‹ Censure de 1827 (volume 2)Chapitre 56 sur 80 · LA MALLE-POSTE · texte numérisé non relu

LA MALLE-POSTE

OU

£^0 ^mJr ^ifo^xXim^. ^

C'était le !a3 juin 1827, à six heures du soir* Les Toyageurs rassemblés dans la cour de l'hôtel des postes montaient dans les voitures qui devaient conduire chacun à sa destination , tandis qu'un employé faisait l'ap pel. Le hasard avait réuni dans l'intérieur de la même malle-poste trois députés qui retournaient à la fin de la session dans leurs départemens. Le lecteur peut se les représenter d'après la description suivante : l'un semble un homme d'un caractère franc et loyal, et des mœurs les plus simples; sa physionomie est ouverte et disposée aune confiante gaîté. Le second, âgé d'environ soixantedix ans , se fiait remarquer par une coiffure à poudre qui offre une réminiscence de l'oiseau royal, modifié parle laps d'un demi-siècle; sa figure assez commune est tout-à-fait sans expression, et sa complexion épaisse annonce une santé parfaitement satisfaisante. Le troisième, homme de taille élevée , dont les cheveux clairsemés et plus que grisonnans sont arrangés sur son front avec autant de goût qu'on en pourrait trouver chez un ieane Jashionablef est doué d'une figure spirituelle;

ses traits sont fins^ ses yeux assez vifs, et ses lèvres légèrement pincées se prêtent volontiers à un sourire sardonique.

Diaprés le rang d'inscription de ces messieurs, celui qui vient d'être nommé 1b second aurait dû l'être le troisième^ car il avait la dernière place et en conséquence il avait encaissé entre les deux autres sa vaste rotondité. Ils se trouvaient, encore par hasard, assis respectivement de la même manière qu'à la Chambre; aussi cette singularité ik'a-t-elle pas manqué de les frapper d'abord, ^t nous idlons Ibs désigner d'après leur place, ce qui sera indiquer en même temps leur opinion ou leur situation politique.

Le député du côté gauche (i/igst->à«dire celui qôioc» ctipe la droite de la banquette) engage ainsi la conversation au moment où l'on ferme la portière :

Ls ^istri ns GAUCHE. Ma foi, messieurs ^ vous cob* ▼iendreib qu!» voilà Un singulier arrangement du hasard. U me semble que nous nous trouvons représenter les trois parties de la Chambre; car si je né me trompe, monsieur que voici est notre collègue.

Lb lusii^uTB ns DEOxTfi. Je me rappelle parfaitement la figure de monsieur, quoique je n'aie jsimais eu rbo&neur d^ le vfûr à la tribune, que j'aiUe peu dans la salle des conférences, et que je ne dme point chez les minictf r^s : en effet , voilà qui est plaisant

Lb ub^ctb pu GBMT&B. Messieurs, vous ne vous trompez pas ; je suis aussi député et je vais , comme vous, me reposer ds^ns mes foyers des &tigues de la session. Enchanté de me trouver en votre compagnie.

Le Diiptn^ OB BROiTB. Oh oni ! nons ayons en Une rude session. Vous tous êtes donné bien du mal* mesf sieurs de la majorité.

Le DBpuTé nu cektrb« Dites donc que c^est vous autres qui nous avez donné beaucoup plus de discours à entendre que nous n'eussions voulu.

Ici la conversation est interrompue par le coup de fouet du postillon , pour ne se rengager (ju un peu plus tard. Ou sut qu'il n'est pas fsKâle de causer,. à plusieurs personnes^ dans une voiture qui va grand train sur le pavé. C'était seulement dans les courts intervalles où la malle-poste roulait sur la berne , que nos interlocuteurs pouvaient s'adresser la parole.' Après qu'on eut passé la barrière, œtte occasion s'est bientôt présentée à cause d'un embarras de pavage, et le dé* puté de gauche a ainsi rompu le silence :

Le députe de gauche. Ah çà, messieurs , qumque nous ne soyons pas tout-à-fait en nombre pour délibérer, nous formons pourtant vne espèce de petite Chambre complète, et je vois que nous pourrcms bien faire aussi en causant upe manière de sessiop ambu-* lante.

Lb députe 0u centre. Tant qu'il vous plaira ; .n^ais je vous avoue que ]ûn ai assez comme cela pour cette année , et d*ailleurs je crains bien de ne pas pi:e|;i4re autant de part que je le voudrais à votre conv^iisation » car je dors beaucoup en voiture. /; , *

Lb député de droitBj {en souriant malignem^^t)^ Ah! qu'à cela ne tienne; la <lîsGusfttQ& ira toil|;<'de

wéme son train ccmuneoela s'est &it6oiiTait'à la Qmiihre;le centre n'y prenait pastoiqourspirt, ^pourtant on allait aux Toix ensuite.

Lb nBFiJTB ou GXHTRJB, (iifvc tfii oir de satisjactian\ Piaffbleu! c'est fonjonrs là qu'il £int en Tenir; qo importe tom le bayardage? (et les dëdamations, ajoute tout bas le d^mté de gauche) il faut bien finir par roter, et c'est le nombre qui £ût la loi au bout dn compta

Le députe nE gauche. Ne parlez pas du nombre, sll TOUS plaît : car tous saTCZ que nous pouTons tous rétorquer fargument.

Le DEPUTE DE DEorrE. Oh ! de grâce , monsiettr le député de gauche, ne nous mettez pas sur ce teirain-là.

En même temps le postillon reprend la chaussée; le tapage du roulement et des ressorts de la Toilure suspeod la conTersation qui se rdèTC ainsi à une petite descente sur le sable.

Le députe de droite. Nous pouTons nous vanter, messieurs, d'être de bons et loyaux députés; car je To^s qn nous sommes restés jusqu'au dernier jour de ht session ; tous nos collègues n'ont pas attendu si longtemps. Mais quelque envie que j eusse de venir cxier vhe le roi même en si petit comité, j*aToue que je serais parti plus tôt si j'eusse préTu la scène que Corbière nous a £aiite hier.

Le députe de gauche. Et moi aussi, car je m'attendais à quelque explication sur la censure qui nous menace. Coa3tant devait en^demafoder ; mais le ministre sans façon a voulu aussi nous licencier brutalement.

Le député db imioite. 11 nous coupe la parole à la Chambre aussi poliment qu'il le £giit dans la conversation. Quand il avocassait à Rennes, il devait pourtant avoir apprise ne pas interrompre la partie adverse.

Le député db ga.uchb. Il a voulu nous renvoyer dans nos départemens avec un bâillon sur la bouche : cela promet..

Ici le député du centre tousse, crache, se mouche, prend une prise de tabac et tirant de sa poche un bon* net de coton qu'il enfonce gravement 3ur.$a tè^, il prend la parole en ces* termes : . 'j:.»;:*] : ;, ^

Messieurs, je n'ai pas beaucoup ITiabîtyd^ d0s çUseussions législatives ; voici même la première fois que j ouvre une opinion devant des députés qpi n assistent pas à nos réunions Piet. Mais il faut partii- d'un p)^ncipe. Vous n'avez pas la censure, mais vous ne polj^v^z pas réchapper, vous l'aurez tôt ou. tard. Nous, ne ^aurions marcher sans cela. C'est Toppositibil-.de^'.iQuriiaiiix qui empêche tout.... . f,

Lb député db gauche , (interrompant). Oui, ^Ue vous empêche bien d*aller votre train ainsi que les ministres et les jésuites !

Lb député du cbntbb. Laissez-moi dpno adb^er ma phrase. C'est elle qui empêche tout le bien que npcts voulons faire. Elle envenime les bonnes jntjentip/is^.ft répand les doctrines les plua p<i^versi8s. Vojre^vpus, il faut partir d'un principe. On né peut gouveifier avec la liberté des journaux; c'est là ce qui. a finit Jaj^^ volution. ;

Le oiptr'TO vb mon». Bah ! toi» n'y pensée pas? la oeosure existait dans ce temps<^Uu

Lb BBPimi BU csmiftB. Laîsseab-moi donc achevernui phrase. Les écrits pemicieiix, l'opposition des parle- «nens , le renToi de M. de Galonné, la convocatîoB des états , le doublement du tiers et AL Ifecker, yo3à les yéritables causes de la révolution. Je ne sors pas de là. fl faut paitip d'un principe. Quand rautorité vous dit Uttac> et que le sujet ou ks édâvains ou les iai$<^ nettVfrVons diseittinoir, il n'y a phis de suboirdinati<Hi; il y a de l'anarchie révolutionnaire et de l'eqirit dln- A?pmidance. il faut qu'il y ait une autorité qui com- Hiaiide, et' il faut que le peuple lui obéisse pour qu'il y ait )a paix ; si chacim peut contredire celle antorité et lui prouva quelle se trompe, on ne.hd obât pins, et c'est te que /^appelle l'insubordination. ¥oilà mon système. Cest là-dessus qu'est fondée la stabilité des étGkts. li'^utorité ne peut pas se troa^per /sans quoi elle n'existe pas. Ouf! je me repose^ car voilà, nui fin, ub ifilcbûtiT en règle, fai, faî^ hi, hi^ qu'yen dîtes^vons? ' 'LBnsf#vi?én^«AUGnB.Paifait0mentinipro'^é;niais il me semble que vous avez très-bien plaidé la cause â!n des/pàÛétùB de&îf,'quel qu'Ssoit^tuKC ounaro^n. Tbut gotivemement mOitairie est fiandé sur votre pm* cipe; o'ébt k force contre la justice et le bon sens» f 'lÀs iiik'tfi5r& éB câomiE. Laissez-Bioî donc achever ma ]^lrlise^f<3tiepaldeici-qufe de l'autorité légitime^ car pôliT' tOUto- attire'' je m'Cn moque; on peut l'attaquer comme on voudra. Qu'est-ce que je me dis ? car il frot

partir dW peint/ Oms l'aneie» rëgàne ion oWissaik toujours saBS raisonner; Voilà pouisquoi il n'y srralt ni anarchie) ni insurbordination y ni résolution»

Lb nipuT^ DE DROITS. Yotis oubliex donc qii^il y a utie Vingtaine de f éyolutions dans Tldstoire de Ft^nce^ et cpi*après tont la dernière a dommenéé -dan» TanciMi régime?

Lb ns^OTB nu c&)rrRil. Voti» ne me laisser pas âdie- Ter mon raiaonnemeilt« Dans ïanoien rogime , Fouvrier , le bourgeois , enfin les péraénines du coinmun avaient le* plus grand respect pour les gens comme nous ( en fse ïoumofU vers le députe de droite) \ ils nous cédaient le^ pas dans toute occasion. Eh bien ! oes^gens^là aujourd'hui se donnent dé l'éducation comme nous autres, et prennent des sûrs de bo(n ton qui nous confondent* Dans l'hôtel garni où je logeais ^ lliètesse et ses fiUes se permettent de pmrler comme le» femmes de fai mcîUenre sociétéi| et sont miseb ausai élégamment que maniàoe» madame la comtesse de G..., qui est Tenue passer ThiTer à Paris,

Lb nâpirvB db ihioiib, {ùnoniquement). Gomment donC} monsieur? mais les peûles gens se permettent aujourd'hui d'avoir de Vêspiit autant que les autres* Le peuple fait aussi des bons mots, et ma portière écrit des romans.

Lb nBFUTB ns oAnaiB. U est trid cpie dès Tanoien régime le tiers-état jonîssak du priTilége de biâe des liTres ; il prenait même la Uberf^de produire de g>randa. hoBSHB^; mais on Toldait hî» le tolérer^ pavos^que

cela ne tirait point à conséquence ; on allait même quelquefois jusqu'à trouyer le génie assez drôle.

Le député du centre , (continuant toujours de s^adresser a celui de la droite.^ Qu*arrive-t-il de là, monsieur? cest quon laisse accréditer dans les esprits la distinction réyolutionnaire du mérite personnel ou de la fortune. Passe encore pour la fortune, si Ion ne considérait que la propriété foncière, et uniquement celle qui est le patrimoine des anciennes maisons. Mais point du tout. Dans mon hôtel on servait avec autant d'égards et d*empressement un négociant de chez moi qui achète toutes mes denrées et qui est le petit-fils du baiih de mon père, que moi-même qui ai ITionnenr de vous parier, monsieur. Voilà où nous a conduits la révolution et la liberté de la presse; un parai état de choses est-il supportable ?

Le député de droite, (toujours avec ironie). Comment , monsieur ? mais ajoutez donc que cet abus se glisse jusque dans la société, jusque dans les salons les mieux composés. On entoure les gens de mérite et on les écoute parler, tandis que souvent on ne s'occupe pas le moins du monde de personnes de la première condition qui n'ont pas le savoir vulgaire des orateurs on des écrivains.

Le député du centre , (s* adressant encore au menieX Monsieur, je parle ici avec sincérité et dans la simplicité de mon ame, sans m'inquiéter des interprétations malignes ou des conunentaires. Je dis que l'état social est ébraidé dans ses fondemens. Vous aurez remarqué

que l'habitude de nous donner nos titres est tout^à-fait perdue dans le peuple; on nous les accorde seulement comme par charité sur ladresse d'une lettre, ou en nous annonçant dans une anti-chambre. Groiriez-vous que ces coquins d'employés y de buralistes ^ de portefaix et tout ce que vous voudrez, n'en tiennent aucun compte? Enfin, monsieur^ c'est au point que mes paysans^ oui mes propres paysans (ils m'ôtent leur chapeau à la vérité , et c'est bien le moins , non parce que je suis leur ancien seigneur, mais parce que ja suis le maire de ma commune et qu'en cette^ qualité je reçois l'encens; quant à ceux des environs de Paris ^ ils passent leur chemin sans saluer les gens comme il faut). Mais laissez-moi donc achever ma phrase : je disais que c'est au point que depuis la restauration je n'ai pu amener mes paysans à m'appeler monsieur le marquis.

Après cette longue période , terminée par une chute si heureuse j l'orateur s'arrête tout essoufflé; car il a la respiration très-courte, et il gonfle ses poumons avec satisfaction, comme soulagé d'un grand poids dont il avait à cœur de se débarrasser. Son voisin, à mine caustique, tire alors d'une poche voisine une casquette de crin qu'il met sur sa tête, et en même temps il répond ainsi:

Hélas ! monsieur^ je dois gémir comme vous de tout cela; mais je vous avoue que depuis long-temps j'en ai pris mon parti ; j'ai été en émigration , comme vous aussi , je suppose ? (ici le gros voisin fait cette sorte de grognement semi-affirmatif par lequel on croit ré-

^ lO «<

pmdreftiifBMHiaientàiiiie question qu'on v^eutesqnÎTer;. Eh bien , monsieur , j'ai été là, comme Unt d*aBtr«s, Kyré à mes propres ressources. Tai été maître de musîqne|«oii^M>$iteiird'iiiiprimerie9 peintreen bàtimenSy j «î fait tous les métiers pour vivre^ et âouTent pour £ûre vivre des camarades moins industrieux que m<M. Les autres ne voulaient pas s'abaisser à des oocupaticMis viles^ ou ne pouvaient prendre Thalûtude du travail ; ils rempUssûent les tripots, ou allaient mendier dbns les cours ^ ik ne. pensaient pas slmmilier en disant ainsi, et cnrojaient toujours mener une vie de gentilshommes. Dans cette, situatidn j'ai modifié bien de vieiHes idées que j'avais en partant, comme les autres émigrés; je suis revenii de bien des iOusions , j'ai abandonné beaucoup de vains préjugés. J'ai appris à moins méfptîser le mérite personnel, l'industrie et le travail; j'ai étudié de près les sentimens des classes inférieures, et fai trouvé qu'elles valent mieux qu^on ne devrait l'at- .tendre de leurs habitudes et de Ictor éducation ; qu'elles nous valent bien à certains égards. Parmi nous, j'ai vu aussi uiie foule de nobles actkims, de généreux dévouemens ; mais que de basses intrigues! quelles puériles divisions ! Je suis rentré eu France désenchanté de tous nos vieux projets , et je me suis appliqué unique^ ment à connaître l'état ac^el de mon pays pour régler d'après cela ïm» idées et ma couduke. Le temps a opéré d'immenses changemens. Oa ne re&it point le pâtfsé ; il faut prendre le présent tel qu'il est, et sur- Ittut l'éluâier un peu pour U jugeât. Lésardière nous.

^ II 4

Ta bien>dtt (•i):.Notts M)im»e$ ^n 18:27) non plus à iCobUnu en X79a. Ge qui ne fut que ridicule alors lierait mortel aujourd'lnii; poiir peu .que les royalistes dfi nos àg;es voulussent s en tenir aux immobilités , hoiiun.es ou dboses y ils ex-dueraient toutee qui n'a pas garante ana^ et alors ^ que resterait»il ? Songez donc que^vouloir gouverner une génération nouvelle avec 4i*finQienne» idéesy c'est eœitreprenâre d ouvrir, avec une y^^mei olé rQuiUeQ^ :une iserruce ;dont on a changé les ^'^es. La France actuelle > à tot't «ou à raison, n'est pli|s4a France d'autrefc^s ; elle a été remuée ^ refaite, renouvelée, par vingt<*cinq ans^de révolution ;, et treize ans de monarchie représentative : M. de Ghate^^ib^iand yieut encore de nious répéter tout cela trèséloquemment dans son dernier discours aux pairs.

Pendant ce temps-là , le député minîsté/i^l donnait à <;haque plirase. des marques 4'inipati6nQe. Il haussait les épaules .et murjnurait les mots de libércUisme , es^ prit du siècle , etc, ^ puis , interronip^nt , H dit; :

I4 nBp.uîTji nu cENii^iys, Qh! voilà Jes opinions de ces messieurs de la contre-opposition ; et ils osent appeler ceilçt de l'opposition ^oyiJj^lc I jMpn Diei^, iQWsimr, pe i^us parl^?; dope pas d^ fiH, de Cb^^teaubriandsil a toujràrfait abandonné nos rangs ; nous le regardons déieidé^ie^t coiwie u» transfiige , M^ eînfii que bewr cQup dl^utres. , .

Dans ce moment la vp^Hif e. rfpr^iad 1^ chaui^sée^ fit un train plus rapide , de sorte que le ton un peu aigre

(i) Séance de la Chambre des députés du 9 sui tZ^k-j.

dont ces dernières paroles ont été prononcées peat avoir échappé à celui auquel elles s'adressaient. Du reste, il n'en ressentirait pas nn grand courroux. La conversation étant ainsi interrompue ,' le gros personnage enfonce son bonnet de nuit, commence à s'endormir et ne tarde pas à ronfler. Ses compagnons de voyage sommeillent aussi ou se livrent à quelque rêverie. Déjà plusieurs relais ont été dépassés et les chevaux ont été changés avec la promptitude ordinaire, lorsque la malle s arrête au bureau de poste d une viDe où le courrier descend pour remettre et prendre des dépêches. Le député de gauche s'adresse alors ainsi à son collègue de droite :

Ma foi , je pense que M. de....( car je crois que c'est son nom ) est du nombre de ceux qui devraient toujours retenir deux places pour être moins gênés, ou moins gênans, dans les voitures publiques (i). Au moins sa capacité corporelle est incontestable , et ce qu'il y a de pis^ c'est qu'il s'obstine à se pencher de mon côté en dormant. Je le porte sur les épaules ; en vérité il m'assomme.

• Le député db bhoitb. Parbleu ! je vous plains smcèrement; mais en bonne justice il &ut partager les charges. Renvoyez-le un peu de mon côté, quand vous en serez trop fatigué ; il est bien naturel que j'en supporte comme vous le fardeau, puisque je jouis aussi des avantages de sa conversation.

(x) Ou cite nn honorable député miuûtériel , qui use habituellement de cette précaution.

f ^ l3 ss^

Le députe de gauche, {^en souleifant une épaule). Si les avantages sont proportionnés aux charges , sa conversation doit être diablement amusante. Mais je n'admets guère la compensation. Heureusement il s'appuie maintenant sur le dossier.

Le député de droite. Je crois l'avoir vu souvent dormir ainsi à la Chambre. Il n'en vote pas. moins en parfaite connaissance de cause; c'est même lui qui est le plus ardent à demander la clôture, et à vouloir qu'on aille aux voix. Pour lui la discussion est toujours assez éclaircie.

Le député de gauche.* S'il y en a beaucoup comme celui-là dans notre chambre (ce que je suis loin d'oser croire )> il faut convenir que nous avons une rude tâche à remplir , nous autres députés des deux oppositions. Le proverbe dit: il n'y a pas de pires sourds

que ceux qui ne veulent pas ; j'ajouterai, et qui en

même temps ne peuvent pas entendre. Au reste , si nous prêchons par hasard quelques sourds de ce genre, au moins, Dieu merci, n'es^ce pas dans le d^ sert.

Le député de droite. Oui, il est vrai que vous au* très , messieurs du côté gauche , vous vous dédonunagez en faisant sortir les discussions de l'enceinte de nos séances , en cherchant pour vos ' discours im écho dans la multitude. Voilà, entre autres causes, ce qui nous empêche souvent de marcher avec vous. Pour nous, anciens serviteurs de la monarchie et de la maison royale, nous qui avons payé de nôtre dévouement

dans des temps difficiles, sans beaaeoup d'espoir- de lecompeiise « et en bravant les opinions dominantes, nous ne pouvons, sans démentir notre vie entière, transiger au prix d'une vaine popularité, sur les ptim^pes pour lesquels nous avons oon^ttu jusqu'ici.

Lb nBPUT^ nn gauche. Ces sentmiens sont dignes des âmes nobles et désintéressées; il est triste que j^ sieurs d'entre vous reçoivent en retour des remeroraens auxquels ib étaient loin de s'attendre. Maïs cqdvenea que, sans revenir sur le passé, il vaut autant, quant à présent, vouer sa carrière politique aux intérêts généraux du pays. La popularité, il est vrai, a bien aussi ses caprices; elle ne mène pas toajoois à ht fcr^ tnne ; mais après tout, die est elle-même une récompense ^ et quand la conscience est d'accord avec eUe, il n'est rien qui puisse égaler un tel prix.

Lb nspuTB nu gbhtrb (reyant). A l'ordre! à Tordre! c'est xm discours révolutionnaire.

Lb niruTÉ db droits. Il rêve, et se croit àk séance. Aussi va^t-il nous iaire des interruptions.

Lb dbputb de diroitb , {reprenant la confersation). Nous avons aussi notre popularité ; ^e est circonscrite, il est vrai, dans le cCTcle un peu étroit de nos salons, de nos châteaux et de quelques localités. Comme nous voyons là l'élite de la France, nous nous faisons aisément l'illusion de croire que là est l'opinion publique; c'est du moins celle dont nous ambitionnons le sufirage, puisqu'elle est d'accord avec nos principes.

Lb niruTÉ db gauche. Ajoutez à cela que vous aves

^ tS M

constamment une arrière pensée: tous ne dénspérez point de rentrer en faveur et danÎTer au pouvoir; tous voulez toujours vous ménager les avenues qui y con<* duisent. Cependant, je vous dirai que nous avons re* marqué cette année de votre côté un penchant plus sensible qu'autrefois vers la popularité, II s*est montré dans vos rangs, à cette session, beaucoup d*hommes d'esprit; et pour ne parler que des àbsens^ nous avons souvent applaudi aux excellens discours de MM» de Beaumont, de Leyval, de Preissac^ de Cambon, Batcot de Romans, et autres. Poiurquoi ont-ils été, comme nous disons, plus ineisib qu'auparavant? Pourquoi ont-il^ produit de l'effet, non-seulement chez nous, mais dans le public? c'est qu'ils se sont attachés davantage à défendre les intérêts généraux.

Lx niruxA nx naoïTB. On est un peu excusable de viser au ministère quand on songe à celui que npus avons; on compte naturellement qu'on ferait de meilleure besogne. Mais il tient ferme en diable. Il sait qu'une puissance le pousse et le soutient en même temps contre la résistance continue de l'opinion; et, obligé qu'il est de heurter sans cesse la justice et le bon sens ^pour que son appui ne lui manque pas ^ il ne ménage rien. II ne craint point de compromettre même la royauté, et il rejettera volontiers sur elle la responsabilité de tous ses actes , quitte à prendre l'inviolabilité pour lui*même.

Lft DM^vii nu cxsTRS, {toujours rét^ant). La clôture! aux voix 1 aux voix !

Le dépittb de droite , {contùmant). Maïs sa majorité de députés n est pas étemelle; sans doate elle est eoinpacte et sa masse irrésistible. Toutefois , elle n'est pas forte en taleos oratoires et administratiCs( , malgré MM. Dudon, de Saint-Ghamans, et notre compagnon de droite qui ronfle si bien. Nous sommes conTaîncos maintenant que nous ne -viendrons jamais à bout de romjo'e ses rangs. La défection si honorable de M. Gauthier aurait dû avoir plus d'imitateurs. Mais, qui pis est 5 nous commençons à croire qu*un ministère pris parmi nous ^ et qui voudrait entrer dans les véritables voies du gouvernement représentatif, ne pourrait pas compter sur cette majorité-là. On croirait quelquefois qu eUe ne se laisse conduire que là où elle veut aller : elle est un peu comme......

Le députe de gauche ^'^ interrompant y Pourtant il y a un grand nombre de fonctionnaires parmi ces trois cents j comme ils se nomment pour faire un compte rond; (car ils sont moins que cela). Ceux qui ne sont pas fonctionnaires, ont placé tant de parens et en ont tant d'autres à placer! Dans cette situation on a toujours un grand penchant à trouva bon ce que veut un ministère quel qu'il soit.

Le députe db droite. C'est possible ; mais, après tout, remarquez bien que depuis la restauration aucun ministère n'a suivi une direction qui vînt al>soIument de lui-même. Tous ont été forcés de céder à une influence plus puissante ; et loi*s même qu'ils pouvaient compter que leurs propre^ idées auraient été bien

cueillies par les deux majorités des chanribres , tti étûent souTent obliges d'y substituer les projets qui leur étaient imposés par cette ii^uence^ et de tra- Tailler dans ce sens la majorité parlementaire.

Lr bbwb bs gaucmb. Nous l'avons toujours cru ainsi; mais savez-yous bien que d'après odia nous n'ii- ▼ons pas lieu d'espérer que vous fussiez beaucoup plus constitutionnels que les autres^ si vous étie^ au ministère.

Lb virurà db dboftb. Entre nous , j'en ai peur. Nous avons peut^tre dans nos rangs des hommes qui ne ^sent qu'au pouvoir tout simplement^ et qui , s^ils y étaient, ne se souviendraient guère de leurs principes d'opposition : cela s'est vu tant de fois ! Cependant il est aussi des hommes sincères et fermes^ qui n'aspirent qn'au triomphe de leur opinion , et qui , placés à la téie des affaires^ agiraient alors comme ils parlent aujourd'hui. Dieu raerd , je ne pense pas assez mal de l'humanité , pour croire que tout le monde s'exposât volontiers à voir attaquer chaque jour ses actes . pré* sens par ses paroles passées. Nos coryphées du ministère sont doués sons ce rapport d'une cynique insou* ciance que j'aime à supposer peu commune.

Lb dbputb be gavchb. On dirait , ma foi, qu'ils s'en font gloire; ils s'exposent aux mortifications, de gaiié de cœur , comme s'ils voulaient s'en prévaloir auprès de quelqu'un : ce sont des martyrs d'une nouvelle ^peoe*

Lft nÉrari bb moitb. Mais, pour revenit»^ nous

tcomptoBJs parmi nous des hommes fermes et loyaux j qui veulent fortement consolider en France le régime représentatif fondé par la charte. Si tdle na pas tou jours été leur pensée, iK ne craindront pas d'avouer qu'ils cèdent à la force des choses. Plusieurs d'entre eux n -ont jamais été opposés aux principes de la constitution anglaise; les autres ont reconnu la puissance dès faits , et s y résignent. Ils comprennent qu'il n'est pas d'autre voie de salut pour le pays. Ils aperçoivent que la majorité des hommes doués de quelque sens, de quelque aisance , s'est attachée à ce gouvernement parce qu'il est autant un bien qu'une nécessité; enfin ils sont convaincus qu'il est la seule forme politique qui convienne à notre état social actuel.

Ia Dsputs PB gauchb! Malheureusement, il ne s*»git ici que du petit nombre des gens éclairés de votre partL Vous avez encore bien à faire avant de converti lous'vos ignorans et tous vos entêtés.

Le DÉPUTÉ DB DROITS. Eh! mon Dieu, vous n'«ii manquez pas non plus, et vous les convertissez l»en peu*à-peu. Combien y avait-il, il y a dix ans^ dans la classe la plus nombreuse du parti libéral, -de gens qui voulaient réellement le gouvernement représentatif, ou même qui savaient ce que c'est? Vous n'ignorez pas que la plupart de vos patriotes ne voyaient là qu'une question de dynastie , et du reste ils auraient été bien embarrassés de ^dire ce qu'ils voulaient, (^ant aux bonapartistes, qui, je le suppose, ne sont plus un parti, je ne pense pas qu'ils fiissent comptés parmi les amis de la liberté constitutionnelle.

Lb dspctb ob gaughb. Tenez , nous ferons bien de laisser là ce' que nous étions tous il 7 a une dixainê d années ;€ar yous savez que les souTenirs de la Chambre introus^able de 181 5 ne font pas grand bien à la popularité de plusieurs de vos amis. Nous nous rappe-» Ions encore Içs cathégoriés , la sourdine mise sur les massacres du midi, et diverses mesures acerbes.

Lb députb bb droitb 9 {souriant.) Voilà des récrimi* nations; cela nous conduirait bien loin de notre sujet. Alors nous étions exk pleine guerre civile ; nous nous battions pour l'existence même du gouvernement i et dans ces cas là^ les législatures £d>riqueiit d<^s armes plutôt que des lois. Mais, qu'on nous rende cette jus* tice: nous avons fait beaucoup pour l'éducation <;onstitutionnelle de la France royaliste. Il a fallu faire entrer dans bien des têtes, vieilles et jeunes, le princ^e de la liberté de la presse, celui de la responsabilité des ministres , et d'autres non moins essentiels. Or, assurément ^ela n'était pas faicile, car depuis la Monarchie selon la Cliarte , on a souvent été obligé de répéter ces choses, et de défendre , comme un envahissement, ce qui est une propriété (i). Chateaubriand, Fiévée , le Journal des Débats 9 l'Aristarque, quelquefois même la Quotidienne ont fait merveilles; ils n'ont pas moins servi par les pamphlets ou par. les articles que les meilleurs orateurs des deux Chambres. Qu'en résulte-

(i) Les principes constitationnels qne Totre opposition est obligée cbaqoe jonr de défendre chez vous , nous disent les Anglais , personne diez nons ne songe à les contester ; on tient cela pour reconnu , we kold thatfor granted^

«*U? € est qn uno foule de bons gentilshonines ea»pagii9rdS)OU de bourgeois : frottés ala noblesse ^ qui^ dans toute leur jeiniesse ,5 étaient montrés ennemis juréa du ^uyernement représentatif, et avaient aceneilH la^charte areo autant de répugnance que Tex^maire de Toulouse (1)9* se rendent enfin à des idées plus raisonnables. Ils comprennent- qu'un état de choses qm peut les tirer, de robseurité- proTinciale , le» produire sur la seène politique , et leur fournir ourrière à ié* ployer des talens y s'ils en ont, n'est point on état si mauvais pour eux,

' Lb nBPUids 98 tfAucHS. Au £3iit>il fallak qu'ils fussent bien aveugles ou bien difficiles pour ne pas voir cela plus tdt, Poiirraient4)s avoir une plus grande inflaence administrative sans le régime représentatif? La noblesse ae gamit^elle pas tous les bancs de la Chambre démoeratiqueP(ce qui faitufne Uen terrible démocratie!) ne remplit^elle pas l'Almanach Royal? n'est-elle pas à peu près en majorité daiis les grasda collèges électoraux , avec l'avantage de voter dans les petits ? pour qui sont les pensions, les faveurs, les sinécures ? Mais^ quant à cela, elle ne le doit pas essentiellement au gouvernement représestatif ^ piis plus que tous les postes qu'elle oooupe dans notre mauvaise organisation munieipale et dépaorcementale,

- La voiture s^était remise en route pendant cette conversation, et le député du. centre continuait à dormir

(i) Tout le monde connaît k protestation contre la Charte, publiée en iSi4 par H. Toaepli de VUt^ , aujourd'hui preaûer mîniaire.

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tn produiftODt ayee aes narines une basse 4»)nli]iue assez incommode qui obligeait ks interlocuteurs à parler tràs^bauti Enfin il étend les bras , se frotte les yeux et regarde ses voisins d'un air étonné. S'il eût entendu attaquer le système paunicipal actuel, il Feûi énergiquement défendu en sa qualité de maire^ ci-^e^vant seigneur de sa commune; mais il se borne à de-» mander si Ton est bientôt artivé. au relais où ion doit prendre un repas.

Lb député de gaughb. Ce nest que demain matin que nous nous arrêtons pour cela, s*xl m'en souvient bien.

Lb député du gektrb* C'est un ineonvément de ce» malles-postes: à peine vous permet*-on de manger ^ et c'est tout au plus si vous avez le temps de voua asscoîÉ à table pour toucher à un mauvais dineri J'aurais, dû me lester davantage avant le départ $ c'estsjjins doute le vide de mon estomaequi me faisait faire tout-àrl'heurt de si mauvais rêves.

Lb député db droitb. Ah! vousrêviez, etqiioi donc^ s'il vous plaît P

Le' député du centre. Je me croyais à l'une de ces séances où l'on discutait la. proposition de .La Bo#a» sière«/et où plusieurs de vos. amis , messieurs^ se: pei;mettaient de dire des choses fort désagréables* à la Chambre. Pour ces duretés-là, passe en comité secret, mais en séance publique! Nous voulons absolument de la considération , et voilà que c'est nous-^mêmet qui nous déconsidérons.

. Lb députb de droits, (of^ec? un air de candeur).CHi\ mon Dieu oui; voyez pourtant.

Lb dbputb du centre. Et à tous entendre, ( laissezmoi achever ma phrase ) , il fallait laisser le cours libre à ce débordement d'épigrammes , de quolibets Rangés fontrernous en corps ou en particulier; car le public ose se moquer de nous en particulier , et il s'empare de nos noms , comme si.nous étions des auteurs ou des comédiens.

Le député de drofte. Ce public se mêle de tout, comme si ça le regardait. L'insolent! Nous des auteurs!

Tjb, députe du centre. Mais, Dieu merci, nous avons enfin notre commission de surveillance qui nous défendi*a même sous le rapport du talent oratoire : Yaublanc en est. En dépit des malveillans et des révolutionnaires, nous aurons de la considération; patience!

Le député de gauche. Oui: c est bien dit: patience. Il en faudra, malgré la commission; car je crois tout bonnement qu elle ne servira pas phis qu'une emplâtre sur une jambe de bois^ comme on dit vulgairemeot

Le député du centre. Eh ! bien , messieurs ,. nous avons en réserve la censure^ et avec cela, nous défendrons la considération du ministère; car il en a besoin aussi , et depuis quelques années il est bien indignement vilipendé.

Le député de droite. Hélas ! oui , ce pauvre ministère, on le couvre de

Le député du centre. On l'abreuve d'outrages : jamais cela ne s'était vu. Ah ! messieurs, vous n avez pas

Touiude noire bonne loi sur la presse; eb! bien, tous verrez. Après la censure, il faudra bien quelque autre cbose; car il faut partir dun principe: les choses ne peuvent pas aller comme cela.

Lb DEPùns DE GAucHB. Mousieur^jc suis de votre avis : cela ne peut pas durer ainsi. Une pairie en désaccord avec la secpnde Chambre; celle-ci attaquée depuis long-temps , même à la tribune, jusque dans la source électorale de ses pouvoirs; le scandale des élections de 1 8^3 , hautement proclamé et rejeté par un premier mir nistre sur les subalternes; prouvé même par une foule de faits publiés et non contestés, beaucoup d'autres moti& encore, rendent indispensable une mesurequi ne vous plairait peut-être pas: la dissolution de la Chambre.

Lb dbpûtjb du gbntrb , {aifec exclamation), La dissolution dune Chambre aussi monarchique, aussi àé^ vouée que la notre ! c'est un vrai blasphème. Mais nous savons bien que tels sont; les vœux de certames gens. Ce qui les fait enrager, c'est que nous avons encore trois sessions, et puis après nous pourrons bien....

Lb dbputb de gauche {T interrompant trampdlU'^ ment). J en suis fâcjié, monsieur, mais npus n'en avons plus qu'une. Au surplus, la dissolution serait tout-à-fiât dans l'intérêt de la considériatioti à laquelle Vous avez tanf raison de tenir. Est 41 pour vous un moyen plus péremptoire de repousser les imputations outrageantes^ que d'être réélus par yos commettans ? Ce seront eux qui se chargeront de vous défendre , et c'est dans Tpr* dre. Il £aiut laisser aux autres le soin de son apologifs ,

qouid fl mt mi'wmàoB îimlfle de s'en charger soi-niém& Im BÉf m^ lui oaGOTs. Monsîeiir a par&itement xaâ* aoD ; depuis loii|^-Ceraps je pense de même sur ce point Ouï, il n'y a pas moyen d'échapper à nn Eût. Nos pou- Yoin expirent à la fin de la session prochaine, amsi qput IL de Turckeim et, je crois, M. Benjamin Constant Font dëdaré à la tribune. Nous aTons été éfais pour cinq ans en Tertu de Tartioie ij de la Charte. Koua ayons iiadt, d*aocord avec ies deox autres poo* ▼birsj une loi qui établit la septennalité; mais naos n'a* fona pas entendu « et d'ailleurs nous n'avons pas pu proloiiger nos propres pouvoirs au-delà de leur terme légal. On dira que nous avons bien déjà- violé la Charte et. que nous pouvons la violer encore. Pôiat du tout , car, sans examiner si nous avons bien fait, à torea de violer ainsi on finit par tuer. Mais, là n'est pas la que^ taMi4 Nous avons démoli Fartide 3^ , avec le ooneonrs des deux, antres pouvoirs législatif; c'est de cette ma* nière qu'on a trouvé dans la Charte le double vote ei d'autres diosesqui ne s'y trouvent peut^tre guère. Mais ici nouséûons appuyés sur la diéorie de TomnipoteBce parlementaire, théorie qai pent être contestée^ mais qai^ après tout, est conforme à la nature mobile de Fétat sodaU et qui, appliquée dans un certain sens, conviéndnôt an fond beaucoup mieux aux Hbéraux qu'à nous«méraes. Que nous ayons fait des lois qui dért^ent à la Ghaote , et puîs que ces lois soient exécutées , il y a* toujours là quelque chose de légal dans la forme; l'ordre n*est point dérangé , la paix publique n'est pomt

outragée, Mab que nous, Tun des trots pouvoirs , entreprenions de faire, sans le coneours des deux autres^ une loi à nous seuls et pour nous seuls, nous heurtons Tordre légal, nous troublons la paix publique, nous faisons un coup d état.

I4B DÉPUTÉ DE GAUCHE. Cela mo paraît incontestable. Prolonger nos pouvoirs, serait faire une loi à nous seuls. Qr c'est tout au plus si nous pourrions faire une lot de ce genre même avec le concours de la couronne et de la pairie ; car une loi ne peut avoir d'effet rétroactif, et ee serait donner une véritable rétroactivité à notre âecticun. Nous ne pouvons pas , parce que cela n*est dans aucun pouvoir humain , faire aujourd'hui que tes éleeteurs qui nous ont élus pour cinq ans aient eu l'intrâtion formelle de nous élire pour sept. La nature es« sentiellement quinquennale de notre élection est un fait accompli , sur lequel il est impossible de revenir. Le seul moyen que nous ayons de connsatre la portée de notre mandat, c'est d'interroger de nouveau nos commettans. S'ils ne nous réélisent pas, ce sera la preuve) qu'ils ne regrettent certainenient pas de ne nous avoir point âus pour sept ans; j'oserais même dire que cela prouvera qu-ils seraient fort aises de lie nous avoir point élus du tout. *

Le député du gentee, {ai^ec humeur^) Allons, coupage, messieurs; en v^ité vcnis faites bon mavcké des d!roIt^ de la Chambre.

. LA.rapms DtB db4»tb« Nous- diaonsi lea choses toHei» qu'elles sont : voilà tout.

Lb député db gauchb. Il est impossible que nous puissions nous tirer de là sans une dissolution qui existera de droit, à pareille époque Tan prochain, et qui peut*être sera prononcée par la couronne dès cet automne. Après tout, puisque nous ne marchons pas d'accord avec la pairie et qu'il y a ainsi dissension dans le gonyemement ( i), il vaut encore mieux dissoudre la Cham* bre élective que de dénaturer la Chambre héréditaire. Qu'on laisse les élections libres et l'on peut être sftr que l'opinion publique saura bien les mettre d'accord.

Lb dbputé db droitb. Si , après la session prochaine^ le ministère osait, contre toute apparence, ne pas£ûre prononcer cette dissolution, notre marche est tracée par la Charte, par l'honneur, par le devoir; nous donnons tout simplement notre démission. Je suis certain que ceux de nous qui sont déterminés ou qui se dé» termineront à prendre ce parti, si le cas édboit^for* meront bien le tiers de la Chambre. Voyez quel désor^ dre si toutes ces démissions se présentaient à la fois; il £aiudrait convoquer une centaine de collèges électoraux. Les nouveaux élus pourraient entrer à la Chanbfe sans prendre part aux délibérations àe la pcMtion posthume de notre l^islature; ils auraient MUrcit de vérifier eux-mêmes leurs pouvoirs , et ap^'c garder

T) aan^onawmumVÊM oe m wesHUttot qai s est M »j«^ dé ^pal^Mi piôjcii de lot » oa doit « npi^cler le b déMMMlKM de M . de Moodoâcr ccMitie les jcsntcs , rhi»hw deipeiis aa «iafalgre ^ s'appuie sur k majorité de k

|Ms^*«||e«esabBste.LahMleBaci5in«n«adMMsoa avis; le diMl«avr«ter k> feb; kpaixdarvTaiiBereuge, sîmm UcoHpiracoMre

comme nul tout ce que feraient les députés périmés. Il y aurait ainsi à la fois deux Chambres de députés également illégales; car une seule serait convoquée, mais elle n'aurait plus de pouvoirs constitutionnels , et une seule aurait des pouvoirs, mais elle ne serait pas en nombre pour délibérer. Alors qui ferait le budget ? car il faut qu'il soit fait légalement; et que diraient les contribuables à qui 1 on demanderait des impôts ainsi votés ? Tout cela est un tissu inextricable d'impossibilités, dans lequel certes on ne s'engagera pas.

Le députe du centre, [un peu décontenancé et remaniant sans cesse une prise de tabac). Ce que vous dites là, messieurs, est... bien étrange, bien extraordinaire.... bien épouvantable.... car nous comptions pourtant bien.... {Ici il reprend un ton plus ferme,) Je

dirais même que c'est une doctrine perversive, séditieuse... révolutionnaire^ {^en s* adoucissant) si vous me laissiez achever ma phrase. Oh ! le maudit cahot ! '

Le"* DÉPUTÉ DE GAUCHE. PardoDj monsieur^ je croi^ que c'est mon coude qui vient de renverser votre ta batière ; nous venons de recevoir une terrible secousse. Mais je vous offre de puiser dans la mienne si vous aimez le Virginie.

Le député du centre. Bien obligé, j'use ordinairement du tabac d'Espagne ; le Virginie est trop fort pour moi.

Le député de droite. Tai de bon tabac que m'envoie de ^ndres un membre du parlement; il* est fort mêlé et je crains qu'il ne soit pas de votre goAt.

Le dsputb 00 GBNTBS. AU ! eocore un cahot. Le Sm^ ble soit de Becqaej et de je ne sais quel autre de nos amis qui nous vantaient le bel état des roates. Elles sont abominables ; c'est à se rompre le oou«

Lb dbpdtb ob dboitb. h paraît que ces "pfawiiffr^ Toyagent peU| ou ^'ils. se font aisément iUuaioni Les routes sont maintenant dans un état pitoyable ) tout le monde s'en plaint et ily abeaucoupd'acciden&Diable] mais nous pendions un peu trop à ce qu'il me semble.

Effectivement la route devenait dans cet endroit de plus en plus impraticable. Le postîUon avait beau rar lentir le pas et lonvoyer avec beaucoiqp d'adresse entre les trous , les ornières profondes et les fondrières ; la voiture était si violemment secouée que les voyageurs tombaient à chaque .instant l'un sur l'antre en se fracassant les épanles'.et qudcpiefois la tête. A la fii l'équilibre vient à manquer et la voiture verse bms^ement sur la berne droite du diemin. Cétait rafiaîre d'un moment, et Ton .entendait à peine ces mots, pre- .nous garde, nous versons , que déjà les voyageais de l'intérieur et du coupé de devant se trouvaient entassés sur le flanc, pêle-mêle etfortpeuàl'aise. Je snis édoppé^ dit l'un, je suis disloqué ^ dit l'autre ;ahi, la tète! fie la chienne de vcnture est mal rembourrée! dit un troistème;ah! de grâce, dégagez vos jambes, votre genou me perce le ventre, dit celui-ci; pour Dieu, monsieur, aoutenea-vous^ car vous êtes diablement lound^ <& celui->lJL

Hais déjà le cooirier, ou conducteur est hors de k

Toiture ainsi que les Toyageurs du cabriolet, et il monte ;iur le côté supérieur de la caisse pour ouvrir la portière, et pour aider nos trots personnages à sortir dé leur aituaûon ineouimode. Les deux députés non mi-** nistériels, plus ingambes que leur collègue, se bissent^ non sans peine, borsde leur prison accidentelle^ et' sautent à terre de leur mieux. Quant au député du centre droit, malgré tous les secours qu on lui prête, il est impossible de le tirer de là. Sa pesaçteur et sa circonférence corporelles sont deux, obstacles contve lesquels oa n'entreprend point de lutter , attendu qu'on n'espère pas qu'il pût aider beaucoup à pemetire la Toiture debout; oa prend donc le parti de le laisser dans la caisse, grondant, pestant fort, maudissant à la fois M. Becquey, les malles-postes, les voyages, le gouvernement représentatif, la civilisation ,. et se promettant bieo à la prochaine discussion du budget de mer de sa place contré ladministration de& poiitfr*et-'

chaussées.

En somme , personne n'avait à se plaindre d'aucune blessure sérieuse, et, comme il arrive toi^ours^ surtout en France , en pareil cas y chaeun se félicitant d'en être quitte pour quelques bosses et quelques meurtrissure ^ se mettait à rire de cet aecîdent qui ne laissait pas d'avoir son côté plaisant. Une longue corde, ^^nt toutes les voitures publiques aosit munies pour sem» blable occasion ^ venait d'être attachée de manière k pouvoir relever la voiture. Aussitôt, chacun s'y met à la file; le postillea qui était sorti de ses grosses bottes^

tout confus de Tatteinté portée a son honneur, s'était placé du côté de ]|i caisse qu'il faisait les plus grands efforts pour soulever , en jurant, ayec toute l'éoei^e et toute la variété de formules que peut déployer un postillon , contre le personnage qui ne contribuait pas à la rendre plus légère. Enfin , grâce à tant de forcées réunies , et surtout au vigoureux coup de main du député de ganche, homme de constitution très-rohoste et que le postillon qualifiait tout bas de citoyen farmeusement solide^ la voitUre est si lestement replacée sur ses quatre roues que peu s'en &ut qu'elle ne tombe de l'autre côté.

Inspection faite de l'état de la machine , le courrier de la malle reconnaît que l'essieu est à moibé rompu et décide qu'il faut aller au pas jusqu'au rehis prochaôn , pour en prendre un neuf. Le gros voyageur, après s'être fiiit répéter qu'il n'y avait pas de risque d'une seconde culbute, ne> descend point de la voiture , parce que, dit-il, il marche avec beaucoup de peine ; il ne taitfe probablement pas à se rendormir tout en murmurant. Les autres préfèrent aller à pied pour se détendre les musdes et pour prendre Tair.

La nuit était firaîche et cahne, la lune commençait à se dégager d'une épaisse enveloppe de nuages et à ^tacher les principales masses d'un paysage , qu'un romancier descriptif ne perdrsdt pas l'occasion de nous pdndre en détail. Les députés des deux oppositions, allant de ccHupagnie, prennent les devans sans attendre que la voiture se remette lentement en route^ et continuent ainsi le^ " "

Le DBPU'ns db droite. Eh bien! quen dites-yous? Voilà pour notre petite chambre ambulante la dissolution dont nous parlions pour la grande.

Le DEPUTE DE GAtrcHB. Oui , mais elle est un peu ▼iolente ; j*espère bien que î autre se fera plus doucement.

Le DÉPufÉ DE DEoiTE.G'est vrai: elle ressemble à celle dont nous menaçait assez plaisamment Alexis de Noailles , lorsqu'il parlait du comble de notre salle des séances, qui /dit-on, menace ruine.

Le DÉPUTÉ DE GAUCHE. Celle*là serait même tout-à-&it tragique 9 mais au fond j^ne la crois pas à craindre.

Le députe de droite. Quant à l'autre , elle est inévitable, comme nous-le disions. Il, s'agit maintenant de savoir comment se ferait Id renouvellement. Les électeurs sont -ils dans les mêmes dispositions^ seront- ils aussi dociles quen i8i23? et le ministère osera-t-ilde nouveau se permettre les manœuvres déboutées , les escamotages de cartes y les suppositions de personnes , les injonctions, les menaces, les exclusions qui ont excité le haro de la France entière? Jai peine à le croire.

Le député de gauche. Toute la question est là ; la rédaction deâ listes de jurés est la grande affaire. Nous devons à nos principes , à la cause que nous défendons, de veiller chacun dans notre arrondissement à l'exactitude et à l'intégrité de ces listes. Trop souvent jusqu'ici nous avons marché séparément ou même en hostilité manifeste. Il faut nous unir loyalement, nous

autres hamines des deux oppAsitkms, qui entendons la Charte I un peu difierenunent, il est yrai, mais enfin qui la voulons consolidée et surtout exécutée. Il £iut nous unir contre ceux qui ne la yeulent pas, et ceux qui ont la faiblesse de soufenir un ministère qui la tu& n faut nous unir dans le but le plus constitutionnel et le plus moral > savoir : pour que la liberté ées élections soit respectée, pour qu'elles expriment réellement le vœu des électeurs et le besoin du^'pays.

Le député db droite , ( ai^ec chaleur). A la bonne heure! Voilà ce qui s'appelle parler raison* Tenez, voyez-vous , mon cher collègue ( en luipasuuU le bras ) , si nous pouvons nous entendre, nous réussirons infiiilliblement à renverser ce ministère et sa ooterie, sotte, ignorante et servile. Voyez déjà comme les choses se passent dans les élections partielles. Vous avez prcdn* blement la majorité dans les petits collèges , si le ministère ne les dénature pas; nous pouvons, je crois, compter bien plus que vous sur les grands. Eh tùen! nous vous avons sûdés à nonuner Dupin à Mamers ; peut-être vous nous ferez enlever l'élection de Deialot àÂngoulême. Avec cette assurance électorale conslitii* tionneUe , l'expression du vœu des électeurs n'est pomt Ëiussée ; elle est seulement modifiée par la nécessité dt ToptioD : en dernier résultat elle n'est fiivorable qn aux amis du gouvernement représentatif > premier bescûn de la France.

Le DEPUTE DE GAUGKB. Saus aucuu doute. Attachons' nous surtout à dévoiler toutes les firaudes éIe<:torales,

à rassi»rer une fonle de peurënt itnbécileâ tiôntré k crainte du sous-préfet, du juge-de-paix, etc., et leÀ fonctionnaires eux^-mêmes eotitre Irci^nté desdestltutioBS ; car un pareil syàtètne ministériel he ](>eut durer plus long-temfps ; il est déjà trenAotdu et ta tomber en lambeaux. Mais nous he deTOUS' pas xioùâ dissimuler que nos adversaires sont fortement sdiitenus par le parti dévot et la portion jésuitique du clei^é. »

lii xAvuniL DE AiioÉTB. Nous le savons biett. O^in c6té , le parti dévot ne veut point de la Charte et compte sur le retour de rancien régime ; les elagérés de ce parti rêvent je ne sais quel gouvernement tfaéocratique ou sacerdotal qui est absurde et impossible ^ les habiles du parti jésuitique se bornent à soti^er à regagner peu-à^eu Tafieienne puissance temporelle dili clergé et ses immenses ricbesses. Tous ces gens^Ià cotiiptent que le ministère actuel proposera un beau jouf aux Chambres une forte indettinlté pour la vente des* biens du clergé. Au fond cest un leurre avec lequel on les proraètie , <ie même qu'oM tient beaucoup d'éitrigrés^ dé notre Chambre ave^ les retards de la liqnidatîoti ;.niaiÀ cette nouvelle indemmté ne sera jamais proposée. En effet la majorité des biei^ft appartenait aux- ordres aibôys : ot, qui aurait éf oit à ^tte iridèmiktté^? Qcietqttés vieillards isolés , quelques réligîètises^, déjà pensionnaires de l'état , à moins qà'mie loi rie irétablissé les ordres fndtiastiques. Quant àù dergé régulier, de quoi se plaindrait ^ il? iLe^ curés (Faujourdilui sont encore * 3

mieux traité» que ne Tétaient autrefois les curés à portion congrue; néanmrâis je pense, et tous êtes sans doute de cet avis , que les utiles cuiés de campagne ne sont pas encore assez. rétribués. Hais toujours est-il que les communes rachètent les anciens presbytères on en construisent de nouveaux. Le haut clergé R|;retf e sans doute les anciens chapitres si richement dotés, les biens immenses des élises épiscopales, des grandes cures , etc. Mais, ma foi , ces messieurs sont vraiment insatiables ; nous avons eu beau £ùre , ib ne sont jaBoais contens. Cela commence à nous lasser, et nous en reviendrions volontiers avec vous à )a croix de bois.

Le nxpuTB nx gaucbb. Oh ! ne vous inqpétex pas du clergé. Il s*occupe assez activement de ses intérêts terrestres. Croyez-Yoos qu'il s'endort sur fe^MMr d'une indenanité tout-à«£iit inaj^licable et qui serait le coup de grâce pour nos finances? Point du toot... Laisses faire quelques-uns de ses membres avec la confessios, les testamens, et certaines fraudes pieuses; il ne tardera pas beaucoup à devenir ansâ ridie qu'antrc&iis; et, pour peu qu'il conservât dans les d^wrtemcns l'influence avec laquelle il semble disposer de tous ks emplois, de toutes les fonctions publiques, nous finiroBs par passer tous sous le jqug des |Hrêtres; alors ce gouvernement théocratique. qui nous sembléisiabsurdecn théorie^ existerait de £»it etil &udraitbien.le subir. Mais en y songeant sérieusement, ces craintes semUont si puériles, qu'on ne peut s'y arrêter. Un souffle âectonl

doit suffire pour dissiper tout cela (k): toutèfcSs fàut-iF se donner la peine de souffler.

Lé députa de droits. Eh! bîen^ nous soufflerons d'importance 9 je tous en' réponds. Le. régime sacerdotal, la puissance du jésuitisme et de la congrégation ne nous conviennent pas plus quà voiis.' Péut-êtRe avons-nous un peu tardé à nous déclarer contre ce système de momeries et de tartuferies qui est si funeste à la religion, etcloit tant réjouir ses ennemis; mais enfin la mesure était comble ; nous nous sommes prononcés, et nous tiendrons bon. Il faudrait être aveuglé pour ne pas voir que cet' envahissement monacar, qui atteint toutes choses en France, est ce qui excite le plus de mécontentement dans toutes les classes de ta société, ce qui nuit le plus à Tindustrie , ce qui oppose le plus d*entraves au commerce, ce qui finirait par frapper toutes ses branches de stérilité. Tai un peu parcouru le royaume depuis trois ans; eh! bien, j entends crier partout, dans les salons, dans les boutiques, dans les

auberges, dans lés voitures, contre le despotisme des

congréganistes et contre la police Franchet. En même temps je trouve partout là même tmanimité dans l'atta* chément au régime légal , sauve-garde de tous les droits, de toutes les propriétés , de toutes les industries. Et puis enfin, il Êiut bien s'apercevoir qu'il y a une nou-« velle génération qui pousse tous les jours et prend nos places , qui sera bientôt en possession de la France^ et

(x) Le "bruit d'une nouvelle modification au système* êleplonl «i 19111^ Hmtât proposée à la ittàkoti prochaine^ est si absurde qu'on ne peut y croire.

h sçpL a?w le^ ppuveUes ^dées. De }>ôn compte, il yuh mieux kii préparer les Toie$ pour ^'die y arrive don* çem^iij^i qfXQ de cre^^er un fojs^ et d'éleVer lin talus poinr qu'elle s'y précipite^ Ods idées nous iooBdent de toutes pans; elles entrent d^ns nos maisons , dans dos iapojlles ; malgré nous^^m^mes , U09 eufiins- août libéraux. Ua £oi,il£mt èttp b^ei^ §o|te|Miit eutété pour réûsler à tpu^ ce|a. ]} y en ;^ qui s'pbsÛDeot , et qui s obsdneifoif^ jixsqiia la mprt^ grafid hiw leur fasse. Mais nous^ qui nous rendons à 1 évidence » noua les labseron;^ reculer tout seuls, au miKeii de la foide qui ^>ranoç; npiis ne trouvpps m comsKide^ ni arawaaBl ^e l^iirpher de cette façQi^rlà.

. J^ mv^vi DS GÀUCHB. Bravo ^ nous voilà parfaite* ^pit d'âciqqrd. Que voulons-nous ? Phis de provîaoke admfiiistraf if î plus de cette centralisation consulaire et impériale qui mystifie cruellement les intérêts locaux; plus de cette hiérarchie départementale et mmùeipale doat chaque lyembre est une é|nanation.de Iff. le pré* fel; faft ce qu'il veut, répète ce q^i'îl dit, et sert ainsi d'échp à ce mono^ogiie ministériel qu on nous {sût la n^^^yai^e pljaisantene de donner comme l'expression de rppinion; plus de ces scandf^lei|sef pn>digalit44 q^i per]}é^uent en temps de paix les ii^pôts du temps de guerrç , et fqnt du budget une v^itable curée ; plus de çe^e inviolabilité des npdoistres e% de tous les fp^ctiosr ^aires ^ iff^ place jiisqu'au garde^çhampèti^ hprs de la loi commune ; plus de ce système prohibitif et obsciirant y qui arrête tout essor, s'oppose à tous progrès^

s'çjOEurouche de toute in^trnptioqy et clignota devant toute lumière^ pl|i$ dp censure, qui interdise 1^ publia çi^ de$ ikbu^y élouffip la plaint^ et empêche la reptation de tous 11» désordres , contre lesquels la liberté de la presse est la plus si\re garantie. Enfin plus de jésuites: yoiià ce que nous voulons. Publiez des professions de foi de ce genre, et tous êtes sftrs de la popularité, ainsi que d^s suffrages électoraux. Atcc une majorité de députés qui penserait ainsi , secondée f)ar la Ghambre des pairs et par la magistrature., il serait difficile à un ministère , quel qu il fût, de ne ps marcher dans le sens GonsdtutionDeL , .

Ls BÉPuri DE DROITS. Et je crois que tout n'en irait pas plus mal.

Les deux nouveaux amis ^ causant ainsi tout çn marchant }>ras de^sijis bras dessous, atteignent le bourg de poste, long-temps av^mt-k yoitnre. Le reste de leur voyage n'offre rien qui mérite d'être rapporté, si ce n'est qu'après s'êl:rie séparés et être arrivés dans leurs départemens, ils y sont accueillis par des séréna* des et de vives acclamations, par les témoignages touchans et honorables 4^ la reconnaissance , du respect çt de Timiour de le^rs ponci^yen^, Quant à leur col«^ lègue ministériel, on n'a pas de nouvelles de^l'Sccueil qu'il a reçu dans son pays ; seulement on sait que le bedeai|. et le ^acristaiii de s^ paroisse sppt. allés le^çom-' plimenter parce qu'ils aiment beaucoup te siégaler à sa cuisine.

P. S. Pendant l'inipression de cet écrit, k lettre que MM. les

électeurs du grand collège de la Chàrente-Inrérieure viennent d'adresser à M. Deialot, parvient au Constitutionnel , et, par miracle 9 l'insertion lui en est permise (i). Mais les réflexions qu'elle suggère n'auraient certainement pas la même farenr; il faut dœic les faire ici.

Cette lettre est remarquable comme un véritable manifeste de Talliance des tleux oppositions contre le ministère; elle est la sanction la plus formelle de l'intention dans laquelle est conçue la4)résente brochure. Écrite au nom des électeurs des deux oppositions par les membres qu'ils avaient portés au bureau définitif, elle est revêtue du plus respec-

(i) Non pas tontefois sans nne petite mutilation.. Dans raTant-dcnûer paiagraplie U oensnre a supprimé le mot indépendaiu. Ces measiears ne ▼eulent pas reconnaître Tindépendance des éledeors; ils n'admettent ^e celle des censeurs.

Yoici celte pièce qai ne peut trop être répétée et répandue :

Angonléme, xi juillet 1827.

« Le collège électoral du département de la Charente vient de Tons aoa^ mer son député; Totre nom est sorti de Tame électorale an deuxième tov de scrutin et à la majorité de ii3 Toixsur 181.

«( Les électeurs appartenant aux deux oppositions se sont accordés. Monsieur, à TOUS dioisir pour candidat dès le premier lourde scmtiB.

« Tous, en tous donnant leur voix, ont cra nommer k la chaoïfare sincère du trône et de la dynastie , avec la charte et ses conséquences saires ; Tennemi redoutable de toute espèce de despotisme , Forateur puissant dont la Toix éloquente, en assurant la dignité de la couronne, rédamen le maintiln de nos institutions constitutionnelles et le fétabliaeemtnt de la liberté de la presse, base essentielle de notre gouTcmement représcntati£

« Les électeurs indépendans ont la confiance que leur attente ne sera pas trompée, et votre nom, Monsieur, qui, dans ce pays, a opéré la rénnk» des deux partis jnaqn'ioL exposés ..deviendra peut-être le gage d'une rénnio» générale.

« Au nom des électeurs des deux oppositions , les membres portés par eux au bureau définitif. »

table caractère qu'on puisse exiger de Téxpression d'un vœu politique, et ce vœu est celui d'une classé importante de citoyens. Elle offre en même temps cet utile exemple d'une franche déclaration, faite par les commettans à leur mandataire, des motifs qui ont déterminé leur choix et du but qu'ils se sont proposé. Sans lui tracer de mandat spécial, ce qui serait contraire aux principes de notre représentation nationale, ils lui montrent au moins à découvert la source de son élection, afin qu'au besoin il se la rappelle, et qu'il y trouve sinon un ordre, du moins un avertissement grave adressé à son honneur et à sa conscience.

Si cette alliance des deux oppositions s'effectue dans tous les départemens avec bonne foi, prudence et habileté, nul doute qu'elle ne nous délivre de l'ignoble système ministériel qui pèse depuis si long- temps- sur la France. Mais il faut y aller franchement de part et d'autre, et ne point se laisser entraîner aux récriminations ni aux disputés de préséance. Il faut surtout s'imposer cette loi : que celle des deux oppositions qui se trouve la moins nombreuse dans un collège porte ses 9oix sur le candidat de Vautre opposition. Le débat, ainsi réduit à une question arithmétique, sera plus aisément vidé ; celui des deux candidats d'opposition qui aura le plus de voix dans là réunion préparatoire , ou au premier tour de scrutin, recevra de droit le renfort des voix de l'autre candidat.

L'alliance des. deux oppositions est le moyen le plus prochain. de sortir d'une situation pitoyable. En y songeant bien, on peut y voir de plus .un germe fécond pour l'avenir du gouvernement représentatif en France. Rappelons-nous l'histoire de ce gouvernement chez nos voisins , et nous verrons çonfime les partis changent aisément de direction , quand leur situation n'est plus la même. , .

lies partis se convertissent comme les indîtridus, quittes à revenir quelquefois à leurs anciennes idées. Les Whigs sont devenus Tories et les Tories sont devenus Whigs, suivant Foccasion. Cest aux Whigs qu'on doit le bili des droits sans doute; mais qui eût pensé que ce seraient les Tories, d'abord ses adversaires ,' qui plus tard en réclameraient l'application arec le plus de chaleur? Les maniaques qui veulent de Tûaunobilité dans les- choses humaines, sont bien ignorans! Ss ne voient donc pas conune va le monde. Les Tories s'étaient op-* posés à la révolution de 1688; eh bien ! chose singulim et qu'on n'a pas assez remarquée, ce sont eux qui ont le plos concouru à l'établissement du gouvernement représentatif en Angleterre ; ce sont eux qui ont le plus invoqué les libertés religieuse, individuelle, et de la presse, à la vérité quand Us étaient dans l'opposition ; et c'est avec les Whigs , les successeurs des courageux parlementaires, que Walpole a établi la septennalité et la vénalité systématique. Maintenant la question des partis est bien siinplifiée en Angleterre ; il n'y en a plus que deux: ceux qui veulent l'intérêt général, et ceux qui veulent leur intérêt particulier. Au fond cette division est de tout temps et de partout.

Ne désespérons donc point, et ne craignons pas cTouvrir nos rangs à de nouveaux défenseurs du régime légaL I^ous pouvons, sans jalousie, les voir prendre iine part de la gloire réservée à ceux qui Tauront fondé dans notre belle patrie. Les amis de la liberté ne sont point envieux de la popularité que d'anciens adversaires sauront obtenir en la méritant. Us ont assez fait pour la grande cause du pays, pow ne pas craindre d'être jamais deshérités de son souvenir. Les peuples n'oublient point les services passés; faiais la France a un fonds de reconnaissance et d'amour qui suffit pour récompenser le dévouement de tous ses enfans.

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CENSURE

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