ÉPIGRAPHES
On réclama hautement la liberté d'écrire et de publier ses pensées par la voie de Timpression; et la liberté illimitée de penser et d'écrire devint un axiome du droit public de l'Europe , un article fondamental de toutes les constitutions , nn principe enfin de l'ordre social.
[Vicomte de Bonald , séance des Députés , %% janvier 1817.]
Aujourd'hui que le Gouvernement peut tout contre le citoyen, ne doit-il pas laisser au citoyen quelque abri contre un pouvoir si illimité ? \^Id,,ib.'\
Les gens habiles ne sont pas tous dans les conseils; et ceux-ci, placés à une juste distance des objets, ni trop haut ni trop bas, peuvent savoir bien des choses qui échappent à l'attention ou à la préoccupation des hommes en autorité , et lemr dire , par la voie des journaux , d'utiles vérités qu'ils neroudroient pas enfouir dans les cartons d'un bureau, ni soumettre à la censure d'un commis.
Peut-*étre, au premier instant d'une explosion, les déclamations des journaux ne seroient pas sans quelque danger ; mais à la longue, et lorsqu'on a à lutter contre des causes secrètes de désordre , leur silence ne seroit-il pas plus dangereux en* core? L'État, si l'on veut, peut être troublé par ce que peuvent dire les journaux, mais il peut périr par ce qu'ils ne disent pas. Il existe un remède très-efficace contre leurs exagérations ou leurs impostures ; il n'y en a point contre leur silence.
L'Angleterre a vu le danger, et a voulu s'en préserver en posant en loi la libre circulation des journaux comme la
sauvegarde de l'État; elle n'a pas cru que ce fiit trop dixpublic tout entier dont les journaux sont les sentinelle^, pour servir de contrepoids au pouvoir immense d'un ministère responsable. [^d,, ib,]
L'intérêt de la nation étant que les ministres soient éclairés, ils ne doivent pas fermer eux-mêmes la seule voie par laquelle l'opinion véritablement générale peut arriver jusqu'à eux. Y a-t-il beaucoup à craindre des journaux , aujourd'hui qu'ils sont devenus presque la seule lecture des honnêtes gens , et que les écrivains les plus estimables ne dédaignent pas d'y travailler? Sans doute ils écrivent les uns et les autres dans des principes différents : c'est un malheur inévitable, et qui a sa source dans l'opinion des deux principes monarchique et républicain du Gouvernement représentatif, que chacun, suivant son opinion, cherche à entraîner de son côté. Heureuse la nation , dans de telles circonstances , où ce combat n'a pour champ de bataille que les journaux! L'oppositipn armée n'a cessé en Angleterre que depuis qu'elle est devenue littéraire. L'opposition des journaux amuse les partis et trompe les haines. [ Id. , ib, ]
« Que les représentants d'une nation , chargés de stipuler » les droits et les garanties de la liberté civile et politique , » confèrent, par une loi, à des hommes déjà armés du ter- » rible droit d'emprisonner à volonté tout citoyen qui leur » sera suspect , le droit plus étendu et plus dang^ereux d'é- » touffer toute pensée qui leur sera odieuse , et qu'ainsi les 9 ministres, au droit qu'ils ont d'agir seuls ajoutent le droit » de parler tout seuls , c'est en vérité ce que tout législateur » trembleroit d'accorder, même lorsqu'il croiroit , comme » citoyen , la mesure utile. Ne seroit-ce pas compromettre , » par ce dangereux exemple, la sûreté générale et future de » l'État , en voulant lui ménager une tranquillité locale et 9 temporaire ? Et ce roi que la fable représente tenant tous » les vents à ses ordres , pouvoit exciter moins de tempêtes
» qu'un ministère investi de tout pouvoir sur les corps et sur • les esprits. » [Jd., ib,]
Il est digne de remarque que tous les journaux employés à grands frais par tous les Gouvernements qui se sont succédé, n'ont pu, malgré leur influence, en soutenir aucun; et que les journaux opposés, que la tyrannie a contrariés, tantôt à force ouverte , tantôt plus sérieusement, ont vu, ont fait a la fois triompher la cause qu'ils ont constamment défendue...
Les gens les plus distingués dans les lettres n'ont pas dédaigné d'écrire dans les journaux, et y ont défendu avec courage les principes conservateurs des sociétés... Dès-lors, une succession non interrompue de journaux amis de l'ordre a entretenu le feu sacré ; ils l'ont entretenu par ce qu'ils disoient, et même par ce qu'ils ne disoient pas , lorsque, forcés de se taire, ou même de parler, ils laissoient apercevoir leurs opinions particulières sous la transparence des opinions commandées. C'est cette opposition constante qui a conservé toutes les bonnes doctrines qui ont à la fois prévalu : car il faut remarquer , à l'honiieur de l'esprit national que ces journaux sont les seuls qui aient joui d'une vogue constante, tandis que les autres n'ont pu se soutenir même avec les secours du Gouvernement ; en sorte que l'on peut dire que le public a fait ces journaux, plus encore que les journaux n'ont formé le public, parce que les journaux expriment Vopinion et ne la font pas» Réflexion juste et profonde de M. de Brigode , et qui sufQroit à décider la question.
{Id,,ib,]
Avant que la presse fût libre , les chances en étoient moins assurées , parce que le pouvoir qui laissoit une libre carrière aux mauvaises doctrines avoit soin d'enchaîner les bonnes* Vainement les royalistes avoient-ils réclamé, dans l'intérêt public , cette liberté dont ils sentoient le prix ; il leur a fallu ^u temps , beaucoup de temps pour la posséder , parce que
leurs adversaires en redoutoient reffet. Enfin, la faculté d'écrire, arrachée plutôt qu'obtenue, a muni les amis de la royauté d'armçs égales à celles des ennemis qui veulent la détruire , et bientôt le nombre des lecteurs de chaque opinion a montré l'étendue de leurs forces relatives.
[ M. le marquis d'Hbrbouville , Conserpatear, t. vi, p. 62-63.]
?ï'a-t-on pas vu naguère que les journaux tombée sous le joug du despotisme étoient devenus des instruments d'oppression et de servitude ? C'est la meilleure preuve du danl^er de subjuguer les journaux.
[M. CoEBiiRE, séance des Députés, %^ janvier 1817.]
Supprimer un journal, c'est ruiner le propriétaire; et cependant on se joue avec une cruelle indifférence de cette propriété. Le propriétaire est ruiné , sans même qu'on puisse lui imputer le plus souvent une faute réelle.
[Id.,ib.]
a Si le ministre obtient le droit de donner ou de refuser » arbitrairement l'autorisation aux journaux de paroître^ il u pourra la rendre onéreuse aux uns , la donner gratuitement » aux autres , en favoriser quelques-uns , pour les mettre en » mesure de se soutenir contre l'opinion ; il pourra user des » moyens les plus contraires aux droits garantis à tous les » Français par les articles i et 2 de la Charte. »
[ M. DE YiLLÈiiE , séance des Députés , 27 janvier 181 7.]
DU RÉTABLISSEMENT
DE
LA CENSURE