‹ Censure de 1827Chapitre 53 sur 91 · AFFAIRE DU PORTUGAL · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU PORTUGAL

Les affaires du Portugal paraissent devoir pren<dre un tour nouveau. La scène orageuse qui dure depuis quelques mois , touche à un dénouement ; mais ce dénouement ne sera lui-même qp'un épisode de courte durée , que le commencement de vicissitudes imprévues. La liberté est souvent essayée imprudemment, long-temps avant d'être possible encore; mais c'en est fait <ki despo-*^ tisme là où elle a une fois régné.

Le Portugal , seul et sans l'assistance de troupes étrangèresproclamaen i Saoune constitution libre. Cette constitution , démocratique et téméraire presque à l'égal de celle de l'île de Léon , régna trois ans sans guerres civiles , sans supplices, commo

eût fait un système antique et cber. II est vrjii que ' cette liberté pacifique trouvait un appui* dans quelque chose de plus solide que ralliânce de rAngleterre , dans l'inimitié que la nation partait à cette puissance. La révolution avait surtout été faite contre lord Beresford et ses cadres qui do^ minaient Tannée. Le pouvoir absolu et l'influeiice • anglaise tombèrent du même coup.

Arriva l'invasion de iSsS. Nos soldats eurent le triste succès de voir dans la Péninsule entière les tribunes choir à leur approche. La tribune . portugaise s'écroula même sans être touchée. Il n'y eut point de sang versé. Un jour de l'an 1820 , la nation et son roi avaient crié : Yive la constitution future! Un jour de l'an 1823, la nation et son roi se mirent à crier : Vive le pouvoir absolu des anciens jours!

Ce qui prouve que, sans être mûr pei|t-être pour des institutions telles que les nôtres, le Por* tugal ne peut plus vivre sous le régime de sa vieille autocratie , c'est, que le règne du pouvoir absolu fut plus orageux que ne l'avait été aujparavant celui de la liberté. On sait quelles divisions éclatèrent. Le bon roi Jean YI , peu opiniâtre en fait de formes, Tétait en fait de sentiinens et de ma<zimes ; il voulait la clémence pour ceux avec les^ quels il avait juré la constitution abolie ; il vendait

popr |oii& la inodéralioB, la sage^e, lapaij^ , le biea publié. Une faction <^avaît supporté le joug de la ffévolutiooL fictorieuse , ne put plier h iront au jou^d'undespotisme sans réactioA, d un servilifime sans Yengeance« Le nKwde sait qui fiit à la tête ^ ces apôtres d'esclavage, rebelles et, s'il se pou* Tait, parricides. M. JByde de Neuville vonlaii <iue le vieux roi cherchât un Irefuge dans desinstitQti<His . tutëfadres, sous la médiation et les auspices de la France. Le ministère n'eut garde de se prêter à ces vues, et le chef de la maison de Bragance trouva pour sa courotine et sa vie un asile protecteur à boid d'un vûsseau anglais.

Depuis lors , un autre vaisseau anglais aborda aux rives du Tage , apportant sir Charles Stuart^ rdbdication de don Pedro et la liberté* Cette li« berté, née souslesoleil duBrésil, et réchauflEéedws le seia de la Grande-Bretagne sembla un présent ennemi^ et une plante étrangère ; ie saog l'anrosa. Une armée anglaise vint à pleines voiles porter à l'ordre de choses qui naissait le secours de sa pr^ seoce. C'était le tenir sur les fonts, et le nommer. L'enfwit s'aj^la Constitution anglaise, et , se trouvant avoir à la fois à lutter contre les amis du aj» tème ancien , et contre les ennemis de l'influence biitannicpie, il ne pouvait manquer de grandir parmi les convidsions.

AtffcMirdliui iia cùu^ motrtd. l'iilteDâ : 'V.i^ù^ irîc&e, et; le M^nUeurïà «dit assez cdatrement) lu Ffaiice fie prépaceot à laaccir l'iafaiii; dott Mîgttel sur aa patzie. Clest y lancer ies.réactieiis*

Tout le mottde se éémMée : que veut €t tj» fera l'Aogielenre ?

L'Âttgljâteow a été jeune et aventODeuse «bns la conduite tiles affaires du Portugal , et elle se sent embâi^ftssée dansées fautes; £lle s'est jetée dans ceç hasards sans circonspection , let se sait plus comment en sortir avttc heouieur. . L' Angl^tenee , au début de cette grande entre*fme , sembla prendoe ia PénikisiilefMStur le champ de bataille où elle prétendait rencontrer et abattse la saittte-^alfiànoè , ses forces et ses maximes. Le cartel fut porté avec hauteiu^ ^ conmie le gaint m'a pf^ rété relevé , M. Canovig pense pouvoir quittear la lice avec gloire.

Mais à .eôté de la question européconc, est 'la qn^eali^m portugaise qui reste grande encare» P^rdjK toute influence sur ee coin de la Péninsule^ ^ftndonujer i^es doctrânès que là présence des gardes du roi d'An^eterre y pvoclame , sacrifier las bomcues qui ont eu foi daiis le nourrisson de «ir Charles Stuart , et se sont associés sans M bout h M9i fertnne , déaourager les peuples , nagûères si ^magement Invoqués, de tonte oon8«nofid|aui

Tappui da cabinel de Saint-James , ce sont bien des choses, ce sont bien des revers. Et, s'il est boKS de doute pour. qui connaît la nation anglaise, qu'elle a peu d'inclinalion à. provoquer l'Europe sans motif en combat singulier, qu'elle a même peu à cœur le gouvernement représentatif des rives du Tage , on ne peut nier cependant que, dans une retraite sans compensation , dans une défaite de principes , dans une ei^ulsion dlnfluence, il y aura une blessure à l'honneur national, qui sera profondément sentie. L'opposition nouvelle s'en trouvera grandement fortifiée, l'orgueil wigh grandement abattu ; j'ai même quelque peine à croire que le marquis de Landsdown veuille accepter près de la nation la responsabilité de ces désastres.

. M. Canning, pour sauver l'honneur de ses armes, et laisser flottante la question d'inJEluence , doit vouloir et veut en . effet un compromis avec le gouvernement français. Il croirait replier honorablement ses . tentes et ses voiles , s'il entraînait avec lui hors de la Péninsule les garnisons françaises de. Barceionne , de Pampelune et de Cadix: Alors les deux nations péninsulaires resteraient à la merci de la fortune , et la politique anglaise aurait toutes les chances. Car la Camariik espagnole , le parti: de don Miguel et le temps ,

( «7) aont des auxiliaires qui ne lui manqueront pas. Mais la France est en mesure de refuser la retraite, de ses troupes^ et alors qu'adviendrait- il? tentes les perplexités recommencent,

L'Angleterre donnerait une preuve nouvelle.de cette habileté qu'elle a fait voir dans tant de rencontres depuis quelques années , si tout à coup l'empereur don Pèdre apparaissait pour trancher le débat, comme apparut il y a quelques mois, au milieu de la surprise universelle , cette constitution qui le fait naître. Quelques personnes pensent que ce foudre imprévu est recelé dans les nuages de l'Atlantique ; évidemment le Moniteur le craint. Mais la guerre de Buénos-Ayres , la situa- ^on du Brésil et les distances me semblent permettre peu de le penser. Si tel devait être le dénouement , la Grande-Bretagne serait plus habile encore qu'cHi ne suppose : car on ne saurait mieux cacher ses vœux et son espoir à tous les yeux.

Il ^t bien manifeste que M. Ganning désire une transaction, et c'est évidemment la seule chose qui soit aujourd'hui désirable. On cherche où seraient sçs moyens de la ^conclure et de la garantir*

On ne peut douter que le cabinet britannique ne porte à tout le moins des regards résignés du côté de l'infant don Miguel. Le langage de sir

( «8) William A'ÇoufI Ti^teste; et la prés<»ice, le iMim mèine de eï; diplomate ne sèmblr pu proûettre au €ode portugais tmé longae m^ Sir Wiilidin a TU mourir (dotes les ccmstitutibas doHt il a solgûé ilenfance. On' dimt qu'il n^est pour éll^^ qu'un 6<mihietëui< de potbp^i Innèbrefi.^

PéiU-èti'e les affiApes d'Orient sont -elles de quelque ehose daus ees combinaisons. On passe à l'Autriche le Portugal pour avoir la Gràee, %t on dompte sur la Grèce pour distraire du Pôlftugal l'attention àe l'uDiveri^.

Cependant il faut une issue au défilé dans lequel s'agite la politique anglaise. Lés'Cfoupès de sir Henri Clinton se néiireront-elles sur4è-chanip poqr laisser le génie de M. deMeftemich env^Ûr la Lusîtahie, et les réactions sanglantes naitré sotlts lés pas 'dé ïson pvipilte? Les ^otlirenin dé h Siétie , ceuitdé Parga ressuscitent , et le hoin anglais est compromis dans les dt^uK mondes. '

Des i^nc^lonssem^aLt^Ies obtenues du jeune infittat? et s«ir la foi de ^ part>ie,'tes btfofihecies anglaises hil Kvreroni^lles le Mrt des pê^àkftiobs et éeloi des lois? Mènies résultat». L'amécr àtai^ glaise restera-t-elle pour assurer à ces loi^ mo^ fiées , à ces promesses aygustes le paf foùa^é de M présence 9 Sa position sera ce qu'est te ftotre depbis' quatre aàs' de^ P^i^nées ai^lc cbldlinès

^THercule ; et t*Eurôpë garde mémoire de là façon dont l'Atiglélerre a" raîllë notre ïtnpuissanbe et lios iaûl'écomptès/ ^

Quoi qu'il arrive, puisse TAngletërre sauver les intérêts, sauver du moinsiès hbmnièè qtri se sont fiés à son jpatronàge ! Elle ne peut point se passer de l'estimé dés nations.

Puisse là France faire en sorte que le Portugal ne donne pas Tëxemple des sermens, des parjurés prodigués.' Assez depuis dcc ans ce spectacle à été offert aii monde ! Assez on à vu les clièfs de Ces malheureuse royaumes du Midi fouler aux pieds , le jout^ lés contrats de là veîlle , et châtier dans le sang lé crime dé n'avoir pas douté dé leur courage ni de leur sincérité. Après tant et de si funestes catastrophes / alors surtout que toutes leâ lilîertés sont contestées aux nations, la royauté ne pèu£ se passer de l'appui de Dieu et du respect des ^hommes.

Ah reste, que C'èux-là Se désabusent, qui redoutent ou désirent ces bouleversement en vue dé leur influence présumée sur l'avenir de la monarchie Espagnole. L'Espagne, teïïé' que nous l'avons faite, ne subsisté que par le rej^os' qui Téiitoure. L'ordre légal à Lisbonne, ' par cela inêmè que c'est l'ordre étia paix, lôî est plus fàvôi^'abiy mille fëis que dé turbulentes réactions; SîjàmâVs des combats décisifs s'engageaient dans un' coin

de la Péninsule , ils s'étendraient bientôt d'ane mer a l'autre , et il n'y aurait plus deux nations ; il n'y aurait que deux partis combattant ensemble pour la vie et pour la victoire.

Dans ces conjonctures , a paru un article du Times qui avait une baute importance ; la Qu{htidienne a pu le donner tout entier. Il a été retranché tout entier dans le Courrier français. Le journal des Débats n'en a perdu que quelques lambeaux dans la mêlée de la censure. Pourrait-on dire en quoi ces différences intéressent les destins de la monarchie française?

Mêmes questions pour des retranchemens tels que ceux-ci : dans un document o£Eiciel , la lettre du conseiller d'État Abrantès à sir William , la censure a supprimé, à travers le récit des calomnies des ennemis de doa Pèdre et de la Charte , ces mots : que la princesse régente en aidait été victime^ et dans le dénombrement de leurs forces coalisées , ces autres mots : les menées et les cabales de V impie junte apostolique et jésuitique. Ces juntes sqnt, à ce qu'il paraît, solidaires dans le monde entier ; mais les trônes le sont-ils

avec elles , et en quoi cette phrase d'upe note officielle du gouvernement portugais créait-elle une circonstance graine pour l'autorité soiiveraîoe de notre roi?

Cet alinéa a également disparu :

V. Ëxc. sait fort bien que Tëvèque de Vixeu, le baron de Sobrale et Fami le plus cher à V. Exe. , don Francisco d^Almeida, ont commis un crime, et cependant vous les avez soutenus dans leurs emplois, malgré les cris de l'indignation publique , depuis le mois de février jusqu'au neuf juin. Ils ont enfin été renvoyés comme ils le méritaient.

Les documens officiels ne sont pas seuls mutilés ainsi, comme on peut le croire. Le Constitu tionnel a voulu soumettre au public des réflexions sur les événemens de la Péninsule. Il a dit que partout où Ton voudrait établir le gouvernement représentatif 9 il f allait s'attendre à l'opposition de M. de Metternich Supprimé sans miséricorde. Une agression au premier ministre de S. M. I. Â. ébranle-t-elle décidément une colonne du royaume de Louis XIV et de Charles X ?

Page 1