CHAPITRE I LES FONDATEURS DE CEMPUIS
PAUL HOBIN. — PAUL GUILHOT. CHARLES DELON
M. Paul Robin est né à Toulon, le 3 avril 1837; il a fait ses études aux lycées de Bordeaux et de Brest. Après avoir été quelque temps élève pharmacien de la marine, et pendant deux années maître d'études aux lycées de Rennes et de Bresl, il est admis en 185S à l'Ecole normale supérieure; il en sort en 1861 et enseigne les sciences physiques et naturelles aux lycées de La Roche-sur- Yon (alors Napoléon- Vendée) et de Brest.
Merveilleusement doué, M. Paul Robin a vite fait de dégager sa voie; tout jeune, il perçoit nettement ce qui est, pour lui, la vérité pédagogique. Il n'a plus dès lors d'autre but dans sa vie : mettre cette vérité en lumière et lui donner la consécration de l'expérience. Il se voiîeà cette œuvre avec son âme ardente d'apôtre ; il s'y consacre tout entier.
Il veut, pour chacun, « quelles que soient les circonstances oi^i le hasard l'a lait naître, le droit de développer le plus complètement possible toutes ses facultés physiques et intellectuelles ^ ». Il commence
1. De l'enseignement inléural. La PhilosopJiic positive, sep tembre-octobre 1869.
par se faire « iiiléi^ral », et il y arrive dans le sens presque absolu du mot. (i'est un cerveau encyclopédique, un ouvrier d'une étonnante habileté manuelle et un artiste.
Il a, au plus haut degré, les qualités du pédagogue, peut-être bien parce qu'il possède celle qui engendre toutes les autres : un profond amour de Tenfance.
Et au service de tout cela il peut mettre une rare volonté et cet instinct de combativité défensive qui fait que rien ne vous décourage et qu'on triomphe de tous les obstacles.
A Brest, M. I*aul liobin tente l'organisation d'un enseignement populaire supérieur; il introduit au lycée les excursions scolaires. Mais ces initiatives intelligentes sont entravées par l'autorité officielle ; aussi, en 18G5, s'accommodant mal tlu régime impérial, il demande et obtient un congé illimité.
A cette époque, il est, avec un certain nombre de personnalités d'avenir, présent au célèbre Congrès de Liège ^ convoqué par l'Association Générale des Etudiants de cette viUe. La question de l'enseignement est à l'ordre du jour; il prend part aux discussions. Il y fait la connaissance d'Aristide Key, de César de Paepe, d'Hector Denis, de Victor Dave, d'Eugène Robert, de Guillaume De Greef, de Victor Arnould, d'Eugène Hins, avec qui il se lie particulièrement d'amitié.
Puis il se fixe à Bruxelles et y vit très modestement de leçons privées. (Citons parmi les élèves d'élite qu'il a formés, MM. P. et L. Errera, tous deux pro-
1. Voir lo compte rendu oITicie] et intégral de la première .session du Congrès international des étutliants tenu à Liège, ilu 29 octobre au 1*^' novemjjre IHGîi, p. 248 à 254.
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fosseiirs distingués de l'Université liln-e de Bruxelles. Il collabore à la Lihcrté, fait partie de la Ligue de TEnseignement de Bruxelles et du Conseil général belge de l'Association Internationale des Travailleurs. En 1868, il prend une part active au Congrès de
Vue /^cnérale de rOrpiielinat Prévost.
Bruxelles', qui a porté à son ordre du jour la question de l'éducation intégrale; il y présente, au nom de la section bruxelloise, un remarquable rapport.
Il fonde le Soir, journal d'enseignement populaire supérieur, donne des leçons publiques et gratuites de musique, de botanique et d'astronomie. Il travaille
1. Supplément au Journal des étudiants. Compte rendu officiel du Conarès des étudiants (2" session, Bruxelles). Voir p. 8 et 9.
beaucoup cette dernière science et élabore un projet d'observatoire populaire ^
En février 1868, il épouse la fille de Delesalle, démocrate et libre penseur bruxellois très connu. En avril 1869 éclatent au pays de Liè^c et du Borinago des j^rèves qui ne tardent pas à devenir sanglantes. Trois nuits durant on sabre, à Seraing, les malheureux qui réclament une amélioration de leur sort.
Des protestations s'élèvent de toutes parts; le Conseil général de TAssociation Internationale lance une proclamation dans laquelle il s'élève contre pareille tuerie, tout en engageant les ouvriers au calme et à la prudence. M. Rol)in, en la signant, a oublié qu'il est Français; le gouvernement belge lui signifie un arrêté d'expulsion. C'est en vain qu'il réclame le bénéfice de l'exemption de la loi Bara de 1865 et qu'il intente un procès au ministre de la justice ; il est déboulé et quitte la Belgique en protestant contre la mesure dont il est victime et contre l'interprétation abusive que l'on fait de la loi.
Il se rend h Genève, où il entretient sa jeune famille en faisant de la peinture sur émail. C'est en Suisse qu'il fait la connaissance de Michel BaUounine, avec qui il entretient les meilleurs rap[)orts, el de Alexandre Herzen.
En 186U il prend part au quatrième Congrès de l'Association Internalionale des Travailleurs à Bâle.
C'est sur ces entrefaites, en septembre 1869, (|u'il
1. En 1874, il présentu ce travail à Tastronomo anglais Sir Norinaii I.ockliypr, qui félicita l'auteur, il est curieux de noter ici qu'un projet du même iienre fii^ure à l'Exposition de 1900, j)rojct auquel M. P. Robin est absolument étranger.
LES r .M)\ri:r;;s m; (;i;\'pns 5
publie, dans la Philosophie positive, la première partie de son étude très complète sur rEnseignonient intégral.
En février 1870, il arrive à Paris, et bien qu'il soit obligé pour vivre et faire vivre les siens de donner des leçons, il trouve moyen de' fournir huit heures par jour dun labeur écrasant comme secrétaire du Conseil fédéral de l'Association Internationale.
Le 22 juin 1870, il comparaît avec une trentaine de membres de la section parisienne, devant la 0" chambre ; on leur reproche de faire partie d'une société secrète !
M. Robin, que le procureur impérial daigne appeler « professeur distingue' », se voit condamné à deux mois de prison et 1(»0 francs damende'. Il est incarcéré à Sainte-Pélagie. Mais le gouvernement, craignant un mouvement révolutionnaire, le fait, ainsi que ses compagnons de lutte et de captivité, transff'rer à la prison de Beauvais.
Survient le 4 se[)lembre ; la république est proclamée et le directeur de la prisou libère, dès le 5, les prisonniers politiques. M. Uobin va rejoindre sa femme qui s'est réfugiée à Bruxelles chez ses parents. Mais l'arrêté d'expulsion pris contre lui un an et <lemi auparavant, n'est pas rapporté, et, sur la dénonciation d'un policier français, il est arrête et détenu à la prison des Petits-Carmes, pendant que Paris est investi par les Prussiens. Sur l'insistance de ses avocats, on le reconduit à la frontière. Paris étant bloqué, M. Robin se rend ii Brest, oi\, sans ressources et sans emploi, en
1. Voir les Grands procès politiques. — Troisièrno procès de rAssociation Internationale des Travailleurs à Paris, p. 167 à 175 et p. 178 à 182. Juillet 1870. Armand Lechevalier, éditeur
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désaccord avec sa famille, il se remet à faire de la propagande politique ; mais, sentant son impuissance, il se réfugie à Londres, où il se fixe dès lors jusqu'en 1879.
Il est mis par Hermann Jung en rapport avec Karl Marxi, qui lui procure des leçons de langue grecque; peu après, il entre comme professeur d(^ français à la célèbre Ecole royale militaire de Woolwich (école formant les officiers d'artillerie et du génie). En 1870 il est adjoint aux ])rofesseurs de mathématiques et de mécanique du (Collège de l'Université de Londres.
Entre-temps, M. Paul Robin parfait son éducation technique et s'intéresse au mouvement néo-malthusien auquel sont mêlés les savants et les penseurs d'Outre- Manche.
Pendant son exil, il collabore au D'ul'ionnairc pcdago- (/igue de M. F. Buisson'-. En 1879 ce dernier l'appelle en France et le fait nommer inspecteur primaire à Blois. M. Robin se met à l'ouvrage avec son ardeur et sa conviction habituelles; il essaie de secouer la torpeur des instituteurs en leur indiquant les voies nouvelles et ('crit à leur usage un programme d'enseignement différent de celui de rAdministration, mais approuvé par elle •^, et applicable hors la classe. Les
1. M. P. Robin, membre du Conseil général de fAssociation internationale des Travailleurs, eut un pou plus tard de vifs démêlés avec Ivarl Marx, au sujet de la campagne haineuse de diffamation que celui-ci avait entrepi'ise contre iMicliel Fiakounine et ses amis. Partisan, comme le célèbre révolutionnairt; russe, des idées de liberté et d'autonomie au sein de l'Assuci;!tion, il dut se l'etiicr devant fautorilarisnu; sectaire et res|irit dictatorial de Marx et de ses séides.
2. Articles : Corps simples, Cube, Familistère de Guise, Gnz iVéctairar/e, Houille, Hydrogène, Mercure, Métalloides, Métaux, Métiers, Sel marin. Sels, Silice^, Soude, Soufre, Terres, Zinc.
3. 11 fonda, en juillet 1880, le Cercle pédagogique de Loir-et-