‹ Censure de 1827 (volume 3)Chapitre 16 sur 24 · RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

RÉVOLUTIONS

Paris, le 5 juillet 1S97, .

La censure est rélablfe. Elle Test sous le tinème prince qui fut populaire au premier jour de son règne pour Tavoir révoquée. Elle Test sous les mêmes ministres qui semblent avoir pris à tâche de détruire cette popula-* rite, et de faire régner le silence sur les pas de leur maître.

Cet événement n^étonne point ; on Tatten^ dait ; le bon sens public avait trop bien jugé le système du ministère pour ne pas comprendre que la censure était un de ses besoins. Nos hommes d^tat peuvent avoir assez de bar"

dîesse pour tenter le renversement des institutions en présence même de la publicité, quand elle existe forcément; ils peuvent braver, san£ en prendre trop d# souci , les arrêts de rdpiniot> , quand ilssotot inévitables; mais cependant, pour de tels projets, le silence est plus commode , et on devait y avoir recours , dès qu^il serait possible de Timposer,

Depuis quelque temps TOpposition s^était fait jour de toute part. Elle avait amené sur le premier plan de la scène politique deux corps immenses dans TEtat, 1^ pairie et là magistrature ; les écrivains combattaient der^ rière eux. Justice est faite de eeux-KÙ ^ le procès des autres reste à faire» Ce sera de nouvelles pages dans notre histoire, de nouvelles phases dans une révolution dont les premières causes sont déjà loin de nous , révolution quW refusait encoi^e 4e, reconnaître qimnd elle grandissait de jour en JQur^ mais qui a pris son cours depuis plusieurs mois et

(9) qu^oa peut regarder dès a présent comme en pleine activité^

On verra oemment. Jdab disons d^âbord quelques mots de la mesure «pii amène les écrivains de TOpposition sur un noiaveau ter-r^iD. Il importe de connaître ratmospl^ère dans laquelle nous allons vivre.

Au moment ixà . Ibtf^ eaehatnait la presse périodique, le persifikge élait de rigaeur. tl a tant de dignité ! Il sied si bien à ces hommes y^i à lecfirs œuvres. ! Toutefois ne pouvait-on trouver rien de mieux que ie ridicule récent et fépuîsé de la loid^amour? On nous annonce presque officieUement que eetle censure sera douce et paternelle ^ qnVlie se bornera à ef*faoer' quelques jpijun»s, qu^eUe ne se refusera k xiucune dtscûstion sftge ei m^si^e , <pi*ellè s^efiercera roéme d^ieVei' la pi»iémique du

( «o) journalisme à la dignité des débats parlementaires. Certes , en eût-on le projet , il est douteux qu^on fût assez maître de soi , pour condescendre long-temps à de perfides ménagemens. Mais en vérité, à' qui prétendrait-on faire croire que c^est dans quelques intérêts de politesse, que c^est pour résoudre quelques questions dWbanité , que trois ministres , les plus impolis de la terre , sont venus se heurter une dernière fois contre Topinion publique, et que c^est pour donner de la dignité à quelque chose qu^on fait choix de M. De Liège et de M. Lourdoueii.

Non, il n^ a rien de nouveau dans tout ceci , et il est trop tard pour essayer de nous tromper encore avec des mots» La censure a été rétablie dans le même but pour lequel elle avait été créée; autrement on n^eùt jamais songé ^ la rétablir. Elle sera telle qu'eUe était naguère, telle qu6 nous Pavons tous connue; car on ne pense pas sans doute que le minis-^

tère ait voulu une censure oisive et inutile à ses desseins.

On pourra donc se livrer de temps à autre à une sorte de discussion, énoncer quelques faits insignifians, publier peut-*ètre quelques nouvelles venues de Tetranger, jouir en un mot d^une liberté apparente. Mais que ces nouvelles apportent le récit de quelque violation insolente de notre territoire , qu^elles découvrent les misères de notre diplomatie , ou fassent retentir les paroles d^un puissant voisin qui prendrait notre gouvernement en pitié , et la censure saura bien épargner à la France au moins la douleur de les lire. Que des ci- . toyens soient victimes des méprises de Tautorité ou de ses violences, qu'ils soient atteints par l'arbitraire dans leurs personnes ou dans leurs droits, et Ton verra si de tels faits peu^ vent arriver à la connaissance du Public ! . >

Au surplus on peut en juger dès aujourd'hui.

( lO

La première feuille du Courrier Frondais qui dit été soumise à 1^ censure , publiait utte lettre d^un scrutateur du collège électoral où vient d'être nc^nmé M. La Fayette. Pendant que quelques optimistes admiraient déjà Feiprit de tolérance qui atait permis cette pù*blication% les censeurs étonnés demandaient compte au journaliste de sa hardiesse. Quoi dcMac ! avait*-il enfreiût iWdire fktal ? Non , c^ëtait la censure qui avait appose ison ^isa par erreur. Eh bien, cette lettre quVn eût youlu Bujpprlmer, que conténàit-^llê? ded injures? Nullement; maii^ mi âiit gravé, qu'ail hlm^ portait pas tnoius à la Fi'âuct de connaître qu'au ministère de cacher^ c'est que trente wmki honorables > poités ^ur là première liste de tb collège électoï^al , et qui prêiNjue tous appartenaient à d'and^ns electeii):*s , ont été reiranchés au disnaier momeùt; c'efttièû otitrè, que «iuquantb ou soixanto jetane^ '^teotèurs,

' Un journal miaistérie) en tirait même son meilleur argumètit'; oA voit ce qu'il valait.

( '3) qui parBiêiaitûi pour U |ireàitèrc his , li^bnt pu parvenir à se faire admettre sur les mêmes listes : Violation criminelle de droits saerés ^ mais excellen); moyen dû n^te , et le seul, tû effet, de s^opposer à cet envahissement den générations nouvelles ^ <}ue les statistique^ dé M* Dupin venaieni dé si^naler^

Le jour suivant, la censure , plus attentîr^i, retranchait de jpe journal eSs «impies mois :

« M. le comte de Montlosier s^occupe en ce « moment dW nouvel écrit politique^ »

Pm's ceux-ci :

« U paraîtra à la £ai de la semaine une bro- » chure de M. de Chateaubriand* »

Cette brochure a paru, il nVi ^ié pôrmis à aucun jdùrnàl de Pàninoncer. Mais , au molùeM où j^écris^ Fédition s^écoule par fuil*

liers.

Dans un article de la même feuille ^ où Ton rendait compte d^un ouvrage politique, la commission souveraine faisait disparaître avec un jsoin particulier tout, ce qui pouvait être personnel à M. de Metternich , le grand diplomate des jésuites ; mais , moins jalouse de Fhonneur d^nn savant français que de celui du ministre étranger, elle ne permettait pas -d'annoncer à la France et à l^Europe que M. Cuvier avait refusé d^appartenir au conseil de censure.

Ainsi encoire Fimpitoyable supprimait ces lignes :

« MM. Caix , Rio , Fouquet ont donné leur )) démission et se sont abstenus de siéger avec » les censeurs. »

Et si je suis bien informé , une protestation directe de l'un de ces diffamés, M. Rio, présentée par la Quotidienne , était rejetée de la même manière , par la même puissance*

G^est à peine croyable, mais celfresi. Nod^ je ne sache pas de persécution plus révoltante, ni d^acte plus contraire à la probité. Quoi donc! des hommes se sentent, à tort ou à raison ç offensés publiquetnent dans leur hon-

n/eur, et vous ne leur permettez pas de re- |

pousser publiquement Poffense ! Selon eux , et selon nous aussi, leurs noms sont compromis de la manière la plus cruelle , livrés à la honte, associés , sous les yeux du Public pendant des jours entiers, à des noms que ce Public méprise, et il leur est interdit de démentir une solidarité odieuse ! En vérité, il y a là quelque chose dii supplice de Magalloa.

Et Ton persévère avec obstination dans ce déni d^honneur. Aujourd'hui mènie, au moment de livrer cet écrit à Pimpression , j'apprends que la censure vient de supprimer quelques lignes dans la défense de M. Kératry \

' Il serait curieux de connaître les discussions qui ont

Ce «ont oeUM-ci, il cTagissait du magfetratotnsêur:

eu li^u diuis le sein 4e la conmisiioii de censare AUfiiajet de cette défense judiciaire. La délibératiou a été fort longue et s'est terminée très-tard , pour la plus grande commodité du journal qui avait un double supplément à imprimer. Fallait-il ^ ne fallait-il pas publier ce discours? D'un côté c*était laisser arriver d'éloquentes vérités jusqu'au Public, de l'autre c'était mécontenter les magistrats* D'après les un dit de ce conseil y c'est cette considération qui l'a emporté. La eexuore a peut^èlrè aussi la prétention de demander qiielque four des sênfica à. la magistrature.

Il est fort difficile au surplus de savoir ce quisepasse et se dit dans ce tripot. Les garçons de journaux qui attendent les épreuves n'ont pas la permission de se promener dans 'là coût sur laquelle donnèiit les fenêtres de la salle d'assemblée ; il pourrait atiriver jusqu'à- eux quelque parole.

Ou rapporte «lissî un fait qui mérite une mention. Des fiacres et des gendarmes viennent tous les .soirs cbePQlier ces Messieurs et les recondiiisent jusque dansle^rs bétels. Ce n'est sans doute qu'une garde d'bonneur. 11 serait trop dur d'en être réduit k de pareilles précautions parmi ses ebneitbyén».

« Pourquoi même ne pas croire qu^à Pexem- » pie d^ua savant célèbre ea Europe et de » deux estimables professeurs d^histoire , il » auta compris que faire taire n^est pas répon- » dre , et qu^attenter aux droits d^une nation , » c'est en démériter? »

L'ordre est sévère contre les démissionnaires. On se flatte de les lasser , on leur impose la honte afin de les réduire à Paccepter , et que tout flétris ils consentent enfin à siéger avec leurs collègues.

Qu'on apprécie maintenant les douces pro* messes du journal officiel. De tels faits sont plus sincères que ses paroles : il^ donnent la véri*table mesure de la liberté qu'on nous réserve ; notre honneur même ne sera plus à nous. La nouvelle censure n'a que quelques jours d'existence : de quels actes elle est déjà coupable ! El ce sont de pareilles turpitudes qu'on s'est flatté de dissimuler en jetant sur elles la robe

( «8) d^un magistrat et le maoteau de la pairie ! Ce notait donc pas assez de Fa voir une fois déjà traîné dan^Ia boae? Mais alors, du moins , ce nVtait pas du consentement de celui qui en avait été revêtu.

Je ne voulais dire que quelques mots, et j^ai écrit plusieurs pages; mais laissons maintenant de côté toutes ces misères ; la probité publique suffira bien pour faire justice des hommes et des choses. Et puisque les organes habituels de Fopinion sont captifs, tâchons de suppléer à leur silence ; usons de la liberté qui survit , continuons leur œuvre. Dans de telles circonstances , c^est un devoir, même pour les plus inhabiles, de se faire écrivains. Puisqu^il reste une voie ouverte à la vérité , que la vérité soit dite !

Je ne parle pas de certaines vérités devenues oiseuses et qu^il faut dédaigner dVtablir*

( '9) A quoi bon examiner si le cas prévu par la loi pour le rétablissement de la censure est ou n'est pas arrivé , si des circonstances grave* sont venues la couvrir d^une sorte de légitimité? Il est bien convenu , ce me semble , que 4es ministres n'ont songé qu'à eux dans cette affaire , et il y aurait aussi trop de simplicité à discuter sérieusement s'ils n'auraient pas en cela méconnu l'esprit ou le vœu de quelque loi. Qui donc aurions-nous à convaincre ?

Plût au ciel qu'il s'agit encore de la légalité des actes du ministère ! Mais 9 je le dis avec la conviction que tous les hommes de bonne foi en tomberont d^accord , la question n'est plus là pour la France ; elle est tout entière dans les conséquences dont ces actes nous menacent de toute part. Nous avons fait ce pas de plus. Et ces conséquences , quelles sont-elles? Des agitations, des secousses; tranchons le mot,

une révolution Je ne vois pas pourquoi je

craindrais de dire ce que tout le monde pense.

(ao)

Ce mot menaçant n^ost peut-être pas dans toutes les bouches, mais il est au fond de toutes les consciences. U se retrouve également dans les résolutions de Tautorité et dans les démarches de rOppositioh ; dans les rêves des uns comme dans les craintes des autres. Vous n^expliqueriez pas autrement ces cbangemens si remarquables deTopinion, qui n^ènvoient plus que des pro{est$itions énergiques du sein des villes appelées naguère les cités royalistes, accusées aujourd'hui d'être infidèles à la monarchie y par Tétrange raison qu'^eUes ne veulent pas le renversement de ses lois.

Que s*est^ donc passé? rien qui ne dût arriver avec le temps. Il a mis le fond des choses à nu, voilà tout» On pouvait s'abuser sur les causes, on n^ le peut $ùr les effets. Ik sont visibles, Ils parlent aux sens, et il ne faut pas une merveilleuse sagacité pour y voir oe qu'ib contiennent.

Des institutions faussées , détournées dç letir véritable but, saiis harmonie entre elles , éparses, pour ainsi dire; des ëlémens disjoints ^des ressorts à demi-brisés, voilà la France.

Nous avons une Chambre populaire , tel est du moins le caractère que la constitution du

pays lui assigne ; mais composée uniquement dans des intérêts ministériels, elle en partage la défaveur. Isolée au milieu de FEtat , elle est sans rapport avec le peuple qu^elle doit représenter , sans rapport avec Fautre Chambre législative y avec laquelle cependant elle doit concourir à la formation de nos lois. Si elle remplit une mission, ce n^est pas cell|e que la loi fondamentale lui impose; elle est ce qu^on voudra, mais elle nVst pas la représentation nationale que la Charte a voulue.

Noxis avons une Chambre héréditait'e , réunion brillante d^esprits puissans et éclairés. Le ministère descendait trop bas pour entrai-

ner ce corps imposant avec lui ; ils se sont sépares. Mais, fidèle aux libertés publiques , la pairie s'est trouvée à son tour Un pouvoir isolé dans PEtaté

De son côté, le gouvernement ne voit dans Tune qu^un instrument quUl brisera le premier jour où il j trouvera son intérêt; dans l^autre , qu^un obstacle dont il cherche dès à présent les nloyens de se débarrasser. Il agit tour à tour sans elles ou malgré elles*

Et, au milieu de cette désunion de tous les pouvoirs fondamentaux, nulle intelligence assez supérieure pour s^emparër de la direction des affaires ^ nulle main capable de réta-* blir Fensemble et Tharmotiie dans TÉtat !

Seulement^ en présence de cette machine à moitié désorganisée , et dont tous les ressorts setnblénl détachés les uns des autres, il faut placer une nation tout entière jalouse d^ètre

( ^3) teiietix gouvernée ^ des générations nouvelles v fermement résolues à être libres, grandissant chaque jour, touchant déjà aux premiers droits politiques, et qui seront dage^bientôt à toucher au pouvoir.

Au-delà, personne né sait rien. Mais, dès à présent,, la position est grave , inquiétante. Je voudrais qu^'on me montrât Phomme qui, n^étant aveuglé ni par ses intérêts , ni par ses passions, prend confiance dans ce qui existe. Quant à moi , je vois que tout se désunit et chancelle.

Si encore il était possible de s'arrêter à ce triste statu quo de notre état social , les hommes qui ne tiennent pas à rhonneur de leur pays pourraient s'en, contenter; mais il faut marcher , il faut courir f aucune puissance humaine ne peut suspendre le cours des événemens , et avec la diréctiop qui leur a été don* née 9 ils nous pousseront de plus en plus vers une catastrophe; car les éyénemens ont une

marche logique, et souvent nous prêtons dévastes systèmes à des hommes qui n^ont fait qu^ètre entraînés à leur insu par un ordre de choses dans lequel ils sVtaient engagés sans le prévoir.

Tels sont sans doute ceux que nous voyons précipiter aujourd'hui dans une révolution nouvelle un pays qui, dans aucun temps, ne s'est montré plus ami de la paix intérieure, où jamais il n'y a eu , du fait de la société, moins d'élémens de désordre , moins de dispositions dangereuses , plus de respect pour les lois, plus de sagesse et de régularité dans les habitudes. L'incapacité de ces hommes nous a fait plus de mal encore que leur perversité. Du reste , plus que tous leurs devanciers , ils se sont placés dans l'histoire ; ils y paraîtront comme les représentans des fautes de notre époque; ils y trouveront la plus triste de toutes les célébrités , celle des hommes qui perdent les Etats par leur obstination et leur aveuglement.

Et ce ne sont pas seulement quelques esprits inquiets qui regardent comme périlleuse, comme pouvant devenir chaque jour plus critique et plus grave, la position dans laquelle une administration coupable a jeté notre pays. Ainsi jugent les hommes d'Etat les plus habiles du dehors. Ils vous Tout dit d^assez haut : nos mécontentemens sont comptés parmi leurs ressourcés. Telle est aussi la triste conviction des amis les plus dévoués de la monarchie, des serviteurs les plus attachés aux princes de la maison de Bourbon. L'un vous dit avec douleur dans une pétition fameuse : « Des millions de Français fidèles » n'ont pu préserver Louis XVI du sort de » Charles I®' , tant était forte alors l'impulsion >» donnée aux opinions populaires ; avec celle » qui est donnéer aujourd'hui aux opinions M religieuses, des millions de Français fidèles » parviendront-ils à préserver la France des » évéujemens de Jacques II ? » Ailleurs une voix éloquente s'écrie que. si l'on fait un pas

de plus dans de teds systèmes , le premier Hampdea qui se croira le droit de refuser Timpôt , va mettre le feu aux quatre coins de la France. .

J^ouvre une brochure qui parcourt la France en ce moment , et jY i^^ ces mots tracés par une main royaliste :

M II nVst plus temps de se le dissimuler: la }) marche que suit le ministère peut conduire » à une catastrophe. Se suspendre aux parois » des abîmes est chose possible^ mais il faut )» finir par y tomber. »

Ceux-ci suivent de près : '

ii Les partisans de Tuscirpation ou de la » république, s^il en est encore, se rqouis-

n sent de ce qu^ib voient. »

Un écrivain courageux s^écrie que la pre-

mièce .coaséqueoce de tant de fautes , c^est la désaflfectioD envers le Prince : on se hâte de poursuivre Pécrivain ; les magistrats se hâtent de Pabsoudre. On n^est jamais séditieux quand on avertit le pouvoir à temps et à propos^

Que serait-ce si je comptais ici combien de fois ces mots : Le ministère ébranle la mo^ narchie ! ont été prononcés dans nos débals législatifs avec Facci^nt de la conviction la plus profonde et de la plas sincère douleur ; on en serait eifrayé»

Et ne traitez, pas ces hommes de factieux ! La reine Anne d^ Autriche disait aussi au cardinal de Retz , qui lui prédisait un mouvement populaire ; « Il y a de la révohe à sup— *i poser qu^on puisse se révolter; ce sont là les M contes ridicules de ceun; qui la veulent ; Tau- ») torité du Roi y mettra bon ordre* » Mais peu de temps après c^était la Fronde; malheur à«nous si nous> cessions de chercher le

bon. ordre ailleurs que dans les lois, et si nous n^attendions plus le repos que des coups d^autorite!

Des coups d^autorite ! il en a été essayé un parmi nous ; on assure que les courtisans y ont applaudi avec transport, qu^ils se sont écriés que citait le. premier pas du Roi vers son trône.... Hélas! que faut-il attendre de ces joies insensées ?

Fâcheuse situation de la France ! les conséquences n^en échappent à personne, et le sentiment du danger est partout.

La magistrature eût-^Ue compté parmi ses devoirs celui de veiller sur les libertés politiques , et de servir de barrière aux envahissemens du pouvoir , dans tout ce qui ressortait d'^elle , si elle n^eùt pas eu la conscience des périls auxquels on exposait la monarchie?

(39) Tout Paris se fût-il illuminé spontanément lors du retrait dW projet de loi faineux , si Pinquiétude n^eût pas pénétré sous tous les toits ?

La garde nationale , défilant sous les yeux du Prince, eût-elle fait entendre un cri accusateur contre les ministres, si elle n^eût partagé les ressentimens du pays pour le passé , et ses alarmes pour Tavenir ?

On a licencié trente mille citoyens pour avoir crié : ^ bas les ministres! Ces trente mille citoyens murmurent maintenant les mêmes paroles daiis leurs foyers.

Ainsi , ce ne sont pas seulement de$ individus, ce sont des, corps, ce sourdes masses qui font de Topposition ! Qu^on daigne donc un peu y songer.

De jour en jour la question devient plus

précise. C'est une question d'existence entre la nation et le pouvoir : To be or not to bef c'^est la question qui s'agite dans presque tou-' tes les révolutions.

La faction qui no as domine Ta bien senti. Nous nous en souvenons, son premier système était celui des calculs machiavéliques el des violences hypocrites. Mais, hormis la justice et la vérité , tout s'use, et un jour ce système se trouva épuisé, décrédité, fini; la conscience publique l'avait vaincu. Pour conserver le pouvoir, il ne restait plus qu'âne ressource, c'était d'obéir à la loi qui pousse les factions en avant , de faire un pas de plus et d'eoirer ouvertement dans les voies de la tyrannie. Le ministère a fait ce pas fatal. Il a jeté les yeux sur son or ^ ses armes ; il s'est rempli de confiance, et il a résolu d'être le maître par la force;.

Quoi donc ! vous vous êtes mis eo^ hostilité contre toutes les lois , en lutte avec l'opinion \

vous avez détaché de vous tous vos appnis : pour gouverner, il ne vous reste plus que Targent et la force, et v^us prétendez gouverner encore ! II ne m^en faut pas davantage pour dé* clarerquevousêtesunponvoirrévolutionnaire.

Etranges hommes d^Etat ! depuis que nous les voyons agir, ils n'ont réussi qu^à nous convaincre de leur propre faiblesse ; ils nous ont laissé acquérir Texpérience et la preuve de noti'e supériorité par le développement d'une civilisation qui a vaincu tous leurs efforts , et ils songent à faire de la tyrannie !

L^argent et la force ! Mais si jamais ces res-^ sources allaient manquer ! si des déficit dans les finances ! si des mécontentemens ailleurs ! £lés--vou5 sûrs seulement que des citoyens notables, inflâiehs , plus puissans que vous parmi leurs concitoyens, ne vous refusent pas un jour Fimpôt qu^une Chambre aurait voté audelà de sa durée constitutionnelle ? Vos armées

VOUS garantissent Pintégrité de rhounear national et Findépendance du pays ; mais savezvous si vous obtiendriez d- elles d^autres services ; et si vous les demandiez sans les obtenir, que serait-ce de vous ?

J^écris ceci parce que dans la société tout entière circule la crainte d^un coup d'État général contre nos institutions , que depuis que la presse est enchaînée, les bruits les plus étranges trouvent crédit, et qu'il est bon d'en avertir le pouvoir.

Je n'ajouterai qu'un mot. Tant qu'on gouverne avec un faux système , on peut revenir à des idées plus sages ; mais quand on a rompu avec tous les corps constitués d'un Etat pour se réfugier dans la force, il ny a plus de retour possible. Alors les révolutions sont commencées.

Voilà comment une administration per verse.

incapable , téméraire^ a placé la France sur le bord d^un abîme. Mais ce qui n^est pas moiDs grave , c^est qu^il est mille événemens imprévus qui peuvent Vy précipiter, tant sa situation est critique. Si la ruine de notre commerce venait à faire souffrir le peuple , si les rigueurs du ciel laissaient nos campagnes sans récoltes , nos villes sans pain , qui peut garantir i|ue les mécontentemens populaires ne prendraient pas une direction dangereuse ?

Et ce ne sont là que des combinaisons du hasard. Mais quand on ébranle les institutions d^un pays, quand on lui ôte toute confiance dans son gouvernement, on Texpose à des vicissitudes de plus d^an genre. Il y a des dangers qui paraissent bien loin de nous, mais les jours s^ajoutent aux jours , les années s^écoulent, et Ton a bientôt rejoint ces dangers dans Favenir»

Il est permis sans doute dMnvoquer auprès de la restauration sa propre expérience. Rap-

peloos-nons nos fautes de i8i4 ^^ 1^ facik événement qu^elles amenèrent. Il n^y a stabilité pour les Etats qu^autant qu^il y a confiance chez les peuples. Un gouvernement iest bien faible, bien exposé, quand il a méconnu ouvertement ou fait mentir les lois chères à une nation : un ambitieux est bien fort quand il vient annoncer la restauration de ces lois. La cause du prince d'Orange fut gagnée le jour où, déployant son étendard sur le sol d'Angleterre, il y fit lire au pe\iple ces simples mots : Je maintiendrai/

Et c'est en présence d'un avenir aussi incertain, c'est lorsque la presse périodique était peut-être le moyen de salut le plus puissant contre lés maux qui nous menacent, qu'on jette le voile épais de la censure sur les nouveaux projets du ministère ! Mais la France sera plus forte qu'eux; l'esprit de civilisation l'emportera sur l'esprit de ténèbres ; des jours meil-* leurs nous attendent : Fata viam im^enient;

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