‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 28 sur 80 · MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

MINISTÉRIELLE

EN ANGLETERRE

Une révolution subite vient de s'bpérer eh Angleterre ; et , pour s"étre opérëé sans secousse , pour avoir p'rl^ la forme d'une transaction , elle n'en est pas moins grave ,' ou plutôt elle Test davantage, puisque la force des choses )'a seule produite. Ce n'est plus , comme il arrive souvent,un parti qui triomphe de l'autre : c'est l'aristocratie qui , après une longue alliance, se trouve enBn en face des communes ; c'est la lutte franche et décidée de la féoadaltté et de la civilisation moderne , de l'immobilité et du mouvement. Les journaux politiques ont suiiout envisagé cet événement dans ses rapports avec le continent; mais eh' soi il mérite aussi d'être examiné; et pour le faire bien^ comprendre', quelques mots d'explication ne seront peutêtre pas inutiles.

On sait à quelle époque remontent les mots de whîg et de iorj-. Long-temps ils n'ont servi qu'à désigner les' éiinemis et les partisans de l'a maison de Stuart. C'est à f aristocratie whig que l'Angleterre doit l'heureuse révolution de 1688. C'est cette aristocratie qui , après ia Veine Anne , assura la couronne sur la tétè dti George l^^. Sous ce rapport elle a droit à la reconnaissance nationale, bien ' que peut-être la pureté des intentions ne soit pas aussi évidente que le bienfait. Comme on'devait s'y attendre, la nouvelle dynastie choisit les Whigs pour dépositaires du

pouvoir. Les noms de Walpole et de Newcastle sont là pour rappeler Tusage qu'ils eu tirent. Les tories opprimés réclamaieut alors la liberté; ils étaient les cliampions de la cttuff populaire ; et <|ucriid, en lySj', M.' Fitt enlever k nfNJiistèrcf à' la confédération whi|f ,i) fut stkiédes méihes acclamations qui viennent d'accueillir M. Canning en 1827. M. Pitt, au i^este, n'appartenait ù aucun parti ; mais depuis cette époque tout a repris sa marche naturelle. Délivrée d'uui^ rivsiUté dangerevse, la maisoctde Hanovre finit par trouver que les vieilles doctrines des tories ^ ces doctrines si favorable^-Mn-rMS « n'étaient pas sans mérite. Rejetés dans T'opposition , les whigs redevinrent les amis de la liberté; appelés 914 piQuvoii:^ les toKie»^ retournérjeot vers cette familLe qu'ils avaient comb^ttifiç. Eu dé*leodant les Stuarts^jls avaient défendu l'autorité; et pour s'élre fixée dans d'autres mains , l'autorité n'en était pas moins respectabje. C'est ainsi que t^ut d'impérialistes sont aujourd'hui les phis. fermes soutiens, de la congr^atiowl , .. '

. Quand nous citions les whigs conune amis de la liberté, il ^le fau,t pQui^tfint pas s'y méprej;idre. La Uberté du dixseptième siècle n'était pç^init celle dM ^ix-neuvième : c'étaient plutôt des immunités , des franchisais; çtles whigs i:^'a.lUient pa$ plus loip. Pour eux« Tédifice aristocratii|ue ét^it aussi sacré que pour le9 tories. Aussi, sans sacrifier un pouce de leurs préjugés et de leurs privilèges,. les plus . iipbles familles purent-elles se rai^ger sous l'u^^^ou l'autre bay^jtûjère^ C'est ce qu'ell/es firent , ou plutôt elles restèrent invariablement classées .comme. ù l'époque de la i<évolu"tio^i j et ainsi se foripèrc^pt deux puissantes coalitions, deux gi^a^de^ ligues, féodales., en guerre pour Ifi domination. L'or reqaplaçà le fei^'j au lieu de soldats 09 ^ut des clients; ïe^ bpurgs poi|ris. succédèrent aux châteaui^ forts , et les d^.ux chambres furent, le champ de. butaille* Pour compléter la ressemblance;, Iç clergé, possessepr comme jadis de. l^ieMs immense^^ pri.t paf t à ces. combats -^ et le roi,.s^i-.

gnear suzei-ain, fit plus d^ùne fois; par le poids de son iii-

flaence, peneher' la balance à di*ôite on à gaudhe. La hàtîon prenait à Cetlte lu'ltè mo'tm de part qa*iiaîôtii*d'h'hf ; cependant il s'en fuat qii'eHé' y restât étrâiiéêrte. C^cst une heureuse conséquence des assemblées délibérantes^ que le peuple troute toujours dans la minorité défense et protection. Appuyé tantôt sur un parti, tantôt sur l'autre, ma 's presque toujours sur ies whigs , le peuple an-, glais voyait donc son industrie pins protégée, ses droits plus respectés, que'si ses maiti*es eussent tous été d'accord". Il jouissait d'aif^eûi^s d'importants privilèges, et,' coûtent de ce qu'il possédait ,^ à. pèîne i^hceVàît-il urté autre liberté; La société en^fin était xxtte Vaste échelle où chacun avait son rang marqué: le^phis' htimble ne songeait pas qu'il pût aspirer au degré supéi^ieur; mais' malheur & qui venait l'attaquer sur le sien. ^

A l'époque delà févolatioft française, les* idées d*égà'-J lité se propagèrent , et l'empire des grands parut prêt a s'écronlef . ISfFrayés, ils se féuAÎrent. Les haines nationales furent réveillées, les massacres de France exagérés, no^ troubles dénaturés, no^ intentions calomniées; et, joint à quelquei mesures dé rigueur, ce système finit par étein*^ dre l'incendie naissant. Dans le danger, d'ailleurs, (e clergé prêta à Paristocratie Un merveilleut secours. A avait à défendre ses dîmes et ses propriétés , Comme elle ses Substitutions et ses privilèges. Il fit intervenir 'Dieu'; et la religion et laf politique triomphèrent, en se coalisant, de toute résistance. Le^ choses reprirent donc leur cours. L»a* réforme dans les lois Civiles fut oubliée ; on ne s'occupa plus que de questions politiques. De temps eu temps qirelqucs démagogues emportés excitaient bien encore le peuple à s'armer et k niveler la société ; mais leur tentatives étaient vaines, et, sûrs de maintenir la nation en minorité, les wighs et les tories continuèrent à se disputer la tutelle.

Cependant tout marchait en Angleterre. L'industrie se

lO

développait; la classe moyenne augmentait ses richesses ^ Jes. pertes dissidentes enlevaient afu clergé une partie de son influence, et petit à petit l'opinion se réformait, l'opinion, cette reine puissante , dont jusque alors l'aristocratie avait disposé. Depuis quelques années , on ne conspire plus , mais on écrit. Grâce à de nombveuses et bienfaisantes associations, l'instruction se répand rapidement, et une foule de livres à deux sous vont éclairer les masses, tandis que la classe moyenne n'abandonne plus à la noblesse le monopole si. précieux d'une éducation libérale. I^a Revue de Westminster , héritière d'une partie des abonnés de la Reyue {^'Édinburgh, attaque tous les jours l'aristocrati.e avec ses.. immenses richesses et son énorme puissance. Les lois françaises prennent quelque faveur, et des questions vitales , telles que les Jk)is céréales et les privilèges seigneuriaux , occupent vivement Jes esprits. La grande Charte et le Bill des droits , cet ancien et ce nouveau testament dç l'aristocratie libérale, nWt rien dit de ces questions; et| jetées ces anné^ dernières au miUeu des partis, elles en out visiblement opéré la dissolution. Nous rema]*quions il y a quelques mois que whîg et tory n'étaient plus que de vains mots, et qu'à côté le» uns des autres siégeaient des hommes d'opinions opposées , tandis que beaucoup d'ennemis apparents ne demandaient qu'a se rapprocher. M. Brougham, disions-nous, est plus près de M. Canningque tel soutien du ministère, et à une.classification tot|te factice succédera nécessairement une classification naturelle (i). Rien en effet qui ne trahît cette étrange situation. L'opposition ti'aitait le ministère avec une exquise politesse, taudis que, tout en votant pour lui, les m inistéi'iels grondaient entre leurs dents. Quelques uns même osaient faire entendre leurs plaintes , et

(i) Z^ettres sur les élections anglaises et sur la situation de Vlrlande. .Chez Saytelet , place de la Bourse.

1 1 d^laraient que, si on voulait les mener si loin, ils s'arrêteraient en chemin. D'ailleurs ils étaient divisés entre eux. « Je suis pour la partie libérale du ministère, disait l'un. » — Et moi , reprenait l'autre , pour la vieille fraction » de ce ministère , pour celle qui ne se lance pas dans de 9 dangereuses innovations, et se garde de suivre les cours •» de Pëconomiste Macculoch. » L'émancipation catholique était un autre sujet de discorde, et bien que depuis loBg-teraps il fût convenu de le compter pour rien , kl ii'«B agissait pas moins sur les uns et les autres. Enfin l'inimitié de lord Eldou et de M. Robinson, de M. Canning et de lord Westmoreland , était généralement connue, et M. Pecl seul paraissait neutre entré les deux partis. Les choses à ce point , on ne pouvjiit douter qu'un grand ti%mblement de terre ne dût un jour bouleverser le ministère de la chambre des communes. Mais personne ne le croyait aussi proche. L'attaque d'apoplexie de lord Lîyerpool a décidé l'explosion. Par la modération de son caractère et l'estime dont Topinion l'entourait, cet homme d'état était la chaîné qui unissait les deux partis; et , comme deux arbres qu'on aurait violemment rapprochés, à peine là chaîne s'estrelle rompue que chacun s'est redressé et a repris son attitude naturelle. Dès lors toute conciliation devenait impossible, et ce qui s'est passé, inévitable. Les libéraux ont vivement reproche aux ministres démissionnaires de s'être coalisés pour imposer un ministère au roi ; les vieux tories ont reproché aux libéraux d'avoir prêté secours T jA, Canning. .De part et d'autre on a fait son devoir, et cédé à la force des choses. Pourquoi lord Eldon et le duc de Wellington ne s'uniraientîls pas pour faire triompher leur opinion? comment le niarquis de Lansdown n'aiderait-il pas M. Canning contre lord Eldou et le duc de Wellington ? Quels que soient 3U fond les sentiments de M. Canning, quel que soit son oâractère , il est ici l'homme du peuple: lord Eldon est <relui de l'aristocratie. Que signitieruient san> c<*la tant

d'adresses pppuiiiires fpur célébr/crr le. trM)ii^e. du «premier ministre? que signîâerait surtout la GO^dttii^ de certains wUigs aristocrates zélés , qui se séparent de leurs amis, et vont orgueil leuseorenjt s'abaisser sous la bannière des entiemis dç toute innpvatiou? C^st que ni le peuple ni Faristocratie ne s'y trompent, et -que si dans un combat simulé on peut se ranger in4ifiei*empient à droite ou à gauche, au moment d'une bataille réelle «chacun reprend son véritable drapeau.- Or l'ancienne et la nouvelle Angleterre étaient en présence. U ne foUait qu'un signal: la mort politique de lord LiverpQol Va donné.

Aussitôt des négociations s'ouvrirent avec l'opposition. C'était une occasion de soustraire l'Angleterre au joug de cette race de Nemrod si bien décrite par Fielding et Walter Scott, et qui , un fusil sur l'épaule, croit apprendre en chassant le renard à gouverner un empire. L'oppositionliisaisit avec empressement ; et deux nominations successives portèrent au pouvoir le duc de Devonshire, lord Carliste, le marquis de Lansdowq, et M. Tiei'ney. Comme nous l'avons déjà dit, la mort politique de lord Liverpool av^it achevé la dissolution des anciens partis } depuis cette époque leurs éléments s'agitaient pèle- mêle dans la chambre. L'arrangement des whrgs avec M. Canning termina ce moment d'anarchie. Chacun alors tit>uva facilement $es affinités et ses répulsions; et tandis que les gentilshommes campagnards se précipitaient eu foule au côté gauche, ou vit se ranger derrière les bancs ministériels M. Bjx>ugbam , sir Francis Burdett, Robert Wiison , Mac-Intosh, el tant d'autres champions des libertés publiques. M. Hume, et quelques radicaux obstinés, restèrent seuls fidèles au banc de l'opposition , an risque de s'y voir étrangement entourés. A la chambre des pairs le même mouvement s'opéra, mais plus général encore ; Iprd King lairméme , le plus radical des lords, se déclara pour M. Canning , et

. €|yelqtt«s^vanitës whig9'l>le8$ée8 , cf^el^Hcs intéi^U aristo-

criiliqii«ft que.n'aottommodeal ni le changement des lois

cérialefr) ^ni la liberté du eomiaeroe , ni rien de ce qui

tend tt une réforjne sociale ^ se dévoilèrent enfin par des

^ttaqufs, des.injtires mêmes au nouveau ministère. Ce-

; pendant il esttcmjoura difficile de rompre avec «es amis.

Lord Grey et lotni Ëllenborough eurent seuls ce €^oUra-

g^^ mais si, dans qçtte ph^laogearistocratico-libéraie, ils

sontÀla fois généraux et soldats-, il fstaisé de voir que

.dans les raogs opposés plus ^d'un cœ^r bat avec le leur.

Quelle que soit «a couleur, raristocratie est effrayée. Par

bottheur, l'aristocratie veut des places et de l*argent , et

M. Canning distribue Tuu et l'autre. C'est là su force

.dans la cbi^nbre baute : celle qu'il possède dans la nation

est d'uiie tout autre nature.

Les révolutions s'opèrent de deux iQanières : par de sanglantes catastrophes , ou par une suite d'innovations lentes , mais certaines., L'Angleterre aii^e ce dernier OH>yen , et parait disposée à l'adopter aujourd'hui. Un aaiuistère tout aristocratique eût produit . des bouleversements* Ua ministère tout libéral eût échoué dans les chambres, ^alliance de M. Canning et du marquis de Lansdown est .un poujt qu'on fettesur le torrent. Les ennemis de l'émancipation catholique ont encore eux-mêmes trois reprësentauts dans le cabinet : lord Anglesea le repenjtfinl, lord Benley , et sir John Copicy, toujours si habile à se rallier au vainqueur. Un moment il avait cru au triomphe de lord Eldoii , et l'on se souvient de sa querelle avec M. Canning^ mais, éclairé par le succès, il est bieu*ôt revenu sur ses pas. Comment eu effet douter de la victoire, quand on voit d'un côté tous les talents, de l'autre toutes les médiocrités de l'Angleterre? Sir John Copley ne pouvait s'y tromper (i).

(i] Sir John Copley, ai;yourd'hui lord Lyndhurat , vi«i|t de r^cbeter bien des iautes en spatenaat dans la chambre jb«ut« qua U

Daus une uoble profession de foi a la cbambre des , pairs , lord Holland a dernièrement raconté l'histoire de ce magicien qui y dans un accès de bonne ou de mauvaise humeur, avait métamorphosé en filles d'honneur les capitaines de dragons d'une certaine cour, et en tapitainés de dragons toutes les filles d'honneur. Les capitaines furent d'abord un peu embarrassés de leur nouveau rôle; mais ils s'y firent et devinrent par degrés d'excellentes filles d'honneur. A peine les filles d'honneur eurent-elles .revêtu l'uniforme qu'elles devinrent la race la plus babil- • larde , la plus querelleuse , la plus grossièrement injurieuse qui se fût jamais vue. Pour qui a suivi la marche . de la nouvelle opposition , et lu les discours du marquis de Londonderry et de sir Thomas Lethbridge , l'allusion est facile à saisir. Voilà pourtant les Achille de cette singulière armée qui couvre aujourd'hui de huées les doctrines qu'elle soutenait hier. Jamais plus de petitesse ne s'est unie à plus de violence; jamais plus de mauvaise foi à plus de sottise. On appelle le ministère un honteux concubinage (i), et M. Canning le plus méprisable des hommies d'état ( the most prqfligate ) (2). On demande . des économies où la veille on ne trouvait pas la dignité du gouvernement assez soutenue (5). Ou réveille desques-

mariage est un contrat civil. A présent qu*il a atteint l'objet de son ambition , on peut espérer qu'il reviendra à ses anciennes opinions. ( 1 ) Lord Londonderry .

(2) Lord Ellenborough.

(3) Le marquis de Londonderry trouvait, il y a quelques jours, que M. Canning était beaucoup trop payé; et iord Dudley andWard a

' prouvé cpie , pour trente et quelques années de service , son honorable collègue n'avait reçu de l'état que 5o à 60 mille livres sterling , tandis que , pour dix ans seulement , le noble marquis en a touché 160 mille environ , ce qui ne l'empêchait pas , avant les derniers événe- ' ments , de demander une pension. Ces zélés défenseurs des deniers du • peuple ne rappellent-il pas la vertueuse opposition qui , eu 1816, s'êrriait chez nous : Nous ne voulons pas de placer !

i5 lk>ns dont on invoquait le sommeil a grands cris (i)^ et on s'irrite contre ses ennemis, parcequ'ils n'écoutent pas d'aussi charitables conseils. On sape par de sourds amendements des lois qu'on avait adoptées soi-même dans le cabinet (2). Enfin attaquer l'administration per fas et nefaS semble la tactique convenue : on dirait que des opinions ne sont bonnes qu'à cela, et qu'on doit en changer comme de cartouches à la guerre. C'est qu'en effet pour ces messieurs il n'y a qu'une opinion , colle qui résulte de leur.compte.de recettes et dépenses^ et ce compte, les nouvelles lois céréales eussent pu le déranger. Remarquez que ces hommes sont ceux qui déclament le plus contre la morale des intérêts; ils nemanquent pas une fois à la messe, et mettent à l'amende un barbier qui rase son frère le dimanche.

- 11 est deux membres des communes dont nous n'avons rien dit, et qui dans ces combinaisons ont joué un rôle mystérieux, M. Brougham et M. Peel, tous deux célèbres, tous deux influents par leur talent et par leur caractère: On sait qu'en Angleterre l'opposition choisit un chef qui, chargé de la diriger , se place en face des ministres , et prend la parole le dernier dans toutes les grandes quesjtions. Si l'opposition triomphe ou transige, ce chef occupe toujours un emploi important. Sa promotion est une condition à peu près nécessaire. Or, depui» la retraite de M. Tierney, M* Brougham était chef de l'opposition.

(1) Lord Eldou et son parti, qui s'iodigoaient il y a quatre mois contre M. Fitz-Gerald parcequ'il annbncait.uue nouvelle motion en faveur àe^ catholiques , slndignent aujourd'hui parcequ'il Tajourne à une autre session.

(2) Le duc de Wellington se défend yivement d'avoir eu cette in-tention ; et , à l'appui de son amendement , il cite un passage d'une lettre de M, Huskisson , qui dit précisément le contraire. Peut-être le noble duc a-t-il ainsi justitié sa bonne foi , mais aux dépens de son iuteHigéncè. Il'faitbierf, au'reste, de tenir plus à Thonneur qu'à l'esprit. ....

Lm vieilles traditiens Tappelat^iM donc au ninittàra; mais degraves motifs l'en éloignaient. M.Brotighamaflf^ l'avocat lit )a rçine. Cooime tel, il a {lersoniiellement attaqua 1^ roi; et l'amour qil'il avait pour soit aagustc épouse, S. M> l'a transréré i tous ceux qui en 1B20 se déclarèrent p«4ir elle. M. Brougham était donc un obstacle ji l 'arrangement proposé. Mais l'anbltion diee lut s'est ;ibai)*ée devant l'intérêt du pays; et, de son plein gré, il a déclaré qu'il n'aoeepterait point d'emploi. Ce ddvpuemcnt à la cause publique a sa récompense. M. ^rou^iam n'est ni ministre, ni cbef de l'opposition; mais il est plus dans l'estime nationale. C'est derrière M. Canoin^T><M ancien adversaire, qu'il siégé maintenant. De cette place, il se lève, eiplique sa conduite, justifie ses intentions, accable sir Thomas Lethbridge de sarcasmes a o^ers, déclare qu'eA soutenant la notivelle adininistratjo» il ne piréteod abjnrer aucune de ses doctrines, prête à M, Canning im seconi-s dont celiii-ci paraît quelquefois un peu «mbarCEissé, et se rassied couvert de Testimé et da respect île tous. Lh coiidnile de M. Peel est moins intelligible. On peut croire qu'en quittant le ministère, il avait d'abard' songé a 7 rentrer quand la question callioliqite serait décidée. C'est pourquoi les journaux sépuraient avcQ tuot dessin ta conduite de celle de ses collègues. Toujours d'ailleurs il se prodamait l'ami de H. Cannîng, et, siégeant aui bancs neutres de la chambre, on eiït dit qu'il nvnit les^eui fixes sur le repçntir de lord Eexley. Cependant les événements marchaient; leswbîgs acquéraient de la prépond cran ce, le ministère se consolidait, t] M.Pckil iluvenail uigii: cl uEfuiisif. Trop éclairé pour appuytr les burlesques boutades de sir Thomas Lcibbridge, il ne les blimait pourtant pas ; et, réunis à sa table , les chefs de l'oppoîition paraissaient l'adorer comme leur Dieu, mais comme un dieu qui s'enveloppe de nuages. Cts nuages géDaient M. Caiinîng. 11 a sommé tous set □ntrer ; le dieu aloi-s a diisipé les vapeurs

q4i»reiitourttteiitvet,.cHun pas^àU'àiér^fiï éstMé ë*dèâeorr' a làflacê qu'occupait M* Broiighalin ily»tr<>i$Tïr&i$.€V-' tait 'àne (leclài^atjon de- guerre eji action^ Cepetidant Topposition de M. Peel ne ressemble pas à celle d« sir Tho-^ nias Léthbridge. Il laisse à Phonorable biKr<»an^t 1^ nM>ao^ pôle des injui^s et des qm>HbetS) et st cotiteH^te d'e feson** tetiiî* quelquefois par un murmure approbateur. Quant à luif c'est avec mesure qu'il parle,, avec^ modération quMl attaque^ll sent que le teitips des Lethbridge et des t)a^-^ sott esit passé, et ce n'est qu'à ia dernière exlr-envi^ë-qu'ib les appellerait an pouvoir avec tui« E'n^n ce que-M/Can-' nioç M aux anciens -ffibigs^M- Peel Test à peu pr«s aur* aneien» tories* En passejit par ces.deux hommes, on peut,* sans une trop brnsque transition , aller de M.- Brotrghsim' au marquis de Londonderry. Mais entre eu< il exiête. malatenant une barrière terribie r c'est le pouvoîir. Il* n*en est pas moii^a curieux de tes vpii> en faor, eux qui se' touchent,, taudis que leurs soldats* se- séparent chaque^ jour* davantage. C'est G<»iiin9e.si dans l'assembliée coàstituaii^ Ferrière eût dirigté le c.ûte <lroit, et àtalhoùét lecôtég&tt>che*

Récapitalons. D'un coté M. Canniug et $&, itombceuip^ adhérents f les anciens wbigB^.et udéme quelques .radieatix ' plus aoùs. des révolutions g^raduelles quej desibrusqcies< ckajigemeiits,; en un mot iin/e. brillante pbaiapge oui sedbtingMeut, sous Ic^s drapeaux de leur habile géiaéraly Bcougham, Wilson^ Burdieti, lord John Russel, lord Mil'^ ton, Tierney^ Mac-lntosh,.RoMttson , Huskisso», efc. De rautrd une masse épaisse ; de ,/Qa>Aii«i/«i^ (- chasseurs au renard) ,. que sîr Thomas Letkbridge dotnine de< toute 1» Céte^ et M. Peel, isolé, comme dirait. M. .d^Arlincourt,- au* milieu de ce dëseii: d'hommes. De plus., Jx>seph. Hume,'- /otfd Howicki fils de lord Grey, et. huit. on dixiinOexibl'es ennemis du. présent, Ordi^e dies choses. Ce que.noiisf avonis>< dît de la chambre des. pairs dispense. d'y: devenir. Cestà» ces deux oppositions réMni0S:q^e.radmvnist»ation'dottfai« ^

i8 r^ face, et son: langage se ressent encore un peu de la noaveauté de sa situation. Appuyée à la fois par le Moming- Çhronicle et le Courrier, attaquée par le John BuU et Gobbett, elle a soin tout à la fois de renier lord Castlereagh et d'affirmer qu'elle marche dans les voies de lord Liverpool. Aux uns elle dit: «Pourquoi ne venez-vous » pas? Le drapeau libéral ne flotte-t-il pas de mon côté, » et ne suis -je pas délivrée de tout ce qui m'empêchait ». de l'arborer hautement ? « Aux autres : « Pourquoi » m'abandonnez- vous? ne suîs-je pas ce que j'étais il y a » deux mois ? Il n'est pas politique de repousser un » ennemi puissant qui tend la main; il n'est pas loyal » d'abandonner un ami éprouvé. » Mais ce langage fait peu de dupes.; on sait à quoi s'en tenir, et les faits parlent plus haut que les ministres. Voyez le diner annuel de Pitt, et celui de sir Francis Burdett. Au premier, pas un ministre; en revanche, l'opposition en masse; force compli-^ ments à lord Eldqn , et à M. Canning une dose suffisante d'injures. Hunt et Gobbett s'étaient rendus au second ; ils ont reproché à Burdett de s'être joint à l'administration; un tumulte effroyable s'en est suivi ; et malgré les cris et les menaces, au milieu des tables renversées, des bouteilles et des verres cassés, Burdett est l^^esté triomphant; sa justification a obtenu l'assentiment général; et M. Wooler lui-même , radical prononcé , a déclaré qu'à la place de sir Francis il en eût fait autant. Ainsi , le club de Pitt bafoue le ministère, et des radicaux se prononcent en sa faveur. Qu'après cela d'honnêtes^membres du parlement le regardent encore comme la continuation de l'administration de lord Liverpool, à eux permis. Un bon bourgeois du temps de Racine avait bien pris les Plaideurs pour ia suite X Andromaque.

Au milieu de tous ces bouleversements , quel rôle joue le clerg&? Celui qu'on devait en attiendre. Nul doute qu'au fond du cœur il ne maudisse M. Canning , et n'intrigue sourdement pour le renverser : mais le chef du ministère

'9 dispose des bénéfices ^ et dans l'anglicanisme comme ail--

leurs les bénéfices sont la partie essentielle. Tout dean. veut devenir évéque , et tout évéque archevêque. Le clergé a donc besoin de M. Canning con^me M, Canning, du clergé; et l'Angleterre, cette fois encore, n!aura point l'épouvantable spectacle d'un ban des évéques se séparant du pouvoir. D'un côté donc, on professera le plus vif attachement à la sainte église de Henri Y III ; le roi lui-même laissera échapper quelques paroles peu favorables à l'é-. mancipation : de l'autre, on se déclarera parfaitement: rassuré, et l'on votera hautement pour le ministère, tout en conspirant contre lui. On voit que le clergé anglicani ne. confond point dans la même haine les jésuites, et le je-, suitisme. ....'.

Jusqu'ici le ministère paraît assuré d'une majorité con-sidér^ble dans la chambre des communes. Dans la cham- <. bre des pairs ,' il est plus chancelant ; et quatre voix d'à-, bord, onze voix ensuite, ont fait triompher au sein der l'aristocratie l'amendement du duc de Wellington , amendement: qui renverse les nouvelles lois céréales. On peut remarquer que plusieurs illustres whigs, lord Grey , lord Eilenborough , lord Dacre, le duc de Bedford y lord Fitzwitliams, lord Lauderdale ,. lord Jersey, se sont, danscette importante épreuve , prononcés contre le ministère, < donnant ainsi la mesure de leurs opinions. Ceux qui ont . lu le Black'Book ( Livre noir ), ou Liste exacte des pen-,' sions , traitements, etc., dont jouissent les pairs d'uin* gleterre , peuvent s'étonner de cet acte d'hostilité. Mais « ce n'est point- ici une question comme une autre. Il s'y : agit d'argent; et , en mettant d'un côté de' la balance ce .* qu'ils reçoivent de l'état, et de l'autre ce que leurs fer- > miersleur comptent annuellement, beaucoup de nobles t ^ords auront sans doute, tfouvé les fermages plus pesants. • Dans toute autre circonstance ,• les pensions pourront bien /'emporter à leur tour. Déjà ils ont fait quelques pas. en arrière ; et , api:ès s'être indignés des sévères paroles que ,

WH, M. Gààning leur aiail ptnâté dft la leçon , et adopté L. ««M« certames cotiditi6ns, admet à .-«iMitw refuea e« entrepAl orant le •^ ji.'>' ;>«tMrcBiNeut ; il vaut mieux plier ^^tas . jiK!(*«t«Re prenne gartte! Depuis le ontgniidi: etTarB^e laulé peut aufOMnlltut tïént- , un arbf« ^ae se» aKlk lafcii Iwhniiiiin iil >(M*«ai( aM reatt êti'c- phn a iMlBo4nftie, à vivement ..■ i-'iatuL u» aaMMMwa . c'etatt-im vvrifBbte

otu^o * - ^ï4 '>ailt* n^ CjamtnfÇ av p^ c ^Mitf* WM» bwde ta^iMiiatn Que les

> .<»«« :«it : ■ ie «oodraû, w£fiitrw-»-it , ,»4..4 >.-ui*tewli; Mais lard EMoa. ^dGnf, o ■V«iiuigtoa i

^ I I I I I 11 [[■■■■Il 11 IkDai ^»UM:Mt]aatîfM. B BeTapaa^t; «tbtaa- ,. jMiuwM«Bt«atre ■■< arâtecnCw-^H Pa^

u.i*uatâtr«tM« ^ai vent la M^bger. Qlû

oiiii» ermasi' ^ae aons a'ayaaapaa <fic aa >.>H ^t<ntt croire (faetCalianl il ïaelîaasK vers ujuva; laais, d'oac laaia viguiueuM, Mi.iitu;i , etf deptaM, il a , dit-oa , i^irïa ^aat- Mju iiucieo peacfcant. E» d'antres HrtaeJ , . jAti >a leuaatsr, se voit pest-ètir eatoaré de lyu J« itafn». La d^edion descs caaonHets ~ b lie sa maiinn l'a d'aHlears'fart pî- <tk*fm'iblp aos BagM aei iea dont' tt ly a (juHouo nob, Pateabk au-

jourd'huî. Enfii^ , les journaux, dou^ aunpncent qu'il a re-: eu avec aifabilit^ les félicitations de la cité de Londres, et tout porte à le croire de bonne fo^. Si pourtant M. CannÎDgn avait point d'autre appui, on dev;*ait trembler. Mais l'opinion est derrière, et M. Canniug vit dans un pays où , pour répondre à un pair qui, sur la qijestion des cathofic|,u^$., citait deri^ièrernei^t Jies ^eptimeuts personnels du rpi , lor4 Harrowby^ rninistre, apU dire : « Rien .n'est 9 plus incoustitutipppel que dèp^^éyenir ainsi la décisioi| 9 des chani|3ref ,,et dç,,f|]^ire croire que, si elles. |votaien|: 9 l'éipancipat^on ^ 9^ majçsté ne seraitp^s obligée (,^ow«^) 9 djç s'pii rapporter ^^x c^yi^ des conseilljsrs deja.cour » r,opine. » .

To^s ces faits étalef jt cpnnus ;^ iinai^ ]^pus croyons les avoir éçlaûxis^eç le/s rapprpcbant. Le^n^i^veau nxinistère peut-î], se .pi:omettre une Jqngue existence, et M. Çan-r pin^ ^n rester^-t-ii. le c|ief ? Telle est maintenant la quesr tion.^Qu^lque^ , personnes parai^sçnt redouter la session prochaine. Quant .à nauç f^H^^M^. \^ répétons , nous %vons confiance dap^ . l'opinipi) hfiutetpf9t.énpncée ^u pays. Quand la ftc^içn jdu 4hc 4^ A^pUington et; du marquis de L9n<^9nderrj.réus^if{iit,pçndanjt quelques jours ^ ^11^:^^ sayrait.se çi^^inieni^f au pouvoir* Upe poignée (|e. nobles ne triomphçr^.^pf^ç. de^tôu^ qn pe.uple. TSoijls craignons donc peu pour }\^. Cj^pniug cfts ébuUitions de fureur aristocratique; c'est au contraire quand elles se refroidiront que i^aitrc^nty ^^l?? ïiousi, les véritables dajugers, Exjjliq^^i^.potrç pejpsée, ^ V .• . ..^ A jMg^r supçr^ciellement l'Apgleferre,^ ou dirait que tout 7 est pour le mieux. Sur cette terre petite en miracles , îLy ^ tant de. grandeuf dans les conceptions de Tindusfr^e^ tant de vie (dans.lçîs esprits, tant d'opqlei^ce et d'activité dans l'aspect général j |out, d'ailleurs, parait classe avec faut d'ordre et de méthode; Ja société , sans res&^rts apparents , semble marcher d'un pas si ferme et si réglç, qu'au premijer. coup-d'œil on est. nécessaire ment

ébloui. Cepeudant combieii de défauts sous ce vieroU brillant, combien de plaies sous ces riiches habits! Une effrayante inégalité de fortunes^ et, pour y remédier, une taxe des pauvres qui , sens cesse accrue par la population qu'elle accroît , menace de tout envahir; une dette énorme, que douze ans de paix ont à peine réduite, et qui, résultat de la plus injuste guerre , fait partout répéter Ib mot effrayant de banqueroute 5 uu sol presque exclusivement possédé par un riche clergé et quelques centaines de souverains, et', comme suite nécessaire, une masse effrayante de prolétaires attachés, non plus à la glèbe, comme dans le moyen âge, mais à la machine; partout enfin les funestes conséquences d'un système qui a voulu forcer la nature, concentrer les richesses dans un petit nombre de mains , et consacrer d'éternels prîviléges. Déshérités au profit de leurs aînés , les cadets sont tombés à la charge de l'état. De là des fonctions si chèrement rétribuées et tant de sinécures pour eux, d'ailleurs, et pour leurs sœurs de faibles légitimes, qui, constituées en argent et hypothéquées sur des biens substitués, ont fini par s*accumuler; delà une certaine gène dans beaucoup de riches familles. Il s'est alors agi d'accroître les revenus , et deux moyens combina pouvaient y conduire : augmenter la population en ouvrant des débouchés à l'industrie, et refuser à cette population nouvellement créée le droit de s'approvisionner à l'étranger. C'est ce qu'on a fait. Il a fallu mettre en culture des terres de qualités inférieures; le blé a monté, les fermagcSs ont augmenté , et pour quelque temps on a respiré. Mais tout a un terme. Le peuple a fini par trouver mauvais qu'on l'engageât à exporter des tissus , sans lui permettre d'importer du pain ; et quand la faim a menacé les châteaux, les châteaux ont tremblé. Des raisonneurs se sont dit que, quand une dette colossale pesait sur la nation , il était étrange de voir doubler le revenu de pasteurs fort vénérables peut-être, mais qui, chaque

joufi voient se disperser leur troupeau , et les presbytères ont frémi. Enfin , malgré les arguments des aristocrates, soutenus par ceux de l'économiste Macculoch , plus d'un père de famille a cru bien faire en enrichissant également ses enfants , et l'édifice de la vieille constitution s'est ébranlé jusque dans ses fondements. L'inégalité en est la première pierrej et malgré la liberté qui le protège , vingt fois , sans l'habileté de ses architectes , il se ^serait écroulé. C'est grâce à eux qu'il subsiste encore; mais comme ils ne songeaient jamais qu'au mal présent , de réparation en réparation on en est venu à quelque chose de monstrueux qui menace ruine de toutes parts. C'est une maladie qu'on a répercutée au lieu de \st •guérir.

Ce tableau peut sembler exagéré : nous ne le croyons qu'incomplet. C'est donc en présence d'une société vieillie qu'un ministère jeune se trouve placé, et ici commencele véritable emba rras de sa situation. Ni M. Canuing, ni même le marquis Landsdown , ne désirent porter brusquement la hache dans cet amas gothique d'institutions surannées*; et peut-être ont-ils raison; peut-être le pays u'est-il pas assez mûr pour de si grands changements; peut-être faut-il qu'il s'y prépare de longue main, et qu'il les opère par degrés. Les brusques transitions sont toujours fâcheuses pour les générations qui existent, et ou se décide difficilement à se sacrifier à ses descendants. Cependant le nouveau ministère , délesté de l'aristocratie, a besoin de la nation. C'est d'ans la nation qu'est tout son espoir. Pour la satisfaire, il faut quelques concessions. De légères modifications k la loi sur les grains , le maintien de la constitution pprtugaise, pourront d'abord^suffire; mais qui pense que c'en ser^ assez? Ces premiers pas faits-, on voudra nécessairement marcher; et s'il s'arrête, que fera le ministère? sur qui s'appuierat-îl?

Il y a plus : jusqu'ici les whigs et M. Canning parais-

a4 sent parfaitement d'accord; puais entre eux et lui que de germes de discorde! Les whigs ne veulent sans doute pas tout ce que demande la Revue de Westminster, maïs ils veulent plus que M. Canning. Ce sont des voyageurs, qui partent de Paris; mais l'un va au Havre, et l'autre à Rouen. «Jusqu'à Rouen ils seront ensemble, et se sépareront ensuite, sans que pour cela les uns ni les autres aient changé de projet. Cela s'est toujours ainsi passé dans les assemblées délibérantes, et c'est pourquoi les jpartis se sont si souvent accusés à tort de versatilité et de trahison. Ils étaient toujours les mêmes; seulemeht ils avaient atteint le but vers lequel ils tendaient eu commun. Quelquefois pourtant cette séparation ne peut être prévue : ici elle est pour ainsi dire proclamée d'avance. Ainsi M. Canning déclare que jamais il n'acceptera la réforme parlementaire , et qu'il votera toujours contre l'abolition du test and corporation act {i). Cependant beaucoup de soutiens de M. Canning demandent la réforme, et un plus grand nombre encore l'abolition du test. Ce n'est que sur la demande des dissidents euxmêmes que cette grave question, comme celle de l'£mancîpation, a été renvoyée à une autre année. Peut-être le combat ne serat.il d'abord que simulé. Mais qui peut l'empêcher de devenir sérieux ?

Au milieu de cette opposition si vide, si misérable, nous avons d'ailleurs remarqué un petit groupe de réformateurs, véritable oasis dans le désert. Tant que le ministère sera en deçà du but où l'on tend en commun, leur voix sera peu écoutée; mais ce but une fois atteint, quelle force n'acquerra-t-elle pas ! Le ministère alors pourra se trouver entre deux oppositions puissantes, dont ]'nn,e lui

' (i) Xie Ustand corporation ac<'oblrgë les dissidents -à i«cewîr la communion anglicane , s'ils veulent occuper certaines fonctions publique^. On ne veut point .abolir cett^ - incroyable loi \ mais soavent on en dispense en accordant aux ministres un bill d'inderhnitjr.

repfQchera d*ailer, et Paùtrè ^e i)e pas aller assez loin. Au sein dii ministère lui-même , ce dernier reproclie atteindra M. Canning^ et dans ce ministère iï pourra jouer pré* cisément le même rôle que le duô de Wellington dans le dernier. .Lord Lansdown aura pris le sien. G^iest. déjà ce que prédisent les journaux de l'opposition \ et le John BuU^ compare M. Brougham à l'araignée qui épie avec joie le moucheron qu'elle vient d'enlacer. Il est vrai qu'ici le moucheron est redoutable. Mais que peut la force d un homme contre la force des choses? D^ailleurs si cette désunion se manifeste , que fera j^. Oanning ? Son éloquence est grande , mois il ne peut espérer que ses nouveaux alliés renoncent eu Técoiitant aux opinions de toute leur vie. Reviendra-t-il sur ses pas , et tendra-t-il la main a ceux qu^il a justement llétris? Peut-être, en se courbant bien bas, obtiendrait-il un dédaigneux pardon y mais rien de plus ; et l'on ne sacrifie point ainsi une grande renommée. Encore une fois, que fera-t-il? Ou il changera d'opinions, et ce ne sera plus le Canning que nous connaissons; ou il les conservera , et son poste n'est pas tenable. Des deux façons , au reste , l'Angleterre y gagnera. .

En nous résumant, nous âisons i'^ que la dernière révolution ministérielle a un caractère tout particulier, un caractère vraiment populaire et national; 2** que le tpinistère actuel ^ tel qu'il est constitué, ne peut être qu'un ministère de transition; S* que M. Canning enfin gardera difficilement la présidence de ce ministère. De nouvelles crises sont donc inévitables, selon nous. Mais elles peuvent se faire attendre long-temps, et M. Canning doit beaucoup à chacun des membre de l'aristocratie qui veut bien l'attaquer. Tant qu'il y aura danger de ce côté, le peuple en effet se serrera autour de lui, et, chez nos voisins, on aime mieux en politique marcher sûrement que vite. Cift n'est point trahir set princtpes que de ics faire triompher un à un; et avant de pousser une mine,,

il faut s'assurer du terrain qu'on laisse derrière soi. Que lord Elfénborough et lord Wtnchelsea unissent donc Jeurs voix pour crier anathème au nouveau premier. Ce sont ses affaires qn'ils font , et nous ne serions pas étonnés qu'à la fin de la session il leur offrit une pension. Quoi qu'il en soit, on ne peut trop féliciter l'Angleterre dfe la nouvelle voie dans laquelle elle s'engage. Si bien constituée sous tant de rapports , que, sans remèdes violents, elle achève de se guérir de la lèpre féodale, et elle aura résolu un important problème : elle aura prouvé qu'aujourd'hui la civilisation est assez forte pour triompher paisiblejnent de ses ennemis. L'aristocratie aurait ici un beau rôle à jouer; et , malgré la vieille obstination de. la vieille chambre des pairs, nous espérons encore qu'elle le jouera. En vain l'amour du gothique domine-t-il au sein des hftates classes; en vain le retrouve-t-on partout, dans les lois comme dans les meubles, dans l'architecture des châteaux comme dans l'éducation : il n'en croît pas moins uue nouvelle génération bieii différente de la génération qui finit , et dans quinze ans la chambre des pairs ne sera plus ce qu'elle est. Tout ou rien lui paraîtra alors le plus insensé àes jeux; par d'utiles concessions elle affermira son pouvoir; et le fils de lord Grey se gardera de dire « qu'il veut rester debout ou tomber avec son ordre (i). » Biaise Pascal démontrait, il y a près de deux siècles, que relativement à nos ancêtres nous étions les vieillards portant ainsi un coup mortel à a la sagesse de nos pères. » Ces mots pompeux ne sont point encore sans force en Angleterre. Cependant les journaux en plaisantent , M. Huskisson s'en amuse, et la chambre des cominunes commence à en rire. Quand on en est là, si le privilège veut qu^on ne le tue pas, il n'a qu'un moyen , le suicide.

( 1 ) Paroies de lord G«ey dans ane des dernières séances.

xsamafBoaBi

Page 1