comme ('lève mécanicien de la marine. 11 est mort à Toulon de la hôvre typhoïde dans des circonstances atroces. Il (Hait second nuiître mécanicien.

Lorscju'il m'écrivit qu'il enti'ait à l'hôpital de Saiut- Mandrier, j'envoyai plusieurs lettres el dépèches avec réponses payées pour avoir de ses nouvelles fréquentes et ne cessai qu'après avoir reçu du directeur de Ihùpital, le 2 décembre 1890, cette dépêche : « Fils va beaucoup mieux. » Et je crus pouvoir partir pour Brest voir une dernière fois ma mère, morte peu de temps après.

Or, ce même jour, à la suite d'uîie violente tempêl<'.

peut-être diiuc impriHlt'uce de malade mal surveillr par des sœurs n'aimant guère le non-baptisé qui avait refusé « les secours de la religion » (style du directeur), mon fils eut une violente rechute, et il ne se trouva personne qui pût faire l'avance de 50 centimes pour m'en avertir par dépêche. Alors qu'une lettre écrite par lui-même nous arrivait et nous faisait espérer sa très prochaine guérison, j'apprenais sa mort, en voyage, trop tard pour pouvoir même aller à son enterrement.

Cet événement n'a guère réussi à changer en enthousiasme mon aversion pour l'inutile et funeste carrière militaire.

Aussi, quand est venu le tour de mon autre fils, j'aurais très volontiers, lui qui était un soldat de défense achevt'C. profité de ce qu'il était né à l'étranger pour me prévaloir de la réciprocité des lois internationales.

Toutefois mon fils a fait son année de service dans l'artillerie. Jamais il n'a eu de punition au point de vue de la sobriété et de la dignité humaine. 11 a été le premier pointeur de sa compagnie. Pendant son année de service, il a beaucoup astiqué, mais n'a pas ajouté à ses connaissances militaires ce qu'aurait pu lui apprendre une seule semaine de travail sérieux.

Voilà la situation que l'on a exploitée et sur laquelle j'ai tenu à parler avec la plus grande franchise, quoi qu'il puisse en être pensé.

Mais encore en supposant que j'aie péché en ce qui concerne mon second fils, j'ai péché en décembre 1892. C'est à celte époque que le maire a trahi le secret professionnel en communiquant ma lettre. Pourquoi ne m'a-t-on pas révoqué plus tôt ?

:J56 CEMPUis

Du reste, je tiens a signaler un dernier fait qui s'est fort probablement reproduit dans beaucoup d'autres lieux. A Grandvilliers, sur 76 conscrits passant la revision le même joui", il y en avait 53, plus des deux tiers, (|ui présentaient un motif de dispense. Vous voyez bien que l'enthousiasme pour le service militaire, dont on parle tant, n'est pas aussi grand qu'on veut bien le dire.

Je ne m'appesantirai pas sur l'œuvre accomplie à l'Orphelinat; vous avez pu la voir vous-mêmes. Ce qui rendra celte œuvre immortelle, ce sont nos publications; nous avons eu l'heureuse idée d'écrire nos annales, qui sont en quelque sorte l'exposition de la véritable pédagogique.

Vous avez la soixantaine des numéros de notre Bulletin^ lequel, pendant plusieurs années, a été considéré comme le moniteur de l'éducation intégrale.

Vous avez également deux volumes, dont le second est presque achevé, intitulés : Fêtps pédagogiques. C'est la relation de nos sessions normales; tout l'esprit de noti'e œuvre s'y trouve indiqué.

Les conférences y furent faites soit par moi, soit par mon excellent collègue M. Guilhot, soit j)ar un excellent et illustre écrivain pédagogique, M. Charles Delon, qui vint à nolr(^ session en 1890 et qui, depuis 1892, est resté, par passion pour l'œuvre entreprise, notre dévoué collaborateur.

Nous avons voulu qm^ les enfants reçussent une éducation com})lète. Nous y avons r('lali\enieut bien réussi.

Nous leur avons donné une valeur pratique que l'on lU' douuc uulle part; des idées justes sur loules les

brunclies du savoir humain, d utiles connaissances de choses ailleurs négligées, la sténographie, la musique, laquelle est devenue pour eux un passo-lemps charmant.

C'est un art que tous possèdent d'une manirre remarquable. Ils sont le seul groupe d'écoliers dans ce cas, sauf eu Angleterre, pays réputé autimusical, et oiî, grâce à une méthode analogue à la nôtre, les quatre cinquièmes des enfants des écoles primaires lisent couramment la musique.

Au point de vue de l'enseignement moral :

Le seul point noir, qui tient à l'atavisme de la population parisienne, à l'habitude des pourboires, à la coutume de grignoter à toute heure au lieu de faire des repas réguliers, c'est le manque de droiture, ce sont les petites chiperies : cela a été notre seul chagrin.

Nous sommes arrivés généralement à les guérir. Nous avons des vues particulières à cet égard. Ainsi nous ne donnons pas d'argent aux enfants : l'habitude de dépenser des petits sous à des achats inutiles est, selon nous, une école de gaspillage.

Pour leur apprendre la bonne gestion, l'économie, nos grands enfants allaient avec nous, pendant les vacances, à Mers, au marché comme le feraient de petites bourgeoises ; nos grandes filles apprenaient le prix des choses de la vie et la manière de diriger un ménage.

D'ailleurs les enfants avaient à leur disposition tout ce qu'on peut désirer dans l'école; et, pour les avoir, il suffisait de se montrer capable de s'en servir.

Nous avons obtenu des enfants, au point de vue

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physique, intellectuel et moral, tout ce que nous pouvions en attendre.

Je voyais avec bonheur approcher la fin de ma tâche et, vous le savez, je désirais être relevé de mes fonctions ou, tout au moins, les voir de beaucoup allégées, pouvoir désormais y consacrer moins de temps.

Il vous appartient, Messieurs, de juger si la terminaison qu'un pouvoir arbitraire a donnée à ma carrière d'éducateur est bien celle qu'elle méritait.

Je me tiens à votre disposition pour les questions complémentaires que vous voudrez bien me poser.

M. LE Président. — Au sujet du Tréport et de Mers, 011 vous alliez conduire vos enfants, ne s'est-il pas produit quelques difficultés avec la municipalité qui auraient motivé l'intervention du maire de Mers?

M. RoitiN. — 11 n'y a jamais eu aucune espèce de difficultés, bien au contraire. Les gens du pays, les pêcheurs nous étaient on ne peut plus favorables; ils nous témoignaient leur sympathie à toute occasion.

Pour les baignades, nous avons eu assez de mal à nous arranger. La première et la deuxième année, nous arrivâmes en arrière-saison; nous j>ûmes nous installer dans les cabines publiques. Les enfanis du même sexe se mettaient à plusieui's dans chacune de ces cabines.

La troisième année, nous sommes arrivés à une saison moins avancée. Les cabines étaient occupées par des baigneurs aristocratiques. Je fis faire une tente, mais j'eus pour la placer les plus grandes difficultés résultant de la complication des j-èglements de l'Etat, de la commune, de la convcnlion avec le fermier des bains.

Il y eut d'abord des solutions provisoires bizarres;

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niîiis, grâce à mes exeelleiils rapporis avec le maire, M. Gavas, el le fermier, M. Briinel, nous pûmes établir mie seule tenle pour les filles à l'extrémilc de la plage, lieu ([ue nous avions choisi.

A ce moment, les garçons se déshabillaienl de la façon suivante :

Ils se mettaient à une distance de 1™,00 les uns des antres et allaient à l'eau comme font les soldats.

Les filles se deshabillaient sous leur tente.

Un jour, à la fin de la saison, j'appris indirectement que l'on désirait que nous eussions deux lentes et que la municipalité ni le fermier n'y faisaient plus aucune objection.

A partir de l'année suivante, nous avons toujours eu une tente pour les filles et une pour les garçons, d'environ 30 mètres carrés chacune.

Il y a trois ans, la municipalité fut changée, le nouveau maire fut M. Lebœuf, notre voisin, que nous connaissions depuis longtemps, qui s'était montré fort aimable avec nos enfants, et qui en avait môme logé quelques-uns chez lui, lorsque nous iiri'ivàmes, après notre grande excursion de 1891, plus nombreux que de coutume. M. Lebœuf, peu habitué aux questions insidieuses de certains reporters, se laissa interviewer par le même reporter du Matin, Rouquier, déjà cité, qui lui prêta toutes sortes d'insanités; il les démentit verbalement à plusieurs personnes, mais ne sut pas les démentir publiquement.

Il n'y a jamais eu aucun arrêté nous concernant, pris par l'un de ces deux maires.

L'affirmation de son existence a été un(^ imposture sans fondBment.

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M. LE Président. — Il nous a ('t(' dit que dans les lahles d'hôte, à Mers, au Tréporl, il s'était tenu des [)ropos indignes contre les enfants. Se serait-il prodiiil un t'ait quelconque qui eûl motivé une semhlalde impression ?

M. Robin. — Je ne sais pas du tout ce qui se dit dnns les tables d'hôte. Je ne sais pas à quel fait on fait allusion.

Sur la plage, une foule de personnes m'ont complimenté sur la bonne tenue de nos enfants.

D'au Ires personnes ont dû être vivement rabrouées. Des insolents, et même de pnUendues dames du monde, sont venus quelquefois poser à nos enfants des questions comme celles-ci : « Est-ce qu'on vous fait faire votre première communion ? — Faites vous vos prières? — Vous vivez comme des chiens! — Est-ce que vous couchez ensemble ? »

Je reconnais avoir envoy(' promener ces gens sans aucune espèce de politesse. Il est possible qu'ils aient, après cela, continué à tenir leurs mauvais propos à leurs tables d'hôte.

M. Landrin. — Et le fait porté à la tribune par le ministre, à propos d'un instituteur nommé Ardouin?

M. KoiîiN. — M. le ministre a arrangé cette histoire pour les besoins de la cause, comme l'affaire M...

M. Ardouin avait été mal noté pour s'être occupé de politique républicaine au moment de l'ordre moral. Il me dit cela dans des termes toul autres que ceux indiqué's |)iu' le ministre et me demanda de venir à Gempuis. Je ne Irouvai p.is (pu' ce \'ù{ une l'ai son pour ne pas l'accepter.

M. Ardouin voiiail prox isoirciiiriil . en ailendanl la rôalisalion de la promesse, bien souveiil faite par rAduiinisiration, de me donner pour mon cours complémenlaii't' des maîtres ayajil ([ii('1(|ih' \iil<'ur.

Il a dû venir à Cempnis en mai 188() el ])arlir à la fin de la même année.

M. Ardouin est parti noi-malcmenl ii la fin de TaniHM' scolaire. Ensuite il y a eu des pourpalers pour son retour; mais, dès que je sus qu'il était entré dans l'enseignement officiel, je ne voulus pas le déplacer.

M. Landki.n. — Vous n'en aviez pas été complètement satisfait ?

M. Robin. — Je n'avais eu à lui faire aucun reproche grave, mais j'avais trouvé M. Ai'douin insuffisant pour le cours complémentaire. M. le ministre a paru ignoi'er que M. Ardouin occupe en ce moment une situation avantageuse comme instituteui- piildic

M. Deville. — M. Robin pourrait-il retrouver un travail qu'il a fait sur les doctrines malthusiennes?

M. Robin. -- Ceci ne me paraît d'aucun intérêt. La question a été jugée par la Commission administrative, il y a onze ans ; cela me paraît absolument suffisant.

On peut avoir à ce sujet les opinions qu'on voudra. Je trouve qu'il y a prescription. Ceci ne touche en rien à la question de la révocation.

Quand la question actuelle sera terminée, si vous le voulez, Messieurs, je serai prêt ailleurs à expliquer les théories dont vous parlez.

M. Deville. — II s'agit de dépositions assez nombreuses que nous avons recueillies indiquant que ce

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travail a été distribué en nianiisri-il. Esl-il encore en votre possession ?

M. Robin. — A ce dernier poinl, je n'ai pas à répondre. Tonlefois, je puis vous dire qu'il est faux que ce papier ait (Hé distribué dans l'Orphelinat.

M. Deville. — L'avez-vous à votre disposition?

M. RoiuN. — Je n'ai pas à faire ici l'inventaire de mon mobilier.

M. Deville. — Pouvez-vous nous donner quelques explications sur la façon dont il a été livré à la publicit('.

M. Robin. — Il n'a jamais ('t(' livri' à la j)ublicit('.

M. Deville. — Il a été lu par d'autres personnes qui nous ont donné des analyses.

M. Robin. — Des explications ont été données dans la séance de la Commission administrative du 10 novembre 1883, c'est-à-dire il y a onze ans. Elles ont été trouvée's suffisantes.

M. Deville. — Nous pouvons ne pas les trouver suffisantes.

M. Prague. — Nous sommes ici une Commission d'enquête composée de membres ayant des opinions ditférentes. Vous nous devez des explications sur ce point.

M. Robin. — Je refuse d'en donner.

M. Deville. — Dans un des interviews plus ou moins authentiques, on fait dire à M. Robin que les enfants de Cempuis n'ignorent rien des mystères de la génération.

M. Robin. — Ceci est une infamie du sieur Momiron, rcporlei' du Temps, qui a invenl(' \v mot « j)orcherie », iiKil (|ui najamais (''!<' priuioiicé dans \r |>ays. C/csl un

ANNEXES M'.i

mol français acadi'iniifiic. niais ce n'est pas un mot utilisé en Picardie.

•l'ai dit à ce Momiron, — et je reconnais qne j'ai eu lort de converser avec ce misérable, — que les enfants élevés à la campagne savent beaucoup de clioses que les enfants élevés à la ville ignorent, mais qu'ils les savent dune façon scientifique qui n'altère en rien la pureté de leur cu'ur.

Aucun enfant de la campagne n'ignore que l'on conduit une vache au taureau pour avoir un veau.

J'ai une fois entendu des enfants dire qu'il fallait mieux conduire la vache à tel endi'oit, plutôt qu'à tel anli-e, pour qu'elle donne des produits plus beaux.

Une autre fois, j'ai entendu les enfants de dix ans, aloi's qu'on nous avait donné de charmants petits lapins russes qui mouraient, ri'péter (jue le seul moyen de les conserver était de les croiser avec des lapins plus l'ustiques.

Il n'est pas possible à des enfants élevés à la campagne d'ignorer certains de ces faits.

On raconte aux enfants que les enfants poussent sous des choux. Est-ce ([ue les enfants ne savent pas tous qu'ils ont vu des femmes ayant le ventre plus gros que d'ordinaire et qui, ensuite, s'aplatit?

Ils savent, sans que cette notion les corrompe, bien au contraire, que les enfants sortent du ventre de leur mère,

Rousseau a même dit : « Elles pissent avec des douleurs qui leur coûtent souvent la vie. »

Ce ne sont pas ces notions réelles qui corrompent les enfants, mais les grivoiseries, les chants, les con-

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versatioTis à doiiltlt' entenle, les imagos, toutes clioses absolument inconnues àCempuis.

On a pai'lé d'accouchement j)uijlie. Des personnes l'onl cru. (rest pure fable absolument démontrée. Mais je ne trouvei-ais rien d'extraordinaire à ce que des jeunes filles de seize à dix-sept ans, qui seront mères à leur tour, vinssent donner des soins à une accouchée.

M. Prache. — 11 s'agit de savoir si, à Cempuis, on donnait des explications sur ce fait. C'est ce dont on vous a accusé.

M. RoiiiA. — Nous n'avons donné aucune explication de cette nature aux enfants.

M. Deville. — Est-ce que M. Robin se réserve d'intenter des poursuites contre ceux qvii l'ont le plus cruellemeni frappé dans son honneur?

M. RoRi^. — En aucune façon : mon honneur est inattaquable. Ce que l'on peut dire m'est indilTérent.

A une époque, lors des premières attaques, je suis venu demander à l'Administration ce qu'il y avait à fai re .

Il y avait deux partis à prendre : l'un que je n'approuve pas, c'est-à-dire poursuivre à outrance et faire payer fort cher la calomnie ; l'antre laisser dire ce que l'on voudra.

On s'est arrêté à ce parti, et c'eût été bon si on s'y était tenu loyalement.

Ce que je hais, ce ne sont pas les journaux n'aclionnaires, naturellement ennemis, mais les journaux payés par les fonds secrets pour répéter ce que diseni ceux-ci et lui donner apparence de réalité.

A notre époque, avide de scandale, I\I. Odelin a, par

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ses calomnies, rendu service comme le ministre luimême.

Ils ont fait connciître une grande ceuvre trop ignorée. Ah! si j'avais eu autant de. confiance dans nos magistrats qu'en ceux de l'Angleterre, j'aurais peutêtre fait un procès en dillamation à M. Odelin-Valsenard. Il eût été jovial de lui faire payer quelques centaines de mille francs pour créer un autre établissement comme Gempuis. Mais ce ne sont pas nos mu'urs. En France, dit-on, l'honneur ne se répare pas par l'argent. Une poursuite serait donc sans utilité pratique.

J'ai la plus parfaite indifférence pour ceux qui me disent des injures et pour ceux qui les approuvent.

M. Blacuette. — Je liens à élucider un point. On vous a demandé des renseignements sur une brochure relative aux théories de Malthus. V^ous avez dit : (( Je ne veux' pas répondre. » ('/est votre droit. Seulement M. Deville n'avait pas expliqué sa pensée.

Un témoin est venu déposer devant nous, nous disant (jue dans cette brochure vous exposiez, en termes très cUiirs, la manière de ne pas avoir d'enfants. Il y avait trois moyens qui sont tomlji'S dans le domaine public. Avez-vous écrit une brocliure de dix pages, dont six pages d'ordures sur la façon de s'y prendre pour ne pas avoir d'enfants ?

M. Lampué. — La personne qui a (b-posé nous a dit avoir eu cette brochure en manuscrit entre les mains. Elle a déclaré que c"('tait une copie qui n'('tait pas de la main de M. Robin et que c'était un professeur qui l'avait écrite.

M. RoRiN. — J'ignore ce ([ui a j)u vous être communiqué. Ce que j'ai éci'il dans le temps sur ce sujet

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