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Depuis plusieurs années un ministère oppresseur pèse sur la France; à l'aide d'une majorité factice, il couvre tous les excès , tous les abus, du manteau de la légalité ; c'est aussi dans la légalité que la nation doit retrouver ses forces ; les armes du ministère s'émoussent y nous, allons retremper les nôtres : comme l'a dit un ministre qui avait la prétention de jouer cartes sur table , et qui nous donne la censure , rira bien qui. rira le dernier. Notre salut est entre nosmains^ il dépend des prochaines élections; les vexations , les cris de tous les tourniquets de France ont retenti dans la chambre des Pairs; elle a inséré dans la nouvelle loi du jury ane clause qui garantit la pureté des élections , en assurant leur indépendance ; par cet acte de prévoyance et de justice y elle a tari la source de toutes les violations, de toutes les iniquités , dont le débordement avait inondé les collèges en 1822; elle a dit aux électeurs: Justifiez de vos titres; soyez fermes et persévérans ,vous n'avez plus d'obstacles à craindre. Les élec-
leurs doivent répondre à ce noble appel da premier corps de l'Etat ; ils doivent se rendre avec zèle aux chefs-lienx de leurs arrondissemens ; ne s'en rapporter qu'à eux pour la production de leurs pièces, en suivre l'admission , et ne s'arrêter qu'après leur inscription définitive sur les premières listes, qui doivent être publiées le 15 août prochain. Que ceux qui s*y trouveraient officieusement portés par l'autorité ne négligent pas pour cela de faire leurs preuves ; c'est la condition indispensable pour y être maintenus , les préfets conservant jusqu'à la fin le droit de rayer ceux qui auront omis de fournir leurs titres. Qu'ils se gardent d'attendre au dernier moment , car avec de vains subterfuges on atteindrait Fheure fatale» et on les mettrait en état de forclusion : on éteindrait leurs réclamations par la clôture , comme on a tant de fois étouffe la voix de leurs mandataires. La clôture est l'arme fa* vorite des préfets comme des majorités tyranniques; •avec la clôture, on casse un électeur comme on bâillonne un député. Point de lenteurs, point de négligence, surtout. point d'aveugle copfiance dans les promesses de l'administration ; les administrateurs même les plus paternels n'ont plus d'entrailles quand il s'agit d'élections.
Que s'il pouvait exister des électeurs assez insoacians pour accepter l'invasion des jésuites , le régime de la censure, la coalition du syndicat et le monopole de là Bourse, plutôt que de faire un trajet de quelques lieaes, que ceux-Ui se cachent dans leurs foyers, qu'ils crotrpissent dans une honteuse apathie ; mais que ceux qui yeu-
lent lie rëgne des lois et le maintien de nos inslitotions ; que ceux qui détestent les machinations d'une secte qui ne se repose de l'assassinat des rois qu'en rêvant leur tutelle; que ceux qui repoussent un ministère hypocrite et immoral , un ministère qui n'a plus d'ap* ' pui que dans les gendarmes y un ministère qui ne peut trouver de complices pour sa censure , et qui ne peut plus vivre même ayec Yidocq , un ministère qui ren* verse nos écoles et érige des couvens et des séminaires,, qui brise sur le pavé le cercueil d'un pair de France , et qui pleure de tendresse sur les contusions d'un agent de police, un ministère enfin qui foule aux pieds un Larochefottcault mort , et qui tend les bras à nn che^ valier de (^ophignon , qui n'est que trop vivant ; que ceux-là se mettent en marche , qu'ils assiègent les bureaux des préfectures ; qu'ils parlent la loi à la main , et qu'ils courent à la conquête de leur carte d'électeur, comme ils voiraient à la défense du trône et des fran* chises nationales. Un vrai citoyen est esclave devant la loi; mais il doit être inflexible sur son droit: avec Tunion de la loi et du droit , les électeurs formeront un phalange invincible.
Mais, dira-t-on , à quoi bon se presser pour les listes électorales ? Il n'est pas question d'élecûons pour cette année ; les pouvoirs des députés ne sont pas encore expirés? A quoi bon? Le roi n'a-t-il pas le droit de dissoudre la chambre selon son bon plaisir? S'il lui conTcnait , dans sa haute sagesse, d'intei^roger le vœu de ses peuples par un appel aux électeurs , ils doivent se mettre en mesure de répondre en toute circonstance, à toute heure , à la voix auguste du monarque.
Et d'ailleurs, n'avons-^ous pas aflaire à un ministère qui ne yit que d'artifik^es y qui ne prolonge son existence éphémère qu'en manœuTramt à contresens de nos institutions, en contradiction avec les saines doctrines qu'il a lui-même professées autrefois. Ce ministère est toujours sur la brèche pcyir profiter de la moindre prise c[ue peut donner la vigilance de la nation y avec laquelle il s'est mis en état d'hostilité; le plus sûr moyen de le yàincre est de se tenir prêt à combattre. Après le 1*' octobre ,, jour fatal pour la fermeture des listes , il en scrutera les colonnes avec une perfide arrière- pensée, et si, grâce à Timpré- Toyance , à la léthargie des électeurs indépendans , il les trouve vides de noms patriotiques, et gonflées de ceux de ses créatures et de ses affidés , que ses préfets y auront portés d'office , alors il provoquera une convocation générale des collèges y. il entrera dans les assemblées avec l'escorte servile de seis mercenaires , et il en sortira avec une majorité, produit de l'inertie et de l'insouciance , mais qui s'appuiera encore une fois sur la loi , et qui passera avec lui un nouveau bail de cinq ans ou de sept ans , selon que la question sera décidée dans la prochaine session.
Ce grand œuvre consommé , le ministère aura ses coudées franches ; qu'on juge de tout ce qu'il pourra entreprendre de pernicieux , durant cette longue carrière qui s'ouvrira devant lui ; il achèvera de renverser ce qu'il n'avait fait qu'ébranler. Au nom de la Charte, il démolira la Charte , en la divisant en articles régiementaires qu'on peut attaquer d'abord , et en articles
• (7) fondamentaux qu'on attaquera plus tard, comme il a déjà fait pour la loi du double vote et pour la sépténnalité. II continuera^es efforts pour briser la digue que lui oppose la magistrature, soit en nommant à la place des intègres que la mort moissonnera les affiliés ' de la congrégation , soit en adjoignant aux magistrats incorruptibles des auditeurs amovibles , et par conséquent dociles , si la mort est trop lente à prêter son secours. Il éternisera le règne odieux de la censure; il nous rapportera ses lois de haine, qu'il n'aura même plus la précaution d'appeler des lois d'amour ; il livrera l'instruction en proie aux jésuites; il peuplera nos campagnes déjeunes fanatiques qui, du haut de la chaire de vérité , crieront anathéme au roi et à la Charte qu'il a jurée ; et quand la justice leur deman- • dera compte d'un tel attentat, ils répondront ingénuement qu'ils ne savaient pas mal faire. Eh I grand Dieu ! que leur faut-il donc , s'ils ne se sentent pas coupables lorsqu'ils mettent le salut du roi très-chrétien au prix d'un parjure ? lorsqu'ils proscrivent cette Charte, bienfait immortel d'un prince qui a reçu et compris la leçon de l'expérience et du malheur ! cette Charte , consacrée de nouveau par les sermens de Reims , en présence de tous les prélats de France, de tous les ambassadeurs de l'Europe, au milieu de toutes les pompes du sacerdoce !
Mais laissons de côté la supposition d'une dissolution possible de la chambre , et raisonnons dans l'hypothèse plus que probable d'un renouvellement partiel ; la dernière session a prouvé que la chambre des Pairs
(8) avait fait divorce avec le ministère : pour rester au timon des affaires 9 son premier soin est de refaire sa majorité y le premier intérêt de sa politique est de récompenser les services des députés qui ont eu le cou* rage de combattre sous sa bannière; il a déjà des engagemens pris. On parle de soixante nouveaux, pairs; voilà donc soixante nouveaux députés à élire ; qu'on se figure tout ce qu'apportera de forae et d'impor-» tance à l'opposition le concert de soixante voix partant à la fois dei soixante points différens de la France, et vçnant se réunir à Paris en ufi cï*i uûanime de ré*' probation contre le n^inistère.
Que , si , au contraire , les électeurs laissent le ministère usurper une facile victoire dans le renouvel* , lement partiel , bientôt il viendra se targuer de ce triomphe précaire ; il proclamera avec une audacieuse assurance, à la tribune nationale , qu'il a consulté les vœux d'une fraction importante de la population ; que tous , ou presque tous, ont répondu aux siens ; que ce qui est vrai pour un cinquième de la France doit être également vrai pour la totalité , et que , conséquemment, il a pour lui l'opinion de la France eqtière^
Peut-être de secrets agens» portant le masque de Tindépendance , mais cachant la livrée du pouvoir ^ viendront-ils obséder les électeurs , leur insinuer avec une insidieuse adresse que soixante voix de plus dans l'opposition ne changeront pas la majorité , et qu'il est inutile de se déranger pour n'aboutir à aucun résuluL D'abord ils auront menti ; car plus d'une fois la ma* jorité a été moindre de soixante voix , témoin, la pro-
position Laboëssièré ; et ensuite , ce n'est point ici une question de majorité. Electeurs , il s'agit uniquement de remplir le plus impérieux devoir , d'user de votre plus belle prérogative , de la seule par laquelle vous ayez action sur les affaires de votre pays , de celle qui remet entre vos mains les destins de la patrie ; il s'agit de protester par toutes les voies légales contre la marche de l'administration , de lui montrer qu'elle ne peut faire un pas sans rencontrer uo obstacle y ni engager une lutte sans essuyer une dé&ite ; de lui présager sa ruine pour le jour où son procès sera jugé devant le grand conseil de la nation; en un mot, d'éclairer la religion du monarque par tous les moyens dignes de bons et loyaux citoyens.
' Soixante voix ne changeront pas la majorité! Mais qu'on se rappelle la sensation profonde produite en France par les six dernières élections ; l'effet salutaire de ces grandes notabilités introduites successivement dans la chambre , n'a pas été sans influence sur ses délibérations ; ch&cun de ces choix éloquens avait un caractère spécial, et comme un sens particulier : l'un , chargé des suffirages presque unanimes des électeurs d'Orléans, rend témoignage de l'immense progrès fait par l'opinion , depuis que le même collège avait accueilli, en 1822, un favori du ministère ; un autre reçoit de Bayonne la mission de sonder le gouffre de nos finances ; d'un regard d'aigle il pénètre jusqu'au fond de l'abîme; il porte la lumière dans ce chaos , et révèle à la France indignée un déficit de 6 millions , preuve «natérielle et irrécusable des méfaits du ministère. Un
(10) troisième, malgré tous les retards qne l'autorilé apporte à son admission, survient à temps pour dénoncer les petitesses de notre diplomatie , redire l'émulation sympathique qui fait battre tous les cœurs généreux en jâveur de la Grèce opprimée , refouler vers ses auteurs la honte des affronts que noua prodigue a l'envi l'étranger , et répudier les mépris de l'Espagne , de ta Prusse et del'Antriche, qui n'étaient encore qu'un préambule aux insultes d'Alger : Mamers nous envoie ce jurisconsulte d'une réputation européenne, dont l'éloquence a préludé par les palmes du barreau aux triomphes de la tribune , et dont la science profonde éclairera le dédale de notre législation ; ce logicien qui pulvérisera les fragiles raiaonnemens des légistes officiels ou officieux par son argumentation vigoureuse et sa dialectique serrée, quand il daignera leur faire grâce de sa mordante ironie. Un autre , fameux dans les deux mondes , vrai colosse de gloire et de popularité, dont la renommée n'a rien d'égal que son incroyable fortune , se présente comme une protestation vivante contre le licenciement de cette garde nationale parisienne, dont il fiit le premier général ; c'est un géant qui vient coinbattre des pygmées; à cinq années de déception, de fraude et de mensonge , il oppose ses quarante ans de vertus, à l'hypocrisie son austère franchise, à d'éternelles déviations son inébranlable constance. Enfin, l'un des principaux départemens du midi, où le dévouement à la monarchie n'est pas plus vif, mais où il est plus incontesté qu'ailleurs, représenté non pas par des boutiquiers et des épiciers , suivant l'heurease ex-
pression de M. Dudon , mais par rélite de sa propriété et de son industrie,. lance à la députa tion Thomme de France le plus hostile au ministère , Tami intime du patriarche de la presse , de Tillùstre auteur de la Monarchie selon la CÂar/^ , \ Tirréconciliable' ennemi du président du conseil, celui que M. de Villèle a traqué comme sa béte noire dans tous les collèges de 1822. Il arrive fort de tous les obstacles qu'il a vaincus , de toute l'indignation qu'il a amassée , de toutes les malédictions que son antagoniste a rassemblées sur sa tête ; c'est Tantechrist des croyances ministérielles. A son entrée dans la chambre , il me semble voir le centre tout entier se prosterner en génuflexions, et se signer le visage , comme pour se préserver du malin esprit ; puisse-t-il déserter ses bancs ! puisse-t-il s'enfuir en masse pour ne jamais revenir ! la grande question à l'ordre du JQur se trouverait immédiatement résolue , et il pourrait encore prétendre à la reconnaissance du pays !
Electeurs de toutes les nuances , de toutes les opinions , voilà de nobles exemples à suivre ; qu'une généreuse émulation enflamme vos cœurs , écoutez le cri de vos consciences , répondez à la voix du prince ; la patrie en larmes >ne vous demande qu'un vote , et le monstre est terrassé , et l'hydre est étouffée , et la France est sauvée !
Ce 28 juillef 1827.
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La Lettre sutnant» y écrite jiar rûn jie^ fhffnbres du comité électoral, de la Drames naks if paru esffHr è laf&ia êee inHmetiânë ei fiitihè èt^H èi bon èJte/bplé ^ ijùe noue atone cru détoif* hU iàn" nèr uM puhticite nouvelle. Noue ne pouviofis trouver une meilleur» préjace peut le M ANUffr ipee nûue mUane publier.