AVANT-PROPOS
La liberté de la presse et la gaieté du Moniteur datent du 24 juin 1827. Avant cette époque, les journaux n^étaient retenus par aucun frein \ ils annonçaient tantôt que Tabbé Saladin avait empoisonné son curé,* tantôt que Laveyroux, curé de Jumeaux, souffletait ses paroissiennes dans Téglise; tantôt que Tabbé Moncby damnait le Roi et ses sujets. Ces scandales , nous parlons des journaux , devaient être ré-^ primés. Il eût été plus simple peut-être d'établir une bonne censure bien vigilante dans les chaires et les sacristies \ mais on est arrivé au même but par un autre moyen. Il fallait assurer à la robtt d'Ignace une entière inviolabilité et dérober à la publicité les peccadilles ou les complots de la Congrégation : la censure a donc été établie. Il est fâcheux que MM. Molitor, Laveyroux, Saladin, Monchy , etc. ^ etc. , etc. , n'aient pas ajourné leurs fredaines après la session des Chambres ; M. Lourdoueix les aurait couverts de son bouclier \ enfin cet avantage se re-
(6) trouvera. C'est nn grand pas qae vient de £iire la Coogié-
gatîon ; car la censure n^a été remise en vigneor qn^ son proflt exclusif. Les bons ministres, contre lesquels on a fait depuis six ans vingt mille vers, et trente volumes de prose, étaient blasés sur Tartide \ il leur importait fort peu que la censure existât ou non. Mais les jésuites n*ont pas k même tolérance politique ^ ils aiment la vie molle et tranquille; la publicité les gène, Topposition les irrite, les épigrammes troublent leur sommeil. Dormes donc, bommes sacrés , sur Tédredon de vos oratoires ; errez, pendant le solstice , sous les saints ombrages de Conflans, on dans le parc voluptueux de Mont-Rouge ; Cbevet toos destme les prémices de ses fimits , la Boui^ogne remplit vos câliers, la manne ne t<nnbe que sur vos domaines. Il est aussi des plaisirs plus doux, anus de la discrétion et def onîbre^ usez-en avec délices : jouissez , goûtez de tout ; c^est pour TOUS que ta France a été £dte , exploitez ce lojiAUMiie impie et si riche, sans crainte et sans remords ; la censure est là, pour vous assurer une terrestre béatitude qu'aucune voix profane ne peut troubler désormais.
LA CENSURE